Chapitre 6
Pendant ce temps, dans la grande salle de réception, la soirée battait son plein. Le jeu improvisé par Milo plaisait plus que de raison, l'entrain des Chevaliers étant largement rehaussé par l'alcool. Le rire général déclenché par le départ précipité de Dohko s'éteignait tout juste lorsque le Scorpion reprit :
- Tient justement Aphrodite, à toi !
Celui-ci sourit. Malgré le nombre incroyable de verres de vodka et de bouteilles de bière qu'il s'était descendu la beauté de son visage n'était pas altéré, comme toujours le Chevalier des Poissons respirait la séduction et la tentation. D'un geste sensuel et incroyablement féminin, celui-ci eut un sourire angélique. Seule la couleur légèrement rosée de ses joues évoquait le taux d'alcoolémie grimpant dans son organisme.
- Mmh je ne me souviens plus de son nom, évoqua-t-il dans un sourire nostalgique, j'avais huit ou neuf ans et lui c'était le tout premier disciple de mon Maître, il était bien plus vieux que moi. Il m'en a roulé une et après !
- Oui bon ça va ! coupa Aiolia d'une voix forte. On n'a pas forcément envie de savoir la suite.
Nouveau rire général. Le Lion se renfrogna d'avantage et avala une nouvelle gorgée de bière dans un grognement. Il était d'avis général que ce beau grec déjà bien susceptible lorsqu'il était sobre devenait bien plus grincheux et grognon avec quelques coups dans le nez en trop. Aphrodite sourit encore d'avantage et se pencha vers lui qui se trouvait de l'autre côté du cercle à son opposé.
- Nan sérieux t'as réellement roulé une galoche à Milo ? demanda-t-il dans un pouffement de rire.
- J'te conseil de te taire, rétorqua Aiolia d'une voix pâteuse.
Milo éclata de rire sans raison.
- Le mieux c'est que c'est lui qui m'a proposé ! raconta-t-il avec entrain. Je m'intéressais à l'une des servantes du palais du Pope à l'époque et j'avais réussis à avoir un rendez-vous, seulement j'étais hyper stressé parce que je ne savais pas comment ça se passait un baiser ! J'en ai parlé avec mon meilleur ami Aiolia et là il m'a proposé qu'on essaie ensemble. Hein mon chaton ?
Un grognement mécontent lui répondit.
- Merveilleuse solidarité, complimenta Aphrodite.
- Moi ça me fou la gerbe rien qu'en y repensant, répliqua le Lion d'un air bourru.
Shun eut un sourire crispé alors que la joie s'entendait nettement dans les rires des Chevaliers d'Ors. Il appréhendait son tour et tentait de se faire tout petit, de se faire oublier ce qui ne devrait pas être bien dur. Le seul à lui avoir adressé la parole durant la soirée était Shaka, les autres l'avaient tout bonnement ignoré. Après tout pourquoi pas, il était un étranger ici, il n'était pas leur ami il n'était qu'un compagnon d'arme. Même pas. Pourtant il s'était sentit bien en début de soirée, comme s'il faisait partit de la confrérie, comme s'il avait retrouvé ses frères. Mais ils étaient loin. Seiya, Shiryu, Ikki et Hyôga. Ils étaient bien loin.
- Pas la peine de demandé à Shaka, reprit Milo d'une voix de moins en moins assurée, je suis sûr que lui est encore en train de se demander ce qu'est un baiser avec la langue !
Rire général. Shun tourna un regard furtif vers le Chevalier de la Vierge qui sourit alors, légèrement, imperceptiblement et le jeune Andromède se surprit à admirer ce sourire. Le visage de Shaka semblait rayonné il semblait, s'amuser.
- Mon Maître, finit-il par dire assez haut pour que tous l'entendent.
Silence dans la salle, treize pairs d'yeux étonnés fixaient Shaka. Leur cerveau embrumé par l'alcool était encore assez vif pour leur faire assimiler cette information : le Chevalier de la Vierge avait roulé une galoche à son Maître ! Shun poussa un rire discret à voir l'expression de leurs visages et le regard de Milo se teinta d'une lueur étrange, proche du respect. Finalement, il leva son verre.
- A toi Shaka ! scanda-t-il avec force. J'suis sûr que tu nous auras tous battu ce soir.
Les autres trinquèrent et burent une gorgée.
- Et bien tu me raconteras demain Milo, répliqua doucement Shaka avant de se redresser.
- Promis ! s'écria le Scorpion en tanguant brutalement sur son séant. Bonne nuit à toi le dévergondé !
Shaka salua ses camarades et sortit de la salle d'un pas digne et droit.
- Il m'étonnera toujours celui-là, conclut Aiolia après un hoquet.
Tous opinèrent. De son côté, Shun eut soudainement envie de partir se coucher. Non pas qu'il était fatigué ou quoi que se fut mais le départ de Shaka l'avait laissé seul et il se sentait maintenant mal à l'aise. Passé du coq à l'âne n'était pourtant pas dans ses habitudes mais Shun ne se sentait plus lui-même ces temps-ci, il avait conscience d'avoir changé, bien conscience, et pourtant sa faiblesse se trouvait-elle là tout comme Marine l'avait suggéré.
- Et toi mon Camus ? demanda soudainement Milo avec un sourire aviné.
