Chapitre 7
Le four micro-onde
La cuisine était indiscutablement la pièce de la maison où j'étais seule maître à bord. Il y avait moi, puis Merlin. Par conséquent, tout ce qui se passait, entrait ou sortait de ma cuisine devait obtenir mon approbation. C'était encore la seule pièce du Terrier où la tempête de Fred et Georges avait été circonscrite, du moins en partie. C'était la pièce où ni mon talent ni mon autorité n'avaient été remis en cause. Enfin, c'était celle où je me sentais le plus à l'aise, la plus sereine et la plus heureuse du monde.
Rien ne me faisait plus plaisir que de préparer des plats meilleurs les uns que les autres pour ma petite armée rousse. Ginny était venue me voir pour que je lui apprenne quelques astuces de cuisine, et Hermione me demanda quel était le moyen de remplir l'estomac gargantuesque de son mari.
Fleur et Audrey ne venaient que très rarement, parce qu'elles-mêmes étaient d'excellentes cuisinières, mais elles avaient appris auprès de leur maris qu'il ne fallait pas intervenir dans ma cuisine.
Angelina était venue se renseigner sur les plats préférés de Georges et ceux de Fred. Elle était venue plusieurs fois manger à la maison et m'avait aimablement aidé, affirmant que tout refus de ma part entraînerait une tempête comme jamais je n'en avais vue. Georges m'avait conseillé de me plier à l'exigence, au moins une fois.
Arthur et moi avions acheté le Terrier quelques mois avant la naissance de Bill, après avoir passé deux terribles années chez la Tante Marge. C'était moi qui avait décidé de l'organisation de la cuisine, et il en avait toujours était ainsi. En quarante ans, celle-ci n'avait pas changé, ou presque. Nous avons rajouté des chaises pour accueillir nos enfants, nous avons agrandi la table pour pouvoir manger à notre aise, nous avons installé de nouveaux placards… Nous avons aménagé la cuisine en fonction de nos besoins.
Mais jamais, ô grand jamais, nous n'avions dû installer de nouveaux ustensiles pour faire la cuisine. Et pourtant, Arthur était actuellement assis devant une grosse boîte blanche, métallique, dotée d'une porte en verre et de boutons sur lesquels on devait appuyer ou faire tourner. Il avait appelé ça un four mini ronde.
Et hormis le fait qu'il devait fonctionner à l'éléktricité – Arthur essayait actuellement de le modifier afin qu'il fonctionne sans – je n'avais pas bien saisi son utilité. Selon Arthur, il permettait de faire cuire des plats, mais je voyais mal en quoi il pouvait remplacer notre four magique. D'autant plus que visiblement, on ne pouvait y entrer qu'une assiette à la fois.
« Arthur, es-tu vraiment sûr que cela est utile ?
— Absolument certain ma chérie. Tous les Moldus en ont dans leur cuisine et le four mini ronde est à la base de leur cuisine ! s'exclama-t-il.
— Mais nous ne sommes pas des Moldus, Arthur. Dois-je te rappeler ce qu'il s'est passé à chaque fois que tu as essayé de copier les Moldus ? Nous avons pu vivre quarante ans sans en avoir la nécessité. Nous pouvons encore vivre quarante ans sans.
— Écoute Molly, ce four est une des plus grandes inventions Moldus. Il n'utilise pas la chaleur comme notre four, ou le leur, pour faire cuire les aliments. Ils utilisent de toutes petites vagues qui excitent les… les… Comment appellent-ils ça déjà… Les éléments qui constituent l'eau.
« Les Moldus ont découvert que tout ce qui nous entoure est fait de petites billes liées les unes aux autres. Le four mini ronde envoie des vagues invisibles à l'œil nu qui agitent les billes d'eau, ce qui a pour effet de faire chauffer ce que nous mettons dedans. Tu comprends ?
— Aussi bien que la fois où tu m'as expliqué le fonctionnement des télévizions, lui répondis-je. Ça sert à cuire, ça j'ai compris. Et je ne veux pas savoir comment ça fonctionne. Je ne veux même pas voir cet objet une minute de plus dans ma cuisine !
— Ça va te simplifier la vie, Molly !
— Je suis intransigeante quand il s'agit de ma cuisine !
— Laisse-moi… deux jours…
— Non !
