CHAPITRE 7

Lisbon s'approcha d'Altaïr et lui tendit la main pour l'aider à se relever mais celui-ci se redressa tout seul dans une grimace.

- Sais tu où est Darim ? lui fit-il d'un ton sec.

Lisbon haussa les sourcils, elle venait simplement de lui sauver la mise et l'ange lui crachait presque au visage.

- Non ! Et de rien, sale ingrat ! Lui lança-t-elle avant de s'éloigner en le laissant sur place.

Après tout elle n'avait pas besoin de lui pour se débrouiller, marre de son caractère à celui-là ! pensa-t-elle. L'agent s'engagea dans une rue, bien décidée à rejoindre le bureau. Darim était parti avec l'orbe et elle se doutait qu'il serait rentré directement à cet endroit. Il suffisait de l'y rejoindre, d'utiliser la boule et de rentrer chez elle, voilà tout.

Plus elle s'avançait dans les rues et plus la vie reprenait, comme si de rien était. Il était encore tôt mais le marché commençait à grouiller de monde, et les crieurs s'en donnaient à cœur joie. Lisbon s'arrêta devant l'un de ses stands habituels mais l'homme n'avait pas l'air de la reconnaitre.

- Que puis-je faire pour vous jeune érudit ? lui demanda-t-il

Lisbon sursauta, elle avait oublié. Sa tenue empêchait l'homme de la reconnaitre et heureusement qu'elle ne lui avait pas adressé la parole sinon elle aurait fait tomber le voile sur son identité. Elle se devait d'être discrète, les assassins étaient traqués dans cette ville, et se faire prendre signifiait certainement la mort. Teresa passa son chemin sans répondre et en baissant la tête. Quand elle croisa un groupe de gardes elle mima la position de prière les mains collées l'une contre l'autre devant le visage comme le lui avait appris Altaïr, et elle remercia mentalement l'homme de lui avoir montré cette technique lorsque les gardes furent passés.

Altaïr jetait un œil de temps à autre vers le bas. Il suivait son petit démon depuis les toits, et surveillait chacun de ses mouvements. Il fronça les sourcils en la voyant s'arrêter au marché mais elle n'avait pas attiré l'attention du marchand, ni non plus des gardes qu'elle avait trompé en imitant un érudit. La femme s'approchait du bureau et Altaïr regrettait presque de l'avoir sous estimée. Il s'accroupit au bord d'un toit et attendit de la voir arriver au coin de la rue, son allure étant plus rapide par les hauteurs. Aurait-il pu se sortir de l'étreinte du géant tout à l'heure ? Il n'en était plus certain à présent. Peut-être que sans l'intervention du démon, il n'aurait pas survécu à cette mission, et il comprenait à présent la réaction de la jeune femme. Il allait devoir prendre sur lui et, peut-être…ou peut-être pas… la remercier.

Lisbon tourna au coin de la rue, elle connaissait ce quartier par cœur et elle avait accéléré le pas, ayant hâte de rentrer. Se promener seule dans les rues en tenue d'assassin ne l'enchantait guère. Dans le virage, elle renversa une femme qui portait une jarre et celle-ci se fracassa avec bruit au sol. La femme qui se trouvait à coté fit également tomber la sienne et bientôt des cris de mécontentement montèrent dans la rue. L'agitation attira l'attention d'un groupe de gardes qui se dirigèrent vers l'origine du chaos, mais également celle d'Altaïr qui sortit immédiatement de ses pensées.

Lisbon tentait de s'excuser auprès des femmes dont les jarres étaient en morceaux sur le sol, et lorsqu'elle comprit qu'il n'y avait rien à faire elle s'éloigna discrètement. L'un des gardes l'agrippa avant qu'elle ne puisse faire trois pas.

- Que se passe-t-il ici !? Érudit ! Est-ce toi qui …. ASSASSIN ! cria-t-il en dégainant son sabre.

Du haut de son toit, Altaïr grogna en voyant la scène. Evidemment, cela aurait été trop facile. Lisbon s'était mise à courir, suivie de près par les soldats qui hurlaient à la foule de dégager le chemin. L'assassin sauta sur le toit d'une maison en face de la rue pour gagner de la distance sur la folle course qui avait lieu en contrebas. Il se positionna de manière à se trouver au dessus de la ruelle dans laquelle s'était engouffrée Teresa, et lorsque le dernier garde fut sur le point de passer en dessous de lui, il se laissa tomber, déployant sa lame d'un mouvement du poignet. Le sang gicla lorsque le garde s'écroula dans un râle. Aussitôt, Altaïr grimpa la façade avec agilité, dirigé par les cris des deux derniers gardes qui poursuivaient l'agent. Lorsqu'il regarda en bas, Lisbon était aculée dans une impasse et les deux gardes la menaçaient de leurs armes, tous deux le sourire aux lèvres.

- Tu vas rejoindre ton ami dans les geôles de la garnison assassin… demain nous aurons une belle exécution publique !

Altaïr ferma les yeux de déception. Darim n'était pas parvenu jusqu'au bureau et la mission avait été un échec. Il allait falloir trouver un moyen de le sortir de là, mais aussi de remettre la main sur l'orbe. Il regarda à nouveau en bas, Lisbon était terrorisée, plus les gardes approchaient plus elle se plaquait dos au mur comme s'il allait s'ouvrir pour la laisser passer. L'assassin sauta sur la terre ferme, juste derrière les deux gardes qui se retournèrent avec surprise. Le premier eut la gorge tranchée, et ses cris n'étaient que des gargouillis lorsqu'il s'écroula à genoux, se tenant la gorge, sentant la vie s'échapper par flots au rythme des battements de son cœur. L'autre poussa un cri en se jetant sur Altaïr, sabre haut, prêt à frapper. L'assassin n'eut aucun mal à parer son assaut, et se retourna sur son passage comme l'aurait fait un torero, tranchant le dos de son adversaire de sa lame courte. Celui –ci poussa un cri de douleur et se retourna, haletant, mais au lieu de reprendre le combat, il lâcha son sabre et prit la fuite aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Altaïr décrocha lentement un couteau de lancer de sa ceinture, et le lança avec force, touchant son adversaire entre les épaules. Il s'effondra, et la menace fut écartée.