Le Verseau détourna le regard, gêné, et ses joues se teintèrent d'un joli rouge vif. Camus avait bu lui aussi, bien moins que ses frères certes, mais il avait vidé une ou deux bouteilles de bière depuis le début de la soirée. Néanmoins, même ceci ne l'aidait pas à se détendre entièrement – Camus, détendu ! – et il se tendit comme un arc, les yeux bas, les poings fermés.
La joyeuse bande de camarades s'ébroua dans un nouveau rire collectif, Milo en tête de peloton.
- J'en étais sûr ! s'égosilla-t-il, manquant de peu de tomber à la renverse. Cam il a des principes lui ! Il réserve même son premier baiser à l'homme de sa vie !
Des rires alcoolisés, encore, et un Camus qui se lève d'un coup, digne, pour faire volteface et sortir de la pièce de ce pas si caractéristique qui le rendait fier, le port altier.
- Ah, je l'ai vexé ! Lui j'suis sûr que c'est encore une pucelle ! cria Milo alors que la porte se refermait sur Camus.
Shun se crispa. Milo n'avait pas réussit à humilier Shaka ce soir, il s'était donc tourné vers Camus. Le jeune homme ressentait sa gêne, sa honte, sa colère, il comprenait tout ça, l'impression d'être exclu, de ne pas faire partie de la famille, de porter une chose en lui une toute petite chose qui faisait qu'il était différent, qu'il était à part. La colère le submergea alors et il braqua un regard noir sur Milo qui continuait de rire comme un ivrogne. Peut-être parce qu'il était ivre d'ailleurs.
- Ça t'amuse de l'humilier !
- Hein ? rétorqua Milo d'une voix graveleuse. Qu'est-ce y dit ?
N'ayant plus de Shaka pour les séparer Shun et Milo étaient directement voisins de beuverie aussi, il n'y eut que lui qui pu l'entendre, les autres continuaient d'échanger des sourires, des messes basses, des gâteaux apéritifs, des goulots de bouteilles. Aiolia se pencha par-dessus l'épaule de son meilleur ami pour fixer Shun d'un regard plein de rage et d'indifférence. Ou peut-être bien qu'il avait entendu lui aussi. En croisant ce regard, Shun se sentit devenir minuscule et eut envie de se transformer en souris pour se faufiler hors de cette pièce sans être vu, sans être suivis par ce regard de fauve en manque de proie bien facile. Shun baissa les yeux, les mains tremblantes, il avait envie de pleurer.
- Pardon …, marmonna-t-il d'une voix frissonnante, pardon je …
Et sans terminer sa phrase, il se leva précipitamment pour emprunter la même porte que Sion et Dohko quelques instants auparavant, sans prendre la peine de saluer les Chevaliers qui, pour certains, ne remarquèrent même pas son départ.
- Je préfère ça, marmonna Aiolia en regardant la porte se fermer.
- T'as fini de râler ? répliqua Mü en ouvrant une nouvelle bouteille.
- Qu'est-ce y dit ? demanda Milo d'une voix mal assurée.
- Nan je commence ça te va ! râla Aiolia.
- Qu'est-ce y dit ?
- Bois et tais-toi ça nous changera !
Milo obéit à son meilleur ami et plaqua le goulot de sa bouteille, se penchant en arrière et, emporté par la gravité, il chuta sur le dos dans un grognement d'ivrogne.
La soirée continua, savant mélange de beuverie, de discussions graveleuses et sans intérêts entrecoupées d'inextinguibles fou rires. Lorsque certains se mirent à bailler de concert, il fut décidé qu'il était temps pour eux d'aller se mettre au lit. Se posa alors le délicat problème de réussir à faire tenir debout une petite dizaine d'hommes complètement saouls qui, tout surhommes qu'ils étaient, voyaient leur reflexes énormément amoindris par les effets de l'alcool.
Le premier debout fut Aiolia qui s'aida de la tête instable de son ami Milo pour se mettre en position verticale. Il regarda autour de lui en clignant plusieurs fois des yeux.
- Quel bordel on dirait ma piaule ! lança-t-il dans un grognement.
- Faudra qu'on range q'même avant qu'Athéna s'lève s'non va prend'cher ! grogna Masque de Mort en s'aidant, lui, d'une chaise.
- Qu'est-ce y dit ? demanda Milo d'une voix forte.
Aiolia grimaça et tenta un pas en avant mais la chose fut ardu car il buta sur un Shura assommé par le sommeil de l'ivrogne qui ronflait, allongé au sol.
- Merde ! s'écria le Lion tout en partant en avant.
Il trébucha alors sur la chaise dont Masque de Mort se servait encore comme appui et ils chutèrent tous les deux.
- P'tain fais chier ! grogna le Chevalier du Cancer en repoussant brutalement son homologue du Lion.
Soudain assaillit d'une crise de rire incontrôlable, Mü ne réussit pas à se mettre debout. Son rire joyeux, typique de l'homme bourré, se répercuta sur tous les murs de la salle. Aphrodite parvint à se dresser sur ses jambes grâce à l'aide d'Aldébaran qui le tira par le col. Sa voix grasse s'éleva, couvrant difficilement le fou rire du Bélier.
- J'suis tellement bourré qu'j'pourrais m'me pas baiser ! dit-il en manquant de peu de se retrouver les quatre fers en l'air.
- Qu'est-ce y dit ? s'écria Milo.
Mü continuait de rire tout en tentant de se redresser, ce qui rendait la chose plutôt cocasse.
- J'suis désolé, gémit Aiolia en tentant d'attraper la chaise qui avait basculé.
- Rien à fout' ! répliqua Masque de Mort en se mettant à quatre pattes. T'es un connard c'est tout !
