Titre : PREACHIN' BLUES
Disclaimer : J.K Rowling, ce génie ! (millionnaire)
Pairing : Dramione - ? - ? - ? - ( autant de couple prévus pour le moment que de "?")
Playlist :Epic Workout Pump Out Music 2016 - Once Upon a Dream - This is what you came for - etc.
Je ne suis pas en retard. Non. C'est vous qui étiez en avance. Haha,je plaisante, allez désolée, pour me faire pardonner voilà 12k au lieu des 9 de d'habitude !
FLASH !
L'appareil l'aveugla une seconde, la faisant cligner des yeux avant qu'elle ne se reprenne. Elle adressa un sourire rayonnant à la caméra, enchaîna en un quart de seconde sur la stature imposée - une vraie... Marionnette. Hermione avait pris l'habitude avec une facilité déconcertante, presque innée. Elle s'était attendue à avoir bien plus de mal pour remplir les exigences des photographes - bien que l'idée d'une comparaison avec les égéries qu'elle côtoyait était risible. Cependant elle avait pris le... le truc, dirait-elle, de modifier ses poses sans (trop) qu'on ne vienne la corriger.
Parce que mine de rien, c'était réellement difficile. Plus dur qu'on ne l'aurait cru. Les membres s'engourdissaient, les sourires se crispaient et les muscles tiraient pour garder belle allure. Tout en étant mitraillée à répétition par les flash aveuglants des appareils : un vrai plaisir, motivé majoritairement par le chèque à plusieurs zéros qui récompensait plusieurs heures de... délice.
Changement.
Nouvel aveuglement.
Ses bras allèrent entourer l'encolure de l'animal à ses côtés, se glissèrent sur lui alors qu'elle esquissait un sourire vite réprimé. Elle avait toujours aimé ces amis canins, bien que son maigre appartement et le manque de temps avaient constitués des facteurs problématiques à une éventuelle adoption - mais rien ne l'empêchait de savourer la douceur de la fourrure en cet instant. L'espace d'une seconde elle songea à passer au refuge, ses pensées à mille lieues de ses mouvements avant de secouer la tête mentalement - désolée.
Où trouver le temps de s'en occuper ? Elle ne comptait pas le refiler comme un cadeau empoisonné à chaque empêchement.
Elle se contenterait de cette séance, remarqua la jeune femme, dépitée.
Presque plus sage qu'elle, le chien de traîneau restait immobile sans cligner ne serait-ce que des yeux. Hermione se sentait lasse, presque déconnectée de la réalité alors que ses sourires se faisaient de plus en plus fatigués. Ou est-ce que c'était l'appréhension ? Oh peu importe, grimaça-t-elle.
" Miss Granger !" aboya Crivey, la fusillant du regard. Il se releva, ôtant son regard de l'objectif en la dévisageant d'un air clairement réprobateur. " Je veux bien comprendre que vous soyez distraite, mais retenez la règle n'°1 !"
Hermione hocha la tête un peu trop sèchement, camoufla un soupir éreinté. La règle oui, la règle... Elle aurait dû se sentir coupable de ne pas parvenir à rester calme mais c'était plus fort qu'elle, comment allait-elle survivre cet après-midi ? Elle. Face à face avec toute la clique Malefoy. Sans grande connaissance des moeurs aristocrates.
Elle allait se faire dévorer. C'était inévitable.
"Tout les problèmes restent en dehors du salon" ânonna-t-elle sous le coup d'oeil insistant du blond. "Ici vous oubliez tout, vous laissez les tracas quotidiens dehors, vous n'êtes plus qu'un corps."
Il acquiesça, d'un hochement de tête déjà plus approbateur alors qu'ils reprenaient, Hermione réitérant ses sourires, plus concentrée. Elle se coula plus précisément à côté de l'animal, les effluves naturelles lui parvenant alors qu'elle ébauchait un demi-rictus amusé. Très bien - c'était un signe. Ne pas s'inquiéter pour plus tard, profiter du moment présent.
Tout les problèmes restaient en dehors du salon.
La cerise sur le gâteau avait été que Pansy ne pouvait décemment pas se targuer d'être une grande aide. En effet elle avait simplement tourné autour d'elle à la manière d'un fauve affamé, l'avait dévisagé, les mains sur les hanches et un sourcil s'arquant délicatement - fruit d'une grande pratique. Quelques mots lâchés, daignés exprimés, avant qu'elle ne tourne les talons pour s'occuper d'une autre affaire.
« Fais ta Hermione » avait-elle balayé de la main, roulant des yeux en s'éloignant.
Super. Merci.
Pas plus avancée - elle n'avait pas une définition au dictionnaire à son nom si ? - Hermione s'était réfugiée dans la solitude des condamnés, zieutant avec fascination un pot de Ben et Jerry's avant de soupirer, défaitiste, et d'attraper une pomme. Basse en calorie, plutôt sucrée. C'était comme choisir la guillotine alors que les somnifères vous faisaient de l'oeil. Magnifique.
Au final elle n'avait même pas posé ses lèvres sur le fruit, décidant qu'une petite virée dans le parc lui ferait le plus grand bien. Une fois de plus elle avait profité de la douceur de l'automne qui s'effilait, de la température qui semblait chuter de plus en plus vers le zéro absolu. Tant mieux, décréta-t-elle, adressant un sourire éblouissant à la caméra, plus vite viendrait la neige, mieux ce serait.
Et qui sait, s'enthousiasma Hermione le temps d'une seconde, l'étincelle dans ses yeux se faisant plus naturelle, cette année pourrait-elle peut-être profiter des joies d'une journée au ski... Elle se renfonça immédiatement sur elle-même lorsque la pensée de l'hôpital surgit à ses yeux. C'était impossible. Non. Elle ne pouvait pas partir d'ici, pas sans...
Nouveau soupir. Quelle idiote.
« PAUSE ! »
Elle manqua de sursauter sous le hurlement, prise de court, se reprenant à temps. Elle lança un regard noir - discret, très très discret - à Colin Crivey, se surprenant par son habilité à l'adorer et le détester en même temps. Parce que ce satané photographe pouvait se révéler intéressant, cultivé et causant lorsqu'il n'exerçait pas son travail où terrible dictateur il devenait. Elle était même quasiment sûre qu'il devait avoir un portrait de Staline au dessus de son bureau.
« Hermione tu vas voir Abbot et les filles, je te veux ici et prête dans quinze minutes top chrono. Compris ? »
Elle acquiesça d'un nouvel hochement de tête, essayant de ne pas le contrarier plus que d'habitude. Déjà il fronçait des sourcils en regardant les tirages, triant en marmonnant de ça et là que ça n'allait pas alors elle allait juste se contenter de s'éclipser le plus subtilement possible... Voilà.
-o-o-o-o-
« Alors comment ça se passe avec Mr. Malefoy ? »
Hermione poussa un hoquet de douleur lorsqu'elle tira un peu plus fort sur un de ses lacets, se crispant automatiquement alors que l'autre se confondait en excuses, gênée. Elle éluda ça d'un sourire, les yeux mi-clos alors qu'elle s'efforçait de se tenir droite. Maudit corset. Elle avait cru, bien naïvement, qu'en naissant au vingt-et-unième siècle elle ne devrait pas subir la douleur outrageante de ces abominations mais il fallait croire que les mannequins étaient hors du temps en ce qui s'agissait de mode.
Encore un grimacement, à peine réprimé.
« Cet après-midi je rencontre ses parents » avoua-t-elle entre deux inspirations, le souffle court. « J'ai... l'impression... que... ça-va-mal-se-passer ! »
« Vous nous avez dit que la journée avec Mr. Malefoy s'était bien passée, il n'y a aucune raison que ce diner soit un échec, Miss. » la rassura Hanna Abbot, sa costumière. Ou du moins l'une d'entre elle. « C'est assez serré comme ça. » conclut-elle.
Hermione se retourna vers la jeune brune, un sourire angoissé tordant ses traits.
« Et si ça ne marche pas ? Je ne suis rien pour eux ! Je ne sais même pas pourquoi je dois l'accompagner ! Depuis quand est-ce que- » protesta-t-elle en s'interrompant brutalement sous le coup de la douleur, le souffle coupé.
« Essayez de ne pas respirer trop brutalement ou de vous emporter » la morigéna l'autre en levant les yeux au ciel. « Si vous avez réussi à conquérir Mr. Malefoy vous arriverez bien à convaincre sa famille Miss, il est inutile de se faire du mouron pour rien. Et vous ne les verrez peut-être plus jamais dans un cadre aussi privé après ça, que vous importe ? »
« Tu as raison, je sais, mais je ne peux pas m'empêcher d'y penser. Et si, et si, et si, ça revient dans mon crâne et je ne parviens pas à chasser ça. »
« Je ne pourrais pas essayer de vous conseiller sur la chose mais il serait bon que vous demandiez à Mr. Malefoy des précisions sur la conduite que vous devez avoir lors de la rencontre » hasarda la jeune femme.
