« Fait un peu attention, Ronald. Ta robe de soirée est toute froissée. ».
Le rouquin soupira profondément et laissa Hermione lancer un sortilège de repassage sur sa tenue d'apparat. Ils s'apprêtaient tous les trois à rejoindre les cachots pour participer à la somptueuse soirée du professeur Slughorn et la jeune femme tenait à ce qu'ils soient impeccables. En effet, elle venait d'apprendre, horrifiée, qu'une bonne partie des prestigieuses connaissances de leur hôte serait présente, ce qui la rendait aussi nerveuse et hystérique qu'un examen de fin d'année.
« - On y va ? On a déjà dix minutes de retard, souffla Harry, exaspéré.
- On n'attend pas Ginny ? Elle a également été invitée, balbutia Hermione, se tordant nerveusement les mains.
- Elle avait un truc à faire à la bibliothèque avant, elle nous rejoindra plus tard dans la soirée. » répéta le Survivant pour la quatrième fois consécutive.
La Gryffondor se recoiffa, lissa sa robe et fit quelques bonds, fiévreuse, puis daigna enfin quitter la salle commune pour rejoindre Harry et Ron. Ils traversèrent le château sans un mot et le Survivant remarqua rapidement la mine livide de sa meilleure amie.
« - Hermione ?
- Je vais bien, pas d'inquiétude. » éluda-t-elle.
Ron s'approcha de son meilleur ami et lui glissa à l'oreille :
« Il y aura le directeur de l'école de droit magique, elle espère faire bonne impression puisqu'elle envisage d'y entrer l'année prochaine. ».
Harry hocha la tête, comprenant finalement l'étrange comportement de la jeune femme. Elle était sur le point de passer un entretien, du moins c'est ainsi qu'elle le voyait.
Ils atteignirent enfin les cachots et déambulèrent un moment dans les labyrinthes sinueux et humides avant de déboucher sur l'une des plus grandes salles des sous-sols de Poudlard. Une multitude de chandelles avaient été disposées sur les murs et une foule dense se pressait déjà sur la piste de danse ou autour du buffet.
« Merlin ! Il n'a pas fait les choses à moitié ! » s'émerveilla Ron.
Harry acquiesça, impressionné. Hermione ne fit aucun commentaire, fixant nerveusement la foule.
« - Je vous laisse, bonne soirée, dit-elle rapidement avant de se fondre dans l'assistance.
- Je me demande comment elle compte retrouver quelqu'un là-dedans, il y a au moins deux cents personnes, commenta Ron, louchant sur le buffet.
- Je suis sûr qu'elle va très bien se débrouiller. » le rassura Harry.
Leurs yeux se croisèrent un bref moment et comme un seul homme, ils se ruèrent en direction du buffet. Harry tendait goulûment les doigts pour saisir un petit four très appétissant lorsqu'une main décharnée lui saisit l'épaule.
« Harry Potter ? ».
Un bref silence se fit autour de lui avant qu'il ne soit submergé par une marée humaine.
« - Harry Potter ? LE Harry Potter ?
- Harry, laissez-moi vous prendre en photo !
- S'il vous plaît, pouvez-vous me faire un autographe ?
- Harry, je suis votre plus grand fan !
- Épouse-moi Harry, je t'aime plus que n'importe qui ! ».
Le Survivant jeta un regard de détresse à Ron qui mangeait tranquillement à deux pas de lui. Le rouquin lui fit un sourire narquois, levant une coupe de champagne dans sa direction, avant d'engloutir quelques toasts supplémentaires.
« Traître. » marmonna Harry en le fusillant du regard.
Il tenta de se glisser hors de portée de ses fans mais ceux-ci ne semblaient pas disposés à le laisser filer. Des claquements de mains secs se firent finalement entendre et le professeur Slughorn apparut devant lui. Levant les bras, il s'adressa à la foule qui entourait le Survivant.
« Allons, allons, mes très chers amis, Harry n'est pas ici pour signer des photos ou pour se faire bombarder de demandes en tout genre mais pour s'amuser. Montrez-vous un peu plus compréhensifs s'il vous plaît. ».
Harry crut un instant que son hôte allait se faire dépecer vivant par l'assistance et un éclair de crainte traversa les yeux de Slughorn devant l'hostilité manifeste qu'on lui témoigna un moment. Mais finalement, les sorciers se dispersèrent, non sans lancer un dernier regard vorace au héros.
« - Merci professeur, je ne savais plus quoi faire.
- Mais de rien Harry, c'est un plaisir. Cette petite fête vous plaît ?
- Énormément, vous avez fait un travail remarquable. » répondit sincèrement le Survivant.
Ron réapparut devant eux, la bouche pleine. Slughorn éclata de rire.
« Je vois que vous profitez de la soirée vous aussi Ronald. Tant mieux, tant mieux. Je vous laisse, j'ai préparé un petit spectacle et il ne va pas tarder à commencer. ».
Il les salua et s'éclipsa. Harry craignit un instant que son départ n'entraîne une nouvelle attaque de ses fans mais ceux-ci se tinrent miraculeusement tranquilles. Ils en profitèrent donc allégrement pour piller le généreux buffet à leur disposition, jusqu'à ce que les lumières se tamisent, annonçant le début du fameux spectacle.
« Rapprochons- nous de l'estrade. » proposa Harry.
Ils se glissèrent le long des murs pour rejoindre le bord de la scène. Ils virent alors Slughorn y grimper non sans difficulté et pointer sa baguette magique sur sa gorge.
« Sonorus » articula-t-il distinctement.
Aussitôt sa voix fut amplifiée et il put s'adresser à tout l'auditoire.
