Le premier trimestre passa comme un coup de vent. Une fois lancé dans le bain et immergé jusqu'au cou, Rufus s'était laissé emporté bien trop vite pour s'en rendre compte. Entre les cours de potions et ceux d'occulumencie, le travail sur ses projets et l'assistance aux élèves pour les leurs en plus des cours qu'il prenait lui-même auprès d'Ariana et de Neville durant les week-ends, le temps libre était réduit comme peau de chagrin, pourtant au lieu de le prendre pour lui, il le passait dans les cuisines avec les elfes de maison ou dans sa chambre avec les-dits elfes.

Rufus accueillit les vacances d'hiver avec soulagement et appréhension. Il observait, émerveillé, le château que l'on paraît de guirlandes et de boules colorées, même les couloirs habituellement sombres gagnaient en luminosité par divers artifices. Rufus, bien que ne comprenant pas vraiment la raison de cette activité, s'évertuait à participer et à aider. Il avait mis au point un cirage éphémère que l'on pouvait appliquer sur les armures, les poignées et autres supports en métal pour les faire étinceler.

Ariana était très enthousiaste de ces choses-là. Elle avait tricoté un bonnet et une écharpe rouge et verte à Graup qui les portaient sans arrêt depuis. Une après-midi elle s'était même attaqué à Rufus et depuis ce dernier avait des rubans de couleurs pris dans les tresses. Le professeur Cavalni de son côté s'était fait poussé de petits bois sur la tête dont elle était très fière, et comme tous avaient l'air de trouver cela normal, Rufus agit comme tel.

Quand sonna le dernier cours, nombreux furent les élèves à quitter le château, certains professeurs aussi préféraient passer Noël auprès de leur famille. Rufus n'ayant nul part où aller fut le bienvenue à rester. Plus le temps se faisait froid à l'extérieur, plus l'ambiance à l'intérieur du château était chaleureuse. Rufus parvenait à préserver les cachots du froid et, comme ils avaient moins à faire, il était toujours entouré de deux ou trois elfes de maison, jamais les mêmes, auxquels il parlait comme à des amis de longue date.

Un jour Ariana vint le voir pour lui demander s'il était fin prêt. Son ami s'étonna d'avoir quelque chose à préparer durant les vacances, c'est alors qu'elle lui parla de la grande fête qui était organisée le lendemain dans la Grande Salle.

- Pourquoi fait-on une grande fête alors que presque tout le monde est parti ?

- Parce que c'est Noël !, lui avait-elle simplement répondu comme si cela expliquait tout.

C'est quelque chose qu'il entendait beaucoup ces temps-ci. Tout était à cause de Noël. Il était responsable du départ des élèves, de la décoration du château, de la gaieté générale et maintenant de la fête de demain. Rufus avait donc placé Noël quelque part entre les célébrations du nouvel an et un anniversaire tout en sachant bien qu'il était loin de comprendre toutes les subtilités de ces festivités hivernales.

Dès qu'il ouvrit les yeux le lendemain il sentit que quelque chose était différent. Il fit attention à ne pas réveiller Chaussette et Copper en sortant du lit et se dirigea vers la salle de bain. Il se regarda dans le miroir en se souvenant de la première fois qu'il l'avait fait en arrivant ici. Il avait changé. Ses joues étaient moins creuses bien qu'il ait gardé son allure mince et il pouvait enfin dire que ses cheveux étaient durablement propres.

Il s'habilla et quitta la chambre en laissant la porte ouverte une seconde de plus pour laisser passer Nostro. Il ne s'était jamais senti aussi proche de lui que depuis qu'il connaissait d'autres gens et qu'il s'était ouvert au monde. Le chien l'accompagnait partout.

C'est sur le chemin de la Grande Salle que Rufus vit enfin ce qu'il avait senti au réveil. Dehors le paysage était recouvert de neige. Le jeune professeur resta un moment éblouit par ce spectacle de la neige qui gonflait les formes et adoucissait les angles. Il n'avait jamais compris pourquoi les gens aimaient la neige. Jusqu'à lors il l'avait toujours associé au froid glacial et à l'humidité omniprésente, mais à l'abri d'un toit on pouvait pleinement profiter de sa beauté.

Il pénétra la Grande Salle et alla s'installer aux côtés d'Ariana avec un naturel délicieux. Firenze était parti depuis quelques jours seulement pour rejoindre la horde et Rubeus n'était pas encore arrivé. Ariana rayonnait, ses cheveux étaient zébrés d'argent et elle avait échangé sa robe habituelle contre une robe blanche. Le tout lui donnait un air éthéré et solaire. Elle accueillit Rufus avec une étreinte alors que Nostro s'asseyait à quelques pas d'eux, le plus loin qu'il pouvait d'Ariana sans que cela ne semble outrageusement visible, comme si elle était bien trop lumineuse pour son pelage sombre.