« Il refusera probablement de m'adresser la parole. Il est tellement versatile ! »
« Alors peut-être que Miss Parkinson aura des informations pour vous. »
Hermione hésita une seconde. Pansy ne lui livrerait jamais gratuitement, l'attachée de presse se ferait une trop grande joie de la voir se ridiculiser. Bien sûr elle lui avait assuré que rien de ce qui se passerait là-bas n'aurait de répercussions sur son contrat et de ce fait en profiter était l'une de ses premières motivations. S'asseoir avec un bol de popcorn light et écouter le désastre que ça aurait été.
La toute nouvelle mannequin ne cessait de s'étonner devant l'esprit retors de sa colocataire. Etant une proche des Malefoy, tant professionnellement que dans le domaine privé, il lui aurait semblé plus normal qu'elle lui propose plusieurs façons de gagner la confiance de cette famille mais Pansy avait décrété que voir, elle citait, " le beau visage de Narcissa se faner" et "Lucius en convulser" valait toutes les récompenses du monde.
De quoi la rassurer.
Mais elle ne comptait pas s'exhiber et couvrir son employeur de honte. Si Hermione s'était retrouvée dans ce bar miteux avec Ginny et Luna - à ce propos il faudrait qu'elle la contacte - auparavant elle avait été élevée avec toutes les règles de bienséance et de politesse, et Hermione misait sur son éducation pour faire bonne impression.
Elle adressa un nouveau sourire un peu douloureux à Hannah, se redressant difficilement.
Très bien.
Il était encore tôt dans la matinée, Mrs et Mr Malefoy les attendaient pour dix-huit heure, et connaissant Pansy, elle voudrait sûrement l'avoir à l'appartement au minimum deux heures avant. Car malgré tout, l'asiatique ne pourrait s'empêcher de stresser avant qu'elle ne parte et même si elle jurait vouloir voir le beau spectacle qu'Hermione offrirait, elle se plierait en quatre pour que celle-ci soit parfaite. Tout en lançant quelques remarques venimeuses qui tenaient plus de la nervosité que d'une réelle méchanceté.
Et ainsi elle avait tout le temps qu'elle voulait pour faire un saut express à La Tête du Sanglier.
Un nouveau sourire pointa sur ses traits.
Rien n'entacherait sa bonne humeur retrouvée. Pas même Narcissa et Lucius Malefoy et l'image diabolique qu'elle s'en faisait, pas leur fils prodigue en déclin, pas même-
« ON REPREND ! Hermione, qu'est-ce que tu fais, on t'attend ! Vous comptez dormir ici ou quoi ? Hop, hop, hop ! Allez tout le monde, ça se bouge ! »
Pas même Colin et sa manie à être bien trop professionnel, ajouta-t-elle avec un demi-sourire.
-o-o-o-o-
« Vous croyez que ça va ? Je ne fais pas trop... bling-bling ? Voyante ? C'est assez naturel ? »
L'homme au volant la dévisagea dans le rétroviseur un quart de seconde avant d'hocher la tête d'un mouvement presque imperceptible. Rassurée, elle se renfonça dans le fauteuil sans pouvoir néanmoins s'empêcher de tapoter l'accoudoir nerveusement. Sa nervosité n'avait aucune raison d'être et c'était ça qui l'agaçait tant.
Qu'avait-elle à craindre désormais ? Plongée sous la protection du nom de son employeur, plus un client n'oserait poser la main sur elle. Et pourtant...
Des relents suintants de souvenirs s'agrippaient à elle et son anxiété n'allait que croissante. Plus que tout elle avait voulu se fondre dans la peau d'une passante normale, dédaignant les vêtements alambiqués qu'on lui avait proposé à l'instar d'une simple tenue de ville, le combo Jean + T-shirt suffisait amplement. Inutile de passer pour une bête de foire.
Honnêtement, elle aurait préféré voir Luna autre part qu'ici. Même partout ailleurs sauf ici, ajouterait-elle en grimaçant. Mais elle connaissait - malheureusement - les lubies de la blonde, et celle-ci n'aurait jamais accepté de sortir prendre un café ou un repas avec elle. La majeure partie du temps celle-ci avait un coup de coeur pour les promenades en solitaire et Hermione avait la fâcheuse tendance d'attirer les... hum... "Nargoles."
Créatures imaginaires tout droit sorties de l'esprit de Mr. Lovegood, Hermione et Ginny avaient abandonné depuis longtemps l'idée de convaincre leur amie des... troubles qu'avait pu instaurer son père chez elle, déjà lui clairement atteint. Elle croyait fermement à toutes les notions qu'on lui avait inculquées, sérieux lavage de crâne impossible à guérir.
Alors elles s'étaient confortées à ses expressions - ça ne faisait pas de mal de toute façon. Luna était quelqu'un d'agréable, ouverte et rêveuse en temps normal et qui étaient-elles pour lui enlever ça ?
Le tapotement reprit de plus belle, faisant grincer des dents le chauffeur. Hermione lui adressa un regard désolé, retirant prestement sa main en tâchant de penser à autre chose.
Très bien. OK. Tranquille. Ne pas stresser, Hermione, s'intima-t-elle, ne pas stresser, tu-non
« Miss ? »
« Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai quelque chose qui cloche c'est ça ? Qu'est-ce qui se passe ? Il y a un problème - je dois rentrer tout de suite oui c'est ça c'est ça je dois rentrer, hum, je dirais à Luna que je repasserais c'est la meilleure chose à faire où est-ce qu'on va pourquoi vous ne répondez PAS ?! »
Elle poussa un énième soupir - à ce stade elle allait en faire la collection - en fermant les yeux et se laissa sa tête cogner contre la vitre. Mission anti-stress : échouée. Effrayer le chauffeur : Un succès.
« Excusez-moi » chuchota-t-elle d'une petite voix. « Je crois que je suis un peu sur les nerfs. Il y a un problème ? »
« Nous sommes simplement arrivés, Miss. Vous êtes sûre que vous voulez que je vous laisse là ? »
La fin de sa phrase se conclut par un ton dégoûté, alors qu'elle hochait la tête - absolument pas préparée.
« La cage aux lions, Hermione, rien de bien pire que cet après-midi... » marmonna la nouvelle égérie, se remotivant.
Elle mit quelques secondes à sortir de la voiture, refusant de quitter le cocon douillet qu'elle offrait, avant de faire un sourire au chauffeur et de prendre une grande respiration.
Très bien.
Il n'y avait aucun problème, absolument aucun.
Hermione s'avança vers l'enseigne du magasin, slalomant entre les tables alors que le peu de clients se demandaient sûrement ce que faisait ici une jeune femme qui ne venait pas pour l'emploi. Elle leur décrocha un sourire nerveux, plus par réflexe qu'autre chose alors qu'elle franchissait la porte pour rentrer à l'intérieur.
Le barman la regarda d'un oeil graveleux, alors qu'elle l'ignorait totalement, perdue dans son appréhension de ne pas voir les filles.
« Vous voulez quelque chose ? Les serveuses servent directement à table. » l'interpella une voix plate, blasée presque.
Elle se retourna immédiatement, dévisageant ainsi celle qui devait être sa remplaçante. Le cheveu brun, des yeux de la même couleur et recouverts d'un voile de lassitude, pas très grande et plutôt mince. Elle retint un sourire en réalisant que les trois serveuses réalisaient toujours la gamme des trois grandes chevelures, avant de secouer la tête.
Luna.
« Vous ne sauriez pas où sont Ginny et Luna ? » demanda-t-elle en ajoutant précipitamment. « Je suis l'ancienne serveuse. »
« Probablement dans les cuisines, si vous ne les avez pas vues à servir les clients. Vous êtes ici pour consommer ? »
Le ton froid et désintéressé surpris Hermione alors qu'elle secouait la tête en signe de négation, l'autre tournant les talons.
Hé bien. Les filles ne devaient pas fraterniser beaucoup avec celle-ci.
Décidant de ne plus s'en soucier, elle se dirigea vers les cuisines, s'arrêtant un instant devant celles-ci. Entrera ? Entrera pas ?
Techniquement elle savait qu'entrer ici n'était pas forcément légal. Seulement qui oserait protester dans un établissement comme celui-ci ? Il leur faudrait mettre clef sous porte dès l'instant où un inspecteur entrerait. Où bien qu'on tenterait de l'en faire sortir. De toute façon, elle connaissait la majorité des personnes et l'ensemble des cuisiniers l'avaient vue entrer ici plus de fois que de clients avaient commandés de quoi se saouler. Et l'alcool était une des spécialités du restaurant.
Se décidant enfin, elle ouvrit les portes en grand, figeant tout le monde dans la salle.
Ginny était assise sur un tonneau, une liste entre les mains et des phrases qu'elle s'entêtait à barrer une par une, les cuisiniers s'étaient changés en marbre au dessus de leurs fourneaux et Luna...
Luna, hé bien, était invisible.
« Hermione ? »
« HERMIONE ! »
Une seconde fois le tout se joua en un millième de seconde alors que tous - hum, elle exagérait peut-être ils étaient après tout quatre - quittaient leurs occupations.
« Alors ? Comment ça se passe avec Mr-Je-Pète-Plus-Haut-Que-Mon-Cul ? » plaisanta Seamus, lui décrochant un coup de coude malicieux dans les côtes.
