Voici le chapitre 7 !
Merci à tous pour votre enthousiasme et vos adorables messages !
Pardonnez-moi, je sais bien que je n'ai pas toujours le temps de vous répondre mais je vous promets que vos petits mots me touchent énormément !
Bonne lecture et bons baisers de Claude Neix !
VII : Moi qui me noyais... et toi qui l'ignorais
de
par Claude Neix
Corrections et adaptation : Shiva Rajah
o-o-o
Un savant, c'est quelqu'un qui sait des choses qu'il faudrait savoir mieux que lui pour être sûr que ce n'est pas un imbécile.
Jean Paulhan
Rude rangea son téléphone dans la poche intérieure de sa veste après avoir lu le message. Il vérifia rapidement sa mise impeccable dans l'un des miroirs ornementés de filigranes de bronze qui surplombaient les luxueux lavabos de marbre bleu et pinça sa joue pour en tester l'élasticité.
- Tu réalises que Vincent doit avoir dans les soixante ans ? C'est dingue ! Il en paraît quoi ? vingt-cinq ? Trente ? Des années dans une boîte. Tu imagines ? Oh ! Je te parle, Reno ! Reno ?
Il frappa à la porte des toilettes, d'où les bruits ragoûtants de vomissements avaient cessé depuis un petit moment.
- Reno, ça va ? Reno, merde, réponds !
- Ça va, ça va, j'suis pas sourd ! répondit une voix enrouée.
- T'es O.K. ?
- Ouais... Ouais, je vais bien. Enfin je crois...
- Bah, ça n'en a pas l'air.
- Je vais bien, j'te dis ! C'est bon, arrête de brailler, tu me donnes mal au crâne.
- Il faut y retourner, mec.
- Ouais, je... Je me passe le museau sous la flotte et je te rejoins tout de suite.
- Tu es sûr que ça va aller ? s'enquit le grand turk, circonspect. T'as vraiment pas l'air en forme, tu sais ? Tu crois vraiment que c'est ces putains de vidéos ? T'aurais pas plutôt mangé un truc qui n'est pas passé ?
- Ça va, je te dis ! File ou sieur "troisième oeil" va encore piquer sa crise.
Rude soupira, hésita un instant mais finit par quitter les toilettes pour hommes.
Dès qu'il entendit la porte se refermer, Reno déverrouilla la sienne et alla s'appuyer sur le rebord froid de l'un des lavabos.
Le miroir lui renvoya son reflet. Il était aussi blême que sa chemise et ses immenses yeux bleu-vert, d'habitude si doux, étaient gonflés et injectés de sang.
- Reno, t'as vraiment une sale tronche, mon vieux, gémit-il en s'aspergeant le visage d'eau fraîche.
Il avait besoin d'un remontant !
D'instinct, sa main se porta à la poche intérieure de sa veste mais il se souvint que sa flasque d'argent était vide.
Merde...
Il regarda sa montre et pinça les lèvres.
S'il se dépêchait, il pouvait aller dans sa chambre et en revenir en moins de trois ou quatre minutes chrono. Tant pis s'il arrivait un peu en retard et que Tseng lui servait son "regard qui flingue", certaines choses étaient plus importantes que d'autres.
Sa décision prise, il fonça dans le couloir en direction de l'escalier monumental qui menait aux étages de l'aile Ouest.
oxo
- Voilà pour Sephiroth, annonça Vincent en faisant signe à Shelke d'arrêter la projection sur l'écran géant.
Il fit rallumer les lumières et considéra les visages de l'assistance avec gravité.
La plupart des regards étaient perdus, hagards et profondément choqués, particulièrement celui des femmes et de Barret, dont l'instinct paternel avait été mis à rude épreuve tout le long de la projection.
Cloud, lui, regardait ses bottes d'un air absent, essayant désespérément de faire le rapprochement entre le Sephirot qu'il venait de voir, celui qu'il avait connu ; celui qu'il avait imaginé durant des années - à travers les coupures de presse et les reportages TV - et celui qu'il était devenu. Que le grand général ait été pris de folie n'était guère étonnant. Ce qui l'était davantage c'est qu'il ne soit pas devenu fou bien plus tôt !
