Ndt : Tatatan ! Désolée pour le retard ! Ce n'est pas la faute de ma remarquable beta qui m'a déjà renvoyé tous les derniers chapitres relus depuis un moment ! D'ailleurs si jamais il reste encore des coquilles, c'est parce que je me suis précipitée pour poster lors d'une des rares pauses que j'arrive à prendre ces jours-ci... Pour me faire pardonner, je vais poster la suite et fin dans les jours à venir. Restez dans les parages et bonne lecture !
7
A son réveil, Harry sut qu'il s'était fait baiser. Et pas dans le bon sens du terme. Il ouvrit lentement les yeux et leva le nez à la recherche de la clé.
— Oh je ne ferais pas la même chose deux fois de suite, Monsieur Potter. Ne me prenez pas pour un imbécile.
Harry baissa la tête pour constater que le blond était assis sur lui. Il avait dû se laver et s'habiller pendant que Harry dormait : ses cheveux blonds étaient peignés en arrière et dissimulés sous un bonnet de laine noir. Harry plissa les yeux.
— Je vous avais demandé de ne pas bouger.
Le menton posé sur ses bras croisés, Draco haussa une épaule.
— Je pensais que ce n'était qu'une suggestion.
Il écarta une mèche de cheveux du front de Harry puis laissa échapper un soupir songeur.
— Je comptais rester, tu sais. On aurait passé une matinée magnifique.
Son accent lui donnait un ton plein de remords, comme s'il regrettait de devoir partir.
— Et puis vous m'avez menotté. Je n'aime pas qu'on m'attache, Monsieur Potter.
Il se redressa comme à contrecœur et descendit du lit. Harry put constater à présent que Draco était en effet tout habillé ; ses cheveux avaient l'air humides mais, couverts comme ils l'étaient, il ne pouvait pas en être sûr. Draco ouvrit la porte, mettant son sac à l'épaule ; il se retourna une dernière fois :
— Je suis content d'être venu vous trouver. Je n'ai jamais pris le temps de le faire pour personne. Mais vous étiez de loin mon préféré.
Harry eut un pincement au cœur. D'une certaine manière, cela sonnait comme un adieu.
— Je me sens tellement privilégié.
Draco le regarda d'un air affectueux, quoiqu'un peu triste.
— Vous auriez raison de le penser. Vous n'allez probablement jamais me revoir.
Et au fond de lui Harry savait que c'était sûrement vrai.
— Vous allez me laisser ici ?
Draco lui sourit malicieusement, mais son sourire, cependant, semblait forcé.
— Je suis sûr que ce ne sera pas la première fois que les employés du Dorchester trouveront un homme dans votre position.
Il détourna les yeux.
— Surtout un homme qui vient de se marier.
— Vous ne pouvez pas me laisser enchaîné ici.
Ces yeux gris étaient teintés de colère lorsqu'ils se remirent à le fixer, bien que le ton de sa voix fût plutôt neutre :
— Vous m'avez enchaîné ici. La confiance, c'est réciproque, Monsieur Potter.
Sa position l'empêchant de faire de grands gestes avec ses bras, Harry se contenta d'un mouvement de mains pour exprimer sa frustration :
— J'allais vous relâcher.
Draco haussa les épaules.
— Moi aussi…
Il jeta un regard appuyé en direction du pied de lit. Tendant le cou, Harry aperçut l'éclat d'une petite clé à quelques centimètres de son orteil. S'il tendait un peu la jambe…
— Hein ? trop faci…, commença-t-il.
Mais lorsqu'il releva la tête pour lui rire au nez, Draco était déjà parti.
— Ah ! Notre cher touriste.
Harry était à l'accueil de l'hôtel pour rendre les clés de la chambre sans son mari. Il n'arrivait toujours pas à croire qu'il était vraiment marié à un sombre inconnu que « Draco » avait sans doute sorti au hasard de l'annuaire.
L'annuaire, releva soudain son esprit. Pourquoi est-ce que je n'y ai pas pensé plus tôt ?
Il releva la tête :
— Je vous demande pardon ? dit-il avant de s'interrompre.
Quatre jours plus tôt, ce même homme lui avait donné une tape sur l'épaule en suggérant que Draco s'était probablement enfui avec son portefeuille.