« Très bien. Je vais même rencontrer ses parents cet après-midi ! » rajouta-t-elle avec un clin d'oeil.
« Sérieusement ? »
« Pourquoi ? »
« Tu vas rencontrer Lucius et Narcissa Malefoy ? »
Le cri strident de Ginny recouvrit les autres exclamations alors qu'elle sautillait sur place, remplie d'excitation. Alors que les autres levaient les yeux au ciel et en profitaient pour embrasser Hermione avant de devoir s'excuser et retourner à leurs préparations, la rousse se précipita sur elle en lui secouant les mains. Joli tableau d'un retour à l'adolescence.
« Tu te rends compte de qui ils sont ? La deuxième plus grande fortune... Un piston incroyable... l'aubeine... » marmonna celle-ci, se perdant dans des exclamations hystériques.
« C'est strictement professionnel et je ne crois pas qu'ils soient réellement intéressés par le peu que j'aurais à offrir » la ramena placidement à terre Hermione. « Je ne suis qu'un morceau de viande parmi d'autres dans la grande collection de leur fils. Je ne sais même pas pourquoi je dois les rencont- »
« Est-ce que tu as voulu revenir travailler avec nous ? » l'interrompit une voix calme qu'elle reconnut immédiatement. Hermione pivota sur elle-même, faisant face au visage de son amie.
Elle remarqua avec inquiétude les multiples ecchymoses sur ses bras, les cernes violacés qui lui bouffaient le visage et l'air pâle bien trop pâle qu'elle affichait. Mais qu'est-ce qui c'était passé exactement ?
« Luna ! » La brune s'arrêta, reprenant avec un peu plus d'hésitation. « Je... hum, j'étais venue te voir en réalité. »
Le visage de la jolie blonde se tordit dans une grimace d'incompréhension, alors qu'Hermione se rapprochait.
« Je voulais... Je voulais te parler de certaines choses. Est-ce que nous pouvons- » La jeune femme jeta un coup d'oeil circulaire autour d'eux. « Parler dans un espace plus... privé ? »
« Bien sûr, Hermione. » acquiesça l'autre, distraitement. « Mais pourquoi veux-tu t'éloigner des autres ? »
« J'ai besoin nous soyons seules toutes les deux »
Elles sortirent toutes les deux, Luna sur ses talons avant que celle-ci ne se retourne.
« Ginny, pourras-tu dire que je suis absente ? Hermione a des Heliopaths, je ne crois que ce soit très bon pour elle. »
-o-o-o-o-
« Tu voulais me parler de quelque chose ? »
Hermione hocha la tête, sans pouvoir autant trouver les mots justes.
Il flottait un silence malaisant entre elles, quelque chose de nouveau qui n'avait pourtant jamais trouvé lieu auparavant. Elle n'osait pas briser ce silence, préférant chercher comment démarrer la conversation correctement.
Elles ne s'étaient pas réellement trop éloignées du restaurant, mais savouraient par moment la sensation du vent froid couplé au soleil. C'était agréable, étrange de se sentir fermer les yeux sans y prendre gare pour apprécier la solennité du moment. Ses boucles qui laissaient passer les courants d'airs, cette impression d'être minuscule dans un monde trop grand.
La jeune femme inspira, consciente qu'il fallait bien se lancer.
« Ecoute Luna... J'ai l'impression que tu ne vas pas très bien ces derniers temps- » tenta-t-elle maladroitement, rapidement coupée.
« Tu étais absente. Comment pourrais-tu te faire une idée sur la question ? »
Et les voilà. Ces vérités dures à entendre mais qui paraissaient si innocentes quand c'était elle qui les exprimaient, et qui pourtant vous retournait l'estomac et le cerveau.
« En réalité, Ginny... On fait attention à toi, tu sais ? Je suis désolée de ne pas être venue vous voir plus tôt ou avoir donné de mes nouvelles ces dernières semaines, j'étais réellement... occupée. Je sais que ça ne rachète pas, mais tu n'as vraiment pas l'air d'avoir la forme. Ginny se fait du souci pour toi, moi aussi, et je sais que tu as toujours essayé de nous prévenir contre ce dans quoi je met les pie- »
« Non, tu ne sais pas. » affirma la blonde doucement.
« Enfin ce que je veux dire c'est que si tu as un problème tu peux nous en parler et- » s'embrouilla-t-elle. Elle poussa un soupir, et se reprit, d'un ton un peu plus accusateur pourtant. « Tu ne nous a jamais parlé réellement de toi. De toutes ces raisons qui te poussent à nous prévenir contre... tu sais. Nous ne savons presque rien de toi, Luna. Ce n'est pas une critique, c'est un fait. »
Luna tourna ses yeux bleus vers elle, lui donnant l'impression désagréable qu'elle la sondait. Qu'elle voyait à travers elle.
Elle les avait toujours eu comme ça. D'un bleu très clair, presque translucide, qui vous fouillaient et vous décortiquaient sans pour autant s'arrêter parce qu'au final, ça n'avait aucune importance. C'est une attention dérangeante qu'elle dardait sur vous, elle vous comprenait, hypnotique et silencieuse. Si vous faisiez attention, vous puiviez apercevoir votre reflet au fond des prunelles, parce que c'était vous.
Votre examen minutieux.
« J'aimerais être autre chose qu'une Luna certaines fois. » commença-t-elle. « Il y a plusieurs choses que j'aimerais être, plusieurs personnes. J'aimerais ressembler à une Ginny aussi, pour apporter un sourire sur le visage des gens. J'aimerais être un Seamus pour amener le sourire à se changer en rire. J'aimerais être une feuille pour n'avoir aucune accroche terrestre et me laisser porter comme le vent le fait. »
Elle s'arrêta une seconde, sourit.
« J'aimerais être un chien pour sentir cette sensation des hautes herbes et de leurs courses grisantes. J'aimerais être une rivière pour apporter ma part à la nature et cette paix de ce silence troublé. J'aimerais être le soleil pour réchauffer les visages et l'humeur. J'aimerais être la lune pour illuminer dans l'obscurité. J'aimerais être milles choses à la fois. »
« J'aimerais être le silence pour ne jamais le rendre pesant, également. » Elle tendit la main pour effleurer la surface irrégulière de leur banc. « Je n'aimerais pas être toi, Hermione. »
« Pourquoi pas ? »
« Je n'aimerais pas être une Hermione. Je n'aimerais pas ne pas pouvoir profiter des plaisirs simples quand mon esprit est bien trop embrouillés par des questions. Trop de réflexions, sans lâcher prise. J'aime le vent, tu sais ? Il nous réchauffe ou nous refroidit et pourtant reste invisible, et il existe malgré le fait qu'on ne puisse pas le voir. Il n'a pas besoin d'exister pour être présent. »
« Luna. Dis-moi si il y a quelque chose qui ne va pas. » insista-t-elle, en posant une main sur son bras.
« Quand j'étais enfant ma mère me racontait des histoires. Est-ce qu'elle t'en racontait à toi aussi ? »
« Sans doute. Je ne me rappelle plus. »
« Moi oui. A mon tour de te raconter une histoire, Hermione. Alors assis-toi et écoute. Je commence. Un jour, il y avait une femme-»
« On commence normalement par il était une fois. »
« C'est vrai. Mais cette femme n'était pas normale et c'est mon histoire. Alors écoute. Je commence. Il y a avait cette femme - donc. Elle était jolie. Jolie comme on peut l'être en tant que personne. Mais ce n'était pas ça le plus important - est-ce que tu m'écoutes ? Je continue. Elle aimait la musique. Pas comme toi. Pas comme moi. Comme quelqu'un qui glissait sur la musique et qui s'en imprégnait. Et c'était ça qu'elle faisait, glisser, encore et encore. On l'appelait danseuse, moi je l'appelle autrement, je l'appelle comme quelqu'un qui ne l'a pas connue et qui pourtant raconte son histoire. Elle dansait, on disait. Il y avait des hommes qui la regardaient, comme font les hommes et elle dansait pour eux, comme font les femmes. Elle n'aimait pas être remarquée au départ et glissait pour elle-même, pour ce qu'elle ressentait. Et puis il y a eu cet homme - est-ce que tu m'écoutes toujours ? - je continue. Il y a eu cet homme qui lui a dit qu'elle valait mieux que ça. Mieux que tout, tu sais, il était infesté de Nargoles, ce n'était pas de sa faute. Ce n'est jamais la faute des gens, le sais-tu ? Le monde s'adapte à eux plus qu'eux s'adaptent au monde, pardon, je reprend, cet homme donc. Ce n'était pas quelqu'un de mauvais, simplement quelqu'un de maladroit, et la maladresse ne vous réussit pas. »
« Luna... »
« Il était riche, cet homme. On le connaissait partout où il allait, tu sais. Elle non. Elle n'était qu'une danseuse qui glissait parce qu'elle le voulait - lui glissait toujours entouré, jamais seul. Elle lui a plu, je reprend, alors lui qui était entouré a mené ces gens la voir elle aussi. Ils l'ont tous vues, elle qui était invisible mais tu sais je l'ai dit, elle existait. Sauf qu'ils se sont tous jetés sur elle, elle a cessé d'être invisible, elle est devenue entourée, entourée, entourée. Mais ils s'en moquaient eux deux car chacun avait dit à l'autre qu'ils glisseraient ensemble, entourés ou non. Elle a dit oui bien plus tard. Il a dit oui bien plus tard. Et elle commençait déjà à pleurer son invisibilité. Alors elle a arrêté de glisser. Elle s'est dit que sans glisser, plus personne ne la verrait. Au contraire, elle a été encore plus entourée. Est-ce que tu comprends ? Peu importe, je reprends. Elle était intelligente, comme on peut l'être en tant que personne, elle a attendu au moins qu'ils soient trois pour se dire qu'elle en avait assez d'être entourée. Rappelles-toi des contes indiens, Hermione, je sais que tu en as déjà lu, n'est-ce pas ? Que se passe-t-il quand on piège quelqu'un qui n'aurait pas dû être là ? »
« Est-ce que tu veux dire que ça parle de-»
« Je savais que tu étais intelligente, Hermione, tu l'es. Il n'y avait qu'un seul moyen pour elle qui avait tout abandonné et ne trouvait toujours pas un moyen de redevenir invisible. Quand on brûle une feuille qui devient cendre, la cendre peut regretter la feuille mais pas redevenir feuille. »
Luna se tut subitement.
