On repart pour la suite des aventures de nos blasés préférés ...
Les désabusés
Chapitre 7 :
Antarès s'était quasiment enfui en courant quand Pansy avait concrétisé ses approches, mais ce n'était que partie remise. Elle se rendait bien compte qu'il avait mordu à l'hameçon. S'il avait fui, c'était bien qu'il se sentait en danger, non ? Pansy ne s'était donc pas alarmée plus que ça. Elle avait repris un verre, puis un deuxième, puis quelques derniers offerts par le serveur du Poetry Place, puis ramené le serveur en question chez elle. A son réveil et à sa grande satisfaction, le jeune homme était déjà reparti en laissant son numéro de téléphone. Pansy avait souri, bien qu'elle n'ait eu aucune intention de le rappeler. Il était plaisant, mais pour le moment elle avait d'autres Serpentards à fouetter – enfin, façon de parler.
Gwen revint dans le pub deux soirs plus tard et se dirigea droit vers le coin du bar où officiait Ron.
— Bonsoir. Une pinte de Magners, s'il vous plaît.
— Tiens, bonsoir Miss, répondit Ron avec son sourire le plus éclatant. Comment allez-vous depuis l'autre fois ?
— Ça peut aller, fit la jeune fille en haussant les épaules.
— C'est tout ? Vous avez toujours vos problèmes de communication ?
— Oui ... Enfin, non, ça s'est arrangé. J'ai reçu une lettre de mon ami.
« Tu peux me remercier, greluche, c'est seulement parce que je me suis dit que ça serait suspect si je les bloquais toutes. »
— Ah, mais c'est une bonne nouvelle, ça ! Vous avez pu le voir ?
— Oui, oui.
Sans en ajouter plus, Gwen prit le verre plein que Ron lui tendait et se jeta dessus comme si sa vie en dépendait.
— Doucement, Miss, doucement ! Vous allez vous étouffer.
De fait, la fille avala de travers et se mit à tousser. Ron contempla avec dégoût le beau comptoir de bois sombre désormais parsemé de gouttes de salive et de cidre. Puis il renfila son sourire le plus hypocrite et donna à Gwen de petites tapes dans le dos. Qui virèrent subtilement aux caresses. Purement amicales.
— Allons, allons, remettez-vous. Si vous vous calmiez un peu pour me raconter tout ça ?
Ron s'accouda au comptoir, posa son menton dans sa main et prit l'air aussi intéressé qu'il pouvait feindre de l'être.
— Merci ... bredouilla Gwen entre deux quintes de toux. Vous êtes gentils. Et puis je sais que vous me comprenez. J'ai l'impression que vous êtes la seule personne dans toute cette ville qui soit du même monde que moi.
— Vous exagérez, Miss, la reprit Ron en baissant la voix pour ne pas être entendu du reste des clients du pub. Il y a une assez grande communauté près d'ici, vers Old Street. Et beaucoup habitent aussi à l'autre bout de la ville, vers South Kensington, mais ce sont plutôt de grandes familles.
Par un fabuleux hasard, baisser la voix obligeait Gwen à se rapprocher de lui pour mieux l'entendre.
— Mais dites-moi ce qui vous tracasse vraiment, Miss, insista-t-il avec sollicitude.
— Eh bien ... c'est tout bête, pour être honnête.
« J'ai toujours dit que l'amour, c'était con. »
— J'ai fini par recevoir un message de mon ami qui me proposait de le retrouver, poursuivit Gwen. C'était hier soir. J'ai traversé la moitié de la ville pour venir le rejoindre. Je me suis encore perdue trois fois dans cet affreux métro. Les gens n'arrêtaient pas de m'écraser les pieds ! Et finalement, en arrivant sur place, je l'ai trouvé ... froid. Comme s'il avait la tête ailleurs. Comme s'il n'était pas fichu de m'accorder plus de quelques minutes d'attention après tout ce que j'ai fait pour lui.
