Chapitre 7 – Reconstitution et découverte cruciale

Un quart d'heure plus tard, ils franchissaient les portes de leur bureau et s'installaient à leur poste respectif.

Falman ne fut pas long à venir voir le Colonel.

« Colonel. Tout a fonctionné comme prévu. Le corps a été découvert hier soir. Le dossier est sur votre bureau.

« Très bien Falman, je regarde ça tout de suite. »

Roy se saisit du dossier et prit une grande inspiration avant de l'ouvrir.

La première chose que vit Roy fut les photos prises sur le lieu de la découverte du corps. Un sentiment de malaise profond l'envahit. Il se rappela les paroles de Riza dans la voiture alors qu'ils venaient de déposer Jézabel sur le terrain : « la vision de Jézabel nue abandonnée comme ça sur ce terrain vague m'a fait un choc. Nous devons choper la pourriture qui a fait ça. »

Oh que oui, ils allaient choper l'ordure qui était derrière tout ça, non seulement pour écarter de lui tout soupçon et la menace qui pesait sur lui, mais aussi pour venger la mort de Jézabel, victime innocente de cette machination.

Il écarta les photos pour s'intéresser aux autres pièces du dossier qui étaient pour le moment peu nombreuses : il y avait la retranscription de son appel téléphonique « anonyme » et le rapport des soldats qui étaient arrivés les premiers sur les lieux et qui avaient donc découvert le corps de Jézabel. Il trouva aussi les premières conclusions du médecin légiste appelé sur les lieux qui confirmaient les déductions de Falman et de Riza quant à la mort par étouffement et datait la mort à plus de 24h00.

La machine était lancée, on ne pourrait plus l'arrêter facilement. Restait à prier pour que personne ne découvre que le corps avait été initialement déposé chez lui.

Il avait du rester un moment les yeux dans le vague car Riza l'appela :

« Colonel, vous allez bien ?

« Oui Lieutenant. Je réfléchissais juste à cette histoire.

« Le point positif, c'est qu'à présent, nous pouvons enquêter sans que cela ne soulève de suspicion à votre égard.

« Je me demande par quel bout commencer.

« Hé bien, peut-être pourrions nous nous concentrer sur le meurtre de Jézabel.

« Dans ce cas, il faudrait se rendre à son domicile et interroger ses voisins. Mais, et si l'un d'eux me reconnaît ?

« Je peux m'occuper de cela. Tout du moins dans un premier temps.

« Très bien, Havoc n'aura qu'à vous accompagner. J'aurai voulu aussi que nous retournions à mon domicile, nous n'avons pas pu correctement inspecter la chambre hier avec le corps dans le lit. Je suis désolé, nous aurions pu y aller avant de venir au QG.

« Ce n'est pas grave, de toute façon, nous devions nous assurer que le corps a bien été découvert et voir si nos premières déductions étaient bonnes. »

Roy poussa un profond soupir. « Alors, allons-y. »

De nouveau, ils se trouvaient devant le domicile de Mustang.

Ils entrèrent dans sa chambre, le lit était toujours en bataille. Un bref état des lieux du regard leur apprit que rien n'avait été déplacé depuis la veille au soir. La possibilité que le meurtrier revienne ici n'avait échappé à aucun d'eux.

Roy se rapprocha du lit, les draps n'étaient bien sûr plus en place puisqu'ils avaient servi à enrouler le corps et à le transporter. Ils étaient encore dans le coffre de la voiture.

« Il faudrait récupérer les draps dans le coffre. »

Riza hocha de la tête et sortit de la pièce.

Il regarda le drap housse, mais il ne portait aucune trace, aucun indice.

Il était occupé à observer les oreillers lorsque Riza le rejoint, les draps enroulés dans ses bras.

« Il faudra vérifier les siens. »

Roy acquiesça.

« Je n'ai rien trouvé dans le lit. »

« Il faisait déjà très sombre lorsque nous avons inspecté sous le lit, nous avons peut-être laissé échapper quelque chose. »

Il se mit à quatre pattes pour regarder sous le lit, imité par Riza de l'autre côté.