- C'pas moi c'est Shura pis c'te p'tain d'chaise !
- Et t't à l'heure t'vas m'dire qu'c'est la faute au Père Noël !
- Meuh nan ! L'Père Noël c'pas une chaise ! T'es vraiment con toi.
- Qu'est-ce y dit ? continua Milo sans bouger d'un pouce.
Aldébaran arriva jusqu'à Masque de Mort et le tira lui aussi par le col pour le mettre debout. Une fois fait, le Chevalier du Cancer lui tapota violemment la joue.
- J'te remercie l'ami, dit-il en tanguant jusqu'à Aphrodite.
Le Chevalier du Taureau réitéra son geste pour Aiolia et se pencha pour attraper Shura qui ronflait toujours. Il le chargea alors son compagnon d'arme sur son épaule comme un vulgaire sac de patate avant d'aider Milo à se lever de sa main restée libre. De son côté, Saga aida Mü à se mettre sur ses jambes. Sa crise de rire s'étant légèrement tarie, le Chevalier du Bélier s'appuya sur l'épaule de son aîné. Saga était aux anges. Il passa sa main sur les hanches de son ami de beuverie et frissonna lorsque les cheveux couleur parme caressèrent sa peau.
Mais soudain, Mü se dégagea violemment de son étreinte et marmonna :
- Ça va ! J'devrais être capable de marcher droit !
De son côté, Marine soutint Aiolia, Milo s'accrocha à la chemise ouverte d'Aldébaran, Masque de Mort et Aphrodite se soutinrent mutuellement, Kanon vint en aide à son grand frère et Aioros accepta le bras de Shina.
Une fois sortis du palais du Pope, ils considérèrent avec effrois la descente vertigineuse. Tous gémirent d'une seule voix.
- Merde, grogna Aiolia, j'aurais dû faire comme Camus et rentrer chez moi pendant que j'voyais encore double !
- Pourquoi tu vois combien là ? demanda Masque de Mort sans quitter les marches des yeux.
- Euh … j'arrive plus à compter, y'en a trop …
- Qu'est-ce y dit ? demanda à nouveau Milo.
- Et si on s'mettait en boule pour rouler jusqu'en bas ? proposa Mü d'un air désespéré.
- Et si on dormait ici plutôt ? tenta Aiolia.
- Et si on arrêtait de se bourrer la gueule comme des pochetrons ? rétorqua Aphrodite.
- Qu'est-ce y dit ?
- P'tain on y voit comme à travers une pelle, grogna Masque de Mort.
Alors que le petit groupe se désespérait de descendre les escaliers, Aldébaran avait commencé la descente. Sa constitution lui permettant de résister bien mieux à l'alcool que ses compagnons, c'est avec un Shura sur l'épaule qu'il s'attaqua aux marches, et ne s'en sortait d'ailleurs pas trop mal. Derrière lui, c'est un Mü rond comme une boule qui tentait en vain de suivre la cadence.
- Y'en a qu'on du courage, marmonna Aiolia.
- Ouais, sûr, répliqua Masque de Mort.
Ils continuèrent d'observer les marches menaçantes sans bouger d'un iota, rassemblant leurs forces défaillantes. Soudain, Milo, qui lui n'avait personne pour l'aider à tenir sur ses jambes, se laissa chuter en avant face contre terre.
- Et merde, grogna Aiolia.
- Allez les mecs, minauda Aphrodite en s'appuyant plus fort sur Masque de Mort, qui se dévoue pour le traîner jusqu'en bas ?
Shun était resté longtemps assit sur son lit avant de se coucher, et longtemps allongé avant de s'endormir. Ça n'était pas lui qui avait parlé ! Le vrai lui n'aurait jamais osé dire une chose pareille à Milo, il n'aurait jamais même pensé à prendre la défense de Camus qui, de toute façon, n'avait pas besoin de son aide. Le véritable Shun aurait été désolé pour lui, triste peut-être, mais ne se serait pas énervé. Un frisson d'horreur l'avait alors traversé. Etait-ce Hadès ? Le Dieu des Enfers prenait-il de plus en plus le dessus sur lui ? Shun n'avait même pas réalisé qu'il avait parlé avant qu'Aiolia ne braque ce regard noir sur lui. La voix menaçante l'avait réveillé et il s'était sentit honteux, tout penaud. Déjà qu'Aiolia ne semblait pas l'apprécier outre mesure.
Shun était terrorisé, il était resté prostré dans sa chambre en tremblant et en pleurant. C'était si dur, cela faisait si mal ! Il fallait qu'il fasse quelque chose, qu'il lutte et Shaka pouvait l'aider il devait le convaincre de l'aider ! C'est sur cette résolution que le jeune homme se déshabilla et se coucha en sous-vêtements. Mais le sommeil avait tardé à venir, les images de cette scène qui pouvait paraître somme toute banale, mais qui l'avait ébranlé, ne cessait de passer et de repasser en boucle dans sa tête. Puis finalement, le pire lui était apparu comme une vérité : Hadès avait-il parlé de sa bouche ?
Il avait finalement trouvé le sommeil. Mais, dans son rêve, il était dans un jardin somptueux aux fleurs colorées et vivantes, aux parfums subtils et sucrés. Un banc blanc immaculé. Il était dans les jardins du palais du Pope et il se voyait, debout devant un rosier, immobile habillé d'une toge blanche. Ses cheveux verts étaient longs, plus longs qu'aujourd'hui, tombant dans son dos en une longue cascade d'émeraude. Les hanches fines, la taille gracile. Ça n'était pas lui cet être éphèbe et fragile !
