Suite et fin de l'interlude... chapitre loooooooooooong ! ^^
Chapitre 67 : Interlude - suite
L'incident au campement fut rapidement expédié et avec autorité - se chamailler pour savoir qui devait d'abord occuper les bains, non mais franchement !... Joker avait secoué la tête puis tranché. Il s'était éloigné, shootant dans une pierre, main dans les poches de son pantalon bouffant.
"Joker ?"
Le jeune homme demeurait figé, lui présentant son dos.
"Regarde moi !..." grogna-t-elle.
Il commença à s'éloigner mais elle courut derrière lui et l'enserra de ses bras, ce qui eut pour mérite de le surprendre et de lui arracher un sourire presque tendre.
"Je ne te reconnais plus... que t'arrive-t-il ?..."
"Rien, je... ce doit être l'air de l'Allemagne qui..."
"L'air ?... non mais tu t'entends ?!"
Vive, elle le fit se retourner, le jaugeant à sa manière. "Tu es..."
Le mot ne franchit pas les lèvres couleur cerise de la belle dompteuse, se contentant de mourir dans sa gorge.
Joker baissa la tête.
Beast lâcha prise et s'éloigna d'un pas puis de deux. "Elle... cette fille... Joker... te rends-tu compte de la différence de vos conditions ?..."
Joker ne souhaitait pas entrer dans le débat proposé par Beast.
Beast plaça sa main devant sa bouche comme si l'homme qui régnait sur son cœur avait pris l'allure d'un pestiféré !... puis elle courut, larmes lui inondant le visage.
"Pardonne moi, Beast..." ne cherchant nullement à la retenir.
Il frappa à l'immense porte. Une domestique lui ouvrit. "Veuillez entrer, Monsieur. Mademoiselle a donné des consignes à votre sujet. Une collation vous attend dans le petit salon."
Le petit salon. Un endroit magnifique, rehaussé de boiseries sculptées, d'une vaste bibliothèque et d'un canapé confortable. Sur le plateau, la collation était appétissante et raffinée. Joker avala quelques petits fours, après avoir retiré son gant gauche et posé sa canne.
Soudain, deux mains vinrent lui couvrir les yeux avec un petit rire. "Guess..."
Il leva sa main valide pour caresser celles qui retenaient ses paupières prisonnières, sourire duquel se découpait la canine gauche, plus pointue que les autres.
"J'hésite..." poursuivant ses caresses. "Cavalière émérite ou... Comtesse rebelle ?..."
"Laisse moi te mettre sur la voie..." lui faisant pencher lentement la tête en arrière, nuque reposant sur le dossier, pour venir poser ses lèvres sur les siennes, rappelant ainsi à leur mémoire le baiser inversé dont elle l'avait gratifié au manège, dégageant ses paupières closes pour venir poser délicatement ses mains sur ses épaules. Effleurements, puis baiser plus appuyé jusqu'à faire danser les langues dans une soif charnelle.
"La mémoire te revient-elle ?..."
"Oui. Oh oui..." chuchoté. "Encore un peu... pour être sûr..." paupières toujours closes, prêt à en savourer davantage.
Le jeu reprit, plus vif.
Elle se sépara lentement de lui, revenant pour un ultime effleurement des lèvres.
Puis elle s'installa dans un des fauteuils, volontairement éloignée de lui.
"Tu es très... surprenante." avoua-t-il, corps renversé par l'émoi.
"Tu n'as encore rien vu." laissant passer un petit silence, accueilli par un sourire doux du rouquin.
"Je dois avouer que je n'avais encore jamais rencontré quelqu'un comme toi..."
"Nous sommes les originaux de la noblesse et nous l'assumons, père et moi."
"J'ai pu le noter, en effet."
"Sais-tu que les personnes aux cheveux roux ne représentent qu'un à deux pourcents de la population mondiale ?..." préparant le thé.
"Je l'ignorai."
"Tes parents étaient porteurs d'un gêne unique qui a donné cette couleur vive à tes cheveux."
Joker eut soudain un regard extrêmement triste. "Mes parents ?... ah ?..."
Il hésitait à se dévoiler totalement à elle, par peur de décevoir.
"J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? Oh non... ne me dis pas que tes parents sont décédés..."
"A dire vrai, je n'en ai aucune idée. Je n'ai jamais connu mon père. Et ma mère... je n'en ai que de très vagues souvenirs. Je ne sais que son nom."
Karen Tiller. Prostituée des quartiers chauds de Londres. Tu parles d'un héritage !... Il n'y avait vraiment pas de quoi se vanter d'un tel pedigree.
Joker fit passer ces pensées au second plan, les noyant au moyen d'un sourire de commande, comme s'il était en pleine représentation. "As-tu des frères et sœurs ?"
"Un demi-frère. Il vit en France avec sa femme et leurs enfants."
"Tu dois te sentir seule..."
"Les chevaux me tiennent compagnie. Et il m'arrive de voyager avec mon père. Évidemment, c'est moins plaisant que de faire partie d'une troupe de cirque ambulant, je suppose."
"Ce doit être... différent."
"Tu as l'air d'avoir des manières."
"J'ai beaucoup observé les personnes de ta condition."
"Huhuhu !..."
"Le patron qui dirige notre cirque ne loge pas dans un taudis. C'est lui qui m'a appris à me tenir convenablement en présence de personnes issues de la noblesse."
"Ce n'est pas toi, le patron ?" surprise.
"Non. Je ne suis que chargé de l'opérationnel. Je dois lui présenter régulièrement des comptes."
"Quelle barbe !..."
"Oui, c'est pesant parfois." soupirant.
"Et... quelqu'un de qui tu es proche dans la troupe ?... La dompteuse est fort jolie."
"Beast ? Hahahahaha !... non. Plutôt comme une sœur. Mon bras droit - sans mauvais jeu de mots."
"Elle a l'air de savoir ce qu'elle veut. Ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi." croquant dans un fruit, regard braqué sur le rouquin.
