CHAPITRE 7
La vie au Ranch s'écoulait lentement, et les jours passants Candy apprit à encore mieux connaître Niel, son père et l'environnement familial qui jusque-là lui avaient été cachés. Niel se révéla être adorable et prévenant envers son père qui commençait à fatiguer devant la charge qui s'appuyait sur ses épaules vieillissantes. Niel passa dés lors de plus en plus de temps pour apprendre ce que son père avait mit tant d'années à engranger comme connaissances sur la gestion du domaine. Candy n'était pas pour autant laissée à l'abandon et était totalement libre de faire ce que bon lui semblait, y comprit passer du temps avec les domestiques. Cela l'avait quelque peu surprise d'ailleurs et n'avait pas manqué d'en faire la remarque.
- Tu n'es pas dans la demeure familiale des rabat-joie. Il eut un sourire amusé devant son visage surpris. Je sais que tu peux t'ennuyer ... ici à part faire des travaux de ferme – et tu le sais bien et je ne dis pas ça méchamment – il y a peu de choses à faire alors ... si tu veux t'occuper en lisant, faisant la cuisine, ou que sais-je encore ... tu peux ! Candy, je ne veux pas te mettre en prison.
- Merci Niel. Je comprends que tu sois occupé et je vais trouver des choses à faire !
- Je le sais. Au fait (il se retourna alors qu'il allait à nouveau rejoindre son père dans son bureau), nous irons nous habiller ... le 5 octobre, dans environ deux semaines, nous devrons aller à Chicago pour les fiançailles d'Annie et d'Archibald.
- C'est vrai. Je suis contente pour Annie ... j'espère qu'il y aura aussi Patricia ... la tristesse laissa alors son emprunte sur l'expression de son visage. Alistair ... il lui manquait souvent avec ses petites intentions, ses petites inventions et il lui arrivait encore souvent de penser à lui.
Niel revint sur ses pas et lui fit une bise légère sur sa bouche. Le contact fut fugace mais Candy songea longtemps à cette marque de tendresse durant l'après-midi.
La promesse de Niel fut accomplie deux jours plus tard. Candy n'était pas tranquille, s'inquiétant encore une fois des dépenses qui pourraient être faites pour pas grand-chose. Après tout ce n'était que des fiançailles.
- Je veux que tu sois magnifique. Bon ... tu l'es déjà ! Mais une future madame Legan se doit d'être la femme qu'on regarde.
- Ça me fait bizarre quand tu me dis ... enfin quand tu dis « madame Legan ». Niel ... j'ai peur.
- Je sais que tu as peur. Son visage se ferma. Le silence emplit l'habitacle, pesant. Je sais parce que j'imagine ce que ça peut-être d'entrer dans une famille qui par le passé a été infecte.
- Niel tout n'a pas été négatif. J'ai appris beaucoup ! J'ai appris à me débrouiller et à ne compter que sur moi-même.
- Ce qui est un net avantage. Il arrêta la voiture pour se garer le long du trottoir où s'étiraient de nombreuses boutiques, toutes leurs façades propres et nettes, se détachant sur leur surface colorée, en lettres tapageuses leurs marques respectives. Je crois que c'est ce qui m'a attiré chez toi Candy, tu es autonome, tu n'attends pas d'un garçon - en l'occurrence moi-même - que je te gâte exagérément. Bien ! Maintenant cependant je veux que tu te laisses conduire, que tu te laisses justement, gâter.
- Ça me gène.
- Oublie que ça te gène.
Ils entrèrent dans la plus luxueuse des boutiques que comptait le quartier. Candy se laissa faire et se surprit à aimer d'être chouchoutée. « N'en prends pas trop goût ma fille ! » se dit-elle alors que les toilettes s'amoncelaient dans le coffre de la voiture.
- Candy ... pourquoi cette tête-là ?
- Niel je suis entrain de me dire ... que ce n'est pas désagréable en fait de se laisser habiller par ... toi.