« Mes très chers amis, merci d'être venus à cette petite fête de rentrée. J'espère que vous profitez bien de cette soirée où sont mélangés les anciens et les actuels élèves de Poudlard, toutes maisons et toutes générations confondues. Maintenant, laissez-moi vous présenter l'un des plus célèbres groupes de rock d'Angleterre, j'ai nommé : Ail et fines herbes ! ».
Ron se mit à applaudir bruyamment à côté de Harry, apparemment très enthousiaste et le Survivant l'imita sans conviction, ne connaissant pas encore le groupe.
Sur la scène, un jeune homme brun et pâle apparut et commença à chanter, accompagné par deux musiciens. Harry ferma les yeux pour savourer la mélodie, favorablement impressionné par leur prestation. La chanson se termina sous un déluge d'applaudissement et la star arbora un large sourire, dévoilant deux canines bien trop pointues pour être humaines.
Un vampire.
Galvanisé par les encouragements d'une foule en délire, la créature esquissa quelques pas de danse, d'abord timides puis de plus en plus endiablés, avant de finir par un extraordinaire numéro de claquettes.
« Il est incroyable non ? » s'exclama Ron, émerveillé.
Le Rouquin se redressa fièrement et se mit à taper du pied au sol avec panache mais de façon fort peu esthétique, tentant désastreusement d'imiter la superstar. Finalement, il se tordit la cheville, tenta de s'appuyer sur Harry mais loupa l'épaule du Survivant et s'écrasa lamentablement sur le sol.
« Tu vas bien Ron ? » s'enquit Harry, tentant de contenir un fou rire.
Aucune réponse ne lui parvint et il se pencha pour voir son meilleur ami, prostré au sol, contemplant un gallion au creux de sa paume.
« Ron ? ».
Le Gryffondor leva les yeux vers Harry et balbutia, émerveillé.
« C'est incroyable, c'est exactement comme je l'avais prédit chez Trelawney. » balbutia-t-il.
Harry fronça les sourcils. Effectivement, maintenant qu'il y repensait le rouquin avait bel et bien prédit qu'il allait rencontrer un homme aux longues canines, danseur de claquettes et qu'il gagnerait de l'argent. Pour un hasard, c'était un hasard extraordinaire.
Ron se leva sans un mot, la pièce toujours nichée au creux de sa paume, avant de se diriger lentement vers la sortie, sans même se préoccuper de son meilleur ami. Harry se gratta le crâne, déconcerté par le comportement du jeune homme. Il avait l'air choqué par cette coïncidence. Peut-être devrait- il le suivre ?
« Harry ! Te voilà enfin ! Par Merlin, il y a un monde fou, tu n'es pas avec Ron ? ».
Le Survivant contempla Hermione, un peu sonné. La jeune femme rayonnait, apparemment elle avait su séduire le directeur de l'école de droit magique.
« Ron est retourné dans la salle commune. Je crois. ».
Hermione hocha la tête, compréhensive et lui montra une sorcière trapue à ses côtés.
« - Je te présente Miranda Joly, le directeur de l'école de droit magique. Nous venons de faire connaissance.
- Enchanté. » la salua poliment Harry.
Elle lui serra vigoureusement la main.
« C'est un honneur pour moi de vous rencontrer monsieur Potter. ».
Ils se mirent à parler de droit magique, d'études et de projets d'avenir, Harry trouva la compagnie de la vieille dame fort intéressante. Elle ne cherchait pas à lui plaire, discutant avec naturel et sérieux de sujets divers et variés.
« - Vous souhaitez donc devenir Auror ? Je vous souhaite d'y réussir avec brio. Mon mari voulait devenir Ministre de la magie quant à lui, mais le pauvre homme n'y est jamais parvenu.
- C'est une vocation ambitieuse, sourit le Survivant.
- Goldwin était brillant, il aurait pu atteindre, sinon le sommet, au moins les hautes sphères s'il n'avait pas fait ce pari stupide. » se lamenta Miranda en secouant la tête.
Hermione haussa un sourcil.
« Un pari ? ».
La vieille sorcière soupira.
« - Oui, il a dû effectuer un gage particulièrement dégradant suite à la perte d'un pari et personne n'a plus jamais souhaité le voir diriger ce pays. Il a fini sa vie comme obscur employé dans un service presque inconnu du ministère.
- Voir tous ses espoirs anéantis à cause d'une telle bêtise, soupira Hermione.
- Une vie réduite à néant à cause d'une bête erreur de jeunesse. » surenchérit la vieille dame.
Soudain, Harry se sentit mal à l'aise, presque nauséeux. Un pari, un gage qui pouvait s'avérer dégradant, ça ressemblait terriblement à ce qui lui arrivait avec Malefoy. Et l'avenir qu'on lui prédisait lui donnait des sueurs froides. Son estomac se noua et il sentit la panique l'envahir. Il ne voulait pas passer sa vie coincé dans les sous-sol du ministère.
Il s'excusa fébrilement auprès des deux femmes et se rua vers la sortie. Il avait eu tort d'être aussi confiant, qu'il lui reste un ou quatre mois importait peu, il fallait qu'il trouve ce secret le plus rapidement possible s'il ne voulait pas mourir rongé par le stress.
« Harry ! ».
Ginny s'avançait vers lui, radieuse dans sa magnifique robe de soirée.
« Je viens de finir, désolée pour le retard » lui expliqua-t-elle en souriant humblement.
Harry la vit à peine, il continua son chemin vers la sortie en bafouillant :
« Désolé Ginny, un truc urgent, on se voit plus tard. ».
Outrée, elle le vit quitter la pièce sans même regarder en arrière.