"Il faut un minimum de caractère et de volonté pour prétendre dompter des fauves. Si elle était faible, elle n'arriverait à rien. Tu dois en savoir quelque chose."
"Ton genre de femme ?..."
"Oui mais comme je te l'ai expliqué, je la considère plutôt comme ma sœur."
"Oh lucky me." l'envisageant d'un regard chaud des pieds à la tête.
Le sourire se dessina de façon plus prononcée sur les lèvres du rouquin qui finit par croiser les jambes, bras valide en appui sur le dossier.
"Cette position que les hommes adoptent lorsque leur corps se fait trop bavard..."
Une langue joueuse vint titiller la pointe de la canine découpée, dopant l'imagination. "Vas-tu entrer dans la cage ou demeurer à l'extérieur pour m'achever, je me le demande..."
"Tu m'as vu faire avec les étalons, n'est-ce pas ?..."
"Absolument." penché sur le devant, coudes sur ses jambes décroisées, mains jointes sous le menton ; fasciné, captivé et prisonnier de bien jolis filets.
Elle cachait fort bien son trouble, seules les paroles qui lui échappaient reflétaient à la perfection son attirance pour le jeune saltimbanque. Les paroles... ainsi que les deux baisers échangés !...
Joker l'observait tout son soûl : la nature l'avait divinement gâtée : regard limpide comme du cristal, cheveux rappelant la couleur de la prune, peau blanche évoquant la porcelaine... pas étonnant que les prétendants se bousculaient au portillon !...
"Tes flèches font mouche chaque fois, félicitations." à la limite d'en redemander.
"Il faut dire que mon interlocuteur possède à la fois retenue et maîtrise... ce qui contribue à élever le niveau du jeu."
"Moi qui pensais que mon seul talent se résumait aux tours de passe-passe et à la jonglerie..."
"Oh je note que tu es fichtrement doué pour le reste aussi."
"C'est un talent dont j'ignorai même jusqu'à l'existence..."
"Révélatrice de talents ?..."
"Il faut croire..." se caressant le menton, regard braqué sur elle, à nouveau adossé contre le dossier.
"Tu me montres tes autres talents ?..."
"Oh, tu veux dire ?..." serrant le poing avant de faire apparaître une boule de couleur rouge puis une bleue puis une verte et enfin une jaune, tenues entre les phalanges.
"Debout sur la table." directive.
"Deb..." avant d'éclater de rire. "Et la vaisselle ?..."
"Tu y feras attention." le mettant au défi.
"Tu es..."
"... redoutable."
"Pire."
Il se leva et sur une pirouette maîtrisé, se retrouva sur le meuble, jambes ouvertes entre le plateau de mignardises.
"Huh, tu prends des risques."
"C'est toi qui as fixé les règles du jeu, non ?..." commençant à jongler en cascade, sans pratiquement regarder les balles, préférant braquer son regard sur la belle.
"Okay... laisse moi te compliquer un peu la vie..." joueuse, se levant, grimpant sur la table pour se poster derrière lui.
"Si ton père voyait ça !..." amusé.
Deux bras vinrent l'enlacer tandis qu'elle se fit pressante dans son dos. Une balle manqua de peu la main.
"Pfiouu !..."
"Si ça te déconcentre déjà, je n'ose pas imaginer la suite..." passant lestement devant lui après s'être penchée pour passer sous ses bras en mouvement. "Now we're talking." bouche proche de la sienne.
"Ça... ce n'est vraiment pas du jeu !..." trouvant la situation aussi exquise que délicate.
"Hmm mmm." doigts commençant à courir sur le large nœud couleur moutarde maintenant le col de la chemise, rompant tout espace personnel, empiétant joliment sur le sien.
Une balle manqua de chuter.
"Wo ho !" la récupérant de justesse, penchant légèrement le haut du corps sur la gauche.
"Voyons ce que tu vas penser de ça..." venant habilement saisir son visage.
"Eh ! Là, tu triches outrageusement !..."
"Nous n'avons jamais évoqué les autres règles du jeu, que je sache." souriant avant de prendre sa bouche avec appétit.
Les balles chutèrent toutes au sol et il l'enlaça, s'arquant tout en la soulevant par la taille alors que leurs bouches n'avaient de cesse.
"Tu es un piètre jongleur, Ryan." joueuse, soufflé, se permettant, dans un ultime outrage, de passer la langue le long des lèvres humides du rouquin.
"Je n'ai jamais été appelé à jongler dans de telles conditions." se défendit-il.
"Tu manques d'entraînement. Allez, en piste !... Récupère tes balles et recommence." terrible.
En un bond il quitta la table pour ramasser ses balles et reprendre sa position initiale.
"Et cette fois, un effort de concentration, que diable !..."
Il recommença, lançant une balle puis la seconde, suivie de la troisième et enfin la quatrième entra dans la danse.
Toujours tournée vers lui, elle l'observait avec gourmandise, cherchant la faille.
"Tu vas sans doute trouver que je manque de fantaisie mais..." saisissant à nouveau son visage pour poser ses lèvres sur les siennes. Le jeu des balles prit un tour beaucoup moins sûr. Une langue aventureuse franchit les lèvres délicieusement entrouverte et les balles se heurtèrent avant de regagner le sol. Le baiser fit naître des sons indécents et aucun des deux ne souhaitait plus le rompre à présent, sous aucun prétexte !... Il la serra comme si sa vie en dépendait, bouche demandeuse, réclamant plus de voluptés encore. Le baiser durait, enflammant les corps pressés l'un contre l'autre. Elle enserrait toujours son visage aux lignes pures entre ses paumes ouvertes, doigts dans le roux des cheveux, tandis qu'il affectionne sa taille, remontant dans son dos, à délice, tandis que les langues poursuivaient leur danse érotique, se rejoignant sitôt quittées, se savourant sur des sons de plus en plus lourds.
La réalité frappa soudain à la porte des raisons et il se séparèrent, haletants.
"Eh bien..." amusé par leur état.
