Chapitre 6

Le samedi soir de la semaine suivante, j'eus du mal à trouver le sommeil. J'avais donc décidé de m'avancer dans mes devoirs, notamment en histoire avec un questionnaire. Mais un léger toc toc me fit sursauter. Une fois remise de mes émotions, j'allais ouvrir.

M'attendant à voir une nurse, je fus totalement prise au dépourvu par Liam au seuil de ma chambre. Il avait l'air gêné de se trouver et il me fallut un dixième de seconde pour comprendre que j'étais en nuisette !

-Désolé, j'aurais dû prévenir que je venais... Scott voulait savoir que tu allais, donc...

-Non, ce n'est grave. Ça ne te dérange pas si je reste comme ça ? La directrice a sous-estimé la température, du coup il fait particulièrement chaud.

-Tu veux vraiment la vérité ? dit-il avec un sourire en coin.

Je compris tout de suite que ça ne le dérangeait pas du tout. Je sentis mes joues rougir, comme une petite fille lorsqu'un petit garçon vient lui offrir une fleur. Bon d'accord, la situation est un peu plus gênante que ça : une fille en nuisette violette dans sa chambre face à un jeune loup-garou.

-Euh... tu veux entrer ?

-D'accord. Mais seulement si ça ne te dérange pas.

-Si je te le propose... Mets-toi à l'aise.

Je m'assis donc sur le bord de mon lit, une jambe repliée sous moi, pendant que Liam enlève sa veste. Puis il reste debout au milieu de la pièce, ne sachant pas vraiment où se mettre. Je lui désigne alors la chaise de mon bureau. Il la saisit et se place face à moi.

-Au fait, pourquoi ce n'est pas Scott qui est venu ? Ça ne veut pas dire que je n'ai pas envie de te voir, tu sais. Mais je pensais que ce serait lui qui viendrait prendre de mes nouvelles après m'avoir dit... tout ça.

-Il aurait aimé venir lui-même mais ce soir il a en quelque sorte un rendez-vous amoureux avec Kira.

-Ah oui, d'accord.

Un silence s'installa.

-Je vais bien.

Bizarrement, il ne me croit pas. Il fronce les sourcils et me fixe en attendant que je lui dise la vérité. Je lui répète donc que tout va bine. Cela se voit-il tellement ?

-Auntinia, je peux entendre le rythme de ton cœur dérailler quand tu mens, donc pas avec moi.

Les larmes me montèrent aux yeux sans que je puisse les arrêter. Non ça n'allait pas, bien sûr que non. Mon monde s'était écroulé ce fameux jour. Tout ce en quoi je croyais n'avait plus de sens, le bien et le mal sont complètement mélangés. Et moi, j'étais là à me demander comment j'avais pu me retrouver mêlée à cette histoire.

Liam vint s'asseoir à côté de moi et me prit délicatement dans ses bras. Je m'abandonne à son étreinte, ma tête dans le creux de son épaule.

-Ne pleure pas.

-Si, répondis-je, la voix enrouée par les larmes, parce que c'est la seule façon d'exprimer ce que je ressens. Je me suis faite des idées sur mes amis, vous n'êtes pas ce que vous paraissez être. Je ne sais même qui je suis, moi !

-Le fait que tu sois... surnaturelle ne change rein à ta personnalité. C'est juste une partie supplémentaire de toi avec ses avantages et ses inconvénients. Pareil pour nous, nous sommes ce que nous sommes avec une meilleure vue, une meilleure ouïe, du flaire et de la vitesse. Mais sinon, rien ne change !

Je relève doucement la tête en essuyant mes larmes et fixe mon regard au sien.

-Tu le penses vraiment ?

-Bien sûr.

-Merci.

Il me tend à nouveau ses bras et j'accepte volontiers sa proposition. D'un mouvement commun, on s'allonge sur le lit. Posée sur son torse, j'entends son cœur battre. Cela fait du bien de se sentir réconforter, surtout par quelqu'un qui sait ce que je vis. Liam est devenu en un instant mon repère, celui avec qui je veux être. Je suis bien avec lui et j'espère au plus profond de moi que c'est réciproque.

En me posant cette question, je sens un léger baiser se poser sur le haut de ma tête. Peut-être alors que ça l'est. Mes paupières se firent lourdes et je sombre dans un sommeil plus apaisé que jamais. Mes songes ne sont plus bondés de créatures maléfiques mais plutôt par une belle journée ensoleillée.

Je n'ai pas le souvenir de m'être glissée sous la couette, pourtant je suis bien au chaud sous la couverture. Je sens encore l'étreinte des bras de Liam autour de moi, à moins que ce ne soit qu'un rêve. Il n'est peut-être pas venu hier soir...

Mais j'aperçois un petit papier sur mon bureau qui n'était pas là auparavant. Une écriture maladroite s'y trouve : « Coucou, Aunti. Je n'ai pas voulu te réveiller ce matin, tu avais l'air trop paisible:) Je dois rentrer chez moi sinon mes parents vont s'inquiéter. On se verra demain. Bisous.

C'est un mot tout simple mais il prouve que je n'ai pas rêvé. Lima est réellement venu me voir pour savoir comment j'allais. Et il m'a vraiment prise dans ses bras pour me soutenir et nous avons passé la nuit ensemble.

Je n'ai pas pu me concentrer de toute la journée alors j'ai abandonné l'idée de faire mes devoirs pour aller me balader dans la forêt. Une fois bien couverte, j'emprunte le sentier balisé pour ne pas me perdre. La forêt est calme, un vent léger souffle entre les branches et aucun animal n'est en vue. Sauf peut-être une chouette qui me regarde passer sans ciller.