Lisbon aussi avait compris que Darim ne se trouvait pas au bureau, elle était à la fois déçue et encore sous le choc de l'attaque qu'elle venait de subir. Des larmes coulaient sur ses joues, bien qu'elle reste silencieuse. Avec hésitation, Altaïr s'approcha d'elle et glissa ses mains sur sa taille. Lorsqu'elle se colla contre lui, il l'enlaça franchement, passant sa main sur sa nuque pour appuyer encore un peu plus son étreinte. Teresa prit une grande inspiration, cette proximité était la bienvenue, et elle enfonça son visage dans le cou d'Altaïr, profitant au maximum de cet instant de réconfort, et passant ses mains dans le dos de l'assassin pour se serrer encore plus contre lui. Lorsqu'elle le sentit se crisper, elle voulu se décoller, se souvenant qu'il s'était blessé lors de la confrontation à la caserne, mais l'homme l'en empêcha en la recollant avec force contre lui.

- Pas encore… murmura-t-il .

Lisbon releva la tête et leurs regards se verrouillèrent, chacun essayant de lire dans les pensées de l'autre. Avait-elle bien entendu ? bien compris ? Pour une fois, il ne fuyait pas, et au contraire il voulait prolonger ce moment. Il glissait ses mains dans le dos de la femme avec une tendresse dont elle ne l'aurait jamais cru capable et ce geste provoqua des frissons de plaisir, faisant apparaitre la chair de poule sur toute sa peau. Elle replongea alors son visage dans le cou de l'assassin, tentée d'y gouter sa peau lorsqu'une voix les sortit tous deux de leur catalepsie.

- Qu'Allah ait pitié de vous ! Qu'il vous pardonne pour vos pêchers, pauvres âmes égarées !

Altaïr se décolla doucement, observant l'homme qui venait de parler. Il avait l'air offusqué et catastrophé à la fois. Vue de l'extérieur, Lisbon était habillée en homme, et celui qui venait de les surprendre l'avait certainement prise pour tel. L'assassin esquissa un sourire à cette réalisation, puis il prit la main de Lisbon dans la sienne, passant à coté de l'individu toujours sous le choc. Teresa quant à elle était toujours dans son monde, n'ayant pas compris les paroles de l'homme, elle glissa ses doigts entre ceux d'Altaïr, serrant sa main dans la sienne de peur de rompre le contact.

Le chemin du retour vers le bureau se fit dans le silence. A aucun moment leurs mains ne se séparèrent, même au risque d'attirer l'attention sur eux. Si certains remarquèrent, ils n'en savaient rien, mais aucun des deux n'avait envie de lâcher prise, ni l'ange, ni le démon.

Lisbon fut la première à grimper après l'échelle, elle espérait encore retrouver Darim et elle se hâta de redescendre de l'autre coté du mur pour entrer dans le bureau. Malheureusement, le jeune assassin n'était pas là, et elle fut accueillie par le Rafiq et son regard interrogateur.

- Alors ? que s'est-il passé ? demanda-t-il, de l'impatience dans la voix.

- Darim n'est pas ici ?

- Non, il n'est pas avec vous ? fit l'homme en, voyant Altaïr se présenter sur le treillis de bois.

Lisbon s'assit comme une masse sur le bord de la fontaine, les larmes menaçant de couler à nouveau. Les gardes avaient dit vrai et le garçon avait donc été capturé.

Altaïr s'agrippa comme à son habitude au treillis, se laissant pendre les pieds en bas, mais il lâcha prise rapidement et il atterrit de façon instable et bruyante, grimaçant et appuyant sa main sur ses cotes comme si cela allait faire disparaitre la douleur.

- Es-tu blessé Altaïr ? S'inquiéta le Rafiq

- Rien de bien méchant Rafiq, je vais me reposer…

- Où est Darim ? Que s'est-il passé ?

- Capturé… fit l'assassin en rentrant dans la maison.

La déception se lisait dans l'attitude du Grand Maitre, et le Rafiq le suivit à l'intérieur.

- Et l'orbe ?

- C'est lui qui l'avait, répondit l'assassin qui retirait déjà ses armes.

- Que vas-tu faire ? Je peux me renseigner pour savoir où il est détenu…

- Ce n'est pas la peine, il est dans les geôles de la garnison… Trouve une carte, nous étudierons les possibilités un peu plus tard…

- Comme tu voudras, fit le Rafiq, se penchant en avant avec la main sur le cœur avant de s'éloigner.

Lisbon entra à son tour et haussa les sourcils en voyant Altaïr se défaire de ses armes.

- On ne va pas le chercher ? fit-elle en oubliant que l'assassin ne pourrait pas la comprendre.

- Il faut d'abord étudier les lieux et prendre des informations Teresa… Rien ne se fait sans avoir suffisamment de renseignements, il n'y a pas de place pour le hasard, lui répondit le Rafiq qui fouillait déjà dans ses cartes.

L'agent hocha la tête et son regard se dirigea vers Altaïr qui retirait sa capuche, et se tortillait pour retirer le reste de sa tunique en évitant les mouvements pouvant raviver la douleur dans ses cotes. Il n'avait rien laissé paraitre depuis le combat, et Lisbon compris en le voyant à présent qu'il avait bien caché son jeu. Elle s'approcha rapidement pour l'aider, même si elle pensait rencontrer un refus, mais l'homme la laissa faire sans dire un mot. Une fois le plus gros de la tenue retirée, elle agrippa son t-shirt, relevant le regard vers lui pour observer sa réaction, de peur d'être trop entreprenante. Son regard ne montrait pas d'opposition et elle souleva lentement le tissu pour découvrir un hématome sur tout le coté droit de son torse. Elle grimaça en pensant à la douleur qu'il avait du ressentir en se débarrassant des gardes dans la ruelle.

- Il faut faire des radios, tu dois avoir des cotes cassées… lui dit-elle en frôlant la peau de l'homme du bout des doigts, essayant de faire le diagnostique au toucher.