Hadès apparut alors près de lui, grand et fort dans sa tunique couleur de nuit. Le cœur de Shun s'était emballé alors que le Dieu des Enfers approchait de lui, arborant un sourire satisfait, pervers sur ses lèvres. Ses yeux, d'un bleu si profond, le fixait intensément. Shun se sentit se débattre mais le Dieu des Morts lui attrapa le bras avec tellement de force qu'il lui en fit mal.
- Tu es à moi …
Sa voix était chaude et grave, exactement comme dans ses souvenirs lorsqu'elle raisonnait dans sa tête alors qu'Hadès avait prit possession de son corps. La prise sur son bras était de plus en forte et Shun se débattit, mais plus il luttait moins il pouvait lutter et plus Hadès avait de contrôle sur lui.
- Tu es à moi !
Des larmes commencèrent à couler de ses yeux verts mais aucun son ne pouvait sortir de sa bouche, pourtant il avait envie de supplier, envie de pardonner et il se haïssait pour ça ! Le sourire qu'arborait Hadès était de plus en plus carnassier.
- A moi !
Shun se débattit plus violemment avec la force du désespoir.
- A moi !
Non !
- A moi !
C'est ici que Shun se réveilla en sursaut, le cœur affolé et les larmes inondant ses joues. Il se recroquevilla sur lui-même, tremblant comme une feuille et pleurant toutes les larmes de son âme meurtrie. Serrant les couvertures tout autour de lui, il imagina les bras chauds et puissants d'Ikki qui le réconfortaient, qui le caressaient doucement pour le calmer, le rassurer, lui faire sentir qu'il n'était plus seul. Ses pleurs redoublèrent. Oui, il fallait qu'il fasse quelque chose, il ne voulait plus se laisser ronger par cette culpabilité, par cette faiblesse. Par ce Dieu.
Quelques temples plus bas, la confrérie des Chevaliers survivants continuait leur descente périlleuse. Leur nombre était largement réduit car ils en étaient tous arrivés à la cinquième maison : celle d'Aiolia. Mü, Aldébaran, Saga, Kanon et Shina étaient les derniers encore debout et pour la plupart déjà à moitié endormi. Saga et Kanon se soutenaient toujours mutuellement et avaient continué leur chemin alors que leurs compères souhaitaient la bonne nuit à Aiolia et Marine. Bientôt, ils se retrouvèrent seuls. Le Lion se tourna alors vers la belle Marine et la fixa intensément. Celle-ci sourit, flattée. La lueur dans ce regard flamboyant en disait long mais la jeune femme voyait la fin de sa nuit tout autrement.
- Aiolia …
- Tu m'as manqué.
La jeune femme soupira et tourna le regard, gênée. Déesse, elle ne voulait pas que ça se passe comme ça, elle n'avait jamais voulu ça ! Si seulement ils n'étaient pas, revenus à la vie…
- Aiolia écoutes ! tenta-t-elle une nouvelle fois.
- J'ai envie de toi ! répliqua le Lion d'une voix chaude.
- Non … Aiolia …
Mais il s'approchait déjà d'elle et lui saisissait les hanches avec possession. Dans un souffle, ils s'embrassèrent. Son corps de jeune femme frémit. Les bras d'Aiolia étaient un véritable ravissement, tout chez cet homme n'était que force, matière brute et douceur à la fois. Mais elle ne pouvait pas, elle ne pouvait plus ! Elle s'extirpa brutalement de ces bras chauds et s'éloigna du Lion.
- Non Aiolia !
- Marine … je t'aime…
Non ! Pas ces mots-là ! Marine tourna le dos à son compagnon et retint les larmes. Elle n'était pas très émotive en temps normal mais l'alcool avait bien des façons d'agir sur les gens, différemment. Milo devenait plus bruyant encore que d'habitude – et si, c'est possible ! –Mü devenait très rieur, Saga nostalgique, Aiolia passionné et elle, elle devenait triste et pouvait pleurer pour un oui ou pour un non.
Le Lion s'était approché d'elle et avait passé ses bras autour de sa taille fine. Elle frissonna bien malgré elle.
- Je t'aime, répété Aiolia.
Marine secoua la tête de droite à gauche sans grande conviction.
- Non Aiolia, pas comme ça. Tu es saoul.
- Je t'aime …
La jeune femme l'obligea de nouveau à lâcher prise et se tourna vers lui pour déposer un tendre baiser sur ses lèvres, baiser qu'Aiolia tenta vainement d'approfondir.
- Bonne nuit, lui dit doucement Marine.
Aiolia grogna, mais ses protestations furent inutiles. La jeune femme avait déjà franchit le seuil de sa maison, les larmes aux yeux, afin de rejoindre le territoire des femmes Chevaliers. Elle se sentait tellement nulle, tellement sale ! Oui, Aiolia et elle avait eu une aventure et elle était tombée énormément amoureuse du Lion qui la couvrait d'attention et de tendresse. Ce qu'ils avaient vécus l'avait rendu tellement heureuse, tellement belle ! Mais aujourd'hui, c'était terminé, elle ne pouvait plus se mentir à elle-même, cette époque était désormais finie. Elle devrait lui dire la vérité. Il le fallait. Pour lui.