— Mais c'est pas vrai…
D'abord la mafia écossaise, et maintenant les irlandais.
Il ne manquait plus que ça.
— Si vous voulez bien me suivre, Monsieur Potter.
Son nom prononcé avec l'accent irlandais sonnait faux. Harry était à présent persuadé que quiconque prononcerait son nom de cette manière l'écorcherait. Que ça ne sonnerait jamais juste qu'avec une pointe d'accent français. Merlin, qu'il était pathétique.
— Où est-ce que vous m'emmenez ? demanda-t-il en scrutant la camionnette sombre vers laquelle on l'emmenait.
Harry était en train de se découvrir une phobie pour les camionnettes, à en juger l'angoisse qui était en train de naître dans sa poitrine. Il déglutit péniblement et un frisson lui parcourut l'échine lorsqu'il mit le pied dans le véhicule.
— Monsieur Finnigan voudrait vous toucher deux mots.
— Et qui est Monsieur Finnigan ?
Un grand sourire serti de trois dents en or (qui remplaçaient probablement des dents perdues à coups de poings) lui répondit :
— Le patron.
Harry sortit de la camionnette pour se retrouver dans une zone industrielle. Mis à part un étrange mastodonte qui allait et venait avec un talkie-walkie à la main, l'endroit était désert. Il observa la façade de l'immeuble. Était-ce un QG, la branche londonienne de la mafia irlandaise ? Dans quoi est-ce qu'il s'était encore fourré…
— Vous devez être Monsieur Potter.
Il tourna la tête si vite qu'il entendit ses os craquer. Grimaçant, Harry fit face à un homme au teint pâle et à l'accent irlandais très prononcé. Il était plus petit que ce à quoi Harry s'attendait et se tenait dans l'entrée du hangar vers lequel on l'emmenait ; il ne portait pas le costume cravate de tous les clichés, mais un simple T-shirt et un jean. Toutefois, même si la couche officielle de tyrannie était absente, il dégageait un air d'autorité incontestable.
L'irlandais fit un signe de tête donnant l'ordre à Harry de le suivre avant de se retourner et d'entrer dans le hangar. N'ayant guère le choix, cf la montagne de muscles qui se tenait derrière lui, Harry lui emboîta le pas.
— Je m'appelle Finnigan. Vous pouvez m'appeler Seamus si vous voulez. Savez-vous pourquoi vous êtes ici, Monsieur Potter ? Ou est-ce que vous préférez Harry ?
Harry eut un court instant de surprise comme on lui demandait son opinion puis saisit l'occasion qui lui était offerte :
— Euh, Harry.
— Harry donc. Alors, savez-vous pourquoi vous êtes-là, Harry ?
— Je soupçonne que ça a un rapport avec un Malfoy ? dit Harry en employant le nom par lequel tous les mafieux semblaient appeler le blond qu'il connaissait.
Ce devait être difficile de ne pas perdre le fil avec tous ces noms. Même la meilleure amie de Draco l'appelait Nathaniel. Était-ce son vrai nom ou bien un nom qu'il lui avait donné ? Cela pouvait aussi n'être qu'un nom qu'elle utilisait en public. En tant que meilleure amie et mère de sa fille, quelqu'un qui savait ce qu'il faisait dans la vie, il était probable qu'elle cherche à protéger son anonymat. Harry trouvait sa situation parfaitement risible. Il était littéralement marié à un homme qu'il ne connaissait pas, et figurativement marié à un homme qu'il n'arrivait pas à cerner.
Le regard bleu s'éclaira :
— Ah, enfin quelqu'un qui ne fait pas semblant de ne pas comprendre. C'est épuisant, toute l'énergie qu'il faut parfois dépenser pour obtenir la vérité, non ? demanda-t-il à un des hommes qui se tenaient à côté de lui.
L'homme acquiesça. Même s'il n'avait pas écouté, il aurait sans doute acquiescé quand même.
— Oui, ça concerne un Malfoy, dit Seamus.
Il s'assit sur une chaise au milieu du hangar et l'invita à s'asseoir en face de lui.