"Tu me le prends de la bouche..."
"Oh ?... comme ça ?..." revenant pour un baiser furtif, la faisant rire, mains sur les épaules de l'artiste.
"Et maintenant ?... je te montre la chambre ?..."
"A ta guise."
Elle quitta la table, s'aidant de la main valide du jongleur, se penchant pour ramasser les balles et les faire tourner à son tour, riant.
Joker émit un sifflement admiratif. "Alors là..."
"Je te coupe la chique, avoues !..."
"Totalement. Fais voir..." se plaçant derrière elle pour subtiliser une balle puis deux, rendant le jonglage à quatre mains, souriant dans son dos. "Tu y arrives en croisant les bras ?"
"Je n'ai jamais tenté !..."
"Allons-y. Un, deux... trois."
Les balles se heurtèrent et finirent au sol.
"On ne peut pas dire que ce fut une réussite."
"Non." soufflé à son oreille, plaçant une de ses mèches de cheveux en arrière.
"Je semble plus douée pour déconcentrer le jongleur."
"Assurément. D'ailleurs... je n'en reviens pas que tu me laisses t'approcher de la sorte."
"Je te l'ai dit : je suis seule maîtresse du choix portant sur l'homme que je souhaite inviter dans mon lit."
"Hmm... tu ne l'as pas dit dans ces termes-là."
"T'effrayent-ils ?..."
Un petit rire secoua ses épaules, faisant remonter dans le cou une bouche ouverte sur deux arcades dentaires, laissant les dents effleurer la peau avant d'y appliquer sa langue. Deux mains vinrent se couler entre les jambes, remontant jusqu'au sexe, formant un triangle des pouces tandis que les autres doigts se glissèrent indécemment à l'intérieur du haut des cuisses. Elle laissa passer un geignement lourd.
"Mmm... encourageant." soufflé à l'oreille, pressant le corps contre le sien, éveillé.
"Je crois que l'on peut... oublier l'option de la chambre..."
"Si tu m'assures que nous ne serons pas dérangés ici..."
Elle s'écarta de lui et ferma la porte de la pièce à clé.
"Ane San (*) ? tu es sûre que c'est par là ?"
"Oui, je te dis !..."
"Bah, je suis pas certain que..."
"Silence, Dagger !..."
"Je suis sûr que nous nous ferons refouler."
La dompteuse se glissa le long du mur de la bâtisse, épiant chaque fenêtre dont le pli du rideau laissait passer son regard inquisiteur.
"Tu comptes faire toutes les fenêtres de la demeure, dis moi ? non parce qu'il y a aussi l'étage !..." narquois.
"Shhh, Dagger !... Joker ne peut pas s'être volatilisé."
Pendant ce temps, dans le petit salon, les baisers avaient repris avec d'autant plus d'ardeur et d'intensité, dispensant des vagues de volupté dans tout le corps. Les mains n'avaient plus rien de pudique à toucher ainsi le corps de l'autre, même sur les vêtements, tandis que les bouches poursuivaient leurs joutes érotiques, sources d'un plaisir qui se rendait maître des corps. Il hésitait à utiliser la prothèse pour rendre grâce à ses formes. C'est elle qui vint chercher les os en céramique pour les appliquer sur sa peau frémissante.
"Ne crains surtout pas d'en utiliser tout le potentiel." avant de reprendre la bouche souriante, dans un baiser débordant, le rendant à moitié fou.
Sa main féminine s'aventura entre eux tandis qu'elle le faisait regagner le canapé pour l'y installer, se saisissant du renflement marqué, lui arrachant un souffle happé terminé par un sourire éloquent.
"Je ne demande pas si tu aimes..."
"Inu... tile... en effet." souriant de plus belle, souffle montant de pair avec son plaisir.
Elle vint le chevaucher comme une amazone, conquérante. "Ne t'inquiète pas pour la suite... je prendrai le volant pour négocier les virages." (**) quittant son haut d'un geste.
Après plusieurs autres cajoleries, elle vint s'empaler sur lui, sur un son délectable.
Sa tête rousse dodelinait sur le dossier, sourire immuable plaqué sur les lèvres, mains enserrant les hanches dansantes.
Elle avait les mains agrippées au dossier, ce qui facilitait le divin mouvement de balancier auquel elle s'adonnait, pour leur plus grand plaisir à tous les deux.
Beast arriva devant l'immense baie vitrée du petit salon. Elle glissa un coup d'œil furtif et laissa passer un petit son surpris devant ce que lui rapporta son regard.
"Que se passe-t-il ? t'as vu le diable ?" plaisantin.
Pire !... Cette fille qui se balançait sans équivoque... et cette tête à pointes rousses qui dépassaient du dossier du canapé...
Beast eut le cœur serré ainsi qu'une bouffée de haine qui envahit son corps et sa pensée. Elle se détourna rapidement pour ne pas s'en infliger davantage.
"Partons."
"Hein, quoi ?" s'étonna Dagger.
"Viens, je te dis !..." saisissant le lanceur de couteaux par la main.
"Hey !... Explique moi !..."
Qu'y avait-il à dire, de toute manière ?...
A l'intérieur, les deux amants s'étaient laissés emportés par un orgasme dévastateur, les laissant pantelants et souriants. Elle gratifia le cou du jeune homme de quelques baisers chauds, lui arrachant une nouvelle salve de bonheur.
"Maintenant, je peux te montrer le chemin jusqu'à la salle de bains." clin d'œil.
"Pas encore. Reste là." revenant à la bouche désirable, prêt à exécuter un tour supplémentaire.
"Tu sais que... les roux aux yeux bleus sont encore plus rares ?... d'ordinaire vous avez les yeux verts ou marrons..." caressant son visage avec tendresse.
"J'en apprends sans cesse." happant ses doigts des lèvres.
"Je pense que... tu es une rareté. Une merveilleuse rareté."
Le sourire était flatté mais l'air triste revint habiter chaque pli de son visage. "Si tu connaissais mon passé... d'où je viens..." détournant le regard bleuté.