Ils poursuivirent leur exploration mais en vain. Finalement ils déplacèrent le lit, mais firent chou blanc.

« Ce n'est pas possible ! Il a bien du passer plus d'une demi heure ici et il n'aurait laissé aucune trace !

« Ecoutez Hawkeye. Il y avait tout de même très peu de chance pour qu'on trouve quelque chose.

« Je ne veux pas y croire, il faut regarder encore. J'ai une idée, on peut reprendre la méthode de Falman et essayer de reproduire ce qu'il a du faire. Imaginez vous à sa place. Moi, je joue votre rôle et celui de Jézabel. Bon, tout d'abord. Imaginons, vous sortez du bar et vous avez du mal à tenir sur vos pieds. Rien d'étonnant à cela si on tient compte que non seulement vous aviez bu mais en plus vous étiez drogué. Donc vous titubez dans la rue. Le type sort juste derrière vous et vous rattrape. Comment fait-il pour vous ramener ici ?

« A pied, c'est trop loin, il a du me faire monter dans une voiture. J'imagine mal qu'il m'ai porté, il a du m'aider à marcher jusqu'ici en me soutenant par les épaules. En plus, si par hasard, un voisin nous apercevait, il aurait pensé que c'était un ami qui me ramenait chez moi. Ce n'aurait pas été la première fois, ça nous est arrivé plus d'une fois avec Maes.

« Bon alors, faisons le. »

Riza sortit dehors. Roy la suivit.

« Je suis vous, soit je suis à l'arrière de la voiture, soit à l'avant, ça n'a pas trop d'importance pour le moment. »

Riza ouvrit la portière côté passager et s'installa. Roy la regarda faire sans bouger.

« Ben alors ? Allez ! Vous êtes le meurtrier et vous me sortez de la voiture pour me conduire à l'intérieur. »

Roy ouvrit la portière et chercha à sortir Riza comme aurait pu le faire l'assassin. Mais il ne savait pas par où l'attraper.

« Faites comme si vous étiez lui. D'abord, je dois être complètement groggy et vous ne devez pas prendre trop de précaution. Après tout vous ne devez pas porter Mustang beaucoup dans votre cœur. »

Du coup, Roy se pencha dans l'habitacle saisit Riza brusquement par un bras et tira dessus. Elle eut une grimace de douleur.

« Les jambes ne suivent pas comme ça. Vous devez m'aider à les sortir d'abord. »

Roy s'exécuta puis il passa un bras sous celui de Riza et la souleva de son siège pour l'extirper de la voiture. Riza se laissait aller de tout son poids pour mimer l'inconscience. Roy passa le bras droit de Riza derrière son coup et assura sa prise sous ses épaules de son bras gauche. Il la traîna ainsi jusqu'à sa porte.

« Si les voisins nous voient, ils vont se poser des questions. Sans compter tout le remue-ménage d'hier.

« On verra ça après. Concentrez vous sur notre reconstitution. Bon nous sommes devant votre porte qui doit être fermée à clé.

« Je vous fait les poches pour les chercher sur vous. »

Roy mima le geste et fouilla les poches de Riza. Les joues de celle-ci se rosirent légèrement. Enfin ils entrèrent. Roy repoussa la porte avec son pied puis se dirigea vers sa chambre toujours en supportant Riza.

Enfin, il la fit tomber sur le lit, là où il s'était réveillé. Il était complètement essoufflé.

« Que fait-il ensuite ? » Demanda-t-il en s'épongeant le front avec sa manche.

« Soit il va chercher Jézabel soit il vous déshabille. »

A cette dernière mention, ce fut au tour de Roy de piquer un sérieux fard.

« Je ne pense pas que cette opération soit nécessaire. On peut facilement imaginer à quoi cela peut ressembler. Pour ma part, je pense qu'il a d'abord été chercher le corps de Jézabel. Comme ça, il s'assure que vous vous endormez un peu plus profondément. Par contre, il a du attendre quelques minutes avant histoire de reprendre son souffle. »

Riza se releva du lit.