— J'ai entendu parler de l'entreprise de Monsieur Malfoy, commença-t-il tandis que Harry s'asseyait. Je me suis dit que je pourrais investir dans l'affaire et lui donner un peu d'argent. J'étais loin de me douter qu'il irait dire la même chose aux écossais.
Les yeux bleus luirent d'un éclat dangereux dans la pénombre du hangar.
— Je ne suis pas quelqu'un de mauvais, je sais juste ce que je veux, et je voulais ce dessin. A 160 millions de livres, qui ne la voudrait pas ?
Il eut un rire méprisant.
— Mais voilà que j'apprends qu'il est toujours dans cette putain de galerie, alors je veux récupérer mon investissement, toutes les vingt mille livres.
La coquette somme de vingt mille livres de la part d'un donateur anonyme, répéta la voix d'Hermione dans sa tête.
Fermant les yeux à cette révélation, Harry eut un rire laconique. Anonyme, tu m'étonnes.
— Ce n'est pas moi qui aie votre argent.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, Seamus le considérait de son regard limpide.
— Non, ce n'est pas vous, mais votre petit mari, si.
Harry tenta de ne pas laisser sa stupéfaction transparaître, mais il sut qu'il avait échoué lorsqu'il surprit un rictus sur les lèvres de l'irlandais.
— Oh oui, tout le monde est au courant. On a tous des contacts. Je suppose que les félicitations sont de mise.
Harry haussa les épaules. Ce n'était pas comme si cela avait une importance quelconque.
— C'était un bon moyen de se cacher. Nos contacts dans la Met continuaient à chercher un jeune blanc célibataire et il a disparu de nos tablettes pendant plusieurs jours. Je m'attendais à ce qu'il prenne la fille de l'air. J'allais m'attaquer à sa famille mais il semblerait qu'un de mes rivaux l'ait déjà fait. Tout ce qu'il me reste maintenant, c'est vous. Imaginez ma surprise quand j'ai vu qu'il ne s'enfuyait pas.
— Mon sort ne l'intéresse pas. Regardez où il m'a laissé.
Une lueur amusée passa dans le regard de Seamus : l'éclat dangereux devint soudain plein de science :
— Oui, regardez où il vous a laissé, après que je l'ai appelé ce matin pour lui dire que j'allais m'en prendre à vous, dit-il comme s'il rendait service à Harry.
Harry le dévisagea :
— Quoi ?
Seamus hocha la tête, le regard pensif :
— Je sais, c'est curieux, non ? Monsieur le Prince de Glace ne montre jamais aucune émotion et soudain il se précipite pour faire faire un certificat de mariage et s'installe avec vous dans la suite pour jeunes mariés du Dorchester à la première occasion, au lieu de rester dans la clandestinité.
Revenant à Harry, son regard s'éclaircit :
— Je ne pense pas que ce soit une coïncidence. Et vous savez ce qui, à mon avis, n'est pas non plus une coïncidence ? Que notre voleur préféré se rende dans un certain hôpital toutes les deux semaines et dans le même service pour voir la même petite fille, qui joue avec les mêmes enfants tous les jours après la crèche.
Harry fronça les sourcils. Menacer Harry, alors qu'ils savaient qu'il y avait d'autres personnes auxquelles Draco tenait, montrait qu'ils ne connaissaient pas précisément la nature de son lien avec Draco. Harry décida de ne rien dire qui puisse pousser leur raisonnement plus loin.
— Puis il file du matériel à un petit autiste qui aime peindre. Vous savez que c'est lui qui a trouvé ce travail à sa petite femme ? Quelques quatre ans auparavant, à peu près quand son mentor est mort. Un peintre brillant ce Severus Snape, ses contrefaçons étaient presque aussi bonnes que celles de son apprenti.
Harry se refroidit. Son mentor est mort ? L'histoire qu'il lui avait racontée la nuit passée était donc un mensonge. Draco avait dit la nuit dernière que son mentor aurait un alibi imparable. Rien de plus imparable que la mort. Le blond ne savait-il rien faire d'autre que mentir ?
— Mais vous savez qui est meilleur qu'un apprenti ? poursuivit Finnigan, inconscient de l'agitation intérieure à laquelle Harry était en proie. Dites-moi, avez-vous déjà entendu parler de Stephen Wiltshire ?