"Je ne demande qu'à l'apprendre." croisant ses doigts aux siens.
Ryan eut un soupir.
"Ton humeur se serait-elle envolée ?... mon exceptionnel ?..." venant lui lécher la joue, se contractant autour de lui pour le rappeler à l'ordre.
Une ombre de plaisir vint brièvement parcourir ses traits. Il en sourit.
"La salle de bains nous attend."
Elle ouvrit la porte, scrutant les mouvements dans le couloir, tenant Ryan par la main.
"Je pense que nous pouvons y aller..."
Ils grimpèrent les marches quatre à quatre. Puis ils s'enfermèrent dans la salle de bains.
Là, elle recommença à l'embrasser. Il adorait ça, totalement captif de ces attentions dont il avait cruellement manqué. Il demeurait extrêmement habile des mains et de la langue, à son grand délice ; un véritable challenger.
Tout au fond de lui criait une voix : "Si elle savait que tu es le fils d'une prostituée... si elle le savait..."
Ryan se sépara d'elle, regard dans le vague. Il se dégagea et marcha jusqu'à la fenêtre, posant une main sur la traverse.
"Que se passe-t-il ?..." le rejoignant, posant le front entre les omoplates du jongleur.
"Rien, je..."
"Tu mens très, très mal, Ryan."
Il esquissa un sourire triste. "Ma vie entière est un mensonge."
"Tu souhaites m'en parler ?..." avenante, glissant une main sur le torse.
Il s'en saisit de sa main valide, la caressant. "A quoi bon ? je te ferai horreur."
"Je te trouve particulièrement dur avec toi-même." humant l'odeur de sa chemise comme pour s'en imprégner, raffermissant sa poigne comme s'il pouvait lui échapper à tout moment.
"Je viens des bas-fonds, Miss. Tu ne peux pas t'imaginer d'où la main charitable de notre bienfaiteur nous a tirés."
"Je t'ai déjà dit que je ne faisais aucun cas des conditions sociales. Tu me plais, c'est une évidence."
Il sourit davantage, baissant les paupières sur ses yeux pers.
"Vas-tu laisser ton passé s'immiscer entre nous ?..."
Ryan soupira lourdement. "Bien sûr que non."
"Bien alors..." l'amenant au centre la pièce. "Laisse moi te déshabiller."
Ryan blêmit.
"Qu'y a-t-il ?..."
"Je... si tu me déshabilles, tu verras ma prothèse..." embarrassé.
"Oui. Et alors ?" commençant à ouvrir les boutons de la chemise blanche tandis que le nœud retenant le col avait déjà été défait.
"Je... j'ai peur que cela te gêne..." effleurant son épaule de ses doigts artificiels.
"Pour le moment, le seul que cela gêne ici, c'est toi."
Il eut un sourire doux. "Tu es sûre ?..."
"Oui." faisant glisser la chemise sur les épaules.
Ryan ferma les paupières, inspirant. Il n'avait jamais offert cet aspect de lui à la vue d'une fille.
La prothèse était attachée directement au tronc. Elle fit le tour de lui avec un regard bienveillant. "Pour moi, ça ne change rien."
"Tu es mignonne." avec un sourire teinté de cynisme.
"Je suis sérieuse, Ryan." le fixant, arrêtée devant lui.
"C'est toujours ce que l'on dit avant de..."
Elle prit son visage entre ses mains pour l'embrasser, vive.
Il fut rapidement pris dans un tourbillon enivrant de sensations, la serrant fortement contre son corps en demande.
"Pas de panique... je ne risque pas de t'échapper..." lui susurra-t-elle à l'oreille, venant cueillir de sa langue les anneaux dont elle était ornée, le faisant frémir des pieds à la tête, mains parcourant le torse découvert. La langue glissait de l'oreille jusque dans le cou, jointe aux lèvres autour de la pomme d'Adam, puis plus bas ; dans le creux entre les clavicules, donnant là des mouvements circulaires étourdissant. Il en geignait, quasiment soulevé de terre par les sensations puissantes, doigts crispés sur les épaules adverses.
Elle fit remonter la belle tentatrice le long du cou et du menton pour la joindre à la sienne, l'invitant à une danse des plus sensuelles.
Les jambes de Ryan tremblaient sur leurs appuis, pupilles révulsées sous des paupières mi-closes.
"Exactement comme j'aime qu'un... homme soit fait... et s'exprime." invitant la main valide à lui rendre visite, au sein d'une moiteur délicieusement chaude.
Un frisson le parcourut et il en vibra de façon indécente, lâchant un long son ravi, ponctué par un grondement sourd.
"Ouiii... vibre, mon beau... vibre !..." laissant sa bouche descendre plus bas, passant le torse, à genoux devant lui, venant le défaire de deux mains impatientes.
Il venait d'en sourire, lèvres tremblantes, bouche souhaitant prononcer l'impensable, dans un aveu qui lui vrillait le corps entier.
Il manqua rendre les armes lorsqu'elle le prit en bouche sur toute sa longueur, corps s'arquant sur l'avant sur un long son appréciateur.
Ses doigts se perdaient dans la toison rousse tandis que l'autre flattait plus bas, n'omettant rien de lui.
La respiration de Ryan était coupée, réduite à des souffles impudiques.
Sa langue... sa langue !... Il en vibrait de tout son être, tandis que la vile tentatrice parcourait les veines saillantes à l'intérieur desquelles le sang pulsait à grande vitesse.
Il en perlait dans sa bouche, sons de plus en plus rauques.
Elle revint à lui pour un baiser chaud puis lui désigna le rebord de la baignoire sur lequel elle prit appui, lui présentant sa croupe au creux de laquelle il distingua vaguement un tatouage.
Il se plaça naturellement derrière elle et la caressa de son renflement un petit moment avant de glisser avec une aisance folle en elle, étouffant là un cri contre sa peau, joliment lové sur elle.