Ces mots le firent éclater de rire.
- Je veux te gâter le plus possible pour que tu ne penses plus au mal que je t'ai fait.
- Niel ... au Mexique j'ai compris que tu tenais énormément à moi. Je n'ai plus envie de fuir.
La voiture quitta le quartier des boutiques pour se rendre dans un restaurant à l'entrée simple. Candy regarda Niel tendrement, il avait enfin compris qu'elle n'aimait pas les endroits au luxe ostentatoire.
Elle se trompait.
L'entrée bien que ne payant pas de mine, cachait un lieu féérique, élégant où se rencontraient toutes les fortunes du secteur. C'était un endroit cependant à l'atmosphère masculine et le mobilier l'indiquait particulièrement avec ses tables au design rigide, des cendriers posés sur chacune. Les femmes accompagnant leur illustre mari étaient absentes pour la plupart des déjeuners servis en semaine. Candy faisait l'unique exception et les convives en complet-veston ne manquèrent pas de se retourner devant cette présence incongrue.
- Niel ... cet endroit ... je ne suis peut-être pas conforme pour être ici.
- Tu es avec moi, donc tu ne risques rien. Cet endroit est celui où on mange le mieux.
- Oui ! Il n'y a que des hommes d'affaires ... je n'ai rien à faire ici, ils me regardent tous !
- C'est tout à fait normal. Son regard frisa tandis que l'expression de son visage s'amusait visiblement du désarroi de sa compagne. Tu verrais les épouses de ces hommes tu comprendrais facilement pourquoi ils sont tous hypnotisés par ta présence.
- J'ai l'impression d'être un animal dans un zoo !
- Alors tu es une lionne et ils ont intérêt à faire attention à leurs mains. Il jeta un coup-d'œil alentours et retourna à la muse de ses pensées déjà depuis plus de deux ans. Cesse d'être sur tes gardes, tu ne crains rien ici, tu crains moins que dans la maison de la grand'tante Elroy dans laquelle nous allons devoir nous rendre le 4 octobre. Je t'avoue que cette échéance m'inquiète ... je me demande quel mauvais tour ma sœur a concocté.
- Cet homme ... Cortez ... peut-être que ...
- C'est même sur. Je sens qu'il fait parti du plan de ma chère mère et d'Élisa. Je te promets que je ne te lâcherais pas d'une semelle.
- Niel tu ne peux pas t'empêcher de vivre à cause de moi ! Elle soupira, les traits à présent figés dans une certaine crainte. Comme être heureuse avec un garçon sans cesse sur le qui-vive ? Qui craint les méchancetés de sa propre famille ? « Et si je partais ? Il ne craindrait plus rien et trouverait enfin celle qu'il lui faut ! Sa famille la lui trouverait même ... et moi ... moi il faut à tout prix que je renonce à mon adoption ».
- Je commence à connaître cet air préoccupé, commença Niel après que le serveur leur ait apporté le menu. Tu ne songes pas à ... à me quitter ? Encore ? Je te préviens qu'à nouveau je mettrais toute mon ardeur pour te retrouver.
- Niel ... ce serait la meilleure solution. Comment veux-tu que nous soyons heureux, serein si à chaque fois que nous retournons à Chicago nous craignons un mauvais coup ... à cause de moi. Elle se tut laissant ses pensées s'exprimer. « Pourrais-je le quitter ? Il est si beau, si tendre, ses baisers si ardents ..., je l'aime maintenant ! Plus que jamais ! jamais je ne m'en serais crue capable !».
- Je la mettrais hors d'état de nuire mais il faut que tu m'en laisses le temps. Candy, c'est un fait, je t'aime et tu le sais, elles devront l'accepter ou alors elles le regretteront.
- C'est à cause de moi. Cette discussion lui avait coupé l'appétit. Son assiette pourtant magnifiquement présentée ne parvenait pas à lui donner l'envie d'y toucher. Bien sûr l'œil de Lynx de Niel ne manqua pas de le remarquer.