Pour reprendre.
« Cette femme, tu sais, elle a voulu y mettre fin. Et elle l'a fait. Parce qu'elle était trop entourée. »
Hermione comprit enfin. Elle poussa un hoquet muet d'horreur, se couvrit la bouche avec sa main. Ce n'était pas possible si ? Mais alors pourquoi... Pourquoi ne leur en avoir jamais parlé avant ?
Elle avait l'impression d'être un aveugle qui découvre le soleil pour la première fois et qui s'en est brûlé les rétines à le fixer. De cette clarté étrange, qui semblait déplacée maintenant, elle avait écouté, avait compris.
« C'est pour ça, n'est-ce pas ? » chuchota-t-elle, attirant l'attention volage de Luna. « Que tu ne voulais pas que je parte. »
« A trop jouer avec le soleil, on se brûle. » répondit l'autre en jouant avec une pierre. Elle la faisait tourner entre ses doigts d'un air léger, comme si rien d'autre n'avait d'importance. Sauf que le trémolo involontaire de sa voix brisait le charme parfait du tableau. Elle détournait le regard, Luna, cachait ses yeux un peu trop bleus au visage d'Hermione.
Comme si elle refusait qu'elle les voie.
Parce qu'elle refusait qu'on les voie.
« Pourquoi maintenant ? »
« Pourquoi maintenant ? » réitéra Hermione, sans comprendre. Ce mot semblait être devenu son meilleur ami, toujours là pour être répété. Insisté. Elle avait raison. Elle non aurait voulu ne pas être une Hermione quelque fois, pouvoir avoir l'esprit en paix sans pour autant que fourmillent des milliers de pensées à cent à l'heure, que rien n'aille assez lentement. Jamais assez de temps. Jamais assez de questions.
« Le papillon est fasciné par la flamme. Mais, après... » consentit à offrir Luna, se retournant pour lui montrer des yeux un peu trop brillants. « Je ne veux pas que ça recommence, Hermione. Je veux que ça soit toi qui soit trop entourée. »
Elle se renferma sur elle-même, jouant de nouveau avec sa pierre, laissant Hermione seule avec son silence. Mais silence et Hermione n'allaient pas ensemble, parce qu'il n'offrait pas assez de réponses.
« Alors c'est ça l'affaire Lovegood. Un suicide, une famille déchirée. » murmura-t-elle pour elle-même.
Elle ne savait pas comment réagir. Qui le saurait après une annonce pareille ?
Hésitant à s'avancer vers Luna, celle-ci balaya ses doutes en un clin d'oeil, lorsqu'elle se tourna vers elle avec un sourire triste.
« Rentrons. Si nous revenons plus tard, il y aura bien trop de Nargoles. »
-o-o-o-o-
Elle allait mourir.
C'était un fait, clairement établi, et il n'y avait rien à faire contre. Elle-même se sentait résignée. Après tout la vie n'était là que pour induire la mort et peu importait si cela tombait un peu plus tôt que prévu. Au moins elle aurait de belles obsèques, songea-t-elle en fixant son miroir d'un oeil torve. Il faudrait qu'elle demande déjà à Pansy quelle musique ils passeraient.
Quelque chose de pas trop triste, ce serait bien.
Pas du rock non plus - elle était d'accord pour détendre l'atmosphère pas la rendre sourde. Peut-être du pop, quelque chose qui donnait envie de danser pour que les invités puissent valser sur sa tombe. Trop blasphématoire ? Très bien. Du Amy Whinehouse alors, approprié, sobre, et qui ferait se poser la question à tout le monde si elle consommait quelque chose.
Voilà. Son choix était fixé.
« La quelle choisir entre Rehab et Back to Black ? » haussa-t-elle la voix pour apostropher Pansy, quelques mètres plus loin. Celle-ci, plongée dans une conversation au téléphone, l'écarta une seconde de son oreille pour froncer les sourcils.
« Rehab. Ça changera de l'autre qui reste sa plus connue. Pourquoi ? Tu prévois un hymne à son honneur ? » Sans attendre la réponse d'Hermione, l'asiatique se replongea immédiatement dans sa communication, en balayant l'air d'un revers de la main - agacée. « Oui-oui, je suis là. Vous savez, c'est un honneur que je vous fais après le fiasco de votre dernier film alors- »
Hermione décrocha après le deuxième juron étouffé de la brune, continuant de se fixer dans le miroir avec appréhension.
Ce qu'elle y voyait ne lui déplaisait pas ce n'était pas le problème. Une Peter Pilotto au dos et aux bras nus, la mode se faisant aux torsades compliquées du tissu sur le devant, une paire d'indétrônables Louboutin en cuir noir aux pieds et ses cheveux noués savamment à la Bardot dans un air années 70. Elle aurait pu se confondre avec une autre si elle ne s'était pas fixée de longues minutes déjà. Le Miroir.
Puis l'heure.
Puis le miroir.
Puis l'heure.
Puis le miroir.
Puis l'heure.
Puis le miroir.
Puis l'heure.
Puis l'heur- Aïe, non.
Fallait-il qu'elle choisisse déjà son cercueil ? Quelque chose de sobre aussi, dans le style des chalets autrichiens. Du sapin ça serait une bonne idée, concrétisa-t-elle. Un cercueil en bois de sapin, une croix en faux argent et du Amy Whinehouse. De quoi passer un très bel enterrement. Enfin elle espérait, n'en aurait plus aucune idée six pieds sous terre.
L'heure tournait avec une vitesse affolante. Il lui semblait qu'il était encore dix heures du matin et là voilà qui s'apprêtait à partir chez les Malefoy, vêtue comme à un gala de charité et se sentant ridicule - vraiment ridicule. Est-ce qu'il était possible de mourir de honte ? Voilà une possibilité à envisager, si elle ne finissait pas sous les coups d'escarpins de Narcissa Malefoy.
« Draco est en bas, il t'attend. » précisa Pansy en ôtant le combiné de son oreille, un regard noir ajouté en bonus. « Maintenant ! »
Hermione obéit sans se poser de questions - et notamment pourquoi il n'était pas monté - attrapant un manteau au hasard pour filer le plus rapidement possible loin de Pansy et de son humeur massacrante. Humeur massacrante qui s'était symbolisée par le vidage consécutif de trois coupes de champagnes, une d'un mélange Mojito fait maison et six cigarettes qui s'éteignaient en crachotant dans le cendrier. Note à elle même : Ne jamais provoquer le stress de Pansy Parkinson. Ja-mais.
« Halte, Monstruosité ! » siffla ledite Pansy - bien que le sifflement ressemblât plus à un soupir exaspéré. « Qu'est-ce que tu allais me faire là ? »
« Sortir ? »
« Et avec ça ? »
« Etant donné que l'hiver approche, que je suis dans une robe sans manches et qu'il fait froid, oui, il me semble normal d'utiliser un manteau ? »
Son cerbère personnel s'approcha à grand pas, lui arrachant presque son manteau des mains pour le jeter par terre, fourrant une autre pièce qui semblait absolument identique entre ses mains. Mais avec un air beaucoup plus satisfait.
« C'est ce que je met quand je dois descendre les poubelles » « Quelqu'un vient le faire pour nous » « Même ! Prend plutôt celui-là et déguerpis moi le plancher avant que je ne te cloître ici de force. Allez ! Ouste ! »
Hermione obtempéra en levant les yeux au ciel, cherchant encore à comprendre sa logique.
Elle descendit les escaliers au pas de course, malgré l'ascenseur et ses talons qui lui massacraient les pieds - et ça aurait fait un titre de film à la nanar - essayant tant bien que mal de garder sa chevelure en place. Un sourire pointait encore sur ses lèvres lorsqu'elle se retrouva essoufflée mais en vie près des immenses baies vitrées de l'immeuble, une vue impeccable sur la limousine et son chauffeur.
Une limousine, vraiment ?