« Tiens, Parkinson doit avoir lancé l'offensive de son côté. Elle s'en tire bien à ce qu'on dirait, la petite vipère. Il ne faudrait pas que je me laisse distancer. »
Ron évoqua dans sa mémoire les scènes les plus mielleuses de ces comédies romantiques moldues que Ginny s'acharnait à regarder quand ils étaient jeunes.
— Non ! Vraiment ? Je ne vous crois pas. Quel abruti, ce type ! Vous voulez que je vous dise ? Je pense qu'il ne vous mérite pas du tout, Miss. Vous devriez être avec quelqu'un qui pense à vous tous les jours, toute la journée.
— Oh, vous savez ce n'est pas si grave, nuança Gwen en rougissant. Enfin, il avait peut-être d'autres soucis. D'habitude il est très attentionné avec moi. Et ... Enfin, bon. Au fait ... Vous pouvez m'appeler Gwen.
— Enchanté, moi c'est Ron.
« J'aimerais vous revoir » disait le premier message. Pansy l'avait rédigé de son écriture la plus élégante, pulvérisé de parfum, et y avait laissé une marque de rouge à lèvres écarlate. Il attendait Antarès sur le seuil de sa porte quand il sortit de chez lui, le lendemain matin. Pansy avait utilisé deux ou trois sorts indiscrets de sa collection personnelle pour espionner le garçon dans son appartement et savoir à la minute près quand il passerait la porte. Le message n'était pas signé, mais il reconnaîtrait le parfum. Antarès ramassa le petit papier, le lut, et le rangea dans sa poche avec les mains tremblantes.
« Ce soir ... », disait le deuxième message qu'Antarès trouva en rentrant chez lui à l'heure du déjeuner. Le parchemin avait été traité de la même façon.
« The Duke of York, Picadilly, 20h » était inscrit sur le troisième message. Antarès repartait travailler dans le petit magasin du coin de la rue, où il avait été embauché comme vendeur pour la durée des vacances. Il ramassa le parchemin et se mit à jeter des coups d'œil complètement perplexes de tous les côtés pour comprendre comment ces messages parvenaient toujours à le trouver. Puis il porta le papier à son nez et inspira longuement, avant de le ranger avec les deux autres.
« Venez. » disait le dernier message, quand Antarès rentra du magasin à 17h. Il prit le papier et le serra dans son poing.
Gwen continuait à commander des verres, Ron continuait à la servir. Ils ne parlaient plus d'Antarès mais évoquaient leurs souvenirs communs de Poudlard. Enfin, Gwen évoquait ses souvenirs et Ron inventaient ceux qu'aurait pu avoir un sorcier normal – s'il avait fallu raconter toute sa vie à Gwen, il aurait eu de quoi remplir sept tomes. Il s'efforçait aussi de faire en sorte que ses souvenirs, tout en le présentant comme un jeune homme populaire, bien dans sa peau et incroyablement doué au Quidditch, correspondent aux goûts de Gwen. Elle avait passé l'ASPIC de Divination ? Il A-DO-RAIT la Divination ! Un sujet fascinant, absolument. D'ailleurs il avait souvent donné un coup de main à ses amis qui luttaient pour faire leurs devoirs. Alors que certains essayaient de tricher en inventant des prédictions ... N'importe quoi !
Gwen découvrit ainsi que Ron, tout comme elle, avait une passion pour les chats, un talent inné pour les sortilèges de Lévitation, et un goût prononcé pour les friandises de chez Honeydukes – ça, au moins, c'était vrai.
Quand, à force de cidre puis de tequila, Gwen ne parvint plus à articuler correctement plus d'un mot par phrase, Ron estima qu'il était temps de voler une nouvelle fois au secours de la petite oie blanche.
— Gwen, vous avez l'air toute pâle. Vous ne voulez pas aller faire un tour dehors ? L'air frais vous fera du bien.
— Oh ...hic ... oui, bonne idée ! Je vous ... Je te suis.
— Appuyez-vous à mon bras, proposa Ron en passant de l'autre côté du comptoir, vous n'avez pas l'air très stable sur vos jambes. Quelle idée aussi de mettre des talons pareils ...
— C'est ... hic ... c'est pour être jolie ... je veux dire ... c'est joli ... non ?