- Mange Candy et cesse de te faire du mouron pour ce qui ne s'est pas encore produit. Tu es sous ma protection mais non seulement la mienne, mais aussi sous celle de mon père et de l'Oncle William.
- Je sais mais ... c'est comme à chaque fois ... je sens que je vais me faire humilier.
- Toi ? Personne ne peut t'humilier.
- Ma naissance est à chaque fois remise sur le tapis. Niel il faudrait que tu me quittes et que tu te trouves quelqu'un de ton rang ... non ne lève pas les yeux au ciel ! Ça simplifierait nettement les choses !
- Je ne veux pas d'une autre fille. C'est toi. Toi et toi seule, le sujet est clos.
La veille de leur départ pour Chicago, Niel proposa à Candy d'aller rendre visite à la maison de Pony. Bien sûr Candy en fut ravie.
La voiture se gara devant le bâtiment et fut bientôt repérée par cinq ou six enfants occupés à aider Mademoiselle Pony dans les tâches ménagères. La porte s'ouvrit d'un seul coup libérant la horde en liesse des enfants. Candy fut embrassée et conviée (sans qu'elle puisse reprendre son souffle) à faire une démonstration de son lancer de lasso. Sœur Maria intervint pour laisser respirer la plus ancienne des pensionnaires de l'orphelinat.
- Merci Sœur Maria !
- J'avais oublié que tu savais lancer le lasso ... lui chuchota Niel à son oreille alors qu'ils passaient le pas de porte.
- Bonjour Candy ! Monsieur ? Mademoiselle Pony posa le dernier couvert et vint à leur rencontre, ravie.
- Mademoiselle Pony, je vous présente Niel Legan.
- Niel Legan ? Elle jeta à Candy un drôle de regard avant de le faire permuter par un autre nettement plus convivial.
- Oui je sais ... fit Niel en dansant d'un pied sur l'autre, vous devez vous demander ce que je fais ici.
- Si Candy vous a conduit ici c'est que vous avez passé outre vos appréhensions.
- Elle est formidable.
- Mais tous ici le savons. Allons venez vous asseoir !
- Avant je dois vous remettre quelque chose. Il tira de la poche de sa gabardine une enveloppe. Candy le fixa un instant.
- Qu'est-ce ?
- Je vous en prie ... ouvrez !
Mademoiselle Pony ne s'en fit pas prier et découvrit le chèque que Niel avait promis à Candy avant de partir pour le Mexique.
- Oh ... monsieur Legan ! Il ne faut pas !
- Je sais que vous tirer le diable par la queue si je puis dire. Ça me fait plaisir.
- Certes mais ... merci ! Merci pour eux et son regard brillant de projets qui allaient pouvoir être enfin réalisés, elle enveloppa toute la marmaille qui gesticulait dans la maison.
Sœur Maria le remercia avec son quota de chaleur à disposition. Mademoiselle Pony également. Bientôt leur tranquillité fut bouleversée par les enfants qui avaient laissé leurs occupations pour déjeuner. Candy fut bien sûr sollicitée après le repas et accepta de faire plaisir aux bambins en leur montrant ses aptitudes au lancer du lasso. Elle accepta avec enthousiasme de leur apprendre à utiliser cette corde capricieuse. Son cours rencontra un franc succès et Niel s'y mit également, récoltant lorsque ce fut son tour de francs éclats de rire.
Le jour « J » des fiançailles approchait, Niel et Candy avaient décidé de quitter la maison de Pony la veille. En attendant ils savouraient la quiétude du lieu, le bonheur d'être eux-mêmes, enfin. Niel était aux anges, serein et aux yeux de Candy encore plus attirant que les jours passés. L'abandon de son rôle de « Fils à papa » lui allait à ravir. Sa carapace posée quelque part dans l'orphelinat, il se mit à jouer avec les enfants qui ne mirent pas longtemps à le considérer comme un des leurs. Il eut beaucoup de succès envers les garçons et il ne mit pas longtemps à troquer son pantalon chic contre une tenue plus décontract' afin de jouer plus aisément avec eux. Les parties de ballon s'enchaînaient sous les yeux d'une Candy qui était stupéfaite par cette transformation.