Elle se contenta de sourire davantage, se redressant pour être parfaitement droite, fixant droit devant elle comme on lui avait appris sur le podium et se dépêchant - mais gracieusement - de rejoindre son employeur dans la voiture. Pas un égal. Pas un ami, encore moins plus, lui chuchota-t-on à l'oreille. Son employeur, malgré tout ce qui s'était passé récemment.
« Bonjour » ânonna-t-elle presque mécaniquement, alors que Malefoy était tourné vers la fenêtre. Dans un élan pour l'ignorer, ou était-ce elle qui se faisait trop paranoïaque ?
« Il ne répondra pas. » trancha une voix froide qu'elle avait déjà entendu. Elle pivota pour se retrouver face au chauffeur, Théodore Nott étant installé sur une banquette installée face à eux. « Tu vois, petite sang-de-bourbe, il est... contrarié. » Le ton semblait s'être changé en quelque chose de presque amusé, alors qu'il tordait une cigarette distraitement entre ses doigts. « Explique-moi comment tu as réussi à rencontrer Narcissa alors qu'elle même se targue de ne jamais effleurer ne serait-ce que les doigts d'une personne... oserais-je le dire ? Banale. »
« Je n'ai fais qu'obéir à sa demande. » grinça-t-elle.
« Vraiment ? »
Nott se fendit d'un rire bref, dévisageant Hermione d'un oeil nouveau. Et ça, ça ne semblait pas réellement lui plaire, songea-t-elle en détournant le regard pour le reporter à son tour sur le paysage.
Le trajet se promettait passionnant.
« Tu me surprendras toujours, Draco. Mais après tout, qu'attendre d'autre d'un Malefoy ? » rit-il derechef, se décidant enfin à s'allumer sa cigarette. « Alors, Hermione, se montre-t-il aussi insupportable que nous le connaissons ? »
« Je suis là, je vous rappelle » siffla le blond. « Et inutile de faire ton pseudo numéro de charme, Nott, celle-ci ne craquera pas. »
« Tu blesses mon coeur, là. » se moqua avec amusement Théodore en posant une main sur son coeur. Il se retourna vers Hermione pour lui adresser un clin d'oeil, la faisant presque sourire malgré elle. Un sourire nerveux, elle devait l'avouer, mais un sourire tout de même.
« Tu n'as pas répondu à ma question. »
« Je ne suis pas au courant des détails » fit-elle remarquer, se surprenant presque par sa facilité à parler avec ceux que l'on considéraient comme hors du commun, célébrités. Peut-être venait-ce du fait qu'elle les avait servi, qu'elle les avaient vu à table, à la Tête du Sanglier, brisant le mythe. Elle se rappelait douloureusement la confrontation avec Fleur Delacour où elle avait senti son coeur se serrer jusqu'à la limite d'exploser tant elle avait compris la différence sociale entre elles.
Qu'on lui avait fait remarquer plusieurs fois.
« J'en viendrais presque à regretter de ne pas venir » déplora le brun, faisant sourciller Hermione. Pourquoi être dans leur limousine alors ? « Je profite simplement de la bonté de ce cher Draco pour me payer un trajet, on me déposera après vous. Intéressée ? »
« Tais-toi » cita-t-elle, toute trace d'amusement disparu.
« Pardon ? »
« J'ai dit "Tais-toi" Est-ce que tu es capable de me comprendre ? Réponds simplement à la question. Quel est ton nom ? » continua Hermione sur sa lancée alors qu'il poussait un soupir en comprenant et se renfonçait dans son siège. Draco lui darda un regard curieux sur elle, s'intéressant davantage à la conversation.
« Plutôt rancunière. »
« Plutôt oui » grinça-t-elle, en lissant méthodiquement les plis de sa robe. « Mais je ne vous en veux pas, ceci est derrière nous, n'est-ce pas ? » se moqua Hermione en exagérant démesurément son hypocrisie.
Un air contrarié sur le visage et une lueur sombre dans les yeux, Théodore Nott croisa ses bras sur sa poitrine en esquissant une grimace, mouché.
« Granger ? »
Elle s'attendit à se faire copieusement remettre à l'ordre, mais Malefoy se contenta d'esquisser un sourire de requin, la dévisageant avec une sorte de respect nouveau qui lui était totalement étranger.
« Réponds simplement comme ça pendant le dîner et au final ça se déroulera mille fois mieux que prévu. »
Hermione lui répondit par un regard hésitant alors que Théodore fronçait davantage les sourcils.
« Parce qu'il y a des risques que je ne m'en sorte pas vivante ? »
Draco éclata d'un rire sardonique, se tournant cette fois complètement vers elle.
« Quelle naïveté. Je pencherais plutôt sur y a-t-il des chances de s'en sortir vivante ? »
« A ce point là ? »
« A ce point-là. » asséna-t-il, avant de reprendre, d'un ton plus amusé. « J'ose espérer que tu connais quelque chose aux papillons, Granger ? »
Elle le dévisagea avec horreur, pas certaine de réellement comprendre.
« Vous plaisantez ? »
« Pas du tout. Tu risques de te faire raconter une centaine de fois comment intel attrapé Lucius n°132 ou 78, et il faudra au moins paraître intéressée. »
« Je croyais que l'élite faisait du-du-du golf, du polo ! De la chasse aux papillons vraiment ? »
Draco hocha la tête d'un air défaitiste.
« Il ne faut pas croire tout ce que les magasines racontent, Granger. Si on les croyait, ma principale passion est de fumer et coucher et ma mère aurait des jambes plus fausses que les Kardashians réunies. »
« Parce que ce ne sont pas vos passions ? »
« Ils ont oubliés l'alcool » marmonna Théodore en prenant soudain part à la conversation.
Draco comme Hermione l'ignorèrent, le faisant se renfrogner davantage alors qu'Hermione profitait du trajet pour ôter discrètement ses escarpins. Ne restait plus qu'à masser délicatement son pied gauche en évitant que son employeur ne la remarque... Là... Un peu plus à droite...
« Essaye simplement de ne pas te faire bouffer par les fauves, Granger. Ils peuvent être... spéciaux certaines fois et la dernière chose que je souhaite c'est que ma mannequin mette les voiles à cause d'une famille un peu barge. »
« Nous ne devions pas simplement rencontrer Mr et Mrs Malefoy ? » s'alarma Hermione, figée.
Le blond eut de nouveau un rire bref.
« Non - bien sûr que non. Qu'est-ce que tu crois, Granger ? Les Malefoy aiment faire les choses en grand, tu aurais dû t'en apercevoir. »
« Alors à quoi est-ce que je dois m'attendre ? » reprit-elle, commençant déjà à se faire des idées.
Un pli soucieux tordait son front trop jeune, alors qu'elle déchirait méthodiquement des lambeaux d'un mouchoir entre son index et son pouce. Hermione aurait tout donné pour ne pas se retrouver au beau milieu d'un repas familial, les plaintes à ce sujet dans les familles dîtes normales étaient assez fréquentes pour qu'elle fasse une idée du plaisir que ça devait être. Belle-maman en face de soi, la cousine jalouse et le frère un peu trop vantard, les critiques poussés de beau-papa, non-merci, elle passait.
Et avec plaisir, s'il-vous-plaît.
« Mon père et ma mère évidemment. Ses soeurs probablement, si Andromeda n'est pas occupée à humilier notre famille en se promenant avec son péquenot quelque part dans les montagnes Suisses. Mes oncles. Un total de cinq ou six personnes, rien d'outrageant en comparaison avec les réunions annuelles familiales. Où cette fois c'est l'ensemble de la famille qui est conviée, et je peux t'assurer que ce n'est pas une partie de Poker que l'on se fait. » grimaça Malefoy. « Peu importe. Tâche de ne pas te conduire comme la sang-de-bourbe que tu es et de faire bonne figure. Je me fiche de ce que t'as promis Parkinson, tu retournes direct dans ton taudis si tu me fais honte. »
Hermione lui jeta un regard noir alors que Théodore s'esclaffait silencieusement, ravi d'assister à leur joute.
« Ou bien je peux aussi me conduire comme une telle gourde écervelée que tu en serais renié. »
« Si tu oses... »
« Contente-toi de ne pas me faire de menaces aussi pitoyables que ça, Malefoy, persifla-t-elle, furieuse d'un coup et se sentant un courage nouveau. Et je me conduirais parfaitement. Sinon... »
Il leva les yeux au ciel, clairement agacé.
« Qui aurait cru qu'elle aurait autant de répondant lorsque tu l'as dénichée dans ce trou à rat ! »
« N'oses même pas penser à me couvrir de honte Granger et les porcs seront bien gardés. »
« Parfait.»
« Parfait ! »
Ils se dévisagèrent en chien de faïence pendant une seconde, Hermione se demandant comment la situation avait pu dégénérer aussi rapidement en l'espace d'un instant. Il avait suffit d'une phrase - d'une unique phrase, simple déclenchement des hostilités pour qu'ils en viennent là. Et prise de court dans sa colère fugace elle s'était emportée, avait levé le ton - contre son patron.