Comme il se crispa à son contact, elle releva le visage vers lui et son regard plongea dans le sien. Il était imperturbable, calme, l'expression sérieuse.

- Nan, bien sûr, pas de radios en 1193… Et je suppose qu'il n'y a pas de glace au frigo…

Elle repositionna le t-shirt de l'assassin sans quitter ses yeux du regard. Cet homme avait un pouvoir sur elle, elle pouvait le sentir au rythme de son cœur. Pourquoi à chaque fois qu'elle s'approchait de lui son cœur s'affolait ainsi ? Elle se pinça les lèvres.

- Tu comprends rien de ce que je te raconte de toute façon… dit-elle à voix basse.

- Putain ce que t'es beau, rajouta-t-elle en chuchotant et en détournant le regard.

Un peu gênée de ce qu'elle venait de dire, elle prit une grande inspiration. Elle avait détourné le regard mais elle sentait toujours le sien sur elle.

- Si tu continues à me regarder comme ça, je vais finir par te sauter dessus… fit-elle en relevant le visage vers l'homme.

A son bureau, le Rafiq dirigea son attention vers le duo, attiré par les chuchotements de Lisbon. Il haussa les sourcils en considérant la scène. Le sourire lui vint aux lèvres, il savait quel type de sort le petit démon avait jeté à l'assassin, et cela s'amplifiait de jour en jour, à n'en pas douter.

Altaïr avala sa salive, il était fasciné par la couleur de ses yeux, un vert profond rehaussé de reflets gris, bien qu'ils n'étaient pas de la même couleur dans la pénombre de la pièce. Elle le fixait sans ciller, et à ce petit jeu il finirait par craquer, surtout si elle continuait à chuchoter comme elle le faisait. Ses mots n'avaient aucun sens pour lui, mais le ton de sa voix et son langage corporel en disaient bien assez long. Heureusement, elle détourna le regard, et l'assassin passa à coté d'elle, satisfait d'avoir gardé toute sa volonté, surtout devant le Rafiq.

- Rafiq, as-tu des bandages ?


Le trio était devant les cartes, peaufinant les derniers détails de leur intervention. Ismael avait fait jouer ses relations et sollicité tous ses informateurs, de sorte que leur plan semblait être au point. Il fallait faire vite, dans la ruelle les gardes avaient parlé d'exécution, mais d'après les informations recueillies par le Rafiq, un transfert de prisonniers allait avoir lieu vers Acre, et il n'était nulle question d'exécution. Acre était une ville où les templiers étaient bien implantés, et si Darim y était emmené, il serait plus difficile de l'en sortir.

-Soit il faudra agir dans la ville, mais il y aura un maximum de gardes, soit dans le royaume, il y aura alors moins de gardes mais les solutions de fuite seront faibles.

- Vas-tu agir seul Altaïr ?

- Il est trop tard pour faire le trajet de Masyaf… Je serai seul…

- Et moi je compte pas ? fit Lisbon qui s'était tue jusque là.

Les deux hommes levèrent le regard vers l'agent, comme s'ils venaient de réaliser qu'elle était là. Elle haussa les sourcils.

- Ben oui, je peux aussi faire quelque chose…

- Si elle veut venir avec, dis lui que c'est hors de question, répliqua Altaïr en fronçant les sourcils

- Oh toi je te conseille pas de me dire quoique ce soit, si j'avais pas été là pour descendre le géant à la croix rouge, tu serais surement pas là pour….

Elle fut interrompue par le bruit d'une chute, quelqu'un venait d'entrer dans le bureau. Altaïr se mit immédiatement sur ses gardes, mais quand la silhouette se profila dans l'encadrement de l'entrée, il soupira de soulagement.

- Darim ! cria Lisbon en se jetant sur le jeune homme

Celui-ci était visiblement extenué, et l'expression joyeuse de l'agent se transforma rapidement en inquiétude. Elle fut rejointe par Altaïr qui agrippa le garçon pour l'aider à entrer.

- J'ai échoué, je n'ai pas pu garder l'orbe et la ramener, j'ai échoué, je suis désolé Grand Maitre… dit-il entre deux inspirations, essayant de reprendre son souffle.

- Non, tu n'as pas échoué, tu es en vie et c'est tout ce qui m'importe…

- J'ai réussi à m'enfuir, ils m'ont capturé, mais je me suis battu, raconta-t-il

- Je suis fier de toi Darim, tu as fait preuve de beaucoup de courage, répondit l'homme

- Tu es blessé ? demanda Lisbon

- Non, pas grand-chose…

- Hum évidemment, ils pourraient être père et fils les deux là, ils sont à moitié déglingués mais ils ont jamais rien…. Rajouta-t-elle sur un ton moqueur.

Altaïr envoya un regard interrogateur au Rafiq qui lui répondit en haussant les épaules, préférant ne pas traduire ce qu'il avait compris de cette phrase.

- Rends-toi utile Tessa, soigne-le…

- Teresa… pas Tessa… cher « Grand Maitre », lui envoya-t-elle en appuyant bien ses mots.

Une fois son souffle repris, Le jeune garçon raconta son évasion dans les détails pendant que Lisbon s'occupait de ses blessures. Il avait quelques coupures sans gravité et quelques hématomes, signe qu'il avait acquis une technique de combat sûre. Il mimait parfois les combats, fier de narrer ses aventures au Grand Maitre, surtout que celui-ci l'écoutait religieusement. Il dansait au milieu de la pièce, son épée à la main, esquivant un ennemi virtuel et le mettant à mort dans une suite de mouvements qu'Altaïr reconnaissait certainement vu le sourire qu'il arborait en le voyant faire.

Son sourire, Lisbon avait faillit s'évanouir en le voyant. C'était la première fois qu'il souriait à pleine dents, de manière franche et naturelle, et l'agent en eut le souffle coupé tellement l'expression de l'assassin en était changée. Elle alla rapidement chercher son téléphone et le dirigea vers Altaïr, puis elle prit une photo de ce moment rare. L'homme se redressa immédiatement en voyant l'objet et son expression était redevenue menaçante.