- Incroyable n'est-ce pas ? Souffla Mademoiselle Pony alors que Candy ne quittait pas des yeux son Prince jouant au football avec les enfants.
- Oui ... il est complètement différent ! La vieille dame derrière elle sourit d'un air entendu mais la jeune femme aux boucles blondes léchant sa nuque comme des flammes, ne la vit pas.
« Incroyable ! On dirait qu'il n'a jamais quitté l'orphelinat ... qu'il fait partie des murs ! Les enfants l'adorent ! ».
Conscient du regard admiratif qui ne le quittait pas des yeux, profitant d'une mi-temps, Niel transpirant et le visage irisé d'une douce rougeur, vint à sa rencontre.
- Ils m'ont épuisé ... je ne suis pas trop empoté ?
- Non ! Du tout ! Murmura Candy. Tu es magnifique.
- Jamais j'aurais cru que ces mots-là sortiraient de ta bouche tu sais ...
- Niel !
Il lui jeta un regard malicieux, le caramel de ses yeux devient plus foncé, annonciateur d'un certain désir.
- J'ai une grande envie de ... mais je crains que ce ne soit pas assez dans la bienséance ... et sœur Maria va fondre sur moi comme un faucon sur une proie !
- Je le crains ! Ricana Candy. Reprenant son sérieux, ses yeux descendirent sur cette bouche adorable, et son feu interne se déclencha.
- Hum ... je crois que je vais déclarer forfait ... j'ai quelque chose sur le feu.
- Niel !
- Ne râle pas fit-il l'air fâché, je sais que tu as envie de ... enfin tu vois bien ce que je veux dire !
Elle se contenta de pincer les lèvres, jouant le rôle de l'effarouchée à merveille.
La plaine de la maison de Pony s'étendait jusqu'au vieil arbre qui avait vu grandir tant d'enfants, un chêne magnifique qui avait attiré de nombreuses convoitises et que Candy avait réussi à sauver. Niel le considéra d'un œil admiratif.
- On dirait l'arbre du Collège Royal.
- Oui ...
Il lui jeta un coup d'œil en biais et hocha la tête d'un air compréhensif. Il se rappelait parfaitement des moments où Candy revenait de « sa » colline, l'humeur au beau fixe alors que lui n'aspirait qu'à la tourmenter. Il ne s'était jamais demandé « pourquoi ? ».
- Pourquoi ? Pourquoi avais-tu besoin de ... désolé ... j'ai du mal à me faire comprendre.
- Non ... cet arbre m'a vu grandir, il m'a consolée ... en fait c'est une sorte de psy ... je peux lui confier mes chagrins, mes joies ... non en fait ... surtout mes chagrins ! Il ne dit rien mais j'ai un sentiment intérieur qui fait que je crois qu' «il » me comprend. C'est dur à expliquer !
- Et si je t'embrasse là maintenant tout de suite ... tu crois qu'il va penser quoi ? Il ne put contenir un sourire moqueur devant la gêne de Candy.
- Il ne pensera rien, rétorqua t-elle d'une voix presque inaudible, mais ses yeux brûlaient d'un feu presque mystique.
Obéissant Niel l'attira à lui et doucement prit sa bouche. Leurs langues jouèrent leurs ballets tandis que les mains luttaient pour rester sages. Celles de Niel eurent des difficultés à tenir le challenge et l'une d'elle se posa sur la poitrine de Candy qui sortit d'un coup de sa torpeur, un téton s'érigea sous la caresse savante du garçon expert. «Je dois y aller doucement ... je sens que sous mes doigts brûle une Candy qui ne va pas se reconnaître ! ». Il ôta sa main à regrets. Ils détachèrent leurs bouches et Niel admira le résultat : le visage de Candy trahissait l'émoi, une vague de désir qu'il avait lui même fait naître.