Quand Harry secoua la tête en signe de dénégation, Seamus poursuivit :
— Un autiste, il dessinait les grands monuments de Londres à l'âge de dix ans. Ç'aurait pu être des photographies tant le détail était précis.
Il s'interrompit un instant pour voir si ça disait quelque chose à Harry.
— Ça ne vous dit rien ?
Mais Harry fit de nouveau « non » de la tête.
— Peu importe. Il y a trois ans, il a fait un tour en hélicoptère au-dessus de New York. En trois jours, il a reproduit la ville en un dessin de plus de cinq mètres de long, sans rien d'autre que des crayons à papier et un iPod.
En l'écoutant parler, des images revenaient à Harry. Il revoyait Draco qui se penchait doucement en avant, avec Emily dans les bras, afin de ne pas effrayer le petit garçon dans la salle d'activité de l'hôpital. Il revit Draco tendre à l'enfant un iPod nano violet dont le garçon s'était immédiatement emparé pour se le visser dans les oreilles, mais il ne se souvenait que de ce que Hermione disait. Puis tout le reste lui revint soudain, des fragments qu'il avait relégués dans son subconscient ce jour-là, qui s'étaient noyés sous tout ce que Hermione lui avait raconté à propos de « Nathaniel ». Toutes les fournitures d'arts plastiques, les reproductions d'œuvres et de tableaux accrochées aux murs ça et là, et qui portaient le logo de la National Gallery et du Musée du Louvre.
C'est Michael. Il a quatorze ans. Ses parents l'ont fait transférer ici à la suite de la récidive de sa leucémie. Ça fait quatre ans maintenant qu'il est là : il a sa propre chambre et tout ce qu'il faut. Ses parents lui paient tout ça. C'est pratiquement chez lui ici…
Vous savez que c'est lui qui lui a trouvé ce travail ? Il y a quatre ans environ.
Il était dans une école pour surdoués avant d'être transféré ici… Certains jours, il ne fait que dessiner et peindre… Forcément, Nathaniel allait arriver à faire des miracles sans même essayer. Il a toujours eu de la chance.
Harry songea au fait que Draco se rendait à l'hôpital toutes les deux semaines sans faute. Que, mis à part l'anniversaire d'Hermione, la dernière visite aurait eu lieu deux jours avant la tentative de vol.
En trois jours, il a reproduit la ville en un dessin de plus de cinq mètres de long, sans rien d'autre que des crayons à papier et un iPod.
J'en ai fini avec la Princesse. J'étais allé en France pour tourner la page, et maintenant c'est fait.
Harry referma les yeux. Ça le rendait un peu malade. Draco n'avait jamais dit qu'il n'avait pas le tableau. En y repensant, Draco ne lui avait jamais dit grand chose, Harry avait presque tout déduit lui-même. Sentant qu'il avait du mal à respirer, Harry porta une main à sa poitrine. Il n'aurait pas cru le blond capable d'une chose pareille, de se servir d'un petit génie autiste atteint de leucémie pour reproduire des œuvres d'une valeur inestimable, mais d'expérience, il savait que Draco était un très bon acteur.
Un escroc.
— Vous comprenez les options qui s'offrent à moi, Harry ?
Harry hocha la tête. Soit Draco avait la vraie toile et Seamus allait mettre la main dessus, soit il ne l'avait pas et il voulait récupérer son argent. En intégralité.
— Alors, vous vous sentez d'attaque pour passer un coup de fil ?
Quand Harry releva la tête, il avait un téléphone portable sous le nez, ainsi que le canon d'un revolver.
— Vous êtes blessé ?
Harry leva la tête. C'était à la fois une bénédiction et une malédiction maintenant d'entendre cette voix. L'espace d'un instant, il lui jeta un regard noir avant de se rendre compte que ça ne servait à rien. Il n'allait pas s'en sortir et sa baguette était dans son sac, sac qu'on lui avait confisqué plusieurs heures auparavant.
— J'ai des bleus.
Draco l'observait d'un œil critique comme s'il faisait le relevé de toutes les égratignures et autres marques qu'il avait sur le visage et sans nul doute sous son T-shirt. Ils avaient au moins pris la peine de lui enlever sa veste avant qu'il n'y ait du sang partout.