Tout ça lui semblait trop compliqué. Comment trouver un juste milieu quand on rencontrait la famille de son employeur, quand on partait au Zoo avec lui ou encore un diner pire que foireux ? Comment ne pas se laisser emporter quand deux secondes après il vous rappelait que vous n'étiez rien face à lui, se figeait d'un masque de froideur ou sifflait ses insultes ? Sang-de-bourbe.
Ça ne voulait rien dire, ce n'était même pas un mot de la langue française, d'où cela venait-il ? Nott l'avait employé également. Une insulte dans leur langage, certainement qui insultait ses basses origines mais-
Elle n'arrivait pas à cerner Draco Malefoy.
Cela dit ce n'était pas le rôle qui était exigé d'elle, Hermione devant se contenter d'exhiber sourires et gambettes et le tout sous une caméra s'il-vous-plaît, mais elle 'arrivait pas à faire la part des choses. On lui avait toujours dit qu'elle était trop passionnée dans ce qu'elle faisait, et Malefoy faisait partie d'un secret qu'elle voulait déterrer. Bipolaire, sarcastique, hautain, persifleur, insupportable, vaniteux - beau garçon - Hermione avait beau être de mauvaise foi elle aussi, elle n'était pas stupide et malgré sa liste interminable de défauts - et de qualités tout aussi exécrables - Draco Malefoy en était un.
Elle poussa un soupir, savourant les plaisirs de l'immense espace de la limousine - en profitant pour étendre ses pieds au maximum. Tant qu'à faire, autant être là pour se délasser avant qu'elle ne subisse les foudres de la famille Malefoy. Et presque dans son ensemble, si elle avait bien compris. Quelque part elle s'enthousiasmait d'avoir l'opportunité de faire la connaissance d'aussi hauts placés, consciente qu'attirer leur attention sur elle pourrait faire bouger la balance en très bien ou en mal.
Maintenant ne restait plus qu'à agir comme l'aurait fait une parfaite brue, respectable et respectueuse des aînés.
Le reste du trajet se déroula dans un silence religieux, Théodore semblant s'être endormi sur son siège, la tête affaissée sur un coussin et les pieds sur un autre tandis qu'elle ne pouvait voir le visage de Malefoy, qui lui présentait son dos. Hermione replia prestement ses jambes lorsqu'elle sentit le chauffeur freiner, ébaucha un maigre sourire tandis qu'il s'arrêtait enfin.
Hé bien.
Etonnament alors que c'était le moment qu'elle avait appréhendé le plus de la journée elle ne sentait pas la moindre parcelle de stress, restait parfaitement calm-
Très bien - Très bien.
Hermione était une jeune femme mature, adulte à ses derniers souvenirs, en pleine possession de ses moyens et elle n'était absolument pas du genre à paniquer pour une situation aussi ridicule. N'est-ce pas ?
Alors il n'y avait aucune raison de se sentir mal. Aucune. Absolument aucune. Draco - elle se força pour appuyer sur le prénom - était un homme charmant, plein d'attentions et elle savait pertinemment pourquoi c'était elle qui se trouvait ici et pas une des multiples conquêtes de l'héritier.
La brune se coula dans une exclamation muette et désespérée,se retenant de plonger son visage dans ses mains uniquement pour ne pas faire couler son Lancôme hors de prix. Elle se prépara silencieusement au plus beau désastre de sa vie, respirant profondément, alors que soudainement la portière s'ouvrit devant elle, laissant place à la main pâle de Malefoy et non basanée du chauffeur.
« Allez descend, Granger » souffla-t-il. « Je veux bien que tu imites les Diva ce dîner-ci mais on se caille et je ne compte pas rester à t'attendre pendant deux heures. »
« Trop d'honneur » ironisa-t-elle, se sentant toujours un regain d'énergie lorsqu'il s'agissait de lui renvoyer ses piques. Elle ébaucha une nouvelle esquisse de sourire tordu, consciente que la situation était bien trop irréaliste pour qu'elle s'y fasse un jour.
« Prête à rentrer dans la cage aux lions ? »
Elle lui coula un regard qui reflétait toute son appréhension, alors qu'il resserrait sa prise sur son bras, dans un mouvement cavalier.
« Je suppose que je n'ai pas le choix. » Hermione se composa une figure impassible, laissant simplement filtrer un éclat amusé lorsqu'elle se tourna vers lui. « Je compte sur toi pour me sortir d'ici en vie, et avec tout mes membres en place si possible. »
Il laissa échapper un rire moqueur, la fixant réellement dans les yeux depuis qu'elle entrée dans la voiture, juste assez pour qu'elle puisse voir que la tempête s'était calmée au profit d'un gris pâlot.
« Bien trop optimiste, Granger. Et maintenant si nous avancions au lieu de redouter simplement le moment où on finira cloués au mur, à côté de ces chers et tendres papillons ? »
Elle acquiesça, les deux se décidant à avancer. Si, trop occupée dans leur dialecte, Hermione n'avait pas fait attention à ce qui les entourait, désormais elle était toute ouverte à l'émerveillement naïf, semblant encore se croire au beau milieu d'un rêve. Le Manoir Malefoy semblait trôner comme un joyau au sein de son écrin, un chemin de pavés entourés par de hauts murs fleuris menant au trésor.
A l'écart de la ville, sûrement pour ne pas se mêler au bas peuple, le Manoir était entouré d'une forêt, hissant ses hautes tours et ses toits pointus comme un véritable château.
Malefoy, lui, ne semblait pas réellement impressionné simplement agacé. Loin de s'en formaliser, Hermione fixait le Manoir - Pouvait-elle l'appeler Château ? - avec des yeux ronds, à la limite de sortir de leurs orbites. C'était réel ? Ça ne semblait pas l'être en tout cas. Est-ce qu'il y avait réellement des gens qui vivaient dedans ? Qui y naissaient ? Qui y mangeaient ? Elle fronça des sourcils en secouant la tête, se fustigeant mentalement de paraître si impressionnée. Rester calme.
« Admirative, Granger ? Ma mère ne déteste rien d'autre que ceux qui ne sont pas capables de réfréner cette incrédulité en découvrant le Manoir. Essaye de paraître insensible, peut-être un compliment sur la beauté des lieux, mais sans en faire trop. » conseilla-t-il, une main dans le creux du dos pour la pousser vers l'avant.
« Ce Manoir fait cent fois mon appartement ! Mille fois, même ! » s'ébahit-elle, yeux écarquillés. « Comment ne pas s'y perdre ? »
« Ça vient avec l'habitude. Et de toute façon il y a des ailes où je ne vais jamais. » consentit à offrir Malefoy, haussant vaguement les épaules. « Essaye de ne pas hurler quand nous rentrerons dans le hall d'entrée. »
Hermione renonça à demander pourquoi quelques secondes plus tard quand ils pénétrèrent dans ledit hall d'entrée, sa mâchoire se décrochant littéralement. Jusqu'au plancher.
« Wow- c'est-... Je... »
« Ferme la bouche, tu montres les dents » se moqua-t-il, alors qu'elle le fusillait du regard, la remarque oubliée sitôt son regard reporté sur l'immense luxe qui lui était offert.
Cliché immense, la première chose qui lui sauta à la vue ce fut la majesté du gigantesque du lustre en cristal suspendu au plafond. Des chaînes de perle et de diamants liaient les branches luminescentes entre elles, formant une impression de givre et de glace, le tout servant à ouvrir l'entrée à quatre marches, elles même induisant deux portes tirées de l'Enfer de Dante lui-même d'un bois vernis aux poignées en argent pur.
Aux murs étaient accrochés les tableaux des ancêtres, au sol le dallage mosaïque sortait tout droit des châteaux ancestraux, créant l'illusion d'être retourné plusieurs siècles en arrière. Elle se serait cru au milieu de l'époque victorienne, l'architecture néo-gothique forçant le respect de l'admiration et ce pour tous et en tous.
Neuf sculptures s'offraient comme décorations, Hermione réussissant à reconnaître les douzes muses grecques. Elle s'arrêta quelque seconde devant celle tenant un masque tragique, Melpomène, muette d'éblouissement. Elle n'osait demander si c'était les vraies et non des imitations, consciente que la réponse la figerait davantage.
Malefoy, lui, lui avait lâché le bras et effleurait de ses doigts certains portraits solennels, désacralisant l'instant tandis que son sourire moqueur ne faisait que s'accroître. Hermione leva les yeux au ciel, retournant à sa contemplation silencieuse. Elle le sentit venir se placer à ses côtés, sans prononcer un mot lui aussi tandis qu'elle se détournait, honteuse dans sa dévotion.
« Magnifique n'est-ce pas ? Mais comme musée. Comme quelque chose dont l'on profite rarement, et ce qui permet de sen réjouir davantage. La seule utilisation que j'ai toujours fait de ces statues étaient comme porte-manteau. »
« C'est unique, mais c'est là ce qui fait la beauté de la chose » souffla-t-elle, le fixant. « Ça enlève toute la solennité de l'oeuvre de passer tout les jours devant elles, ça ne finit par plus rien vous faire. » comprit Hermione.
« Voilà. Enfin bref, » coupa Malefoy. « C'est pour aujourd'hui ou demain qu'on signale qu'on est arrivés ? »
Hermione rougit instantanément, se précipitant à sa suite alors qu'il continuait déjà son chemin.