- Niel ... pourquoi ... ?
- Candy fit-il en soupirant ... je veux que tu sois à moi mais pas ici ! Déjà parce que nous risquons d'être dérangés et de deux ... je veux que ce soit fait dans les règles. Il eut un petit rire. Tu m'étonnes parfois, tu le savais ?
- Comment ça je t'étonnes parfois ?
- Tu as répondu à mes caresses au quart de tours ... comme si ... il soupira. Comme si aucun de tes soupirants n'avaient réussi à le faire !
- Tu as peut-être raison.
Il se passa élégamment la main dans ses cheveux châtains et Candy réalisa qu'elle aurait bien vu cette main ailleurs que dans sa tignasse.
- Candy ?
- Euh ... rien !
- Je commence à prendre goût à ce regard tu sais ?
- Je n'ai pas de regard particulier. Elle se leva d'un coup et dévala la colline en quatrième vitesse.
- « Allons bon ! Qu'elle mouche vient de la piquer ? ». Niel la suivit, sans se presser.
« Calme-toi ma vieille, reprends tes esprits ... Niel a raison !
- Oui mais n'empêche qu'il a mit le feu en moi !
- Hum ... ses mains ... »
Elle rouvrit les yeux en réalisant que sa course l'avait ramenée dans la cour de la maison. Une petite fille la fixait les yeux ronds.
- Pourquoi t'as couru ? T'as eu peur d'un monstre ?
- Non ! Elle partit dans un grand éclat de rire.
La fillette la regardait à présent l'air interrogateur.
- Si t'as pas vu un monstre alors pourquoi t'as couru ?
- Euh ... je vais te dire un secret ... tu veux ?
- Oui ! Murmura la fillette.
- Mademoiselle Pony et Sœur Maria font trop bien la cuisine !
La gamine sourit.
- J'aime pas les haricots verts pourtant ... grimaça t-elle.
- Ça rend forte ! Si t'en mange plein les garçons n'oseront plus t'embêter !
- Je t'ai vu lancer le lasso, tu m'apprendras ?
- D'accord. Maintenant ? Tu veux ?
« Ça va me changer les idées ... et oublier ce baiser ... », et une sorte d'entraînement commença. Bientôt Niel les rejoignit puis tous les enfants s'y mirent aussi.
L'heure du départ arriva, trop vite au goût de Niel et de Candy. Plus la voiture avalait les kilomètres, plus le silence investissait la place d'un troisième passager. Le visage de Candy, miroir à émotions, montrait son appréhension et cette dernière se faisait nettement sentir sur l'humeur de Niel. N'y tenant plus il se gara sur le bas-côté, la maison des André n'était plus qu'à quelques mètres.
- Candy ... je te promets que je vais te protéger ... tu n'es plus toute seule !
- Je le sais. Niel ... elle va peut-être te faire croire que je te trompe ou je ne sais pas ... tu me croiras ? Ses grands yeux le bouleversèrent.
- Je te croirais, toujours.
- Niel ... j'ai peur quand même ... elle se mordilla la lèvre inférieure, symptôme d'une grande anxiété. Il lui caressa doucement la joue, le regard grave et chaud.
- J'ai mis du temps à comprendre que tu étais la fille que je voulais. Personne ne pourra se mettre en travers de ma route. J'ai fini par te convaincre de m'aimer (il ferma les yeux faussement contrit) et pas par la plus correcte des méthodes je le conçois (Candy eut un petit rire), mais je n'admettrais aucune concurrence, aucune atteinte te concernant.
- Je t'aime Niel, jamais j'aurais pu le croire.
- Je sais se contentât-il de dire.
Il redémarra et présenta la voiture devant le portail monumental.
- Courage ... nous allons détruire ce nid de serpents.
- Merci de me remonter le moral Niel.
- De rien.