Il était tôt à présent, très tôt. Allongé sur le ventre, à moitié recouvert d'un drap froissé, Dohko semblait dormir profondément, repu et bienheureux. Sion le regardait d'un air attendri, l'ébauche d'un sourire sur les lèvres. Le dos appuyé contre la tête de lit, les mains croisées sur le ventre, il pensait encore et encore à cette nuit de retrouvailles qui venait de s'écouler. Son amant, bien que fougueux et impatient, avait fait preuve de douceur et de vivacité, leur dernière étreinte ayant prit fin il y a presque une heure. Mais Sion n'avait pas dormis. Il avait d'abord serré son compagnon très fort contre son cœur avant qu'il ne s'endorme puis, emporté par son sommeil, Dohko avait roulé sur le ventre et s'était extirpé de ses bras. Désormais, le Grand Pope veillait sur son sommeil, gardien de ses nuits et de son bonheur.
Tout doucement, Sion tendit sa main et vint caresser le dos musclé de Dohko. La peau tressaillit légèrement sans même qu'un gémissement n'échappe au Chevalier de la Balance. La peau était chaude, douce et tentante. De son index Sion s'amusa à redessiner les contours du magnifique tatouage qui ornait le dos de son amant tel un trophée, une mise en garde. Un tigre féroce montrant les dents. Il était magnifique, fier et puissant, tel était le Chevalier de la Balance.
Sion pouffa de rire bien malgré lui.
- Qu'est-ce qui te fait rire ? lui demanda son amant.
Trop amusé pour se rendre compte que Dohko s'était réveillé sans qu'il ne s'en aperçoive, Sion laissa échapper un rire sonore.
- Tu te souviens du déguisement de tigre que je t'avais demandé de porter ? demanda-t-il dans un sourire éclatant.
Dohko éclata de rire à son tour et tourna son visage vers celui de son compagnon de toujours. Ses cheveux bruns étaient en bataille, lui donnant l'air d'un sauvageon.
- Ouais je m'en souviens ! répliqua-t-il en riant avant de s'arrêter brusquement, le visage illuminé. Attends une seconde … il me semble que je l'ai gardé !
Ils éclatèrent de rire ensemble, leurs voix raisonnant dans la chambre du Grand Pope comme une seule et même. Sion se pencha vers son amant, Dohko remonta son visage vers lui et l'accueillit au creux de son cou, se redressant d'avantage, le surplombant bientôt. Sion respira son odeur musquée à plein poumon, comme s'il voulait qu'elle lui appartienne, comme s'il désirait ne plus faire qu'un avec elle, se fondre dans le corps chaud de Dohko, une nouvelle fois. Il se pressa d'avantage contre lui et l'entraîna au-dessus de son corps éveillé, frémissant.
- Tu veux déjà remettre le couvert ? lui demanda Dohko dans un sourire.
- Que veux-tu, rien que de reparler du costume de Tigre j'en suis tout émoustillé ! lui répondit son amant avant de l'entraîner dans un baiser brûlant.
Très loin de là, dans l'une des arènes ouvertes située près de la mer, Shun exécutait pour lui seul des mouvements complexes de Tai Ji Quan. Il s'était levé très tôt ce matin-là. Marre des cauchemars, marre d'avoir peur du noir. Dès l'aurore, il avait prit sa décision. Il se devait de reprendre le contrôle de sa vie, ne pas laisser sa peur le rendre asocial et antipathique. C'est plein d'une nouvelle détermination qu'il s'était levé, s'était paré de son habit d'entraînement puis était sortit faire son jogging.
A présent, très concentré qu'il était sur son Tai Ji, il ne vit pas arriver Shaka vêtu d'un sari doré qui s'installa alors sur les gradins pour l'observer. Les yeux fermés, habillé d'une tenue usée, Shun bougeait avec aisance, grâce et volupté. Shaka ouvrit les paupières, obnubilé par l'enfant qui évoluait à ses pieds, il laissa son propre cosmos parcourir doucement l'arène d'entraînement et toucher celui de Shun sans même que celui-ci ne s'en aperçoive. C'était un pouvoir immense encore en devenir, qui ne demandait qu'à sortir, grandir et devenir plus fort. Shaka fronça les sourcils. Si seulement ce petit Chevalier avait été correctement entouré dès le début, un Maître digne de ce nom aurait pu l'aider à développer d'avantage sa formidable puissance ! Non pas que son ancien Maître, Daidalos de Céphée, n'avait pas fait le maximum seulement, étant un Chevalier d'Argent, ce courageux Chevalier c'était certainement retrouvé démuni face à ce pouvoir. Seulement, en cherchant plus en profondeur dans le cœur de Shun, Shaka découvrit quelque chose qui le perturba. Une aura, plus noire et dangereuse encore semblait entourer l'âme du jeune Chevalier et étouffer son cosmos. Etait-ce Hadès ? Shaka rappela son cosmos à lui et continua d'observer Shun avec intérêt. Peut-être ce garçon était-il celui qui lui fallait ?
Sans même se douter de l'inspection dont il avait été le patient, le Chevalier d'Andromède continuait son entraînement matinal, se concentrant intensément sur chacun de ses gestes. C'était une technique que lui avait enseigné son vénéré Maître Daidalos, une technique de relaxation autant de combat qui lui permettait de maîtriser les flux d'énergie en lui et de mieux les utiliser. Doucement, comme au ralenti, il faisait tournoyer ses bras autour de lui, par-dessus sa tête, ses jambes suivant parfois le mouvement pour lui assurer un équilibre stable.