Elle se laissa couler dans la baignoire, entre ses jambes, se faisant face, ressortant un pied de l'eau pour le faire glisser le long du torse imberbe de Ryan.
"Je t'invite dans mon salon... puis dans ma baignoire..."
Il en sourit, venant caresser la cheville, appréciant là le soyeux de la peau. "Une question me brûle les lèvres..."
Elle bascula en avant. "Faut-il que je vienne arracher la question à ta bouche ?..."
Il se redressa, la fixant intensément. "Quelque chose me fait croire que tu n'attends que ça."
Ses mains vinrent remonter le long des bras fins jusqu'aux épaules puis il l'étreignit, bouche rejoignant la sienne.
"Alors ?... cette... question ?..." joueuse, entre deux baisers chauds.
"Hmm... laisse moi encore y... réfléchir un moment..." langue voluptueuse.
"Tu n'es pas... en état de réfléchir... Ryan..."
Il rit doucement contre ses lèvres.
"Quel est le motif du tatouage que tu arbores ?... j'avoue que, dans mon état, je ne l'ai pas exactement distin..."
"C'est rien." sèche.
Ryan cligne des yeux. "Pardon, je ne voulais pas te..."
"Passons à autre chose, tu veux ?!"
Il hausse un de ses sourcils roux face au ton sans concession.
Elle se radoucit et vint le rejoindre, tête contre son épaule, levant la main pour caresser le roux de ses cheveux.
Il nota alors deux impacts sur l'avant-bras. Plissant les yeux, il tenta de déterminer la cause de telles piqûres. Rien de ce qui pourrait se trouver sous leurs latitudes... à part peut-être un serpent ?... Il n'osa cependant pas la questionner davantage, se contentant de faire courir deux doigts sur les marques.
"Dis moi... où vais-je trouver la force de repartir ?..." glissé à son oreille.
"Joker. Le coursier est passé. Il y a une lettre."
Joker fronce. Une lettre de "père"... qui n'augure rien de bon, en général.
Une fois dans sa tente, Joker quitte sa cape et s'installe sur son lit, jambe ramenée sur l'autre, ouvrant la lettre cachetée à la cire, présentant les armoiries d'une ancienne famille du Royaume Uni.
Les yeux pers parcourent les rares lignes d'écriture massacrée.
Sur un soupir, Joker plie la lettre et la place sous son oreiller. "C'est bien ce que je pensais..."
Joker trouve ses amis à l'entraînement. "Écoutez moi. Père m'informe qu'il n'a plus de bonbons à disposition."
Les visages présents se figent.
Des rires d'enfants se font entendre, ce matin-là, dans le parc, attirant les regards des troubadours.
Deux enfants rieurs s'amusent avec le patient lévrier afghan, lui tirant une oreille et cherchant à se jucher sur son dos.
"Tataaaaa !" voyant arriver la fille du comte, se jetant dans ses bras ouverts.
"Mes petites canailles !... cessez de faire la vie dure à Yellowknife. Il n'a plus l'âge, vous savez !..." les réprimandant doucement de malmener le chien de la maison.
Joker rejoint l'attroupement et elle le salue de la main. Il lui rend son salut, sous l'œil furibond de la dompteuse Beast.
"Je peux te voir un moment ?"
Ils marchent à l'écart.
"Qu'y a-t-il, Beast ?"
Un petit ricanement secoua les épaules de la jeune femme. "Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ?"
Joker eut une moue interrogative.
"Cette fille n'est pas pour toi, Joker !... elle ne sait pas d'où tu viens ni quelle est ta vie."
Joker rit par défense. "Je lui rendais son salut par politesse."
"Ryan ! hey !..."
Le leader se figea.
Beast, à ses côtés, marqua un arrêt, choquée. "Elle connaît... ton véritable prénom ?..."
"Chacun ici sait qu'il a été inventé de toutes pièces." levant les mains en guise d'excuse.
La dompteuse détourna la tête et fila.
"Ryan !..."
Le rouquin se retourna, dissipant toute trace de colère de son visage.
"Bonjour." avenant.
"Tu as vu mon neveu et ma nièce ?..." arrivant à sa hauteur.
"Oui."
"Ils me tannent pour voir votre campement."
"Amène les. Je te promets qu'il ne leur arrivera rien de fâcheux." ne pouvant empêcher sa main valide de caresser sa joue, regard épris. "Je te le promets." répété comme pour affirmer la promesse.
"A moins que quelqu'un ouvre les cages des bêtes féroces, je ne vois pas quel mal il pourrait leur arriver..."
"Si tu savais..." songeait secrètement le rouquin.
Ryan se présenta à nouveau le soir suivant. Cette fois, il eut droit à aller directement dans la chambre de la fille du Comte.
Là, il se laissa déshabiller ; toute gêne envolée.
La langue agile vint à nouveau tracer le parcours érotique d'un chemin sans obstacle jusqu'à lui arracher frissons et sons délicieux. Au creux des bras de la fille du Comte, Ryan se sentait choyé comme jamais.
Une nouvelle fois, elle prit les devants mais il la fit basculer, en bout de course, gagnant en assurance, lui pillant deux orgasmes successifs, à son grand délice.
Après l'amour, elle vient se coller à lui, dans son dos, jouant d'une main avec les pointes des cheveux roux.
Soudain, plusieurs flashes lui parvinrent, imprimant sa rétine. Elle y distinguait une demeure somptueuse, une table garnie d'un plateau à étages chargés de pâtisseries fines, des rires féminins. Un sucre tendu. "Allez, fais le beau !... Pourquoi penses-tu que père t'ait mené jusqu'ici, garçon de cirque ?... Allez, plus haut !... Attrape le susucre !... Plus haut !..."
Elle s'écarta mais il la retint d'une main sur sa cuisse. "Reste là..." doux.
Elle se laissa aller contre lui puis il se retourna pour l'embrasser avant de refaire l'amour encore une fois, tout en douceur.
Le petit matin cueillit les deux amants enlacés ainsi que la tente délaissée par le leader.