Plusieurs voitures, toutes plus luxueuses les unes que les autres étaient parfaitement garées en rang d'oignons par le voiturier engagé exprès pour l'événement. Involontairement les yeux de Niel cherchèrent celle du Mexicain. Il la reconnut alors qu'il allait jeter l'éponge. « T'es donc là toi ? Hum ... je vais prévenir de ce pas l'Oncle William que ma sœur a sans doute fomenté un plan pas très chrétien ! ». Il s'était raidi inconsciemment et s'en rendit compte. Pour faire diversion il demanda à Candy d'avoir confiance en lui.
- J'ai confiance à présent en toi, et tu le sais. Niel ... c'est toi qui à l'air anxieux là ... tu as vu quelque chose ?
- Non du tout se dépêchât-il de répondre.
Sa mère l'accueillit fraichement, ainsi que sa sœur. Elles parurent ignorer complètement la jeune femme à son bras et Niel sentit la colère prendre du grade.
- Je pense que vous n'êtes pas atteintes de cécité toutes les deux ... Candy ici présente mérite également vos salutations.
Élisa tourna à ces mots les talons, le visage rougit par la colère.
Sa mère le fixa, visiblement fâchée.
- Bienvenue Candy dit-elle, la voix aussi chaude que la température d'un congélateur.
- Merci madame Legan.
- Voilà qui est mieux, intervint Niel tout en ne lâchant pas des yeux sa mère.
La tante Elroy fit alors son entrée, à ses côtés, la dépassant de deux bonnes têtes se tenait l'Oncle William.
- Bienvenue ma fille ! Fit-il en s'avançant et en la serrant dans ses bras. Le visage de la tante Elroy devint aussi compact qu'un bloc de granit.
- Albert ...
- ONCLE WILLIAM ! Intervint avec autorité la grand tante, offusquée à présent par tant de familiarité.
- Non ma tante, Candy SEULE a le droit de m'appeler Albert ... pardon j'oubliais ... Niel bien sûr tu en as également parfaitement le droit.
- Cette familiarité n'est pas autorisée par l'étiquette.
- Ici nous ne sommes pas à la Cour Royale de Grande Bretagne alors laissez l'étiquette là où elle doit être et ... je vous prierai dorénavant d'arrêter d'ennuyer le monde avec !
- WILLIAM ALBERT ANDRÉ !
- Oh vous pouvez être offusquée, ou ce que vous voulez d'autre, désormais cela m'indiffère. Il ponctua sa pique par un large sourire.
La grande tante outragée fit alors demi-tour et planta là le petit groupe.
- Et bien rien n'a changé ici commenta Niel plutôt amusé.
- Si ! Beaucoup de choses ! Le regard d'Albert navigua sur les deux jeunes gens. Bon allez ... racontez-moi tout ! Allons dans mon bureau.
Albert commanda des rafraîchissements tandis que Niel et Candy prenaient place dans le petit salon adjacent au bureau. En les voyant tous les deux il se sentit complètement satisfait car au fond de lui l'avenir de sa fille adoptive l'angoissait. Il avait un temps espéré que Terry et sa protégée renoue, espoir qui avait lamentablement échoué. À présent Niel avait prit le flambeau. Au départ cela ne lui avait pas du tout plu ! Ce garçon fier, imbu de lui-même, arrogant bref imbuvable qui tournait autour de Candy l'avait considérablement énervé même s'il savait que Candy remettrait les pendules à l'heure. Devant ses yeux la transformation avait eu lieu, Niel était passé du stade du paon à faucon en quelques mois. Pendant que Niel racontait leur bref séjour au Mexique, l'esprit d'Albert s'échappa et entrevit des jours sombres, initiés par les deux femmes qui haïssaient sa protégée. Il sentit alors que quelque chose se tramait mais quoi ? Deux secondes ... Niel vient de mentionner ce Cortez ... or cet homme avait été invité puisqu'il l'avait vu il n'y avait que quelques heures.
- Albert ? Intervient la voix douce de Candy, tu sembles préoccupé ...