Et puis, tout doucement, il exécuta le dernier mouvement et s'immobilisa, les yeux toujours clos, joignant devant lui ses mains en unissant ses deux paumes dans un calme et une sérénité palpable. Puis il rouvrit les yeux et relâcha sa respiration, soudain essoufflé. Non pas que cet exercice était en soi très fatiguant, mais le pratiquer plus d'une heure d'affilé demandait énormément de concentration et puis, autant se l'avouer sans honte, il n'avait plus pratiqué depuis un moment. Depuis qu'ils étaient, lui et ses quatre compagnons, partis en vacance, il croyait dur comme fer que la paix régnait enfin. Ce qui n'était pas le cas, alors reprendre l'entraînement lui avait paru primordial.
Il quitta le centre de l'arène pour se diriger vers l'endroit isolé où il avait déposé ses affaires. Il essuya son visage avec une serviette propre et bu au goulot d'une bouteille en plastique. L'eau fraîche lui fit un bien fou et il poussa soupir. Mine de rien, reprendre cette petite habitude n'était pas désagréable.
Une présence soudaine le fit sursauter.
- Shaka ! Tu m'as fais peur !
Le Chevalier de la Vierge, les yeux de nouveaux clos, sourit et leva les mains pour lui signifier qu'il venait en ami.
- Désolé, dit-il avec sérénité, mais je n'ai pas non plus tenté de me dissimuler, tu aurais dû me sentir arriver depuis longtemps.
- Je … c'est-à-dire qu'il y a tellement de cosmos dans cet endroit que je ressens toujours quelque chose alors au final je ne fais plus attention.
- Oui. La présence des Chevaliers d'Ors, le cosmos d'Athéna qui nous protège depuis des millénaires, puis ceux, tout jeune, des apprentis et gardes. Ça fait beaucoup.
- Si seulement ça n'était que ça ! La première fois que j'ai mi les pieds ici j'ai eus l'impression de côtoyer les morts. Les cosmos des Chevaliers défunts depuis des temps immémoriaux continuent de vivre dans les murs des maisons du zodiaque, et c'est troublant.
- Oui, tu as parfaitement raison. Faire le tri n'est pas chose facile.
Shaka garda son calme apparent, mais au fond de lui, derrière ses yeux fermés, il était tout bonnement abasourdi. Shun avait réussis à ressentir les auras d'hommes morts en ces lieux depuis des siècles alors que certains Chevaliers d'Ors qu'ils connaissaient parfaitement –mais ça n'était pas son genre de dénoncer– n'avait jamais réussi à ressentir de telles choses ! Ce petit était celui qui lui fallait, il en était certain à présent.
- Tu es bien matinal, reprit-il sans que rien dans sa voix ne trahisse son trouble, tu ne t'es pas couché trop tard hier soir ?
- Euh … non.
Shun repensa à la courte rixe qui l'avait opposé au Scorpion et au Lion la veille au soir, puis son cauchemar, et enfin sa difficulté à trouver le sommeil. Mais il sourit.
- Aujourd'hui est un meilleur jour qu'hier de toute façon ! déclara-t-il avec entrain.
- Oui, sans doute. Dis-moi…
- Mmh ?
- Voudrais-tu bien me rejoindre au-dessus du Cap Sounion ?
Shaka tourna la tête de quelques cent quatre-vingt degrés pour fixer, de ses yeux clos, un promontoire de roche qui surplombait la mer.
- Une fois que tu te seras restauré et changé, bien entendu.
Shun ne sut quoi dire. Lui qui, sur les conseils de Marine, avait cru qu'approcher le Chevalier de la Vierge ne serait pas chose très aisé, voilà qu'il lui donnait un rendez-vous ! Aussi, c'est sans hésitation qu'il accepta.
- Bien, je t'attendrais là-haut d'ici une petite heure.
Puis Shaka sembla le regarder des pieds à la tête avant d'ajouter :
- Une toge suffira.
Et il s'en fut. Shun ne prit même pas la peine de le regarder disparaître, il rassembla ses affaires illico presto et courut en direction du palais du Pope. Une fois arrivé il fila en direction de la salle de bain de sa chambre puis passa quelques minutes sous l'eau chaude, le temps de se décrasser et sortit de la pièce une fois paré de la toge immaculé qu'on lui avait fourni à son arrivée, à croire qu'il s'agissait là de l'habit officiel du Sanctuaire. Il est vrai que la plupart du temps, quelques uns même des Chevaliers d'Ors portaient cette tenue, alors que quelques autres réticents se bornaient à se promener en jean baskets.
Après un rapide passage aux cuisines où il avala une dizaine de gorgée de jus d'orange et fourra un koulouri*dans sa bouche avant d'en prendre un second dans la main, il sortit du palais d'un pas rapide. Il était bien conscient d'être légèrement en avance d'une grosse demi-heure aussi, il prit le temps de grignoter ses koulouris sur le chemin. Là, il croisa Aphrodite, bien matinal malgré l'heure à laquelle il avait dû se coucher la veille, travaillant sur ses rosiers qui lui offrit un joyeux signe de la main auquel il répondit. Tout le long du chemin, tout en traversant les diverses maisons du zodiaque, il ne rencontra personne d'autre et se demanda furtivement où les Chevaliers pouvaient bien loger dans leur temple.