- Ca va c'est bon c'est juste un… téléphone ! Pas une arme !

Elle s'approcha de l'assassin pour lui montrer, mais celui-ci n'était guère rassuré par les objets maléfiques du petit démon, surtout après ce qu'il avait déjà pu en voir jusqu'à présent.

- C'est pas dangereux, ouuuuh en plus elle est réussie… fit-elle en dirigeant l'écran vers Altaïr

D'un mouvement brusque, il sauta en arrière, les yeux écarquillés.

- Démon ! Comment as-tu capturé mon âme !

Aussitôt, Darim s'éloigna et le Rafiq se refugia derrière son bureau.

- Dis leur Rafiq, ce n'est pas dangereux c'est juste une image…

Le Rafiq traduisit et après de nombreuses et difficiles explications sur la fonction d'un téléphone, la pression retomba lentement. Darim fut le premier à venir observer l'objet de plus près mais Lisbon eut fort à faire pour l'empêcher de fracasser l'appareil dès qu'il émettait le moindre son, et lorsqu'elle lança une vidéo qu'elle avait en mémoire, ce fut presque la fin du monde dans le bureau. Au bout de 10 min, la batterie était morte, et le calme revint progressivement dans la maison.

- Qu'ont-ils fait de l'orbe ? As-tu quelques renseignements à son sujet ? demanda Altaïr, une fois les choses revenues dans l'ordre.

- Les templiers la convoitent et il y aura un nouvel échange à Acre, c'est là qu'ils voulaient nous emmener, je n'en sais pas plus Grand Maitre…

- Alors le transfert de prisonniers aura tout de même lieu…

- Je vais demander à mes hommes d'enquêter Altaïr, les données ont changé mais notre plan est toujours faisable. Si le transfert a encore lieu aujourd'hui je le saurai… Annonça le Rafiq.

Altaïr hocha la tête et tapota l'épaule du jeune homme.

- Je t'ai sous estimé apprenti, tu mérites ta place ici, mais il va falloir que tu apprennes à écouter ce qu'on te dit, sans cela tu n'auras jamais ma confiance…

Le regard du jeune garçon s'éclaircit tout à coup.

- Oui Grand Maitre, je ferai tout ce que vous me direz…

- Alors va te reposer…


Les informateurs se relayaient dans le bureau, apportant chacun les renseignements qu'ils avaient réussi à glaner lors de leurs enquêtes dans la ville. La journée était bien avancée, mais d'après les dernières nouvelles, il ne se passerait rien avant le lendemain, et peu à peu l'effervescence était retombée. Le Rafiq, toujours penché sur ses cartes, se grattait la tempe, cherchant toujours une meilleure solution que la solution la meilleure, et Darim s'était assoupit, assis sur une chaise et l'oreille collée à la table devant lui. En le regardant dormir, Altaïr se souvint de sa jeunesse. Son entrainement avait été parfois tellement intense qu'il s'endormait n'importe où, pour peu qu'il pouvait rester quelques minutes au calme. Ce jeune apprenti serait certainement un bon élément, et Altaïr avait hâte de lui en apprendre le plus possible.

Lisbon manipulait son téléphone, et de peur de provoquer un nouveau cataclysme dans le bureau, elle grimpa sur le toit, contente de se retrouver un peu seule. Elle s'assit en posant son dos contre le toit en dôme, et elle grogna en essayant de brancher l'appareil après son étui, qui était muni d'un capteur solaire. On lui avait offert ce gadget pour son anniversaire mais elle n'en avait jamais trouvé l'utilité. Finalement, ce n'était pas une si mauvaise idée… Et dire qu'elle avait failli le jeter. Après quelques manipulations, le téléphone bipa, signe que la charge était en route, et Lisbon sourit de contentement. Enfin quelque chose qui fonctionne…même si elle ne pouvait appeler personne, la présence de l'objet la reliait un peu à son époque, et surtout, les photos et les vidéos qu'il contenait. Elle n'avait surement pas regardé dans l'album photo du téléphone depuis des lustres, mais désormais, elle rêvait de pouvoir y jeter un coup d'œil, en manque de sa vie d'avant. Son esprit s'y évada quelques instants. Si jamais elle pouvait rentrer en 2012, est-ce qu'on croirait son histoire ? Peut-être ne valait mieux t-il pas en parler sous peine de se retrouver à l'asile… Jane la croirait lui… enfin, c'est tellement abracadabrant qu'elle doutait de cela aussi. Teresa ne se voyait pas finir sa vie ici. D'ailleurs, pourquoi la faire revenir, elle, en 1193 ? Quel était le but ? Y avait-il seulement un but ou était-ce un simple hasard ? Les questions se bousculaient dans sa tête.

- Peut-être que c'est un monde parallèle… pensa-t-elle à haute voix.

- A qui parles-tu ?

Lisbon sursauta. L'ange l'observait sans faire de bruit et la colère monta en elle.

- Vous ne pouvez pas vous annoncer comme tout le monde !? Vous êtes toujours obligés de vous pointer furtivement là pour espionner ! C'est dingue ça on peut pas être tranquille ici ! Quelle sale manie !

L'assassin haussa les sourcils, il ne s'attendait pas à une telle réaction. Il n'avait pas compris la tirade mais le ton de la voix était clair, et il se tourna pour retourner dans le bureau quand Lisbon l'appela.

- Non attendez ! Attends… excuse- moi…

Altaïr se tourna à nouveau vers elle mais son visage resta fermé. Il n'arrivait décidemment pas à comprendre cette femme. Ou était-ce les femmes en général… ? Il s'approcha d'elle, laissant suffisamment d'écart entre lui et l'objet noir qu'elle avait posé sur le sol.

- Je voulais… il soupira, ce n'était pas son genre et il lui avait fallu de la volonté pour se décider à venir lui adresser la parole.

- Je voulais te remercier, de m'avoir…certainement…sauvé la vie, rajouta-t-il

Quand il se retourna pour repartir elle l'interpella encore.

- Non c'est moi ! Toi aussi tu m'as sauvée, et je m'excuse d'avoir si mal réagi… répondit-elle en cherchant ses mots.