Sous l'écran, Rufus s'agita nerveusement sur sa chaise, incapable de regarder ceux qui lui faisaient face, et Vincent le prit en pitié, sachant très bien ce qu'il devait ressentir. Après tout, c'était la Shinra, la société créée par son père, qui avait financé toutes ces horreurs, les avaient soutenues et même encouragées.
Du coin de l'oeil, il vit Reno, qui était discrètement revenu, boire discrètement au goulot d'une petite flasque. Flasque qui lui fut arrachée aussitôt des mains par Tseng.
Loin de lui reprocher une grave entorse au règlement, le leader des turks avala lui aussi une longue gorgée de liquide mordoré avant de lui rendre le petit récipient en grimaçant sous l'effet de la brûlure de l'alcool.
Rude, Reno et Elena le dévisagèrent comme si des cornes venaient soudain de lui pousser sur le front mais ne se permirent aucun commentaire.
- D'autres questions sur ce que vous venez de voir ? demanda Vincent. Dans ce cas, passons à la suite.
- Une minute ! intervint Cid, faisant lever la tête à Shalua. Moi, j'en ai une : ça nous avance à quoi, tout ça ? Je veux dire, O.K. c'est horrible, il a vécu des trucs qui auraient rendu taré n'importe qui et je suis aussi vraiment très... flatté ? Ouais, on va dire ça. Flatté que tu nous fasses suffisamment confiance pour avoir accepté de dévoiler ainsi ton passé devant nous mais, sans vouloir t'offenser ou salir la mémoire de Lucrecia... Ça change quoi, bordel ? À part raviver des souvenirs douloureux, ça sert à quoi, Vincent, merde ?
Tifa serra les dents pour ravaler les larmes qu'elle retenait depuis qu'elle avait vu les flammes dévorer Nibelheim sur l'écran géant.
- Cid a raison, renchérit Cloud d'une voix brisée. Ça sert à quoi, de revenir sur tout ça ?
Vincent prit une profonde inspiration et avança d'un pas.
- Je veux vous faire comprendre comment et pourquoi Jenova agit et prend le contrôle de ceux qu'elle a infectés. Et tu devrais te sentir plus concerné de personne, Cloud, parce que tu es loin d'être à l'abri, mon garçon.
Cette affirmation, et le ton ouvertement paternaliste, si rare chez le turk, agitèrent l'assistance d'un frisson désagréable.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? bredouilla Cloud, les mains crispées sur les bords de sa chaise. J'ai reçu les cellules de Jenova, d'accord, mais je sais qu'à mon niveau, ça ne...
- Tu ne sais rien, Cloud, le coupa Vincent d'une voix douce. Je te l'ai déjà dit. Tu n'as pas idée de ce qu'elle est capable de faire et de la façon dont elle agit sur ceux qu'elle contamine. Tu te demandais pourquoi Sephiroth n'avait aucun souvenir de ce qui s'était passé dans le réacteur ? Tout simplement parce que Sephiroth est mort à l'instant précis où il a découvert les expériences d'Hojo et qu'il a réalisé ce qu'il était.
- Je ne te suis pas.
- Jenova l'a dévoré. Ses doutes, sa panique et l'horreur qu'il a éprouvés ont ouvert grand la porte de son Moi le plus intime à cette maudite entité. Elle n'a eu aucun mal à s'y faufiler pour en prendre le contrôle. N'as-tu pas fait cette expérience toi-même, Cloud ?
Le jeune Soldat baissa les yeux un instant, honteux de cette partie de son passé.
- C'est vrai. Mais j'ai su y faire face et j'ai réussi à...
- Tu as réussi ? releva le turk. Tu as réussi, Cloud ? Ou tes amis, tes proches, ta "famille" t'ont aidé à réussir ?
- Je ne le nie pas mais...
- Il avait qui, lui ? demanda Vincent en élevant légèrement la voix, le doigt pointé vers l'écran géant, où l'image figée de Sephiroth considérait le fond de la salle d'un regard vide. Qui avait-il pour l'aider et le protéger ? Qui, Cloud ?
Une chape de plomb parut tomber sur la salle et tous semblèrent trouver soudain quelque chose d'incroyablement intéressant à étudier sur le sol ou leurs chaussures.
