Tonks marchait dans les hautes herbes du jardin des Weasley, mouillées par la pluie. Elle avançait jusqu'à la maison dont elle voyait déjà le contour flou dans l'obscurité de la nuit, et elle accéléra le pas. Elle aurait voulu utiliser sa baguette pour se réchauffer mais la joie et l'excitation lui rongeait tant les entrailles qu'elle laissait le froid s'emparer d'elle sans le moindre frisson. Un grand sourire fendait le visage enfantin de la jeune femme, et ses cheveux violets lui tombaient aux épaules.

Finalement, elle atteint le porche de l'entrée et frappa. Molly n'attendit pas une seconde pour lui ouvrir la porte, visiblement inquiète au plus haut point.

"Qu'est-ce-qu'il se passe ?"

La mère de famille n'était vraiment pas aussi joyeuse qu'auparavant. Aujourd'hui, dans des temps de guerre orageux, son visage était cireux et ses yeux étaient accompagnées par de grosses cernes qui entouraient ses pupilles vides. Sans le moindre d'un doute, la peur et l'inquiétude la consommait de jour en jour.

"Il faut que je vous parle."

Tonks entra dans la petite cuisine où une table vide avait été aménagée au centre du salon et y prit place, ne pouvant pas s'empêcher de sourire.

"Personne n'est là ?"

Molly fixa d'un oeil morne la pendule accrochée au mur.

"Arthur est encore au travail, Bill et Charlie font leur tour de garde autour du Square Grimmaurd, les jumeaux sont à la boutique, Percy au Ministère, Ginny à Poudlard et Ron…"

Un sanglot traversa sa voix. Elle ne put continuer sa phrase, même si Tonks en savait la fin : Ron était affiché sur danger de mort depuis qu'il avait quitté la maison.

"Molly, Molly… Je vous en prie, calmez-vous. Il faut que je vous parle."

"Pour l'amour de Merlin, arrête de me vouvoyer !"

Tonks leva les yeux au ciel devant cette banalité et attendit que Molly finisse de préparer son thé, qu'elle finit par poser devant la jeune femme. Cette dernière attendit que la mère se soit assise devant elle pour commencer :

"C'est une annonce très importante."

"C'est grave ?"

Puis, la rousse sembla réaliser quelque chose et son visage vira au rouge vif, paniquée :

"C'est à propos des enfants ? Oh, par Merlin…"

"Non, non ! Calmez-vou… Calme-toi. Ca n'a pas de rapport avec ta famille, ne t'en fais pas."

Molly se décontracta et écouta attentivement, en prenant sa tasse entre ses mains.

"Bon, alors…"

Quand Tonks dit alors la nouvelle haut et fort, la mère de famille recracha sa gorgée de thé, les yeux écarquillés.

Tonks fit le chemin inverse, se remémorant les paroles de Molly dans sa tête. Elle devait être préparée, car cette nouvelle allait être très dure à digérer. Elle avait préféré d'abord le dire à ses parents, puis à Molly, et enfin à Remus.

Ses mains tremblaient quand elle tourbillonna pour transplaner, atterrissant devant le perron de leur maison. Elle fit encore quelques pas pour essayer de calmer son stress, mais voyant que l'angoisse s'accumulait au fil des secondes, elle finit par ouvrir la porte.

Aussitôt, son mari déboula dans l'entrée, totalement affolé. Mais enfin, pourquoi son entourage était aussi stressé qu'elle avant même de savoir ? Cela rajoutait encore plus de tension dans le corps de la fille aux cheveux violets.

"TU ES LA ! J'ai eu tellement peur ! Tout va bien ? Je n'ai pas reçu de Patronus, je me suis inquiété."

"C'était inutile, j'étais chez Molly."

Tonks traversa le petit salon pour aller déposer son manteau sur une des chaises, suivie de près par Remus qui semblait dépassé par les évènements.

"Chez…? Mais, pourquoi tu ne m'as pas prévenu ? J'ai failli appeler…"

"Parce que j'avais besoin d'une discussion."

"A quel sujet ?" demanda-t-il.

Tonks finit par s'asseoir dans le canapé, mais il resta debout. Il venait de comprendre de la gravité de la situation. Normalement, Tonks était toujours habitée par un sourire joyeux et là, son visage semblait être tiré par l'hésitation.

"Qu'est ce qu'il se passe ?" répéta encore une fois Remus, de plus en plus tendu.

"Assied-toi."

"Je n'en ai pas besoin."

Ils s'échangèrent un regard, et Tonks finit par soupirer, vaincue.

"Je suis enceinte."

Le visage de son mari perdit toutes ses couleurs au même moment où il assimila sa phrase. Dès lors, il sembla tomber à la renverse, mais se rattrapa à la poignée de la porte. Son regard était flou, comme s'il avait perdu tout contact avec la terre ferme. Bouche-bée, pâle comme la mort, il ne dit rien pendant quelques secondes. Les craintes de la jeune femme était confirmées. Heureusement qu'elle s'était préparée.

"Rémus…"

"Non. C'est… C'est impossible."

"Evidemment que si. La preuve…"

Elle désigna son ventre sous son t-shirt mais le regretta aussitôt. Ce geste sembla de trop pour Lupin qui toussa à maintes reprises pour garder constance. Tonks se leva pour le prendre dans ses bras mais à sa grande surprise, il la repoussa d'un geste précipité, la faisant retomber dans le canapé…

"Non…" supplia-t-elle dans un murmure.