- Tu sais ce qu'on va faire aujourd'hui , demanda-t-elle avec un grand sourire.

- Je pensais commencer une potion pour …

- Non voyons. Aujourd'hui nous allons aider à tout mettre en place dans cette salle pour ce soir. Les tables seront en rond et on allumera un feu de joie au milieu.

Ainsi il fit selon ses désirs et avant midi la Grande Salle comportait, en plus des 7 grands sapins magnifiques et d'une neige d'intérieur sous le plafond magique, un cercle de table raisonnable puisqu'ils étaient peu nombreux à rester, le brasier crépitait déjà au milieu. Évidement c'était un feu magique qui n'était ni trop chaud pour que l'on puisse être bien en étant assis si près, ni trop haut pour pouvoir échanger avec son voisin d'en face.

En ce jour de fête Graup était convié à table. La présence de Rufus avait attiré les elfes de maison et il fut décidé que ces derniers participeraient à la fête. Ils avaient commencé à chanter tous ensemble et peu à peu les élèves étaient arrivés au son de ces mélodies. Finalement lorsque les professeurs les plus sauvages ou les plus occupés arrivèrent dans la Grande Salle pour le dîner, la fête avait déjà commencé.


Certains n'avaient fait aucun effort particulier, ainsi Oliver Gramson se présenta dans sa tenue habituelle. D'autres s'étaient particulièrement pompés, comme Gopi Rashiti, un 2ème année de serpentard, qui avait revêtu une robe très attrayante, la coupe était assez féminine mais cela allait bien avec son physique et le maquillage léger qu'il s'était mis.

La plupart, comme Rufus, avait opté pour une solution médiane, ayant choisi de s'habiller correctement certes mais ne trouvant leur lien avec l'occasion qu'au travers d'accessoires. Bonnets à pompons, écharpes multicolores et motifs divers auxquels Rufus peinait parfois à associer ce « Noël », étaient de mise. Mais le maître des potions oublia très vite de chercher à définir Noël prit comme il l'était par les discutions joyeuses et l'ambiance presque familiale.

À un moment Nostro essaya de quitter la salle en douce, Rufus le sentit tout de suite et partit derrière lui. Une fois les portes de la Grande Salle passée il semblait faire un peu plus froid mais les conversations qui parvenaient jusqu'à eux les gardaient en connexion avec les autres.

- Nostro, pourquoi tu t'en vas ? … Bien sûr que si tu as tout à fait ta place ! Tu … Nostro s'il te plaît, c'est mon premier Noël, je n'y comprends pas grand chose mais je sais que c'est une fête de famille, et ma famille c'est toi. S'il te plaît, reste. Demain je te laisserais tranquille toute la journée si tu veux.

Le chien resta un moment, le museau tourné vers le couloir. Il finit par s'asseoir, toujours dos à Rufus, soupira longuement puis se retourna pour le suivre de nouveau dans la salle. Rufus l'en remercia mentalement et pour se faire alla s'asseoir ailleurs qu'à côté d'Ariana, cette dernière, aussi perspicace qu'à l'habitude, comprit de suite la situation et le laissa faire.

Rufus avait pris la première place libre sans vraiment faire attention, ce n'est qu'ensuite qu'il vit qu'il était assis à côté du fameux Gopi qui fixait sa part de tarte comme si elle allait lui confier un secret. Rufus sentait le trouble qui obscurcissait son esprit alors il se pencha vers lui.

- Cette tenue te va très bien.

Gopi parut tout d'abord très surpris qu'un professeur lui adresse la parole puis répondit :

- Vraiment ? Merci. J'avais un peu peur de ce que les autres diraient, d'ailleurs certains me regarde en coin, je le sens.

- Es-tu à l'aise là-dedans ? Est-ce que tu t'y sens bien ?

Au lieu de répondre, Gopi regarda ses mains aux ongles légèrement plus longs que la moyenne et couvert d'un vernis assorti à la couleur de sa robe.

- Je suis sûr qu'Albus et Scorpius seraient fiers de toi.

- Je croyais que vous ne lisiez jamais intentionnellement nos pensées.

- C'est vrai mais ton esprit me parle. Je l'entends plus clairement que toi.

Gopi fit un effort pour fermer son esprit comme il le leur avait appris et cette deuxième voix devint un murmure. Même s'il était toujours audible, Rufus pouvait en faire abstraction. Il y avait beaucoup de distractions autour de la table. Rufus pouvait assister à la première vraie conversation entre de jeunes sorciers et des elfes de maison, il voyait aussi Graup terminer toutes les assiettes, heureusement qu'ils l'avaient fait manger avant de venir.