- Personne ne doit se sentir coupable, reprit plus calmement Vincent. C'est le modus operandi de Jenova : couper ses victimes de tout ce qui peut les rattacher à un groupe, à une famille, ou même à un conjoint, pour pouvoir les contrôler plus aisément. Faire en sorte qu'ils ne voient plus que par elle et pour elle. Leur faire croire qu'elle est leur seul salut et leur seule possibilité d'avenir. C'est son pouvoir. Concentré jusqu'au coeur même de ses cellules.
- Mais... pourquoi ? intervint Elena. Dans quel but ?
- Pourquoi certains illuminés ont-ils besoin de disciples toujours plus nombreux ? Et pourquoi certaines personnes d'apparence équilibrée se laissent-elles embrigader dans des sectes ou des organisations douteuses ? Parce que, malheureusement, il y aura toujours des gens désespérés ayant besoin de croire en une créature suprême, capable de leur proposer autre chose que la vie misérable ou solitaire qu'ils mènent. Et qu'il y aura toujours aussi des insensés pour vouloir devenir cet être suprême. Jenova a besoin de faire croire à un avenir, à un paradis. Pour qu'on l'adore. Pour qu'on la vénère. Pour pouvoir s'amuser de ce que ses créatures sont capables de subir en son nom. Un peu comme ces chercheurs qui ouvrent le ventre d'un rat pour savoir combien de temps il peut rester les tripes à l'air, j'imagine. Ce n'est pas Sephiroth, qui voulait devenir un Dieu. C'est elle... Détruire la planète, c'est pouvoir récupérer ce qui l'alimente. Des légions d'âmes esseulées prêtes à se prosterner à ses pieds. Nous. Nos ancêtres. Nos parents. Nos amis. Nos enfants. Comprenez-vous, à présent, pourquoi Aerith a agi comme elle l'a fait ? Pourquoi la rivière de la vie a accepté de nous rendre Sephiroth et ses frères ? Pourquoi nous devons les protéger à tout prix de la convoitise de Jenova ?
Rufus s'agita sur sa chaise.
- Mais... S'il est des créatures en qui Jenova est présente en des proportions terrifiantes, c'est bien eux. Ils sont de véritables bombes à retardement !
Vincent acquiesça.
- C'est précisément pour ça qu'ils ne doivent en aucun cas retomber dans ses filets. Aerith les a en quelque sorte "purgés" de l'influence néfaste de Jenova et c'est la raison pour laquelle ils sont si affaiblis mais notre calamité tombée du ciel n'attend qu'une occasion pour reprendre le dessus via les cellules qui sont en eux... et en Cloud.
Ce dernier frémit à ces mots et Tifa lui serra furieusement la main, gagnée par l'inquiétude.
- Comment empêcher une catastrophe ? s'enquit Rufus.
- En comprenant comment elle contrôle ses victimes et en sachant à qui nous avons affaire.
Il fit signe à Shelke, qui introduit la seconde carte mémoire dans le lecteur du moniteur de contrôle, et s'assit à côté de Rufus. À la surprise générale, Shalua prit le relais.
- Les expériences que nous allons visionner ont été filmées dans les laboratoires du cratère Nord, il y a aujourd'hui vingt-sept ans. Je tiens à vous prévenir que ce que vous avez vu jusqu'à maintenant passerait pour un film éducatif à côté de ce qui va suivre.
- Chouette... siffla Reno entre ses dents, sarcastique. En cherchant bien au fond de mon intestin grêle, il doit encore me rester quelques bouchées du dîner d'hier.
Rude lui asséna un coup de coude discret et Shalua fit éteindre les lumières.
Hojo apparut sur l'écran géant. Il enfila des gants étranges, incroyablement épais, et se dirigea vers une sorte de caisson blanc. Lorsqu'il l'ouvrit, une épaisse fumée blanche s'en échappa.
- Ces cuves, expliqua Shalua, contiennent du sperme et des ovules conservés dans de l'azote liquide.
Hojo, après une courte hésitation, choisit quatre petites pipettes dans la cuve, deux blanches et deux rouges, et les posa avec précaution sur un petit support prévu à cet effet.
La caméra se rapprocha (probablement tenue par un assistant chargé de filmer la manipulation) et chacun put lire les inscriptions sur les pipettes : les blanches portaient le nom de Sephiroth ; les rouges, celui de Lucrecia.