- Oui ... Niel vient de mentionner Cortez or, il est ici.
- Il est ici ! Candy venait de blanchir.
- Mon Oncle, il faut prendre des dispositions ... je sens que ma sœur ou ma mère ou encore les deux ont prévu de nuire à Candy.
- À ton avis ?
- Eh bien ... pourquoi pas tenter de me faire croire que Candy me trompe avec ce Cortez ? Non ne rougis pas comme ça ! Je te fais confiance et crois-moi ... c'est très rare ! Albert ... euh mon oncle ...
- Laisse tomber les « mon oncle » vas-y continue !
- Si je surprenais Candy dans les bras de Cortez forcément que je retournerais ma veste et que je retournerais dans leur camp ! Tout le monde serait content ! Il se leva et se mit à arpenter la pièce de long en large, oui c'était ça leur plan, il était certain d'être tombé dans le mille.
- Bon fit Albert, songeur. Maintenant que nous pensons savoir ce qu'elles projettent comment y remédier ?
- Permettez ? Niel se planta à côté d'Albert. À ce moment Georges l'homme de confiance toqua et reçu la permission d'entrer. Georges je suis heureux que vous vous joigniez à nous ... nous parlions de cet invité, de Candy bien sûr et des deux pestes qui nous nuisent !
Niel pouffa tandis que Candy le regardait, ébahie.
- Oui ça aussi ça m'énerve ... cette fausse bienséance qui fait la part belle aux hypocrites !
- Oh ... effectivement monsieur, je pense que mademoiselle Élisa et votre mère fomentent des projets douteux.
- Ah ! Et ils ont à voir avec le Cortez, c'est ça ?
- Je le pressens oui.
- Il faut que tu fasses comme si tu ne savais rien Candy. En gros il faut que tu tombes dans leur piège, comme avant.
- Doucement là ! Et s'il la violente ou que sais-je ?
- Pour les confondre il faut que leur piège se déroule comme elles ont prévu.
- Je ne veux pas que Candy court des risques inconsidérés.
- Elle n'en courra pas ... je vous le promets, je tiens trop à toi Candy pour qu'il t'arrive quelque chose !
- Je sais Niel. Il a raison Albert ... il faut que je sois comme j'étais avant, naïve et que je tombe dans le piège. Niel ... si tu me vois dans les bras de ce garçon ... (elle se surprit à sentir les larmes prendre le télésiège et arriver au bord de ses paupières) je ne veux pas que tu crois ... excusez-moi !
- Je connais ma sœur et ma mère et tu n'as rien à craindre de ce côté-là ! Nous nous occuperons de rassembler les preuves que c'est un coup monté.
Ils discutèrent encore quelques minutes puis chacun regagna sa propre chambre afin d'y ranger les affaires. La chambre qui avait été attribuée à Candy était à côté de celle d'Annie. Celle d'Élisa lui faisait face ainsi que celle de sa « belle »-mère. Candy suspendit sa dernière robe dans son armoire lorsqu'elle entendit toquer à sa porte. Son cœur se figea, contaminé par l'angoisse de subir une remarque désobligeante (même si elle en avait une grande habitude, elle les craignait toujours). Elle ouvrit la porte et vit le visage radieux d'Annie.
- Candy je suis si heureuse ! Elle la parcourut d'un regard d'experte. Tu es magnifique Candy ! L'amour te réussit toujours ! (elle lui décocha un clin d'œil), alors ? RACONTE !
- Euh ... et bien ... tu es au courant pour moi et Niel ?
- Comment ne le serais-je pas ? Tu as été l'objet de toutes les conversations ici !
Candy rougit soudain mal à l'aise.
- Alors ? Comment il est ?
- J'avoue qu'il m'a surprise tu vois ? Il m'a fait cette proposition et par la force des choses j'ai du accepter ... l'argent me manquait et ... voilà j'ai plié.