Le plus silencieusement possible, il traversa les décombres du sixième, celui de Shaka. Les ruines de cette maison à l'abandon lui serra le cœur et le souvenir de la bataille sanglante qui avait eut lieu ici le fit trembler aussi, il passa vite son chemin. Il en arriva au temple du Lion qui portait, lui aussi, quelques stigmates de bataille. Il ignorait pourquoi mais lorsqu'il pénétra ici, il ressentit un profond sentit de malaise et un frisson le parcourut comme un avertissement, une anticipation mais sur quoi ? Regardant tout autour de lui, presque apeuré, il avait parcouru la moitié de la maison lorsque le Chevalier d'Or surgit de l'ombre sans un bruit. Shun en sursauta et s'immobilisa. Aiolia était devant lui, vêtu d'un jean noir et d'un débardeur tout aussi sombre qui lui saillait comme une seconde peau. Il croisa ses bras musclés sur son torse et Shun eut un nouveau frisson, mais différent du précédent cette fois. En cet instant, il ressentit une chaleur insondable le parcourir des pieds à la tête, en profondeur. Ils se fixèrent un moment, les prunelles bleues d'Aiolia brillaient dans l'obscurité des lieux, il ressemblait à un fauve sur le point de bondir, frémissant avant l'attaque, impatient de goûter à une proie effrayée.
Shun déglutit, détourna le regard et reprit sa route, un interminable frisson de terreur lui parcourant l'échine alors qu'il sentait le regard brûlant d'Aiolia le suivre jusqu'à ce qu'il laisse la maison du Lion derrière lui. Là, il put respirer. Il avait comme l'impression que ce Chevalier d'Or avait du mal à l'apprécier. Pourtant, Shun n'avait rien contre lui au contraire ! Aiolia était le tout premier Chevalier d'Or qu'il avait rencontré, c'était dans les bois de l'hôpital de la Fondation Graad il y a deux ans, lorsque Seiya avait été admit aux soins intensifs et attaqué par trois Chevaliers d'Argents en même temps, à cette époque ils étaient en guerre contre le Sanctuaire, se battant pour l'armure d'Or du Sagittaire. Pour lui, Aiolia avait toujours été un modèle de vertu et de droiture, le plus noble et le plus fidèle de tous, il avait été le premier à se détourner du Grand Pope pour jurer fidélité à Saori Kido, la véritable Athéna. Il avait été le premier homme que Shun put admirer dans toute sa splendeur, vêtu de son armure d'Or étincelante. Malheureusement il avait comme l'impression que le Lion lui était hostile.
Il arriva sans encombre au Cap Sounion et eut le souffle coupé face à la beauté du paysage. Le soleil brillait au-dessus de la mer, projetant ses rayons d'ors sur la surface de l'eau. Tout y était étincelant, brillant, vibrant presque. Une légère brise souffla dans ses cheveux d'émeraude et fit virevolter sa toge au-dessus de ses genoux. Les pieds dans la poussière, les cheveux dans le vent et les yeux dans la lumière, telle était la vie au Sanctuaire, le domaine sacré des Dieux.
Tout doucement, sans quitter ce spectacle des yeux, Shun s'assit en tailleur sur le sol dur et attendit, détendu. Serein enfin. Il avait décidé de remédier à cette peur, cette frayeur qui lui tirait les entrailles depuis des jours. Les yeux dans le vague, il se demanda vaguement ce que son grand frère pouvait bien faire depuis son départ. Et Hyôga ? Son cœur se gonfla d'espoir en pensant à lui, espérant qu'ils se reverraient enfin bientôt.
Percevant des pas derrière lui, il se retourna. Shaka était là, souriant dans son sari doré, tout aussi brillant que l'astre solaire lui-même. Pour un peu, Shun en aurait eu les larmes aux yeux.
- Tu attends depuis longtemps ? demanda le Chevalier d'Or.
- Non, je viens juste de m'assoir.
- Bien.
Shaka prit place à côté de lui, les paupières toujours closes, comme à son habitude. Egalement installé en tailleur, il posa le dos de chacune de ses mains sur ses genoux et fit face à la mer.
- J'aime venir ici pour mes méditations, avoua-t-il doucement, c'est un endroit auquel je peux me fier et projeter loin mon cosmos, vers des terres que je ne connais pas. Depuis mon temple, qui est au milieu des douze, c'est l'endroit idéal pour ça mais je connais le Sanctuaire par cœur depuis le temps.
Shun acquiesça silencieusement, fixant lui aussi l'horizon. Shaka parvenait-il réellement à parcourir d'aussi grandes distances avec son cosmos ? C'était incroyable.
- Dis-moi Shun, reprit le Chevalier de la Vierge, hier soir il m'a semblé que tu voulais me parler.
Le jeune homme se mordit la lèvre inférieure, baissa les yeux sur ses mains qu'il commença à triturer nerveusement. Maintenant devant le fait accompli, il ignorait comment l'aborder.
- Mais peut-être me suis-je trompé ?
- Non ! répliqua vivement Shun en relevant les yeux. Non je … c'est juste que…
Shaka sourit devant la gêne évidente du petit Chevalier. Il lui ressemblait un peu à son âge. Ayant passé la plus grande partie de son enfance seul à converser avec Bouddha il n'avait que très peu côtoyé les autres et était arrivé ici en bon asocial qui se braquait dès qu'on lui adressait la parole. Mais, à force de vivre en communauté de Chevalier, il avait finit par apprendre à faire confiance et ne pas envoyer son interlocuteur sur les roses lorsqu'il venait vers lui. Pour Shun il était évident que ça gêne se situait ailleurs. Il avait grandit dans un orphelinat, ensuite il avait été entraîné sur une île parmi tant d'autres, puis avait formé un groupe uni et soudé avec les quatre autres Chevaliers de Bronze. Alors, était-ce de la timidité ? Ou un mal-être évident ?