Elle tapota la place à coté d'elle et lui fit un sourire

- Viens, je vais te montrer quelque chose. Ce n'est pas dangereux…

Elle récupéra son téléphone et malgré le peu de temps la charge était déjà suffisante. L'assassin hésita en la voyant prendre l'objet maléfique mais il vint tout de même s'asseoir, la curiosité plus forte que lui.

Lisbon ouvrit son fichier de photos et son cœur se mit à battre en voyant les images. Elle sourit au souvenir des moments capturés sur l'écran.

- Là c'est… comment je vais te le dire… mes amis, dit-elle en montrant une photo de son équipe devant le CBI. On travaille ensemble.

Altaïr regardait l'écran sans ciller, encore abasourdit par cette technologie. Teresa faisait passer les photos une à une, les commentant du mieux qu'elle pouvait dans la langue d'Altaïr, et celui-ci l'écoutait religieusement, même si elle faisait des erreurs qui donnaient parfois à ses phrases un sens complètement différent du contexte.

Quand elle arriva à la dernière photo son cœur s'arrêta. C'était celle d'Altaïr, tout sourire, sans sa capuche, ses cheveux ébouriffés comme d'habitude, et une expression sereine sur le visage. L'agent se pinça les lèvres, surprise de sa réaction. Elle tourna le regard vers l'homme à coté d'elle, et celui-ci ne manqua pas de remarquer la différence dans son attitude, d'abord joyeuse et enthousiaste, puis d'un coup sérieuse et profonde à l'apparition de cette image.

- Je te fais peur ? demanda-t-il sur un ton calme.

Lisbon fut étonnée par la question mais ne le montra pas.

- Non, et toi tu as une famille ? Changea-t-elle de sujet.

- La confrérie est ma famille…

- Je ne parlais pas de ça, tu as une femme ? Des enfants ? Insista-t-elle

- Non… lança-t-il avant de se lever

Elle agrippa sa manche avant qu'il n'ait le temps de se redresser et il reprit sa position, par manque d'équilibre.

Lisbon posa sa main sur la joue d'Altaïr, et sans réfléchir, elle approcha son visage du sien, guettant la moindre de ses réactions. Comme il ne bougeait pas, elle pencha la tête, louchant sur les lèvres de l'homme et avalant sa salive pour essayer de garder le peu de contrôle qu'elle avait encore en elle. Elle fit une pause, son visage à quelques centimètres du sien, sentant le souffle de sa respiration sur ses joues. Elle n'arrivait plus à réfléchir, ni à penser, et elle s'avança encore, réunissant leurs lèvres dans un frôlement qu'aucun des deux n'osait approfondir. Quand il appuya sa main à son tour contre la nuque de la jeune femme, elle perdit toute hésitation et ils approfondirent le baiser en même temps, chacun aussi impatient de gouter à l'autre. Des frissons parcouraient tout le corps de Teresa, elle gardait les yeux fermés, de peur qu'en les ouvrant elle réalise que tout ceci n'était qu'un rêve, et le temps s'arrêta, plus rien d'autre ne comptait que cet instant où tous ses sens lui renvoyaient des sensations délicieuses. La respiration d'Altaïr augmentait rapidement, l'obligeant à faire d'immenses efforts pour garder son sang froid alors que le baiser se prolongeait, lent et langoureux. Leurs lèvres ne se décollaient que le temps de reprendre un peu d'air, pour se rencontrer à nouveau avec une tendresse que ni l'un ni l'autre ne pensait possible.

Puis, avant qu'il ne perde tout contrôle, Altaïr décolla ses lèvres, appuyant son front sur le sien pour garder le contact, alors qu'elle agrippait le visage de l'homme des deux mains pour l'empêcher d'augmenter encore la distance qui les séparait.

- Pas encore… murmura-t-elle, répétant les mots que l'assassin lui avait chuchotés dans la ruelle.

Il sourit, et lorsqu'elle l'embrassa à nouveau, il se joignit à elle, cédant au désir qu'il avait tenté de refreiner depuis que son regard s'était posé sur elle.

Quand ils reprirent leurs souffles, ils se fixèrent longuement, sans dire un mot, s'observant l'un et l'autre comme si c'était la première fois. Lisbon glissa sa main sur la joue de l'assassin, et son pouce caressa les contours de sa bouche, jusqu'à cette cicatrice qu'elle ne put s'empêcher d'effleurer du bout du doigt, comme pour en apprendre le moindre détail. Altaïr la laissait faire, frissonnant à son toucher, et analysant chaque courbe de son visage, chaque particularité qui faisait sa beauté. Lorsque ce fut trop difficile pour lui de lutter contre le désir de l'embrasser à nouveau, Altaïr se décida à se lever, et Lisbon le laissa s'éloigner alors que des étincelles continuaient de traverser tout son corps. En silence, il était reparti, la laissant seule sur le toit, alors qu'elle n'avait pas encore réalisé ce qui venait d'arriver. Que se passait-il en elle ? Jamais elle n'avait ressenti une telle sensation avec un homme, et certainement pas après un simple baiser. Il lui fallut un moment pour reprendre totalement ses esprits, puis elle se leva à son tour, et reprenant son téléphone, elle rejoint le bureau, escaladant avec aise le mur qui y menait, captant en même temps la conversation entre Altaïr et le Rafiq.

- Il faudra agir lorsqu'ils seront aux portes de la ville, nous ferons en sorte de neutraliser les gardes à l'entrée, de cette manière nous aurons plusieurs possibilités de fuite, qu'en penses-tu Altaïr ?

- Je te fais confiance Rafiq…

- Que fais tu du petit démon ?

- Elle viendra avec, je la protègerai…

- Tu avais raison, elle t'a jeté un sort, mais il se peut bien que ce soit elle qui te protège… sourit le Rafiq.

Les deux hommes se tournèrent vers Lisbon quand elle entra dans la pièce.

- C'est prévu pour quand ? demanda-t-elle comme si de rien était.

- Demain dans la journée, nous n'avons rien de plus précis… répondit le Rafiq.

- Que fait-t-on d'ici là ?