Après le dîner ils chantèrent et dansèrent encore sans se préoccuper du bruit qu'ils faisaient ou de l'heure à laquelle il faudrait se lever le lendemain. Le jus de citrouille coulait à flots même s'il fallait de temps en temps envoyer quelqu'un aux cuisines pour pérenniser cette abondance.

Personne ne sut exactement quand Ariana eut cette idée mais très rapidement il fut acté que ceux qui voudraient rester dormir dans la Grande Salle le pourraient. Ce qui explique pourquoi, à peine quelques heures plus tard, quand seul le plafond magique éclairait encore la Grande Salle, on y entendait un ronflement.

Rubeus dormait sur Graup. Ariana paraissait très à son aise allongée sur une table. Quelques élèves dormaient épars ça et là mais le plus gros des dormeurs s'était concentré, mélangeant elfes et élèves avec en son centre Rufus. Nostro somnolait près des portes.

Lorsque Rufus ouvrit les yeux il ne vit que le plafond magique d'où tombait encore des flocons blancs comme neige. La Grande Salle était encore sombre, toutes les bougies et les torches étaient éteintes. Les guirlandes, à l'instar de toutes les autres décorations de la veille, brillaient de mille feux, ne diffusant pourtant qu'une faible lumière. Le professeur de potions ne craignait que la température ne baisse alors d'un geste de poignet il alluma les cheminées.

Son action attira l'attention, lui qui avait cru que tout le monde était encore endormi s'était bien trompé. La petite tête de Gibsy apparut dans son champ de vision. La lueur du feu se reflétait dans ses grands yeux.

- Rufus est réveillé ? Il est gentil d'avoir allumé le feu sans que nous ayons à bouger.

- « Nous » ? Combien êtes-vous à faire semblant de dormir ?

Que n'avait-il pas demandé là. Il lui sembla qu'on répondait de partout.

- Pourquoi ?

- Parce que c'est Noël et qu'on a jamais pu passer un Noël comme celui-là.

Rufus ne comprenait pas grand chose à cette explication mais décida qu'il était temps de se lever. Ce fut un effet boule de neige. Il se leva, les elfes aussi ce qui réveilla les élèves qui dormaient parmi eux puis finalement toute la salle s'étira en papillonnant des yeux, ce qui était des plus comiques chez certains elfes. Dès que l'activité eut repris les torches s'allumèrent de nouveau, les sapins s'illuminèrent et c'est à ce moment-là qu'un élève s'exclama :

- Regardez le pied des sapins !

Tous firent ce qu'il leur disait mais ne purent pas voir les socles des conifères puisqu'ils étaient cachés derrière des piles de cadeaux. Rufus resta perplexe alors que tous les autres se précipitèrent. Bientôt des noms fusèrent dans toute la salle. Les paquets avaient été scrupuleusement étiquetés et chacun cherchait à retrouver ce qui lui revenait.

- Rufus Prince !

Le susnommé répondit instinctivement à son nom et alla voir le serdaigle qui l'avait appelé. Ce dernier lui tendait un tas informe de numéros dépassés de la Gazette du sorcier avec un sourire bienveillant. Rufus prit le paquet et alla s'installer près de l'une des cheminées où Nostro se réchauffait le poil. Adressant un regard incertain au chien, il se mit à déchirer le simulacre d'emballage.

À l'intérieur il découvrit de quoi refaire toute sa garde robe, qui en avait bien besoin. Tous ces vêtements étaient plus neufs que tous ceux qu'il n'avait jamais eu. Loin d'être uniquement noirs, ils arboraient pour la plupart des motifs que les elfes de maison avaient fait eux-même. Rufus sentait que tous s'y étaient mis. Il se retourna et vit un rassemblement de petits êtres soucieux d'épier la moindre de ses réactions.

Rufus n'y tint plus. Il fondit en larmes de joie. Les elfes se précipitèrent alors sur lui, le couvrant tout à fait et l'étreignant comme ils le pouvaient. C'était le premier cadeau qu'on lui offrait de sa vie. Il était si heureux qu'il n'entendit pas Ariana approcher et ne sut qu'elle était là qu'une fois qu'elle eut posée sa main sur son épaule.

- Tu vois Rufus, c'est ça Noël.


Je ne suis pas sûre que beaucoup d'entre vous lirons ce chapitre le jour-même de sa sortie mais qu'importe. Je tenais à le poster aujourd'hui. Joyeuses fêtes et prenez soin de vous jusqu'à la semaine prochaine !