Mais il s'était déjà enfui de la pièce, et quelques secondes plus tard, le bruit de la porte qui se ferme retentit dans leur appartement. Tonks était comme paralysée. Elle s'attendait à ce qu'il réagisse de cette manière bien sûr, mais pas qu'il la repousse aussi fort et qu'il paraisse si secoué. Pour elle, ce bébé était une véritable bénédiction, un cadeau de Merin, un lien inséparable qui pourrait la relier à Remus à tout jamais.

Elle savait qu'elle serait une bonne mère. Elle avait eu besoin de cette certitude en allant chez les Weasley, entendre dire de la bouche d'une mère de 7 enfants qu'elle pourrait en éduquer un. Certes, on était en temps de guerre, mais n'était-ce pas le meilleur moment pour faire des enfants ? Dans cette peine et cette misère, leur fruit de leur amour serait un rayon de soleil dans la noirceur de la violence.

Tonks se prit la tête entre les mains et laissa couler quelques larmes. Elle était partagée entre son sentiment d'euphorie et la réaction de Remus, et c'était le deuxième qui avait emporté. Au fur et à mesure, ses quelques pleurs se transformèrent en cris de souffrance. Elle avait besoin d'aide, de quelqu'un, pour surmonter cette épreuve que lui offrait la Vie, et surtout de l'amour de son mari. C'était la même chose pour tous les couples, non ?

Finalement, en voyant qu'il ne revenait pas, elle alla s'allonger un peu dans leur lit double. Mais demander de trouver le sommeil pendant cet état d'agitation était totalement impossible, aussi, elle passa une bonne partie de la nuit à se poser des centaines de questions.

D'un côté, elle comprenait la réaction de Remus. Pour lui, leur relation avait toujours été une barrière à son bonheur car il la considérait comme… Impossible. Malgré toutes les choses qu'ils avaient traversé, pour lui, c'était éphémère. Annoncer leur amour avait été très compliqué pour lui, surtout à Sirius qui l'avait pourtant très bien pris, aux Weasley, à Maugrey, aux enfants. Il lui répétait sans cesse qu'il était trop vieux pour elle, trop pauvre, qu'il ne la méritait pas, sans se rendre compte qu'elle n'avait jamais été aussi heureuse que dans ses bras à lui.

Pourquoi ne voulait-il pas d'enfant avec elle ? Pour les mêmes raisons ? Ou peut-être qu'il ne l'aimait plus ? Qu'il ne se voyait pas un avenir avec elle ? Ou qu'il ne la voyait pas mère ? Peut-être qu'il pensait qu'elle était trop jeune ? Qu'ils allaient pas pouvoir s'en occuper ?

Une autre chose était encore bien trop présente dans l'esprit de l'homme : sa dangerosité. Il considérait son pouvoir de loup-garou comme un énorme danger pour la jeune femme, ce qui, au début, était totalement compréhensible. Mais aujourd'hui, alors que leurs liens sont plus forts que jamais, elle avait l'audace de croire qu'il ne lui causerait aucun mal.

Alors pourquoi pas à leur enfant ?

Vers 3h du matin, alors que Tonks avait tant de questions dans la tête que celle-ci allait exploser à tout instant, la porte de leur appartement s'ouvrit, puis se referma. Des pas lourds retentirent dans la maison, puis, elle distingua la silhouette de Remus à l'embrasure de la porte.

"Tonks ?"

"Oui ?" répondit-elle dans un murmure.

Il alluma sa baguette et se rapprocha d'elle, et constata en faisant une grimace ses yeux rouges, causés par les larmes. Elle ne dit rien. Après un peu d'hésitation, il prit place à côté d'elle, allongé à ses côtés. Mais la jeune femme lui tournait le dos.

"Je suis désolé. D'être parti. Je n'aurai pas dû."

"Je comprends."

"Oui, mais c'est bien ça le problème. Je n'avais pas à le faire."

"C'était une grosse nouvelle, tu devais la digérer."

"Tu trouveras toujours quelque chose pour me défendre, hein ?" dit-il avec une pointe d'amusement dans la voix.

Cela parut réchauffer l'atmosphère, et Tonks s'autorisa à détendre ses muscles qui étaient tendus par la peur.

"Où es-tu allé ?"

Il prit un peu de temps pour répondre. Sa voix était grave quand il annonça :

"Là où ils sont enterrés."

Tonks comprit qu'il faisait référence à James et Sirius et ne répliqua pas, de peur de le revoir replonger dans des souvenirs douloureux.

A sa grande surprise, il posa alors une main chaude sur son ventre.

"Je ne te promets pas qu'il sera parfait. Il sera sûrement doté de mon gène de lythancrope, ce qui pourrait potentiellement lui pourrir la vie. Mais il héritera aussi de sa mère, et donc, il sera métamorphomage. Ca doit être sûrement le seul cas magique répertorié, d'ailleurs. Il n'aura pas vraiment d'amis s'il prend de moi, mais en aura beaucoup s'il possède ton sourire. Il ne sera pas fort à l'école s'il prend mon exemple, mais aura ton intelligence légendaire. Et… Évidemment, il aura deux pieds gauches mais ça, personne ne peut y remédier."

Tonks sourit de toutes ses dents.

"Dans tous les cas, je te promets que j'aurai ce bébé avec toi, Nymphadora Tonks. Et je le jure devant Merlin, je porterai le même amour envers lui qu'envers toi."