9.

Ce n'était pas en dix mille débris, mais le Lightshadow et le Big One avaient plus que soufferts de la traversée de la nuée d'astéroïdes et leur vol était plus mal assuré que jamais !

Les deux vaisseaux présentaient des ouvertures béantes sur toute la surface de la coque, presque tous les instruments extérieurs avaient été arrachés et pas un pouce n'était déformé par les multiples impacts reçus.

- Maji ? interrogea Aldéran dans son oreillette.

- On n'a plus grand-chose qui fonctionne. Je vais relancer, autant que possible, les systèmes de survie, ensuite je m'occuperai des instruments qui nous sont le plus indispensables. Ah, et j'ai localisé une planète isolée…

- Remets-nous en priorité en état de voler au moins mal. Le reste devra attendre.

- Je crois que le Big One n'en a pas le temps…

- Comment cela ? !

- Nous devons absolument nous poser avant que les systèmes de pressurisation ne nous lâchent complètement ! jeta dans l'interphone la voix de Schwanhert. Le Big One va vers la planète.

- Maji, tu crois que tu peux en tirer quelques données d'analyse pour les aider ?

- Je vais faire de mon mieux !

- Schwanhert, vous allez y arriver ?

- Je n'ai besoin que d'une voie de chemin de fer !


Non sans appréhensions pour ses amis, Aldéran les avait accompagnés dans leur rentrée dans l'atmosphère d'Opikan la planète aux anneaux noirs.

- La planète est presque entièrement désertique et seules quelques bandes s'y affrontent pour gagner du territoire, renseigna le jeune homme. Les ressources sont principalement souterraines et beaucoup de personnes vivent d'ailleurs en grottes ou abris en sous-sol. C'est tout ce que Maji a pu grappiller comme infos avant que notre antenne-relais externe ne nous lâche. Il nous faut vraiment rester à proximité immédiate pour que le peu de puissance de communication dont nous disposons fonctionne. En revanche mon dernier m'a radar m'indique une voie ferroviaire, à demi ensablée, j'envoie les coordonnées via sémaphore lumineux !

- Ca va être juste, commenta Bruce après avoir reçu les infos, mais si on l'aborde selon un bon angle, on devrait y arriver.

Depuis sa passerelle, Aldéran vit le train s'incliner à 75° sur son tribord avant de prendre la direction des rails.
Bien que trop rapide, à la fois à cause des systèmes défaillants que par l'urgence à se poser avant que d'autres ne cèdent encore, l'approche du Big One semblait autant devoir mener à son salut qu'à son crash pur et simple !

Les roues entrèrent en contact brutal avec le métal rouillé des rails, manquant le faire dérailler, mais si la locomotive, ses wagons tout de métal et les trois premiers pour passagers parvinrent non sans mal à se stabiliser, le train se coupa littéralement en deux pour laisser le reste de sa structure se disloquer, se renverser et finir sur le flanc après une longue glissade.

- Ca a été plus que juste, fit Lise afin un soupir de soulagement.

- Rapport des dégâts, réclama Schwanhert Bulge alors que le Lightshadow se posait non loin de son Big One.

Aldéran haussa un sourcil surpris.

- Vu son état, ça sert à quelque chose de verrouiller le code de sécurité ? grinça-t-il.

- Vous avez dit que cette planète était peuplée de bandes armées. Aucune envie qu'une ou plusieurs ne tentent de s'emparer du cœur d'énergie, ou de la loco et des premiers wagons blindés pour les revendre en pièces détachées ou en faire une sorte de forteresse roulante pour attaquer des rivales !

- Plus que rouler, l'essentiel est qu'il puisse redécoller au plus vite ! jeta Aldéran.

- Sans rampe… murmura Manabu, abattu.

- Maetel m'a déjà parlé des « besoins » des trains, pour décoller et partir. Bon, on a déjà su s'en passer pour atterrir, poursuivit Aldéran. On trouvera le moyen de bricoler une rampe pour repartir, même si je dois vous tracter pour cela ! En attendant, le Lightshadow est l'endroit le plus sûr, enfin juste un tout petit peu vu son propre état.

- J'ai branché la balise de détresse renseigna Wilson alors qu'ils remontaient à bord du vaisseau pirate.
Le capitaine du Big One eut un regard attristé pour l'épave de son train mais, au matin, il s'occuperait de le remettre suffisamment en état pour ramener son équipage vers des zones galactiques moins inhospitalières et où son instinct lui soufflait que leurs déboires étaient loin d'être terminés !


Au matin, alors qu'il achevait de faire boire son lait à son fils, Aldéran eut la bonne surprise de voir son Doc Mécanoïde entrer dans l'appartement, sa toque inclinée sur le crâne en obus.

- Vous avez réussi, Cassiopée ! Ca a dû vous prendre toute la nuit !

- En effet, sourit la Doctoresse du Big One. Mais vous n'ignorez pas, Aldéran, que je n'ai nul besoin de repos. Et vu que je n'ai pas eu besoin de toute la nuit, j'ai pu m'occuper de plusieurs instruments que m'avait indiqués votre Maji.

- Merci. Vous avez déjà vu le reste de votre équipe ?

- Ils finissent leur petit déjeuner et vous rejoindront sur la passerelle pour faire le point sur le planning du jour. Je sais cependant que le capitaine Bulge compte vous laisser Wilson pour aider à vos propres réparations.

- Cela ne sera pas du luxe si on ne veut pas de désintégrer en traversant une nouvelle fois les couches atmosphériques !

Aldéran s'étira à nouveau en entrant sur sa passerelle. Il était fatigué, moulu d'avoir barré des heures en manuel et ressentant encore toutes les fatigues de cette lutte de tous les instants contre les astéroïdes de la nuée qui avaient si cruellement meurtri son vaisseau !

Les portes s'ouvrirent sur deux des membres d'équipage du Big One quand plusieurs signaux rouges se mirent à clignoter sur une console.

- C'était quoi cette alerte ? bâilla Manabu.

Bruce se précipita vers la console, manquant bousculer Aldéran au passage.

- Ca venait de notre loco. Elle a bougé. On a, encore, volé Big One !