Et sincèrement, après avoir vu le Hall, Hermione était persuadée que plus rien ne pourrait l'étonner. Elle se faisait une idée plus précise du genre de personnes que devaient être Narcissa et Lucius Malefoy, remontant considérablement dans son estime pour apprécier l'art en tant que tel. Ils auraient pu placer de l'art abstrait, bien plus cher et parfaitement dans leurs moyens mais ils avaient préféré les sculptures grecques et pour ça, elle les estimait.
Malefoy ouvrit les portes d'un geste nonchalant, comme s'il ne s'en souciait pas alors qu'elle avait vu l'éclat grinçant sur son visage. Ça la rassura en un sens, ça la fit se sentir moins seule de voir que lui aussi appréhendait la rencontre.
Ils ne purent faire deux pas que déjà la silhouette d'une femme se dessinait au milieu du couloir, la robe noire glissant sur ses hanches se faisant remarquer en premier. Ce qui lui sauta aux yeux en second lieu ce fut la blancheur de la chevelure, remontée en un chignon artistique, coincée par une épingle de jade. La femme émanait d'une aura froide et chaleureuse en même temps, digne mais comme celle d'une actrice qui a vu son heure passer mais est restée sur scène. Belle aussi. Magnifique, aurait-elle pu souffler si elle avait eu de la voix. Mais elle en restait muette - scotchée.
Belle comme une fleur de glace. Comme quelqu'un qui avait su être magnifique mais dont la légère touche de jeunesse s'était fanée, affaissant le visage sans pour autant lui ôter ce pour quoi elle bouleversait les coeurs. Ses traits semblaient être figés dans du givre, sculptés à même la neige - comme une poupée de cire.
Et son regard... Dieu, son regard. Ils n'étaient pas bleus, ça aurait tranché avec la touche unique qu'elle renvoyait, ça serait tombé dans l'éternel cliché de la blonde aux yeux bleus, mais c'était cent fois mieux, mille fois.
Elle a des yeux d'hiver, qui vous analysent froidement et qui vous sondent parce que vous avez le malheur de vous y être un peu trop attardés. Elle les a de glace et de feu en même temps, ils sont translucides et de diamants. Hermione n'a jamais été vraiment douée pour décrire, mais cette fois les mots se sont enlevés. Il n'y a rien pour imager ce qu'elle voit - on peut simplement se taire, soufflé.
Et la femme ouvre la bouche, les mots glissent sur la peau comme des rasoirs tranchants.
« Draco. Je t'attendais. »
-o-o-o-o-o-
C'est certain, Hermione avait l'impression d'être sur un peloton d'exécution. En premier lieu, la table est longue et rectangulaire comme celles des sectes - ce qui la fit froncer des sourcils en la voyant - et Malefoy a posé son bras autour de sa taille sans jamais la lâcher. Elle commençait à comprendre - peut-être - et ça ne lui plaisait absolument pas.
De plus, elle avait Mr. Lestrange en face d'elle qui la fixait comme un morceau de viande qu'on a oublié au four et ça commençait à devenir réellement déstabilisant.
« Bonjour ? » tenta Hermione de briser le silence latent, sentir l'atmosphère devenir pesante. A cet instant, elle commençait à comprendre Luna et se dire qu'effectivement ça n'aurait pas été une mauvaise chose d'être le silence. Invisible. Absente.
Elle sembla démarrer le début des hostilités - à sa grande honte - parce que le poing de Lord Malefoy frappa durement contre la table, ce dernier se penchant sur la table alors qu'il semblait vouloir tuer son fils du regard.
« Pouvons-nous savoir pourquoi c'est une parfaite inconnue qui est assise à cette table et non Astoria ? »
« Lucius ! »
La voix de Narcissa Malefoy retentit dans l'immense salle, propagée et répercutée par l'écho. Celle-ci assassina son mari du regard, adressant un sourire désolé au blond. A ses côtés ce qui semblait être Bellatrix Lestrange sous l'immensité des froufrous et du tissu de sa robe noire était occupée à limer ses ongles avec un couteau de cuisine - totalement désintéressée. Son mari lui continuait de lorgner sur Hermione tout sauf discrètement, le deuxième Lestrange faisant abonné absent.
« Ce n'est pas une raison pour ne pas être poli » siffla-t-elle. « Et si vous vous présentiez ? »
Hum. Hermione toussota pour se donner contenance, échangeant un regard effaré avec Malefoy fils qui se colla un sourire sur le visage, se rapprochant dangereusement d'elle.
« Hermione Granger... Mannequin pour votre- Malefoy lui fila un coup de coude, la faisant hoqueter de douleur sous le choc alors qu'elle se promettait de lui faire payer le double - styliste, inventa-t-elle à la va vite. Vingt-quatre ans, mes parents étaient dentistes et je... Je crois que c'est tout. »
« Fille de médecins alors ? C'est une bonne chose que vous soyez instruite. » continua Narcissa à faire la conversation toute seule. Lucius lui toussota à son tour, alors qu'elle semblait entendre le terme paysanne au milieu de sa toux, les Lestrange toujours désintéressés.
« Et où vous êtes vous rencontrés ? » y mit son grain de sel Lucius Malefoy, l'air méfiant.
« Au restaurant en réalité » tenta-t-elle de faire bonne figure. « Votre fils m'a tout de suite... hum, comment le dire, marquée. »
« Je pense que ça a été une attirance réciproque. Elle semblait si... originale avec son style et son... visage... Ce n'est pas le genre à se maquiller outrageusement, Hermione, elle préfère le naturel. » rajouta Draco, semblant vouloir s'enterrer immédiatement. C'était ce qu'il allait faire d'ailleurs en rentrant, dès qu'il aurait attrapé une arme blanche. Et qu'il aurait fait courir Pansy vers elle. Dix fois.
« Une... exactement... attirance. »
Hermione avait la voix blanche. Attendez, ce n'était pas ce qu'elle croyait si ?
« Et vous êtes ensemble depuis combien de temps ? »
« PAR- » Cette fois Draco lui fila un coup de coude si fort qu'elle se mit à tousser, s'étouffant presque. Bellatrix leva distraitement les yeux de sa lime improvisée, la dévisageant avec espoir - pour rabaisser les yeux une fois qu'elle constata qu'elle allait rester en vie.
« Oui- Nous- deux- Oui- Mal-Draco et Moi-ensemble, hum, ça fait... Dis-leur chéri » bredouilla-t-elle, les larmes au yeux à cause de la douleur, tâchant d'adresser un regard qui se voulait agréable à son pseudo petit ami.
« Trois semaines. » mentit-il avec aplomb, le regard fixe.
« Vous vous êtes déjà lancés de la vaisselle au visage ? » les interrompit frénétiquement Bellatrix, ses yeux noirs luisant.
Hermione fronça les sourcils avant de secouer la tête négativement, commençant déjà à se poser des questions sur la santé mentale de l'artiste. On disait toujours qu'ils avaient des moments bien à eux, mais...
« Bella - ce n'est pas le sujet. »
« Très bien - très bien, retournez à vos passionnantes discussions. » gronda celle-ci, se renfonçant dans son siège.
La tirade sembla jeter un blanc sur l'assistance, sauvée heureusement par la domestique qui amenait les plats. Chacun semblait avoir un régime bien à lui, la viande de Bellatrix saignant littéralement dans l'assiette tandis que celle de Lucius ne comportait que du poisson. Hermione aurait été bien en peine de reconnaître quoi que ce soit mais heureusement on ne lui demanda rien.
« Bien, bien. » reprit Lucius. « Et si vous nous parliez un peu plus de vous, Miss Granger ? »
Elle hésita, ne sachant pas très bien sur quoi se lancer.
« Hé bien... Je suis une grande amatrice des voyages, j'aurais aimé visiter les îles Fidjis ou encore la forêt de Sequoias en Californie. Un de mes plus grands rêves serait de voir les requins dans leur habitat naturel, ou encore de publier un livre. Voir une Aurore boréale aussi serait quelque chose d'extraordinaire. En réalité je ne suis pas sûre que je resterais longtemps dans cet emploi - évidemment c'est merveilleux d'avoir pu être embauchée mais ma vision de la vie s'approche plus de réussir à trouver un travail qui me permettrait de voyager partout dans le monde, de pouvoir découvrir des spécialités et des traditions sans rester pendant dix ans à habiter à Londres ou en banlieu de métropoles. J'aimerais faire de ma vie quelque chose et non attendre que ça vienne à moi, j'aimerais visiter le monde quand on n'a qu'une vie et que c'est la gâcher de ne jamais chercher à voir autre chose. »
Personne ne prit la parole pendant quelques secondes, même Malefoy la fixant avec un oeil nouveau.
Ce fut le Lestrange présent qui réenclencha la discussion en éclatant de rire.
« C'est une fille à projets, celle-ci, garde-là Draco, tu n'en trouveras pas d'autres comme ça ! » Il jeta un regard à Bellatrix, qui dévisageait désormais Hermione avec attention. « Ne fais pas comme moi en en prenant une qui ne supporte pas ma passion. » grinça-t-il.