— Bien sûr que vous êtes jolie.
Gwen eut un sourire idiot.
— Dites-moi seulement, comment m'avez-vous trouvé ? demanda Antarès en arrivant devant The Duke of York.
Pansy lui adressa un clin d'œil.
— Mystère, mon mignon ... Je ne révèle pas mes secrets. Qu'est-ce que vous préférez ? Prendre un verre ici ou bien allez nous promener ? Il y a un joli parc, pas loin d'ici.
— Une balade, ce sera très bien. Pour une fois qu'il ne fait pas trop froid.
— Parfait.
Pansy prit d'autorité la main d'Antarès, lui fit un nouveau clin d'oeil, et l'entraîna vers les allées romantiques et mal éclairées de St-James Park.
Ron emmena Gwen s'asseoir sur les marches du premier porche qu'il trouva en sortant du pub et s'installa à côté d'elle. Il ne faisait pas chaud. C'était un excellent prétexte pour lui prêter sa veste et laisser son bras autour de ses épaules. Gwen continuait à sourire d'un air alcoolisé.
— Je suis vraiment content que tu sois venue dans mon pub, Gwen. Tu es une fille merveilleuse. Rafraîchissante.
— C'est vrai ?
— Puisque je te le dis.
Gwen regarda ses chaussures aux trop hauts talons, se mordit les lèvres, puis se tourna à nouveau vers Ron.
— Je suis vraiment contente d'être venue là aussi, Ron.
Elle le regardait dans les yeux. Elle n'osait pas encore. Pas vraiment. Pas tout à fait ... Ron lui adressa son regard le plus ténébreusement charmeur. Elle franchit le pas.
« Pas trop tôt. »
Au même instant, à l'autre bout de Londres, Antarès se laissa aller à l'intoxication qu'exerçait sur lui le parfum de Pansy et la prit dans ses bras. Il enfouit la tête dans ses cheveux, dans son cou, en inspirant voluptueusement. Pansy laissa courir ses doigts sur la nuque du jeune homme, puis les dirigea vers les boutons de sa chemise qu'elle se mit à déboutonner tout en le poussant vers un tronc d'arbre. Antarès lui dévorait les lèvres.
Une fois décidée à l'embrasser, Gwen s'agrippa à Ron comme si elle n'allait plus jamais le lâcher. Il l'embrassait longuement, voluptueusement, tandis qu'elle se blottissait toujours plus près de lui. Ron lui caressait les cheveux et Gwen, complètement abandonnée, soupirait de contentement.
Antarès avait désormais le cou marqué de traces d'ongles et de baisers mordants. Son manteau gisait à terre avec celui de Pansy, dont le chemisier en soie était sérieusement dérangé. Pansy passa une jambe autour de la taille d'Antarès et étouffa ses gémissements en l'embrassant de plus belle. Le corps du jeune homme fut parcouru de frissons quand la langue de Pansy frôla le lobe de son oreille.
— Ron, arrête !
— Pansy, non !
Gwen reprit brutalement ses esprits et sauta sur ses pieds.
— Je suis désolée, je ne sais pas ce qui m'a pris, je n'aurais pas dû ...
Antarès s'arracha à l'étreinte de Pansy et recula de trois pas.
— Je ne devrais pas faire ça, excuse-moi, je ne peux pas ...
— Il faut que je retrouve Antarès, dit Gwen en remettant ses cheveux en ordre.
— Il faut que je retrouve Gwen, dit Antarès en prenant son manteau.
— Excuse-moi ... Désolée, mais je ... C'est mieux comme ça. Au revois, Ron.
Et elle transplana.
— Navré Pansy, mais vraiment, je ne ... Tu comprends ? Bon, salut.
Et il transplana.
Avec abondance de souvenirs émus de mon si merveilleusement chouette week-end à Londres.
Pour la séquence finale (enfin, l'avant-dernière plutôt) je suggère comme ambiance musicale « Unsustainable » de Muse, surtout pour Pansy et Antarès. Bisous à tous, j'espère que vous aimez toujours !
Lily Evans 2004