Il fut le premier à ouvrir les yeux, fixant le rayon de soleil taquin qui s'était invité à travers les pans de l'épaisse tenture.
Ryan se frotta les yeux, achevant d'éparpiller les vestiges de la larme peinte sous son œil gauche, puis se redressa, récupérant ses pinces à cheveux pour les fixer dans les mèches rousses.
Elle poussa un petit soupir bref en découvrant le dos nu du jeune forain.
"Déjà ?..."
Il rit doucement. "Ce n'est pas comme si j'avais un cirque à faire tourner..."
Elle bougea pour se retrouver contre le dos du rouquin, venant parsemer le peau de baisers doux.
Ryan frissonna et ce n'était pas de froid, sourire venant se fixer sur ses traits.
Une main douce passa sur l'avant du torse, refermant lèvres et dents sur la nuque qu'elle venait de dégager. Il en frémit d'un seul tenant, corps démarrant à merveille.
"Tout me dit que tu vas rester..." descendant la main plus bas pour la refermer sur le sexe à moitié dressé.
"Je... ne peux... p..." levant le menton haut tandis que les caresses déferlaient, lui arrachant une vague de plaisir après l'autre.
"Ta troupe peut bien encore attendre un peu..."
Les spasmes battaient son corps, creusant le ventre, lui arrachant des aveux soufflés.
Ryan posa les mains sur le bord du matelas, l'empoignant lorsqu'une sensation enflait plus rapidement et vivement qu'une autre.
Son regard choisit de se fixer sur le jeu régulier de cette main fine. Seigneur, ce qu'il pouvait aimer les délits qu'elle proposait !...
Ses cuisses tremblaient, secouées par les spasmes qu'on retrouvait dans la voix qui s'élevait.
Elle passa ses jambes de part et d'autre des siennes, assurément décidée à le terminer ainsi.
Oh, il n'avait rien contre !... au contraire.
Il attrapa la main libre pour la cajoler de baisers doux ou chauds, laissant sa langue courir sur la peau fine, s'interrompant pour laisser passer des vocalises sans équivoques, terriblement durci dans son poing à présent.
"Dès que je t'ai vu... tu m'as plu." affirme-t-elle.
"Ooooh... moi aussi... moi aussi... c'était... tu étais..." ayant de plus en plus de peine à s'exprimer, pupilles partant à la dérive.
"J'aimerai te garder près de moi... mais je sais bien que c'est impossible..."
"Ne... me mets pas... de telles idées... en tête... s'il te pl..."
Il suffoqua, se renversant sur l'avant avant de laisser échapper un son vif, presque crié, s'éparpillant par jets généreux sur son propre torse tandis qu'elle poursuivait, main souillée, accentuant l'effet d'une jouissance spectaculaire.
Il soufflait fort, sourire audible. "Je suis... incapable... de te résister." riant de sa propre faiblesse que ce nouvel orgasme venait d'avérer.
"Tu reviendras ce soir, après la représentation... promets."
"Oui, oui. Je... oui."
Beast se dressa une fois de plus face au leader. "Joker." froidement.
"Je sais ce que tu vas me dire."
"Tant mieux, ça me fera économiser ma salive."
Il s'arrêta devant elle. Son regard était sans concession.
"Mais enfin, je ne te reconnais plus !... elle t'a ensorcelé, ma parole !..."
"On peut dire ça de cette façon, oui."
"Et toi, tu obéis ?!"
"Je..."
La dompteuse porta les mains sur hanches. "Ce à quoi j'assiste est décevant, Joker."
Le leader fronça. "Je ne t'ai jamais promis quoi que ce soit, Beast."
"Tu n'as toujours pas retenu la leçon, Joker : cette fille fait partie de la haute. Souhaites-tu qu'elle te traite de la même façon que la fois où..."
"Elle ne le fera pas." la coupa Joker.
"Ne me fais pas rire !..."
"Tu ne peux pas comprendre." voulant passer son chemin.
"Oh, détrompe toi. Ne compte pas sur moi pour te consoler une fois qu'elle t'aura détruit." croisant les bras.
Joker eut un soupir las qui le traversa. Quelque part, il savait que Beast avait raison.
La représentation eut un franc succès. Joker patientait, assis sur une caisse de bois, observant les mouvements de la foule, jambe ramenée sur l'autre.
Il fixa un instant la fenêtre éclairée de la vaste demeure et en sourit. Elle l'attendait et il lui tardait de rejoindre ses bras attentionnés.
Elle l'accueillit en chemise de nuit de soie qui ne camouflait rien de son anatomie. Il l'embrassa avec force sitôt passé le seuil de sa chambre.
"Tu m'as manqué... petit monstre." embrassant son visage entier, serrant la tête rousse entre ses deux paumes ouvertes.
"Je n'avais qu'une envie... durant la journée entière..." saisissant ses mains pour les embrasser vivement. "... que m'as-tu fait, ensorceleuse ?..."
"Rien de particulier... je pense que tu as longtemps cherché une femme qui te corresponde."
Il quitta sa veste et attrapa sa main pour les diriger jusqu'au lit devant lequel les baisers reprirent, plus exigeants et plus profonds, leur arrachant frissons et déclarations vocales déplacées.
"Je n'ai... jamais été ainsi avant..." avoua-t-il, bon prince.
Il se tenait assis, elle entre ses jambes ouvertes, bras refermés autour de la fine taille.
"Je me déshabille ?... ou tu t'en charges ?..."
"A ton avis ?..." regard brillant tandis qu'elle laissait ses doigts vagabonder dans les mèches rousses.
Il se redressa et commença à la défaire, gestes de plus en plus assurés.
"Je note que tu progresses, Ryan..." ravie.
"J'ai un excellent professeur." souriant.
"Tu me flattes."
Les vêtements la quittaient l'un après l'autre, dévoilant son corps magnifique qui tourmentait d'émoi celui de Ryan.
Il sourit. "Et voilà..." faisant le tour d'elle pour l'admirer. Repassant devant, il se pinça la lèvre. "J'ai envie de t'embrasser... partout." mains remontant le long des bras nus.