— Un jour ! Laisse-moi un jour pour te convaincre ! Après, tu seras libre ou non de le garder. Tu pourras en faire ce que tu veux. Et si tu refuses, je te promets de plus en parler. »
Je regardai alternativement la boîte blanche et mon mari, qui me faisait son plus grand sourire. Qu'avais-je à y perdre en acceptant ? Visiblement, les Moldus utilisaient ce four quotidiennement et comme ils n'étaient pas morts de faim, cela signifiait que ça fonctionnait. Comment, ça je l'ignorais et je ne voulais pas le savoir. Dans le meilleur des cas, j'en serai débarrassée le soir même et le four mini ronde irait rejoindre les autres objets Moldus qu'Arthur gardait dans son garage.
« C'est d'accord. Une journée, pas une de plus. Et dès que je vois que ça ne fonctionne pas, il va illico rejoindre ses amis dans ton dépotoir.
— D'accord. Laisse-moi juste terminer les derniers réglages et tu pourras l'utiliser pour le repas de midi. »
Arthur se remit immédiatement à son travail. Son expression sur le visage était la seule chose qui m'empêchait de l'interrompre. Il paraissait passionné parce qu'il faisait et immensément heureux. Il n'aimait pas trafiquer les objets Moldus, il adorait le faire.
C'était plus qu'une passion, c'était un besoin maladif. Je savais que ce n'était pas bon pour sa santé mentale, mais il était si attendrissant, son air concentré était si merveilleux à regarder que je le laissais faire. Je savais que si je l'en empêchais, il l'accepterait sans s'opposer mais il serait terriblement malheureux. Et ça, je ne le voulais pas. Quitte à devoir accepter des objets Moldus dans la cuisine.
Je sortis donner à manger aux poules avant d'aller dégnomer le jardin. Mes enfants venaient le faire de temps à autres, mais leurs travaux étaient de plus en plus omniprésents dans leurs vies. Ils étaient devenus des adultes. Peut-être trop rapidement à cause de cette guerre.
La guerre les avait tous changé. Bill avait une moitié du visage couvert de cicatrices terribles. Charlie avait décidé de ne travailler plus que partiellement en Roumanie, s'occupant également de la réserve des Hébrides. Percy avait diminué son ambition, ou du moins la dissimulait bien plus, et venait au moins deux fois par semaine manger à la maison. George avait presque entièrement cessé de faire des blagues, et avait échappé de peu à St-Mangouste lors de sa dépression suite à la mort de Fred. Ron était devenu plus travailleur mais surtout plus sûr de lui-même. Et Ginny n'était plus la petite fille innocente qui avait écrit dans un journal regorgeant de magie noire.
Quelqu'un m'appela et je vis Arthur me faire des grands signes. Je lançai mon dernier gnome dans le jardin voisin et alla rejoindre mon mari dans la cuisine. Celui-ci avait posé le four à mini ronde à côté de l'évier. Il m'invita à m'asseoir sur une chaise.
« Bien. J'ai fini les derniers réglages. Il devrait fonctionner sans l'aide de l'éléktricité.
— Comme tout dans cette maison, Arthur.
— Oui, je sais. Donc, le four à mini ronde. Comme je te l'ai dit tout à l'heure, le but est de faire cuire nos aliments. On peut tout mettre dedans, sauf des êtres vivants.
— Je m'en serai douté Arthur. Si avec la magie nous n'avons pas réussi à passer de la poule au rôti de poulet doré, je doute que les Moldus l'aient réussi.
— Tu me laisses terminer, s'il te plait.
— Vas-y, continue Arthur.
— Bien. Donc pas d'animaux dedans. Pour faire cuire l'aliment, il suffit d'ouvrir la porte en appuyant sur ce bouton. Tu poses ce que tu veux faire cuire sur ce plateau en verre, puis tu refermes la porte. Après, tu choisis la puissance de cuisson…
— La quoi ?
— La puissance. Tu vas décider si tu veux que le four à mini ronde chauffe fort ou doucement. Pour cela, tu tournes ce bouton jusqu'au chiffre que tu souhaites.
— Que veulent dire le k et le W a côté ?
— Euh… Ce sont des symboles pour dire puissance.
— Mais à quoi correspondent-ils ?
— Ne t'en préoccupes pas. Seul le chiffre est important. Ce que tu dois retenir c'est que plus il est important, plus le four chauffera fort. Une fois la puissance choisie, tu décides le temps dont tu as besoin pour faire cuire ton plat, en tournant ce bouton si.
— À quoi servent les autres boutons ?
— Ce sont des réglages, tu n'en n'auras pas besoin.