— Je vois ça. Que vous ont-ils ont fait ?
Harry inclina la tête de côté, faisant un mouvement en direction de l'homme à sa gauche :
— Celui-là m'a démoli la mâchoire, l'autre m'a donné des coups de pieds dans les côtes.
Draco fusillait les deux hommes du regard :
— Et la lèvre fendue ? demanda-t-il sans détourner les yeux.
— Le blondinet là-bas.
— Hmm.
Harry ne put s'en empêcher :
— Vous n'êtes même pas français en fait.
Draco se tourna vers lui. Son regard s'adoucit en se posant sur lui :
— Je n'ai jamais dit que j'étais français, répondit-il, le ton mêlé d'un peu de perplexité. Je viens du Wiltshire. J'ai passé toute ma jeunesse en France cela dit, j'étais scolarisé là-bas. J'ai vraiment eu cet accent un jour, même s'il était un peu exagéré, si c'est ça qui vous préoccupe.
— Où est mon argent ? intervint Seamus lassé de ces retrouvailles ridicules.
Harry ne s'en offusqua pas. Il détourna la tête.
A présent qu'ils ne se regardaient plus, Draco se tourna vers Seamus Finnigan, un sourcil haussé.
— Je vous demande pardon ?
— Où…
— Non, je vous ai parfaitement entendu, je ne suis pas sourd, le coupa-t-il en levant les yeux au ciel. Je veux dire qu'est-ce qui vous fait croire que j'ai de l'argent qui vous appartient ?
Seamus s'approcha de lui, plus en colère qu'auparavant.
— J'ai investi 20 000 livres sur vous.
Draco hocha la tête une fois pour montrer qu'il suivait, puis fronça les sourcils en voyant que Seamus ne poursuivait pas.
— Oui, dit-il lentement, et votre investissement a été entièrement dédié au produit fini.
Seamus ouvrit les bras et jeta un coup d'œil circulaire :
— Alors où est-il, ce « produit fini » ?
Draco le regarda comme si la réponse était l'évidence même :
— Il est au musée du Louvre.
Seamus prit son revolver sur la table et le pointa sur Harry.
— Vraiment.
Draco leva les yeux au ciel. Harry se sentit légèrement offensé par sa réaction.
— Je ne suis pas Demelza. Vous ne pouvez pas m'intimider comme ça.
Il pointa du doigt :
— Tirez sur lui si vous voulez, mais la sécurité est toujours enclenchée.
Harry ne savait pas comment prendre tout ça. Il espérait que son expression disait tout. Draco lui retourna son regard :
— Sans vouloir te vexer, mon cœur… comment as-tu fait pour te faire kidnapper par des imbéciles pareils ?
Pour toute réponse, Harry lui jeta un regard noir. Seamus baissa les yeux. Il claqua la langue, enleva la sécurité et fit un signe de tête à l'un de ses hommes. Le plus grand d'entre eux qui se tenait à côté de Draco s'avança et lui prit son sac.
— Eh, attention !
Seamus eut un petit rire cruel.
— Pourquoi ? Y aurait-il quelque chose de précieux là-dedans ? dit-il d'une voix rauque et grave.
— Mes affaires. Donc, oui, on peut dire que c'est précieux.
Seamus leva les yeux au ciel :
— Ouvre-le.
L'homme aux larges épaules plongea la main dans les vêtements et déroula un rouleau de cuir pour y trouver toute une panoplie d'outils et de piques. Il leva la tête.
Draco le regarda comme si c'était l'évidence même :
— Voleur, dit-il comme l'homme semblait chercher une explication.
Il croisa les bras avec indignation. L'homme souffla et mit le rouleau de côté. Il cessa de fouiller lorsqu'il mit la main sur un petit rouleau qui semblait être fait d'une matière aussi fine que le papier. Curieux, Harry regarda dans la direction du rouleau. A côté de lui, Draco se raidit. Il fronça les sourcils et se retourna vers lui.
— Qu'est-ce que c'est ? demanda Seamus.
L'homme lui fit passer le rouleau et Seamus s'en empara, confiant son arme à un autre de ses innombrables sbires. Il défit le lien de cuir qui entourait chaque extrémité du rouleau et le déroula :
— Oh, Draco, vous m'avez fait des cachotteries.