"Partout, uh ?..." joueuse.
"Je... sais que ma demande est pour le moins audacieuse et je comprendrai que tu la ref..."
Des lèvres chaudes et prometteuses vinrent faire taire le jeune artiste. Il en perdait la tête chaque fois, étourdi de sensations, laissant enfler les vibrations indécentes dans sa gorge pour les laisser étouffer dans le baiser.
Elle se sépara de lui. "Tout ce que tu veux."
"Alors je pense que... tu devrais me déshabiller à mon tour pour... que je sois à l'aise." souriant, conscient de l'effet que cela provoquera immanquablement en lui.
"Avec grand plaisir." ouvrant le nœud couleur moutarde, puis défaisant la chemise. Quelques baisers sur le torse, érigeant les boutons des seins. Puis le pantalon donnant sur un sexe impatient et déjà haut.
"Hmm... effectivement... c'était de mise."
Elle fit glisser le pantalon des deux mains, paumes sur les fesses fermes du jongleur. Il en leva très haut le menton, sifflement contenu entre les dents avant de sourire.
Elle retira les guêtres et les chaussures pour l'avoir totalement nu.
Ils se câlinèrent un instant, gestes effleurants, baisers du bout des lèvres. Puis il la fit allonger, se coulant entre ses jambes délicatement ouverte.
"Now... it's showtime." se penchant lentement, alternant effleurements des lèvres avec des souffles chauds. De doigts délicats, il l'ouvrit totalement à ses attentions, embrassant là avant d'y faire jouer une langue douce.
"Resserre-moi cette jambe à droite !... comment veux-tu qu'il comprenne tes ordres ?! Par pitié, cesse de tirer sur sa pauvre bouche, laisse-le aller à l'obstacle !..."
Le jeune leader vint s'accouder à la barrière. "Bonjour, Monsieur le Comte."
"Bonjour, jeune homme."
"Elle se débrouille bien..."
"Ah mais c'est dans son intérêt !... demain se tiendra une grande compétition et je veux qu'elle en sorte vainqueur."
Un autre membre de la troupe vint se placer aux côtés du rouquin.
"Elle est franchement douée." admit le lanceur de couteaux, Dagger.
Joker eut un petit sourire.
"Vu le ciel, le temps va virer à l'orage cette nuit... le sol sera donc boueux, ce qui promet de nombreuses chutes." déclara le Comte, presque posément.
"Pourquoi prendre autant de risques et ne pas simplement annuler le concours ?" questionna Joker, franchement inquiet.
"Pensez-vous !... c'est elle qui va gérer."
Joker eut une moue circonspecte.
Elle finit par s'approcher du groupe, donnant du leste à la bride de l'animal.
"Je crois que tu viens de rallier à ta cause un admirateur supplémentaire !..." déclara Joker, posant sa main sur l'épaule de Dagger.
"Ça ne va pas du tout plaire à Ane San." dit le jeune garçon, secouant la tête tout en conservant le sourire.
"Je trouve le Comte particulièrement dur avec sa fille." dit Joker alors qu'ils regagnaient le campement.
"Il souhaite qu'elle soit la meilleure, c'est normal." répondit Dagger.
"J'en profiterai pour le questionner concernant la vente de deux de ses chevaux demain."
"Ça veut dire que nous levons le campement, Senpai ?"
Na'ir est nerveux, faisant frissonner chaque muscle de sa silhouette fine. Au moment de le seller, il trouve opportun de s'amuser avec la fille du Comte, ce qui lui vaut une réprimande.
Le terrain d'obstacles est boueux au possible et les fers des animaux glissent sur le sol instable, générant des chutes parfois dramatiques.
Le Comte secoue la tête tandis que Joker blêmit à vue d'œil.
"Empêchez votre fille d'assister à ce massacre prémédité !..."
"Rassurez-vous, jeune homme, Na'ir est un animal du désert, il sait faire son affaire d'un sol meuble."
Joker serre le poing. Il brûle d'envie de saisir le Comte par le col et lui hurler de ne pas faire participer sa fille à cette compétition. Mais il est trop tard, le nom de la fille du Comte est annoncé.
Elle arrive, empruntant le chemin et Na'ir glisse sur le sol une première fois, se rattrapant de justesse. Elle serre les rennes. "Allez, Na'ir... un effort !..."
D'un coup de jambes, l'étalon s'élance, passant les obstacles avec une grâce nerveuse, naseaux grand ouverts, regard averti.
"C'est bien... lâche les rennes pour qu'il puisse voir où il met les sabots..." murmure le Comte.
Joker est transi, blanc comme un linge, palpitant manquant de bondir hors de sa poitrine.
Na'ir trébuche en sortie d'obstacle mais se rattrape in extremis.
Ils terminent la course, maculés de boue. Elle salue la foule alors qu'Erich entre à son tour sur le parcours.
"Tu es absolument charmante, ainsi couverte de boue."
"Garde tes fantasmes pour toi, Erich." sèche.
Sur un petit rire excité, Erich lance son cheval au petit galop puis passe les obstacles un à un.
Sur le dernier, le cheval patine à la réception et heurte la rambarde, coinçant la jambe du cavalier, broyant les os. Erich laisse échapper un juron avant de serrer les dents pour ne pas hurler de douleur.
"J'ai appris ce matin que les médecins ont peu d'espoir pour la jambe d'Erich. L'amputation paraît inévitable."
Joker secoue la tête. "Même si ce type n'était pas des plus sympathiques, il ne méritait pas de finir ainsi."
La fille du Comte haussa les épaules. "Rien ne l'obligeait à concourir."
"Ce sont bien là des paroles d'une personne valide." souriant de manière ironique.
"Tu souhaites le visiter et lui apporter des fleurs et des chocolats, Ryan ?" sarcastique.
"Vous ne pouvez pas comprendre." furieux, quittant la demeure sur un claquement de porte.