- Tu as ta liberté petit démon, fais ce que bon te semble ! lui lança le Rafiq, toujours le sourire aux lèvres.

Elle sourit en s'approchant et s'accouda au bureau devant les cartes. Si je peux faire ce que bon me semble, laisse moi t'emprunter ton grand maitre un moment, pensa-t-elle, avant de rajouter :

- Explique-moi le plan Ismael, je veux tout savoir… fit-elle en essayant d'ignorer la présence d'Altaïr juste à coté d'elle, alors qu'elle sentait déjà les poils de sa nuque se redresser rien qu'à cette idée.


Cette nuit là, Lisbon eut du mal à trouver le sommeil. Darim s'était invité entre elle et Altaïr, et elle maudissait mentalement le jeune homme pour lui avoir subtilisé sa place. Les évènements de la journée repassaient dans sa tête, et elle était surprise de la vitesse à laquelle elle était passée. S'attardant sur le baiser, elle ressenti son corps frémir rien qu'à se rappeler ce moment agréable. Altaïr cachait bien son jeu, il faisait la brute froide et épaisse, mais ses actes de la journée montraient qu'au fond de lui il était un autre homme, ce qui n'était pas pour déplaire à l'agent. Il lui avait fait une si mauvaise impression au départ qu'elle avait du mal à croire qu'il s'agissait de la même personne.

Lorsqu'elle ouvrit les yeux le lendemain matin, le soleil brillait déjà et une odeur de thé envahissait l'endroit. Les deux hommes étaient déjà levés et habillés, visiblement en train de s'entrainer dans la petite cour intérieure, peu importunés par sa présence. Lisbon s'assit en se frottant les yeux, sa petite insomnie de la veille se faisant déjà remarquée.

- Tiens-toi droit, en position de garde, ton bras est trop bas !

Altaïr corrigeait Darim, feignant de l'attaquer pour analyser sa position. Le jeune homme était concentré, faisant de son mieux pour satisfaire son mentor. Depuis son enfance, il suivait Altaïr, espérant un jour pouvoir l'égaler. Même s'il avait été un temps déchu de son rang de maitre assassin, Darim n'avait jamais perdu confiance en son ainé, et il avait tout fait pour pouvoir, un jour, combattre à ses cotés. Il avait attendu ce moment depuis longtemps et enfin cela se produisait : Altaïr en personne lui apprenait le combat. Avec fierté et motivation, il recommençait les mêmes mouvements jusqu'à atteindre la perfection. De son coté, Altaïr était fier de son élève. Celui-ci apprenait vite, et il était assidu, ses mouvements étaient fluides et ses gestes précis, ce qui faisait de lui une arme redoutable. Mais sa formation était loin d'être terminée, et le Grand Maitre n'avait aucun mal à parer ses coups et à repousser ses assauts, ce qui poussait le jeune homme à se lancer encore plus hardiment dans le combat.

- Ton pas en avant est trop court, si tu veux atteindre ton adversaire, tu dois le faire en un seul essai. Parce que s'il comprend ton mouvement, il pourra te contrer, et riposter, lança Altaïr en écrasant sa fausse lame dans l'épaule du jeune garçon, puis en le repoussant d'un geste précis.

Darim fit un roulé boulé sur le sol et il jeta son arme au loin, mécontent de sa performance, ce qui fit sourire le Grand Maitre.

- Ne sois pas déçu, j'étais comme toi à ton âge, il te faut encore travailler, fit Altaïr en lui tendant la main pour l'aider à se relever.

- Je m'entrainerai jusqu'à ce que j'atteigne le niveau, père… dit Darim sur un ton naturel.

Altaïr haussa les sourcils à cette appellation. Il aurait aimé avoir un fils tel que Darim, mais même s'il avait connu des femmes étant plus jeune, la différence d'âge faisait qu'il ne pouvait pas être son père. Il glissa son bras sur l'épaule du garçon dans un geste amical.

- Que dirait ton père s'il t'entendait… il doit être fier de toi.

- Je ne connais pas mon père, il était de passage…

- Crois-tu que je suis cet homme ? Il aurait fallu que je rencontre ta mère très tôt ! répliqua l'assassin avec un sourire en coin.

- Nous nous ressemblons, non ?

- D'une certaine manière oui, mais je ne suis pas assez âgé pour être ton père Darim, j'en suis désolé.

- Il était assassin…

- Je ne suis pas le seul.

- J'aurais aimé que ce soit vous.

Altaïr fut coupé par cette réplique, et, visiblement mal à l'aise, il mit fin à l'entrainement.

- Remplis ton estomac et allons repérer les lieux… lui fit-il en le dirigeant vers l'intérieur.

Plus tard dans la journée et après un bon repas, trois faux érudits se déplaçaient dans les rues de Damas. Il y avait foule, même si le soleil frappait déjà fort en cette heure matinale, et il ne fut pas difficile pour les trois assassins de passer inaperçus dans le flot des passants. Lisbon était toujours aussi fascinée par l'ambiance de cette ville, changeante d'une rue à l'autre suivant ce qu'elle y rencontrait : parfois un orateur clamant du haut d'une estrade les histoires extraordinaires de tel ou tel prince, parfois un marchand criant les louanges de ses produits afin d'attirer la foule, ou bien encore un petit groupe de musiciens qui jouaient pour une danseuse venant quémander quelques pièces auprès des spectateurs. Des odeurs épicées flottaient dans l'air, appuyant encore plus le charme de l'endroit, et Lisbon commençait à s'habituer à cette atmosphère, tellement différente de tout ce qu'elle connaissait, loin de la pollution, de la circulation bruyante des voitures et du stress des villes de son époque.

Altaïr marchait à ses cotés, elle reconnaissait tout de suite sa démarche assurée et droite, et à cet instant, sa présence rassurante ne faisait qu'amplifier son impression de bien-être, loin des tourments et des tracas qu'elle avait à gérer habituellement. La quête de l'orbe lui serait presque sortie de la tête s'ils n'étaient pas arrivés à leur but, à l'entrée de la ville.

Altaïr agrippa le bras de l'agent, l'empêchant de continuer sa route. Visiblement elle était plongée dans ses pensées, et elle n'avait même pas remarqué qu'il s'était arrêté.