« Maintenant, je fais Jézabel. »

Elle ressortit de nouveau dehors.

« Je dois être enfermée dans le coffre. »

« Je ne sais pas, c'est risqué. Sortir un corps d'un coffre est moins discret que de l'arrière de la voiture par exemple.

« Oui mais le corps devait déjà y être alors qu'il vous retrouvait au bar, dans ce cas c'était vraiment risqué de laisser le corps à la vue de tous. Quelqu'un aurait pu s'approcher de la voiture et le voir.

« Ou alors, Jézabel n'était pas encore dans la voiture et il est allé la chercher soit après m'avoir déposé, soit après notre sortie du bar et juste avant de venir ici.

« Cette dernière version me semble la plus probable. Essayons ce scénario alors. »

Elle se glissa à l'arrière de la voiture et s'allongea sur la banquette, Roy se pencha et la tira à lui.

« Ce n'est vraiment pas évident comme manœuvre !

« N'oubliez pas que je suis déjà morte. »

Finalement, au bout de bien des efforts, il réussit à la sortir, passa un bras dans son dos et l'autre sous ses genoux et la souleva dans ses bras.

Un instant leurs regards se croisèrent mais Roy détourna les yeux. Riza n'osait plus rien dire, son cœur s'emballait et sa respiration était saccadée. Roy se prit à transpirer à grosse gouttes. Jamais ils n'avaient été si proches physiquement.

Roy la porta de nouveau dans sa chambre. Mon Dieu, on dirait un couple de jeunes mariés après la noce ! Pensa Roy.

Aussi doucement qu'il pu, il déposa Riza sur son lit. Roy se prit à regretter cette séparation. De nouveau leurs yeux se rencontrèrent. L'un comme l'autre eurent l'impression que le temps s'arrêtait. Imperceptiblement, Roy pencha son visage sur celui de Riza.

Une sirène s'alluma dans l'esprit de Riza. Avant que leurs lèvres ne se rejoignent, elle rompit le charme :

« Je me demande si Jézabel était déjà nue ou s'il l'a déshabillée ici. »

Roy revint sur terre et se redressa, il déglutit, prenant pleinement conscience de ce qu'il avait failli faire.

« Je ne sais pas. Est-ce que cela change quelque chose ? »

Riza se releva.

« Dans ce cas, il avait deux personnes à déshabiller d'un coup. Et vu votre état de fatigue après tous ces efforts, on peut déduire que notre homme devait suer à grosses gouttes ou bien il est fort comme un bœuf.

« Jack m'a dit qu'il était grand, il n'a pas précisé s'il était costaud.

« Imaginons qu'il ai transpiré, dans ce cas qu'est-ce que font la plupart des gens ?

« Ils s'essuient avec un mouchoir ou le revers de leur manche.

« J'opte pour le mouchoir. Dans ce cas, je le sors de ma poche. C'est là qu'il a pu faire tomber quelque chose.

« Mais on a rien trouvé et tout ça ne nous a mené nulle part.

« On a du rater quelque chose.

« Et s'il n'avait rien perdu ?

« Je ne m'avoue pas vaincue si vite. »

Elle se remit à examiner la pièce, sous le lit, les tables de nuit. Enfin, elle se retourna vers le lit. Passa sa main sur le matelas, puis sur le cadre du lit.

Enfin un sourire étira ses lèvres, elle saisit l'objet qu'elle avait senti du bout des doigts.

Elle brandit devant le visage de Roy un petit médaillon.

« Vous reconnaissez cet objet ?

« Non, il n'est pas à moi. »

Riza le fit tourner dans ses mains.

« Je ne pense pas qu'il appartienne à Jézabel, ce n'est pas un bijou féminin.

« Faites voir. »

Roy porta le médaillon à ses yeux.

« Lieutenant, je pense que notre hypothèse concernant Ishbal se confirme, cette médaille représente le dieu Ishbala.

« Alors, tout cela ne serait qu'une histoire de vengeance ?

« J'en ai bien peur. »