— C'est une copie, s'empressa de dire Draco.
— Vraiment ? Je croyais que vous aviez dit que le produit fini était au Louvre ? fit remarquer Seamus d'un air entendu. Vous êtes un véritable artiste Malfoy. L'art d'un bon mensonge, après tout, est de l'envelopper d'un peu de vérité, et un véritable artiste sait comment convaincre les autres de la véracité de ses mensonges.(1)
Draco plissa les yeux :
— Ne détournez pas Picasso devant moi. C'est une copie, répéta-t-il avec véhémence.
Retournant le vélin, Seamus sourit. Draco se raidit de nouveau lorsque l'Irlandais leva les yeux vers lui avec un regard de connaisseur.
— Eh bien. J'ai ce que je veux.
Il fit un signe à l'homme qui tenait son arme :
— Tue-les.
— Ça vous embête si je passe un coup de fil avant ? demanda Draco à brûle-pourpoint.
Seamus marqua un temps d'arrêt, surpris :
— À qui ça ?
Draco arbora un air désapprobateur.
— « À qui ça… » C'est pas vrai, personne ne vous apprend à parler correctement chez vous ?
Levant les yeux au ciel, son original de Léonard De Vinci adoucissant manifestement suffisamment son humeur pour lui faire passer outre l'insubordination de Draco, il se reprit :
— À qui voulez-vous téléphoner ?
Draco demeura un instant silencieux :
— À mon père.
Harry releva brusquement la tête. Draco ne sembla pas troublé par l'attention qu'il lui portait.
— On était proches, je veux juste lui dire au revoir.
Seamus partagea un regard incrédule avec ses hommes.
— Quoi, vous ne pouvez pas m'accorder une dernière volonté ?
Seamus parut précautionneux.
— Votre père est mort, Malfoy. Vous lui parliez au téléphone quand McLaggen l'a descendu.
Draco leva les yeux au ciel :
— Mon père est dans le Wiltshire avec ma mère, dans notre maison de campagne. McLaggen a décidément un très mauvais sens de l'orientation. Il a tué notre voisin et n'a rien voulu entendre quand Monsieur Nott lui a dit que je n'étais pas son fils. Ça a beaucoup contrarié ma mère. Maintenant elle m'en veut parce qu'elle n'a plus d'amis depuis que Theresa Nott ne lui adresse plus la parole.
Harry était bouche bée. Seamus eut l'air décontenancé, très décontenancé.
— Mettez le haut parleur.
Draco prit le portable qu'on lui tendait et appuya sur « appeler ». L'espace d'un instant surréaliste, Harry vit Draco cordialement demander à l'homme qui était le plus proche de lui comment on mettait le haut parleur et le remercia lorsqu'il se pencha et le fit pour lui avec un petit grognement.
Cela dit, Harry était occupé à rejouer dans sa tête le ton d'enfant désemparé de Draco lorsque celui-ci avait dit « Papa ? » dans cette ruelle près du bar hollandais de Westminster. Draco était un acteur hors pair si cette réaction était feinte. Il secoua la tête et se détourna, incapable de continuer à le regarder.
— Oui, allô ?
La stupéfaction et l'incrédulité lui firent immédiatement oublier ses pensées précédentes. Il se retourna et le mouvement lui fit mal au cou. Ron ?
Draco sourit, le regard plongé dans celui de Harry.
— Bonsoir, père. C'est moi, Draco.
Il y eut une pause à l'autre bout de la ligne.
— Draco ? Comme dans… Draco.
Les mots qui suivirent furent prononcés avec hésitation.
— Mon fils ?
Draco eut un rire nerveux.
— Oui, c'était juste pour te dire qu'on va me descendre, là. Dis à maman que je suis désolé pour Theresa.
Cela prit un moment, mais enfin la voix dit :
— Ah oui ?
— Oui. Je suis avec Harry. Je sais que tu m'as dit que cette relation ne m'attirerait que des ennuis, et je suppose que tu avais raison en fin de compte. C'est le pire « je te l'avais bien dit » de tous les temps.
Il y eut du remue-ménage à l'autre bout du fil.