— C'est tout ? Je dois juste tourner ces boutons pour faire cuire mes plats ?
— Oui. Quand c'est prêt, une sonnerie devrait retentir et tu appuies sur ce bouton pour ouvrir de nouveau la porte.
— Ça me paraît un peu trop simple pour un procédé si complexe. Des enfants pourraient l'utiliser.
— C'est le principe ma chérie : facilité d'utilisation pour que tout le monde y ait accès. Ah, avant que je n'oublie : n'ouvre surtout pas la porte pendant la cuisson.
— Pourquoi donc ?
— Parce que cela l'interrompt, et aussi parce que les vagues produites par ce four sont dangereuses si la puissance est élevée…
— TU AS FAIT ENTRER QUELQUE CHOSE DE DANGEREUX DANS MA CUISINE ? » explosai-je soudainement. « TU VAS PRENDRE CET OBJET ET LE RAMENER TOUT DE SUITE OU TU L'AS ACHETÉ !
— Du calme ma chérie. Tant que la porte est fermée lors de la cuisson, tu ne risques rien. Et quand il n'est pas en route, on peut ouvrir la porte sans problème. Tu n'as pas de soucis à te faire, il n'y a aucun danger si tu prends les précautions nécessaires. »
Arthur me regarda avec un grand sourire, visiblement fier d'être parvenu à tout m'expliquer. Je restais cependant sceptique. Le problème consistait à la véracité de ses explications. Je savais qu'il ne m'aurait jamais menti, mais les sources qui lui indiquaient le fonctionnement des objets Moldus – en général, les vendeurs qui lui vendaient ces objets – n'étaient pas toujours fiables, profitant de son esprit candide.
Il sortit de la cuisine et je m'approchai de ce four mini ronde. Il semblait parfaitement normal, des lumières indiquaient même l'heure dans un coin, sans doute signe qu'il fonctionnait. J'ouvris la porte, et une lumière s'alluma à l'intérieur. Je fermai la porte et la lumière s'éteignit. Il était près de onze heures, je devais commencer à préparer le repas. Autant commencer tout de suite.
Je préparai dans une casserole un délicieux poulet tikka masala. Arthur m'ayant fortement interdit d'ouvrir le four pendant la cuisson, je préparai le plat avec mes morceaux de poulets puis je préparai ma sauce à base de curry. Une fois que tout fut prêt, j'ouvris le four et plaça ma casserole. Je vis immédiatement qu'Arthur l'avait magiquement agrandit, sans doute pour que je puisse mettre plusieurs plats d'un coup.
Je fermai la porte et regardait les deux boutons pour régler ma cuisson. Mais je ne savais pas comment choisir les bonnes valeurs.
Bon, il s'agissait d'un essai. Et comme tout essai, il fallait y aller à tâtons. Habituellement, ma cuisson était forte et durait une vingtaine de minutes. Je choisi donc les mêmes options : je mis la puissance maximale et sélectionnai vingt minutes de cuisson. Aussitôt, la lampe à l'intérieur s'alluma et un bourdonnement se fit entendre. Puis, je vis ma casserole tourner à l'intérieur. N'ayant rien d'autre à faire, je mis les couverts puis surveilla ma cuisson. J'entendis plus que ne vit des sortes d'explosions, mais cela semblait être normal puisque le four mini ronde continuait à fonctionnait sans problème.
Puis soudain, j'entendis un claquement. Je tournai vivement la tête, mais un autre claquement se fit entendre. Je compris rapidement que le claquement provenait du four lui-même. Puis un autre claquement se fit entendre et je vis alors un éclair à l'intérieur. Puis un autre. Les éclairs joignaient la casserole à la paroi intérieure du four. Les Moldus avaient des inventions bien étranges. Un claquement encore plus violent se fit entendre et la lampe explosa alors et une horrible odeur de brûler me parvint aux narines.
Un épais nuage noir apparaissait derrière le four et je découvris alors un véritable petit incendie. Horrifiée, je sortis ma baguette et lança un Aguamenti sur l'arrière du four. Des cisaillements se firent alors entendre, et de toute petites explosions se firent entendre. Puis, le four explosa et je fus projeté sur ma chaise.
Arthur déboula quelques instants plus tard et découvrit la cuisine en partie ravagée, des traces de brûlures un peu partout, mes cheveux hérissés et le four mini ronde complètement détruit.
« Tu n'en veux pas », comprit-il, légèrement déçu mais dissimulant à peine son sourire.
