Le lendemain, Hermione quitta son sordide quartier à toute vitesse. Même si c'était lundi, retrouver ses amis était plus important que son travail.

- Où tu vas comme ça, beauté ?

- Je ne suis pas de service aujourd'hui, du balai ! retorqua Hermione en repoussant un homme qui tendait la main vers elle.

- Ok, ok, on ne se fâche pas...

L'homme leva les mains et Hermione ronfla puis s'éloigna rapidement. Elle connaissait ce gars, elle avait eu à faire à lui à plusieurs reprises, il avait toujours été gentil avec elle, et il payait bien, mais aujourd'hui, elle n'avait pas le temps.

D'un pas large, Hermione quitta l'Allée des Embrumes et transplana jusqu'à Big Ben. De là, elle se rendit à pieds jusqu'à la cabine téléphonique rouge trafiquée qui permettait aux sorciers de descendre au Ministère de la Magie.

Ce n'était pas l'entrée officielle, d'ordinaire, les gens y entraient par des toilettes abandonnées en mettant les deux pieds dans la cuvette et appuyant sur le bouton de la chasse d'eau. Pas très glamour...

- Ah ! Vous voilà.

Hermione sursauta et Lucius Malefoy s'approcha à grands pas. Hermione fronça alors les sourcils puis se redressa.

- Drago ?

Le fils Malefoy se décala de l'ombre de son père et quand il vit la jeune Gryffondor, il resta immobile.

- Granger ? souffla-t-il, visiblement surpris.

Hermione se mordit la lèvre puis inspira et se détourna.

- Allons-y, dit-elle alors.

Elle fouilla dans son sac à main et en tira un jeton en or.

- Vous avez un jeton du Ministère ? s'étonna Lucius. Mais d'où...

- Vous ne voulez pas le savoir, lâcha Hermione en entrant dans la cabine.

Lucius n'insista et jeta un coup d'œil à son fils.

En apprenant que son père allait rejoindre Hermione au Ministère de la Magie, Malefoy Junior avait voulu l'accompagner. Pas qu'il se soucie de quoi que ce soit concernant Percy Weasley ou les Weasley en général, mais il n'avait pas revu les trois Gryffondors depuis la fin de la bataille à Poudlard et oui, il s'inquiétait un peu quand même, surtout quand son père lui avait fait comprendre que le Ministère avait abandonné les trois jeunes sorciers sans qui le Lord Noir serait toujours en vie... Oui, il se souvenait parfaitement d'avoir été négatif en parlant d'eux, mais il avait réfléchit depuis il rejoignait lentement mais sûrement les idées de son père...

Hermione remercia le concepteur de la cabine téléphonique car même avec un adulte imposant comme Lucius Malefoy et son fils qui la dépassait d'une tête, la jeune femme n'était pas compressée contre l'une des parois. On aurait même pu mettre deux ou trois personnes de plus, à vrai dire...

La descente jusqu'au premier étage du Ministère fut cependant plutôt longue pour la jeune femme qui avait très hâte de s'éloigner de ces deux hommes. Non pas parce que leur présence l'insupportait, mais tout simplement parce qu'ils n'avaient rien à se dire...

Les trois sorciers se trouvaient à présent devant le bureau qu'on leur avait indiqué comme étant celui de Percy Weasley, sous-secrétaire d'un quelconque département du Ministère de la Magie qui avait échappé à Hermione.

- Vous restez là ? demanda Lucius.

- Pourquoi voudrais-je entrer ? répliqua aussitôt son fils.

Lucius n'insista pas. Il regarda Hermione qui inclina le menton. L'homme souffla alors par le nez puis toqua contre la porte à la moitié supérieure en verre fumé, et on l'autorisa à entrer.

Quand la porte du bureau se referma, Hermione soupira et s'éloigna dans le petit couloir. Au bout, un comptoir avec une secrétaire en train de lire un épais roman. À l'autre bout, les toilettes. Entre les deux... le vide.

- Même pas une chaise, soupira Hermione en s'adossant au mur de lambris gris.