Hojo s'installa derrière un microscope électronique et prépara son matériel avec un sourire impatient en faisant signe à une jeune femme en blouse blanche, qui se saisit des pipettes.
- Fécondation in-vitro des spécimens J8 et J9 imminente, annonça froidement une voix hors champ, probablement celle du cameraman.
Des exclamations outragées s'élevèrent dans la salle de conférence.
- Attendez, s'étrangla Cid. Il... Il ne va pas quand même pas faire ça, si ?
Shalua pinça les lèvres et l'écran du microscope électronique renvoya l'image d'un spermatozoïde introduit dans un ovule à l'aide d'une sorte d'aiguille creuse.
- Ce... ce malade a fécondé des ovules de la mère avec... avec les spermatozoïdes du fils ? bredouilla Rufus Shinra, le coeur au bord des lèvres.
L'image suivante montra une femme nue au ventre rebondi dans une cuve de régénération.
Des fils et des tubes sortaient du corps inconscient et étrangement flétri.
- Fœtus J8 et J9 à cinq mois de gestation, annonça Shalua en essayant de garder son calme malgré la révolte qui lui tordait manifestement les entrailles.
- Ce sont les cellules de Jenova, qui l'ont esquintée comme ça ? demanda Rude, grimaçant.
- Les cellules en question n'ont pas encore été injectées, répondit la jeune femme. Et celles transmises par Sephiroth ne sont pas encore actives.
- Alors pourquoi est-elle si mal en point ? s'étonna Tseng. Pourquoi tous ces tubes et ces sondes ? Je croyais que le but d'une cuve de régénération mako était justement d'éviter tout cet attirail.
Shalua adressa un regard suppliant à Vincent, qui prit une profonde inspiration avant de répondre :
- Parce qu'elle est morte.
Reno tressaillit sur sa chaise.
- Oh ! Oh ! Minute. Comment ça, morte ? Morte à cause de sa double grossesse ? Elle n'a pas supporté d'avoir deux têtards dans bide en même temps, c'est ça ?
Shalua détourna la tête et Vincent se frotta le visage, horriblement mal à l'aise.
- Je crois qu'il veut dire que les embryons ont été implantés dans un cadavre, Reno, fit Elena d'une voix blanche.
Le turk s'affala sur sa chaise, blême comme un suaire.
- Oh ! Putain, c'est dégueulasse... gémit-il.
- Hojo ne voulait pas risquer les mêmes " désagréments ", disons, que ceux vécus avec son épouse, réussit à articuler Vincent. Une morte n'a ni sentiments, ni regrets.
Dans la salle de conférence, chacun était pétrifié d'horreur, les yeux fixés sur le ventre du cadavre flottant dans le mako. La tension était telle, que lorsque qu'une bosse apparut sur le ventre distendu (la pression d'une petite main ou d'un petit pied ?), chacun sursauta sur sa chaise.
Un jeune homme en blouse blanche injecta une substance blanchâtre dans l'un des tubes reliés au placenta du cadavre et un pied minuscule imprima rageusement sa forme dans la chair molle à plusieurs reprises.
- Un sacré bagarreur, celui-là ! essaya de plaisanter Barret pour conjurer l'horreur de ce qui se déroulait sous leurs yeux.
Sans succès.
- Est-ce que... Est-ce que ces bébés ont survécu ? s'enquit Tifa, au comble de révolte, n'osant demander ce que contenait le liquide qui avait provoqué une réaction si violente de la part de la petite créature.
- Ils sont survécu, oui, la rassura Shalua. Vous connaissez J9 et J8 sous les noms de Yazoo et de Loz.
- Oh ! Putain de putain... gémit à nouveau Reno, les paumes pressées sur les yeux, chassant l'image d'un petit visage ovale voilé de longs cheveux fluides.
La porte d'entrée claqua bruyamment et Cloud, debout, considéra le battant avec inquiétude.
À la mention du second nom, Tifa s'était précipitée dehors, les deux mains sur la bouche.
...à suivre
Ce texte vous a plu ?
Découvrez les romans de Claude Neix : www (point) cristina-rodriguez (point) net/category/l-univers-claude-neix/
Ou retrouvez-la sur sa page facebook : www (point) facebook (point) com/claudeneix