- Tu peux parler Shun, reprit doucement Shaka, ça n'est pas une faiblesse.
- Je le sais, ce n'est pas le problème.
- Alors quel est-il ?
Pour Shun, se confier et pleurer n'avait jamais été une faiblesse. Après tout, il était un pleurnichard, on lui avait assez rabâché. Le problème c'est qu'il n'arrivait pas vraiment à mettre de nom sur ce qu'il ressentait, comment d'écrire le fait qu'il était persuadé qu'Hadès avait de plus en plus d'emprise sur lui ? Pas pressé pour autant, Shaka semblait lui laisser le temps de rassembler ses idées. Aussi, Shun se lança :
- C'est étrange. Je sens que le Dieu des Enfers puise sa puissance à travers moi et grandit mais je ne sais pas comment l'arrêter et ça me rend … je…
- Tu es furieux.
- Oui. Pourtant ça n'est vraiment pas mon genre de m'énerver mais je sens cette … fureur en moi qui ne demande qu'à sortir et hier soir après ton départ j'ai…
- Tu t'es braqué face à Milo.
Shun tourna la tête vers Shaka, les sourcils froncés. Il savait le Chevalier d'Or extrêmement lucide mais de là à ce qu'il soit médium ! Shaka eut un sourire amusé.
- Mü m'en a parlé, avoua-t-il calmement.
- Oh … quand ça ?
- Cette nuit.
Shun détourna le regard, plongé dans ses pensées. Cette nuit ? Le rose lui monta aux joues. Il avait totalement oublié le fait que Shaka dormait lui aussi au palais du Pope puisque son temple avait été détruit. Mais hier soir, en quittant la soirée, Shaka était purement et simplement sortit par la grande porte, vers les douze maisons. Avait-il rejoint celle du Bélier pour y attendre Mü ? Le sourire de Shaka s'agrandit encore lorsqu'il sentit la gêne évidente du petit Chevalier assit à ses côtés.
- Allons, dit-il amusé, il n'y a pas de honte à avoir nous sommes des hommes.
- Euh … oui. Mais je n'imaginais pas que tu… enfin …
- Quoi, je suis un être bien trop spirituel pour m'abaisser aux plaisirs de la chaire c'est cela ?
- Non !
Shun avait le visage en feu, il avait envie de rentrer dans ses chaussures et disparaître ! Il ne s'attendait pas du tout à ce genre de conversation avec le Chevalier de la Vierge à vrai dire.
- N'as-tu jamais connu aucune femme à ton âge ? demanda Shaka.
Shun se dandina sur place. Il n'avait jamais avoué à personne qu'il préférait les hommes, pas même à son frère Ikki, seul Hyôga était au courant.
- En fait je …, tenta-t-il plus gêné que jamais, je ne suis pas très … femmes …
- Je vois, souris Shaka, avec aucun homme alors ?
- Non plus …
Il se sentait tellement gêné mais le Chevalier d'Or semblait trouvé tout à fait normal qu'il soit homosexuel.
- Peut-être … juste un baiser, termina Shun dans un sourire timide.
- Je vois.
Shaka retrouva son sérieux. Shun d'Andromède était le Chevalier qui lui fallait, c'était à présent une certitude, il devrait en parler à Sion.
- Tu sais, reprit-il sereinement, Hadès a toujours été une partie de toi. Tu as grandis avec sa présence. En réalité, il ne t'a jamais laissé seul seulement, maintenant que tu sais qu'il est là, tu fais d'avantage attention à sa présence en toi.
- Ça n'est qu'une question de perception personnelle alors ?
- Oui et non. Il est évident que le Dieu des Enfers puise de l'énergie dans ton corps, mais crois-tu sincèrement qu'il soit capable d'interagir à travers toi, toujours coincé dans les Enfers ?
- Non … oui …peut-être !
- L'âme d'Hadès est toujours coincé dans le royaume des morts Shun, sache-le, il n'a pour l'instant aucune emprise sur toi. Lorsqu'il parviendra à s'extraire de ce monde, peut-être le pourra-t-il, effectivement.
- Comme il l'a fait dans son palais, dans les Enfers.
- Oui.
- Alors il pourra infiltrer le Sanctuaire de l'intérieur.
- Oui. Mais, Shun, lorsqu'Hadès a fait ça la première fois, son âme s'était reposée durant deux cent ans, il était en pleine possession de ses pouvoirs et de sa puissance. Aujourd'hui il n'est plus qu'un esprit errant, crois-tu être capable de lui résister ?
- Non.
La franchise évidente du jeune Chevalier ébranla Shaka, et pourtant il en fallait beaucoup pour le faire douter. Shun s'était rendu à l'évidence. Pire, il semblait avoir baissé les bras. Mais faire des sermons n'était pas son genre aussi, il prit le partit du jeune homme et avança dans son sens, cela servirait ses intérêts aussi finalement.
- Alors il faut te rendre plus fort pour l'affronter, dit-il de cette voix toujours aussi calme.
- Oui. C'est en partie pour ça que je voulais te parler je voudrais … que tu m'aides.
Shaka prit une grande inspiration et retint un sourire vainqueur de fleurir sur ses lèvres. Shun lui facilitait bien la tâche.
- Et j'accepte Shun, je t'aiderais.
Dans la tête du Chevalier d'Or raisonna les mots qu'il avait voulu prononcer :
« Je te formerais »