Au bout de dix minutes, je décide de faire demi-tour et de rentrer à l'orphelinat car l'air devient de plus en plus frais. Une fois au chaud, stylo en main et de nouveau devant mon questionnaire d'histoire, je repense aux « événements » de la veille. Mais un problème survient alors dans mon esprit : comment allait-on réagir tous les deux quand lorsque nous nous verrons au lycée ? Si ça se trouve, pour lui, cette nuit était juste amicale et n'impliquait absolument rien de plus. Je réfléchirai plus tard.

Soudain une odeur de brûlé me parvient du couloir. En effet, lorsque j'ouvre naïvement la porte pour sortir, une fumée noire, épaisse et âcre s'engouffre dans la pièce. Je suffoque. Je n'aurais pas dû l'ouvrir mais plutôt me mettre à la fenêtre.

La fenêtre ! Je tente de l'atteindre mais mon cerveau manque d'oxygène, j'ai la tête qui tourne et de moins en moins de force dans les jambes pour me porter.

Puis j'eus comme un second souffle, mes yeux s'habituèrent à l'obscurité et je pus enfin atteindre la fenêtre sans difficulté. La fumée prit donc le chemin le plus rapide vers la sortie et je peux enfin me voir dans le reflet des carreaux. Mes yeux sont violets : voilà pourquoi j'ai pu me relever.

Je profite de cet avantage pour aller voir si tout le monde est sorti à temps et va bien. J'emprunte donc le couloir des enfants en vérifiant dans chaque pièce. Personne. Mais à l'étage en-dessous, il y a des flammes. Je peux peut-être supporter les flammes mais sûrement pas la chaleur de celles-ci. J'aperçois enfin la grande porte d'entrée où des pompiers amènent des tuyaux.

-Aidez-moi !

Ils ne m'entendent pas. Je recommence alors à crier en faisant de grands gestes pour attirer leur attention. Cette fois, ils me voient et l'un d'eux essaie de me rejoindre pendant que les autres arrosent les flammes. Il arrive, me passe son manteau et me soulève. L'air libre, enfin ! Il me pose et d'autres bars m'attrapent.

-Ferme les yeux. Vite !

C'est la voix de Scott alors je fais ce qu'il me dit. Il m'emmène loin du bâtiment en feu, près de la forêt. Je peux alors ouvrir les yeux.

-Tu vas bien ? me demande-t-il, vraiment inquiet.

-Oui, enfin maintenant oui. J'ai vraiment cru que j'allais y passer avec toute cette fumée mais je ne sais pas trop pourquoi, d'un coup j'ai pu respirer. Je pense que c'est en rapport avec mes yeux. Ils étaient violets !

-Ils le sont encore, Auntinia. Essaie de te calmer, ils devraient redevenir normaux. C'est l'adrénaline du danger qui te fait ça.

-Comment as-tu su d'ailleurs ?

-En rentrant chez moi, je suis passée chez Lydia pour un devoir et elle a entendu des enfants pleurer et elle s'est mise à crier que tu allais mourir dans les flammes. Alors je suis venue le plus vite possible. Wow j'en peux plus !

C'est vrai que Lydia est une Banshee et qu'elle peut sentir des choses. Mais elle sait aussi quand des gens meurent. Devant mon regard soudain affolé, Scott comprit que j'avais peur que quelqu'un soit mort et il partit se renseigner.

Ils ont compté, tout le monde répond à l'appel. Certains ont été intoxiqués par la fumée et vont être conduits à l'hôpital de Beacon Hills. Une nouvelle presque rassurante mais il vaudrait quand même mieux que je retourne auprès des petits pour les rassurer. Après mettre assuré de la couleur de mes yeux, je me dirige vers eux et les prends dans mes bras dans un geste de réconfort.

Une vingtaine de minutes plus tard, on nous informe que nous allons être transférés au gymnase de la ville à côté du lycée le temps d'évaluer les dégâts et les autres possibilités de relogement. Un bus est alors venu nous chercher.

Un important dispositif d'accueil a été mis en place pour nous recevoir. Des pompiers et des policiers sont en train d'installer des lits de camps et disposent des couvertures. La nuit va être longue.

Le shérif Stilinski est venu me voir dans la soirée :

-Stiles m'a demandé de veiller sur toi pendant ton séjour ici, du moins quand je serais là, au cas où il se passerait quelque chose. Tu vois ce que je veux dire ?

-Oui, très bien. C'est gentil d'avoir accepté mais je ne pense pas avoir besoin d'une surveillance rapprochée.

-J'espère bien.

Son ton est aimable mais je sens aussi qu'il se méfie de moi. Il ne veut pas de débordements, ce qui est normal, mais aussi et surtout que je fasse du mal autour de moi. Je ne suis pourtant pas comme ça. Et Scott, par l'intermédiaire de Stiles, le sait. Alors pourquoi demander à quelqu'un de me surveiller ? La réponse me vient alors à l'esprit : pour me protéger de moi-même... de mes nouveaux instincts surnaturels.

Sinon, le reste de la journée, je m'occupe des enfants encore effrayés par l'incendie. Ce dernier serait d'origine accidentelle : un plat resté trop longtemps sur le gaz. Le troisième étage où se trouve ma chambre n'a été que très peu endommagé, je pourrais donc y retourner demain pour récupérer mes affaires.

Quant aux enfants, ils vont devoir être transférés ailleurs, dans un autre orphelinat. Je ne suis pas encore majeure mais après quelques coups de fil, on m'autorise à loger chez Gwendoline et ses parents.

La nuit approche alors nous avons couché tout ce beau monde dans ces lits peu confortables mais utiles. À mon tour, je me suis allongée dans un coin avec mes couvertures pour ne pas être dérangée dans mon sommeil. Cette journée m'a vraiment épuisée, je n'ai donc pas de difficulté à m'endormir.