- Oui j'aurais fait pareil à ta place ! En plus Niel n'est franchement pas désagréable à regarder !
- Annie !
- Bah quoi ? Franchement Niel a toujours été mignon même si hélas son physique était gâché par sa suffisance, son mépris ... j'aurais dit qu'il a beaucoup changé non ?
- Oui ... il a conscience qu'il ne s'est pas bien comporté avec moi.
- Un progrès énorme.
- Et ... il a peur pour moi.
Annie planta ses dents dans sa lèvre inférieure la faisant rougir lorsqu'elles la libérèrent. Maintenant elle montrait son inquiétude.
- Il a raison souffla t-elle, Élisa restera ton ennemie à jamais ! Même si elle se montre agréable avec toi – ok, j'en doute mais on ne sait jamais – toujours te méfier ! Si j'entends ou vois quelque chose ... ainsi que Patty ...
- Patty est ici ?
- Oui !
- Comment va t-elle ? Alistair ...
- Ça va ... bon elle ne me montre pas trop que la solitude lui pèse mais ... je la sens chez elle.
- Je pense souvent à elle, j'espère qu'elle va trouver l'amour.
- Je ne sais pas si elle a envie qu'Alistair soit remplacé. Il y eu du brouhaha dans le couloir et les deux filles tendirent l'oreille. Ce n'était que les nouveaux arrivants qui s'installaient. Reprenons fit Annie, soudain impérieuse, Élisa va certainement agir d'une manière ou d'une autre, si tu veux que je fasse quelque chose ...
- Niel et Albert veulent me protéger ... le visage de Candy devint sérieux. L'insouciance et la joie de vivre avaient été remplacées par quelque chose d'autre. Candy sentait le danger mais n'avait pas peur pour elle étrangement, et cela amplifiait ce sentiment. Elle s'était mise depuis un certain temps à extrapoler différentes situations et à chaque fois elles concernaient Niel Legan. Elle était angoissée pour ce garçon et non pour elle, comme s'était bizarre ! Je ... je ne peux m'empêcher d'être inquiète. Annie c'est nouveau ... avoua t-elle, avant je m'en fichais quand c'était moi que l'on visait et à qui on cherchait à nuire mais ... je ne supporte pas l'idée qu'on veuille du mal à Niel. C'est un comble non ?
- Je vais dire à Niel qu'il peut compter sur moi ... tu te rends compte que c'est moi qui vient de dire cette phrase ! Elle éclata de rire.
Un sourire crispé lui répondit.
- Candy tu vas être heureuse mais avant il faut tuer l'hydre. La détruire définitivement. Sa vis-à-vis pouffa. Annie aussi avait changé ! Elle avait pris du caractère et prenait les choses en main visiblement.
- J'ai horreur de ça ... si seulement ...
- Si seulement elle pouvait changer ? Allons jamais ! C'est utopique.
Quelqu'un toqua à la porte et Candy alla ouvrir. Derrière se tenait une Patricia O'Brien devenue une vraie femme qu'elle manqua ne pas reconnaître tellement physiquement elle avait changée. Ses cheveux étaient ondulés comme à la dernière mode parisienne, ses lunettes étaient plus sophistiquées, ses yeux s'étaient parés d'un efficace maquillage faisant ressortir leur couleur ambrée. Sa silhouette était mise en valeur par une robe pincée à la taille, des jambes devenues plus fines et plus grandes grâce aux escarpins qui ornaient ses pieds menus, à la cheville fine et élégante. Candy était béate d'admiration et mit quelques secondes avant de mettre un nom sur cette inconnue.
- Whaoo Patty !
- Candy ferme la bouche tu veux ? Et respire ! Elle pouffa alors que Candy la faisait entrer dans son antre.
Patty garda le silence quelques secondes avant de s'asseoir à son tour.
- Nous venons de remonter le temps non ? On se croirait au Collège Royal de St-Paul !
Annie et Candy hochèrent la tête, oui un petit vent nostalgique enveloppait les trois jeunes femmes.