- En effet, nota Malefoy. C'est étrange.

Un silence s'installa ensuite et le blond regarda la Gryffondor. Il ne l'avait pas revue de la Bataille de Poudlard, quasiment un an plus tôt, et ses souvenirs d'alors se heurtaient à ce qu'il avait sous les yeux.

- Tu as changé, Granger, dit-il en s'adossant en face de la jeune femme.

Hermione leva les yeux vers lui et fronça les sourcils. Elle détourna ensuite la tête.

- Je n'ai pas l'impression, répondit-elle.

- Moi si. Tu n'étais pas comme ça la dernière fois que je t'ai vue...

Hermione passa sa langue contre ses dents puis souffla par le nez et se redressa.

- Je ne suis plus l'écolière acharnée de travail, dit-elle simplement. J'ai... dû m'adapter, après la bataille...

Elle replaça son sac à mains sur son épaule et resserra les pans de son manteau.

- Tu n'as pas l'air de prêter plus d'attention à toi qu'à l'époque, par contre.

Hermione tourna la tête vers le Serpentard.

- D'où te permet-tu de juger ma façon de m'habiller ? demanda-t-elle.

- Je ne te juge pas, je constate, c'est tout...

Malefoy haussa les épaules. Hermione se mordit la lèvre et regarda vers la secrétaire qui mâchonnait un réglisse.

- La vie... ne m'a pas fait de cadeau après la bataille, dit-elle alors. Le Ministère nous a abandonné, Harry, Ron et moi... Nous avons risqué nos vies pendant des mois pour trouver et détruire les Horcruxes de Voldemort, nous avons été blessés, ensorcelés, presque tués... Et puis tout d'un coup, tout s'arrête. Harry est tué par Voldemort, il revient à la vie grâce à la Pierre de Resurrection, il achève Voldemort et rideau.

Hermione serra les mâchoires et grimaça. Elle baissa le nez et renifla. Malefoy se redressa, surpris.

- Granger...

Il s'approcha d'elle et leva les yeux au ciel en la prenant dans ses bras. La jeune femme appuya son front contre son épaule et hoqueta. Elle recula ensuite et le blond passa son pouce sur sa joue. Il lui proposa ensuite de s'asseoir et de tout lui raconter.

Lucius passa près de deux heures avec Percy, et dans le couloir, on n'entendit ni cris ni paroles véhémentes. Cela aida Hermione à s'ouvrir un peu, mais elle resta très vague sur le travail qu'elle avait trouvé après avoir compris que personne ne lui viendrait plus en aide pour rendre la mémoire à ses parents.

- Tes parents...

- Ils vivent toujours dans la maison où j'ai grandi, dans la banlieue de Londres, sans se douter une seule seconde qu'ils ont eu une fille un jour...

Hermione renifla et s'essuya le nez avec un mouchoir en papier. Malefoy l'observa alors à la dérobée. Il la trouvait à peine changée que la dernière fois qu'il l'avait vue, à la Bataille de Poudlard...

Avec ses longues mèches bouclées brunes, son visage aminci et ses grands yeux bruns, elle était telle qu'il se souvenait d'elle, physiquement du moins. Car psychologiquement, elle avait changé. Son regard était dur, elle serrait presque tout le temps les mâchoires, elle fuyait les autres... et surtout elle se cramponnait à son sac comme si sa vie en dépendait.

Le blond allait parler quand la porte du bureau s'ouvrit. Lucius sortit dans le couloir, suivit de Percy qui regarda autour de lui. Quand il vit Hermione qui se levait, son visage pâlit et, même s'ils n'avaient jamais été très proches par le passé, quand Hermione fit un pas en avant, Percy Weasley, le moins chaleureux de toute la famille, la prit dans ses bras et l'étreignit si solidement que la jeune femme cru manquer d'air alors qu'elle fondait en larmes...

- Viens, fils, dit alors Lucius.

- Mais, Père...

Lucius secoua la tête. Drago jeta un dernier regard à Hermione puis se détourna et ils quittèrent le Ministère via une des cheminées du grand hall d'arrivée.