— Il y a quelqu'un avec toi ? demanda-t-il en sachant que Seamus l'avait entendu lui aussi.
L'Irlandais s'était raidi et l'homme qui tenait l'arme serra le poing en la rapprochant de la tête de Harry en guise d'avertissement.
Réagissant au quart de tour, Ron dit :
— C'est rien, c'est ta mère qui sort dans le jardin.
On entendit une porte se fermer.
— Maintenant il n'y a plus personne.
Il y eut un soupir qui fit grésiller un instant la ligne.
— Tu sais, je doute que ce soit Harry qui t'attire des ennuis, Draco.
Draco rit doucement :
— Peut-être. En tout cas sache que j'ai réussi.
Le regard de Draco se posa sur le dessin que Seamus avait entre les mains. Ses yeux s'embrumèrent l'espace d'un instant avant qu'il ne les détourne et dise :
— J'ai réalisé mon rêve.
— Je suis heureux de l'entendre. Ça doit être pour ça que j'ai soudain un débit pour le Dorchester dans mes opérations bancaires, hmm ? Peut-être que maintenant tu peux laisser tomber et rentrer à la maison.
Trouvant le regard de Harry, Draco se fendit d'un rictus, mais lorsqu'il se mit à rire cela sonnait creux. Harry secoua la tête. Il avait volé le portefeuille de Ron.
Je ne vous ai pas choisi, il se trouve simplement que vous avez payé.
Harry eut un rire laconique. Draco le regarda d'un œil curieux, mais Harry se contenta de lui lancer un regard plein d'humeur.
— Eh bien, je pense que je n'ai pas le choix, j'ai un flingue pointé sur la tête. Les Irlandais pensent qu'on peut tout résoudre avec les armes à feu.
— Je croyais que c'était les Américains, ça. Dis-moi qu'au moins tu leur as donné du fil à retordre.
Draco hocha la tête complaisamment.
— Oh oui. Côtes abîmées, lèvres fendues, mâchoires brisées. Tout ce que tu veux, je l'ai fait.
Seamus leva les yeux au ciel :
— Ça suffit.
Draco acquiesça rapidement :
— Eh, papa.
— Ouais, fiston.
Draco eut un sourire narquois.
— Dis-moi le mot magique.
Il y eut une autre pause au bout du fil :
— Une seconde. Il faut que je fasse ça bien. Ça n'arrive pas souvent, ce genre de choses.
Draco fit un geste comme si c'était sans importance.
— Prends ton temps.
— Oh, waou, ça me fait tellement plaisir de dire ça, mais tu es fait comme un rat, Malfoy.
— C'est tout ce que j'avais besoin d'entendre. À dans dix minutes.
— Ça marche.
Draco raccrocha.
— Harry, il y a quelque chose que je ne t'ai pas dit.
Harry haussa un sourcil.
— Juste une ?
Seigneur, cet homme était vraiment pas croyable.
— Qu'est-ce qu'il se passe ? dit Seamus, mais c'était comme s'il était dans une autre pièce ; aucun des deux hommes ne lui prêtait attention.
Draco rendit le téléphone à l'homme qui lui avait mis le haut parleur.
— J'en ai bien peur.
Attendant qu'il continue, Harry prit le temps de jeter un regard autour de lui : tout le monde semblait suspendu aux lèvres de Draco. La pièce était figée. C'était étrange. Il fallut alors à Harry un moment pour se rendre compte que ce n'était pas dû à la stupeur. Draco fit un grand geste du bras et Harry se retourna vers lui ; ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il vit un mince bout de bois sombre et poli, d'une trentaine de centimètres de long, suivre l'élan de son bras, aboutissant dans la paume de sa main. Harry en resta bouche bée.
Une baguette.
Notes
(1) "We all know that Art is not truth. Art is a lie that makes us realize truth, at least the truth that is given us to understand. The artist must know the manner whereby to convince others of the truthfulness of his lies." Pablo Picasso = « On sait tous que l'Art n'est pas la vérité. L'art est un mensonge qui nous aide à découvrir la vérité, du moins la vérité qu'il nous est donné de comprendre. L'artiste doit savoir convaincre les autres de la véracité de ses mensonges. »