Elle se laissa guider par le son de la flûte, jouant une mélodie peu connue : "Tom, Tom, the Piper's Son" tiré de Mother Goose.
"Tom, he was a piper's son,
He learnt to play when he was young,
And all the tune that he could play
Was 'over the hills and far away';
Over the hills and a great way off,
The wind shall blow my top-knot off.
Tom with his pipe made such a noise,
That he pleased both the girls and boys,
They all stopped to hear him play,
'Over the hills and far away'."
"Hey..." douce, s'installant à côté de lui, sous le vieux chêne, portant la main sur son bras avant de venir poser la tête contre son épaule. "Désolée pour tout à l'heure..."
"Je me suis un peu emporté..."
"Ça ne me dérange pas, un homme qui défend ses convictions." venant déposer un baiser doux sur sa joue, lui arrachant un sourire, dévoilant sa canine gauche.
"Bonjour, Erich." bouquet à la main.
L'homme serre les couvertures dans ces poings. "Pourquoi es-tu venue ?!"
Elle plaça les fleurs fraîches dans un vase.
"C'est ta volonté de te gausser de moi qui t'a conduite jusqu'ici, n'est-ce pas ? de me voir diminué t'offre un certain plaisir, pas vrai ?"
"Tu te trompes. Je suis désolée de ce qui t'arrive, Erich."
"A d'autres. Je connais parfaitement ton opinion à mon sujet."
Les poings tremblaient tant ils serraient fort la couverture du lit.
"Tu crois que je n'ai pas vu ton jeu avec ce foutu saltimbanque ?!"
La fille du Comte eut un léger mouvement de corps.
"Tu es définitivement du même sang que ton père. Vous êtes la honte de la noblesse."
"C'est là ton avis, mon cher Erich." disposant les fleurs avant de poser le vase sur la table de nuit attenante au lit.
Dans un geste vif, Erich fit tomber le vase du support, le faisant se briser en morceaux, souillant le sol.
"Tu n'as rien à faire ici. Déguerpis."
"A ta guise, Erich." gardant sa contenance avant de réenfiler son manteau et de quitter la pièce, laissant Erich à sa haine profonde.
C'est la panique au sein de la maisonnée : les enfants demeurent introuvables. On fouille toute la demeure : des combles à la cave. Aucune trace.
La troupe commence à plier bagages mais avant cela, Ryan compte rendre une ultime visite à la fille du comte.
Au sein de l'immense bâtisse, le désespoir est palpable. Pourtant, personne n'a, semble-t-il, fait appel aux forces de l'ordre. Le comte a sans doute des choses à cacher.
Ryan la trouve dans le petit salon, regard absent.
"Ryan..."
Il s'arrête devant elle, la toisant. "Je ne me suis jamais nommé Ryan !... je ne connais même pas mon prénom, à dire vrai je pense n'en avoir jamais eu !... J'ai été abandonné à la naissance par ma mère qui se prostituait dans les bas quartiers de Londres."
Elle ouvrit la bouche, incapable de proférer le moindre mot.
"Et ce n'est pas tout. Le cirque que je dirige sert de couverture aux activités que nous exerçons, à savoir l'enlèvement d'enfants dans les lieux où nous nous établissons."
Elle en demeurait figée.
"Voilà ce que je suis, ce que nous sommes en réalité. Voilà la vie mensongère que je mène depuis des années !..." un rire dément suivit. "C'en est sans doute trop pour la fille d'un comte, tout compréhensif soit-il, n'est-ce pas ? Voilà mon horreur !..."
Il la saisit par les épaules, serrant fortement. "Je ne connais pas d'autre manière de fonctionner. Nous ne connaissons qu'un seul air, celui que nous ordonne l'homme qui nous a tirés de la boue !..."
"Ry... an..." hébétée.
"Et maintenant, je me dois de t'éliminer ainsi que ton père lorsqu'il sera de retour. Quelle tragédie." secouant la tête, paupières closes, ricanant presque tant la perspective lui était douloureuse.
"Ce ne sera pas nécessaire."
Joker ouvrit les yeux. Cette voix... cette voix ne semblait pas celle de la fille du comte. Elle était froide et dure, frappant comme le tranchant d'une épée. Joker cligna.
"Moi aussi, je t'ai menti. Bien sûr que Ryan n'est pas ton véritable prénom - mais quelle délice il fut dans ma bouche !... Évidemment que tu ne connais pas d'autre alternative à ton existence misérable - mais quelle tristesse d'en arriver là."
Un brouillard noir semblait se rassembler autour d'elle.
Joker relâcha sa prise.
"Mon véritable nom est Léviathan, cent neuvième Spectre de sa Majesté Hadès." laissant deux ailes immenses se dessiner derrière elle, s'ouvrant dans le silence pesant, reflétant une puissance destructrice.
Et tandis qu'un cri d'effroi s'élevait dans les airs, au loin le vent tirait sa complainte :
Into the spiral of desperation
Not having a way to seek
A beautiful daydream
Flickered blindingly to the end
All my body is rotting
Showing the way to that voice
toward the shadow of the cold moon
I thought I just wanted to respond
Anywhere I reach
I can't grasp anything
I reached out my hand toward the pleasure of darkness
Even if I knew it was a lie
I just lived in this world
If I can't even go over the hill over there
Then where will I go?
What I can do is just one thing
On that day I decided to live
Sadness can't have a color
and was filled with a corrupted sound
To be able to protect what is precious
I choose this path
I didn't wish for it
If it wasn't for this body
Would everything be different?
Now I can't go once over the hill
Everything will just decay and rot away
Even if I knew it was a lie
I wanted to live in this world
If I was to cut and throw away this hand
Farewell
Everything would be soaked in red.
(*) Façon de s'adresser affectueusement à une femme qui est, par exemple, la femme d'un chef de gang, ou qui est elle-même responsable d'une organisation, ou encore à qui on reconnaît des qualités de leader.
(**) Allusion ouverte à une réplique de Faith Lohane dans Buffy.