- Ne va pas plus loin Tessa… lui dit-il d'un ton calme

Ce diminutif, voulu ou non, fit sourire l'agent qui ne prit pas la peine de le corriger à nouveau, après tout, ce n'était pas vilain. Elle se concentra sur la mission qu'ils s'étaient fixés, et écouta attentivement les directives du maitre assassin.

- Darim, va reconnaitre les hauteurs. Compte les archers et les gardes qui patrouillent sur les toits, et cherche des solutions de replis. Tessa tu restes avec moi…

La main sur le cœur Darim se pencha en avant en signe de salut et, sans un mot, il fila rapidement vers une ruelle dans laquelle il escalada un mur pour se retrouver sur les toits en un éclair. Lisbon n'avait pas compris toute la phrase mais l'idée principale lui était claire. Elle était étonnée de la vitesse à laquelle elle avait appris cette langue pourtant difficile, même s'il lui était plus facile de le comprendre que de le parler. Encore quelques temps en immersion totale et elle pourrait certainement parler couramment. Altaïr agrippa le bord avant de la capuche de la femme et la tira un peu plus de façon à couvrir son visage, puis il se mit en marche, suivit de près par l'agent qui comprit rapidement qu'elle devait rester discrète.

Ils se déplacèrent rapidement dans la foule des passants. Altaïr marquait mentalement la position des patrouilles de gardes au sol, et analysait les possibilités de cachettes ou autres solutions de fuites qui leur permettraient de se sortir d'une éventuelle mauvaise posture. Si les renseignements que les informateurs avaient donnés étaient exacts, le transfert des prisonniers se ferait à grand renforts de soldats pendant que l'orbe serait déplacé de manière plus discrète sur ordre des templiers.

Au détour d'une rue, des cris et des plaintes se firent entendre. Un peu plus loin, un petit groupe de gardes importunaient une jeune femme terrifiée.

- Maudit voleur ! Cette fois tu ne t'en sortiras pas comme ca ! fit l'un des gardes.

- Je n'ai rien fait ! Ayez pitié ! lançait la femme en essayant sans résultats de se dégager de l'emprise des gardes.

Altaïr plaça sa main sur l'épaule de Lisbon, la poussant vers un coin sombre, lui faisant comprendre par ce geste qu'elle devait rester là. L'agent obéit et observa Altaïr s'approcher lentement du groupe, alors que les passants semblaient totalement ignorer la scène. Lorsqu'il se trouva à quelques pas d'un garde qui se trouvait dos à lui, d'un mouvement du poignet, il déploya sa lame secrète et en un instant le soldat était à terre, se tenant la gorge dans un râle, son corps sursautant dans des spasmes incontrôlables. Aussitôt, les autres gardes lâchèrent la femme et sortirent leurs sabres, prêts à combattre.

- Tu n'aurais pas du t'en mêler étranger ! Tu vas gouter à la lame de mon sabre ! fit le premier garde qui se rua sur Altaïr en brandissant son arme.

Le maitre assassin esquiva l'attaque d'un simple pas chassé, regardant son adversaire continuer sa route, pris par son élan. Celui-ci se retourna ensuite, une expression de pure rage sur le visage, puis il se précipita à nouveau avec la ferme intention de punir l'étranger de cette humiliation.

Altaïr avait rétracté sa lame, et il s'empara de son épée, la faisant tournoyer dans sa main d'un geste habile, absolument pas alarmé par la seconde attaque du sarrasin. Lorsque leurs armes entrèrent en contact dans un fracas métallique, la foule commença à paniquer et bientôt ce fut le chaos total dans la rue. Le garde fut rapidement à terre, et l'assassin fit tournoyer son épée, pointe vers le bas, pour traverser le corps de l'homme dans un bruit sourd. Il dégagea ensuite son épée, et avec un calme et une assurance impressionnante, il para l'assaut du garde suivant, tournoyant et virevoltant comme un danseur pour prendre son adversaire par surprise, et lui trancher la gorge d'un coup rapide et agile. Le dernier garde, terrifié, reculait au fur et à mesure que l'assassin s'approchait de lui, comme s'il savait que sa dernière heure était arrivée et qu'il était inutile de combattre. Avec l'énergie du désespoir, il brandit son sabre, prêt à défendre sa vie, le souffle déjà haletant, terrorisé par cet homme tout de blanc vétu dont il ne voyait même pas le visage, et qui avait terrassé ses collègues avec une facilité déconcertante, sans le moindre effort. Altaïr prit un peu d'élan, et il se rua sur le garde, abattant sa lame avec force sur son adversaire. Celui-ci para le coup, à moitié désarmé par la violence du choc, mais il reprit son appui et sa position de combat. L'assassin eut un sourire en coin qui n'échappa pas au soldat, encore plus terrifié par le calme et la froideur de son ennemi. Altaïr abattit à nouveau son épée et les armes se rencontrèrent avec force, suivi d'un deuxième puis d'un troisième coup qui finit par déstabiliser le sarrasin. Altaïr en profita immédiatement, il écarta le sabre de son rival d'un coup d'épée, exposant ainsi le buste de l'homme qui tentait en vain de garder son équilibre, et il déploya sa lame secrète en un éclair, transperçant l'homme d'un coup sec et maitrisé. Le garde écarquilla les yeux, il lâcha son sabre et alors que ses forces le quittaient, il essaya d'apercevoir en vain les yeux de l'homme qui venait de lui ôter la vie sans un mot ni un souffle. Le garde s'effondra aux pieds d'Altaïr, et celui-ci rangea son épée dans son fourreau, toujours la même expression calme et neutre sur le visage.

De son emplacement, Lisbon avait assisté à toute la scène, et son cœur battait la chamade. Elle ne savait plus quoi penser de cet homme. Bien qu'elle savait qu'à cette époque, les conflits se réglaient de cette manière, ce qui la refroidissait le plus était l'attitude d'Altaïr, une vraie machine à tuer, un professionnel de la mort froid et distant, agissant comme un robot sans éprouver le moindre remord. D'un autre coté, le regarder se battre était un spectacle magnifique, comme une chorégraphie exécutée avec excellence, les gestes fins et précis, aucun mouvement inutile, les pas réguliers et calculés au millimètre. Elle comprenait pourquoi il était qualifié de maitre, sa maitrise du combat était exceptionnelle.