« C'est plutôt toi que je voudrais voir transpercé d'une aiguille au lieu de tes maudits insectes »
Bellatrix enfonça d'un geste brusque la lame de son couteau à quelques centimètres de la main de son mari, Hermione oubliant de respirer, alors que le brun récupérait adroitement le couteau pour planter un baiser sur la joue de sa femme, les deux s'échangeant un regard ravi avant d'éclater de rire.
Très bien - OK.
Elle était dans une maison de fous - de fous.
« Nous partons souvent dans des endroits exotiques, Rodolphus et moi » l'informa Lucius Malefoy en découpant consciencieusement son filet de daube. « Draco vous a-t-il parlé de notre passion pour la chasse au papillon ? »
« Il a dû le mentionner une ou deux fois. » dit-elle l'air de rien, la pensée d'un Lucius 172 s'imposant à elle.
Le visage des deux hommes s'éclaira alors que dans un effet de cascade celui des deux soeurs et de Draco se décomposaient.
« Encore ? »
« Tais-toi fils, ce sont des affaires de grandes personnes. Alors vous voyez déjà, Hermione, pour avoir une chasse parfaite il faut que les procédés le soient aussi. Et ainsi nous avons quatres grandes règles d'or. Narcissa, Rodolphus ? »
« Les règles S.P.A.M ! »
« S pour Sociabilisation ! »
« P pour Protection ! »
« A pour Adresse... »
« ... »
« Draco ? »
« ... »
« Draco ! »
« M... pour Manipulation. » fit la voix morne du blond, exaspérée.
« Sociabilisation ? » répéta Hermione sans comprendre.
« Pauvre folle, qu'est-ce que tu fais, ne les encourage pas ! » marmonna furieusement Draco alors que les yeux de Rodolphus commençaient à briller.
« Exactement Her-mignone. Sociabilisation, il faut te sociabiliser avec le papillon, il ne faut faire plus qu'un avec le papillon. Tu es le Papillon. Tu ressens Papillon. Bats des ailes pour voir ? »
Hermione échangea un regard avec Draco, se demandant si tout ça faisait partie d'une immense blague. Un complot peut-être ?
« Je ne suis pas sûre d'être douée pour ça... » marmonna-t-elle en se demandant où est-ce qu'elle avait mis les pieds. Draco, lui, regardait ses couverts avec l'envie évidente de s'égorger avec ses couverts.
« Pas tout le monde n'a le don » haussa des épaules Rodolphus.
« Et si nous parlions d'autre chose ? » proposa Narcissa, dans un vain espoir.
Hermione se jeta presque sur son assiette, goûtant en vitesse uniquement dans l'optique de pouvoir ré-orienter la conversation. « Délicieuse cette viande, Mrs Malefoy. Je crois reconnaître le goût de l'agneau ? »
« C'est du Wagyu. » asséna la blonde. « Une spécialité japonaise. Du boeuf. »
« Oh- je -hum - évidemment ! »
Nouveau silence.
Brisé par le fracas que fit la porte lorsque pénétra dans la salle un homme brun - sûrement le deuxième Lestrange - filant pour venir directement s'asseoir à côté d'Hermione.
« Alors c'est toi qui a ramené mon neveu dans le droit chemin ? »
La brune acquiesça à défaut de faire autre chose, espérant toujours s'en sortir vivante.
« Ah. Tu as plutôt bon goût ! »
« ... »
« Merci. Je suppose. »
« Fascinant, Fascinant ! Et si nous parlions plutôt de notre nouvelle optique de voyage ? Draco j'ose espérer que toi et ta... hum... Ta-ta... »
« Petite-amie, Père.»
« Oui, c'est ça. Le terme est... nouveau. Quelques années auparavant tu te serais marié à l'âge où tu serais devenu un vrai homme, et il n'y aurait pas eu ces... avants-fiancées. »
« L'âge d'un vrai homme, Mr. Malefoy ? »
« Oui bien entendu, à six ans. Peu importe. Ta mère et moi pensions visiter le Canada, on m'a dit qu'il y avait de très beaux spécimens là-bas. »
« On m'a dit la même chose sauf que ce sont d'un peu trop gros papillons avec de la fourrure et des canines de trente centimètres » chuchota Draco à Hermione la faisant sourire sans s'en empêcher. « Très bonne idée Père, qui vous l'a soufflée si je peux me permettre ? »
« C'est moi ! » intervint Bellatrix, un sourire dévoilant ses dents - qu'un dentiste aurait eu plaisir à encaisser - essuyant deux regards sceptiques.
« ... Je vois. N'avez-vous pas peur que vos papillons meurent de froid une fois attrapés ? » se moqua-t-il ouvertement.
« Narcissa est tout à fait capable de coudre. » asséna Rabastan tranquillement. « Il suffira qu'elle couse des manteaux. »
« Moi ? Vous plaisantez ? »
« Des manteaux à papillons. Quelle merveilleuse idée. Tu n'es pas d'accord Hermione ? »
« Voyons Narcissa vous n'allez pas rechigner à effectuer vos travaux de femme. »
« Si-si, parfaitement d'accord. Vous devriez lancer le concept, Mrs Lestrange, je suis sûre que vous aurez un succès fou. »
« Nous avons des domestiques, Rabastan ! »
« Le commercialiser, vous dîtes... Magnifique ! Des gammes noires, violettes... Peut-être pourrions-nous ajouter des modèles en grande taille il ne faudrait pas vexer le public... Je devrais tout de suite en faire un tableau ! Miss Granger... Vous êtes certaine de ne pas vouloir poser pour mes toiles ? »
« Narcissa, je ne te savais pas ce trop plein de vanités. Toute femme se doit de savoir remplir les désirs d'autrui. »
« Je... Je ne pense pas être digne de vous, Mrs Lestrange... » « Surtout lorsqu'on sait ce que deviennent les modèles... » marmonna-t-elle en aparté.
« Rabastan, je ne vous savais pas aussi ridicule. Sonnez pour appeler Dobby si vous tenez à ce point à ce que vos ridicules songes aient une chance de voir le jour - ne compte pas sur ma présence. »
« J'insiste. Draco tu es d'accord n'est-ce pas ? »
« Narcissa, voyons calmez-vous c'est mauvais pour votre teint. Rabastan, je ne permet pas que ma femme se lie dans vos fantasmes dépravés, veuillez la laisser en dehors de tout ça. »
« D'accord ? Parfaitement d'accord ! Hermione est toute à toi ! »
« Je vais te tuer dans ton sommeil, Draco Malefoy » lui susurra celle-ci à l'oreille, furieuse, avant d'esquisser un sourire tordu. « Réellement, Mrs. Lestrange, je n'ai pas les... capacités pour que votre travail soit apprécié à une juste valeur. »
« Je ne crois pas que vous ayez le choix en vérité, Hermione. »
« Lucius est-ce que tu comprends la portée de ce projet ? »
« Oh vous savez en réalité tout est une question de choix, hm, dans la vie, ouvrir une porte ou une autre cela mène quelque part de différent n'est-ce pas et... »
« Non, pas vraiment, non. »
« Lucius, chéri, reste en dehors de ça, tu veux ? »
« Hermione. J'insiste. »
« Comme je disais - donc - hum, les choix, c'est de ça que nous parlions ? Je ne crois pas qu'on puisse faire un bon ou un mauvais choix il s'agit simplement de faire ce qui nous semble juste, vous savez, hum, en réalité, vos portraits sont très beaux oui, il n'y a pas à le nier... »
Bellatrix se pencha un peu plus sur la table, décochant un sourire à Hermione qui avait de quoi lui faire froid dans le dos alors qu'elle s'apprêtait à trouver une excuse, non-aidée par l'air amusé que cachait Draco sous son poing, lorsque son portable sonna, faisant immédiatement taire tout le monde.
Elle s'excusa du bout des lèvres, cherchant rapidement dans son sac pour faire taire la sonnerie stridente, se figeant brutalement.
Urgence - Viens tout de suite à l'hôpital - PB Ron
INFO : J'AIMERAIS ESSAYER UN RYTHME DE PUBLICATION. Du coup est-ce que vous préféreriez une fois toutes les deux semaine avec léger risque de débordement, une fois par mois ou aléatoirement dans un mois mais que j'arrive à deux voire grand miracle trois publication par mois ? ( Oh et si un jour en particulier vous intéresse aussi)
RAR :
Hauting HTD : Bonne annééée ! - Encore plus en retard donc bon ça rattrape ! Hahaha, oui le plus important, le Foie Gras xD Contente que tu ais aimé ! Et désolée encore une fois de couper ici... (Grand sourire colgate) Oh non mon rythme n'est pas du tout régulier, hum, hum, tu as pu le voir. Aïe, je vais devoir réhabiliter Fleur alors ! Bisous !( Et merci pour la liste de film, ça m'a été utile :D)
Guest : Hum... Bientôt, promis ! Bientôt ! :D
Je finis de répondre aux reviews, juré, mais je voulais poster d'abord ;) Merci encore, je vous dit pas à quel point ça aide à remonter le moral et à poster plus vite ( même si là hum... Disons que je suis repassée voir ces reviews, ça m'a remotivé xD)
Bisous, bon mois de mars !