L'agent le suivit du regard lorsqu'il rejoint la femme qu'il venait de sortir des griffes des gardes. Ils discutèrent un petit moment ensemble jusqu'à ce qu'un groupe d'hommes robustes firent leur apparition et vinrent saluer l'assassin. Puis celui-ci s'éclipsa en un instant, de telle manière que même Lisbon le perdit de vue dans la foule. Son regard parcourait frénétiquement les passants à la recherche de l'homme, et la panique commença tout doucement à l'envahir lorsqu'elle sentit une présence derrière elle agripper son épaule. Elle sursauta et soupira de soulagement en se retournant.

- Nous ne devons pas rester là, lui murmura Altaïr.

Lisbon suivit l'homme en se demandant pourquoi il avait mis sa vie en danger pour sauver cette femme, même si les gardes n'avaient eu aucune chance de s'en sortir.

- Qui était cette femme ? lui demanda-t-elle.

- Une alliée…

L'agent ne chercha pas à en savoir plus, Altaïr était concentré sur sa mission et le ton de sa voix montrait bien qu'il n'avait pas l'intention de vouloir s'expliquer plus longuement. Comme à son habitude, pensa-t-elle.

Quand ils arrivèrent sur la place devant l'entrée de la ville, Darim les rejoint, sorti d'on ne sait où comme une apparition.

- As-tu toutes les informations dont nous avons besoin Darim ?

- Oui Grand Maitre

- Bien, vas t'enquérir de l'état des chevaux et retrouve nous ici.

Le jeune assassin s'éloigna rapidement sans se retourner, heureux de faire partie intégrante du plan pour récupérer l'orbe. Altaïr, quant à lui, se dirigea vers un groupe d'érudits et les interpella pour leur parler. Lisbon, qui était restée en retrait, observait le manège sans vraiment savoir à quoi tout cela rimait, mais elle faisait confiance à l'assassin, sachant parfaitement qu'il maitrisait son sujet. C'est à ce moment qu'elle fut apostrophée par une femme venue quémander quelques pièces.

- S'il vous plait… Je suis pauvre, donnez moi un peu d'argent… mendiât la femme.

Celle-ci agrippait la robe de Lisbon, et malgré ses tentatives, l'agent n'arrivait pas à s'en débarrasser. Elle s'éloigna, tentant de marcher plus vite en espérant que la mendiante allait abandonner, mais sans résultat. Il lui était impossible de lui adresser la parole, sa voix l'aurait démasquée, et à l'entrée de la ville les gardes étaient nombreux, il n'était pas judicieux de se faire remarquer, d'autant plus que la situation commençait à devenir pénible et que les gardes se retournaient pour voir ce qui se passait. Altaïr qui avait aussi remarqué le chahut, s'approcha rapidement tout en restant le plus discret possible, et son arrivée rassura aussitôt Lisbon. Mais à mi chemin, il fut lui aussi sollicité par une autre femme réclamant de l'argent, et Lisbon commença à perdre réellement patience. Altaïr agrippa rapidement la mendiante par le col et d'un geste vif, il l'envoya au loin, lui faisant perdre l'équilibre et rouler au sol dans un nuage de poussière. Teresa compris alors qu'elle n'avait pas besoin d'Altaïr pour se sortir de cette situation, elle serra le poing et envoya une belle droite à la femme qui s'écroula au sol, provoquant l'indignation des passants, et malheureusement, celle des gardes qui se précipitèrent vers l'agent.

Rapidement, Altaïr empoigna Lisbon et se mit à courir loin de la place pour éviter une autre altercation avec les gardes, surtout qu'à cet endroit il avait besoin de pouvoir passer inaperçu sous peine de mettre à mal tous leurs plans. Les gardes furent rapidement distancés, l'assassin avait bien repéré les lieux, et le duo ralentit l'allure, se confondant à nouveau à la foule, redevenant de parfaits anonymes.

Arrivés dans une rue calme, Altaïr entraina Lisbon à l'abri des regards.

- Pourquoi as-tu fais ça ! Nous devons rester discrets ! protesta l'assassin

Lisbon haussa les sourcils, elle n'en croyait pas ses oreilles.

- Tu as fait la même chose ! Je n'ai fait que me défendre ! protesta-t-elle à son tour en élevant la voix

L'assassin appuya sa main sur sa bouche et l'immobilisa en la coinçant de son poids contre un mur.

- Montre toi, mais reste invisible, tel est le credo, assassin… murmura-t-il à son oreille.

Lisbon hocha la tête, et Altaïr décolla doucement sa main de la bouche de la femme qui se décrispa progressivement. Elle leva la tête pour observer son visage, cette situation lui rappelait leur première rencontre, mais cette fois-ci elle savait exactement ce qui se cachait derrière cette capuche, et elle ne put s'empêcher de l'enlacer pour se blottir contre lui, frissonnant de cette proximité. Altaïr, déstabilisé par ce changement d'attitude, l'enlaça à son tour, sentant tout son corps réagir malgré sa volonté de se détacher au maximum de cette femme.

- Je ne suis pas un assassin… chuchota-t-elle avant d'enfouir son visage dans la tunique de l'homme.

Reprenant ses esprits, Altaïr se décolla d'elle à contre cœur, provoquant un soupir de mécontentement.

- Tu es un assassin dans cette tenue, tiens toi au credo, ou tu nous mettras tous en péril…

- Alors apprends moi Altaïr…répondit-elle.

Il hocha la tête, et lui tendit la main qu'elle prit dans la sienne pour le suivre. Il fallait retourner sur la place et retrouver Darim. Bientôt, leur plan allait être mis à exécution, et ils pourraient récupérer l'orbe. Lisbon serra ses doigts entre ceux d'Altaïr. Elle n'était plus vraiment sûre de vouloir retrouver l'artefact…