J'ai déjà plein d'idées pour la suite, mon seul soucis est de l'organiser afin de ne pas délaisser Effie ou Haymitch... Car le parallèle sera assez intéressant à traiter. En tous cas, bonne lecture et comme d'habitude, les reviews, je les aime très fort :3


A LA CROISÉE DES CHEMINS - Chapitre 7

Les Hunger Games étaient à présent terminés, la vie allait reprendre son court "normal" pour la population du Capitole, qui était assez peu informée de la situation des districts en dehors de moissons et des tournées de la victoire, finalement.

La petite Effie Trinket était vraiment très heureuse que son idole ait pu gagner les Jeux. Bien que sa mère l'ait éloignée lors du combat particulièrement sanglant qui s'était tenu entre la fille du Un et lui à la fin, elle savait qu'il s'était vraiment bien battu.

Du haut de ses huit ans, elle le voyait comme un héros, rien de plus, rien de moins. Elle était encore bien naïve… Comme la plupart des gens du Capitole.

Elle et sa famille n'avaient donc pas perdu une miette de la rétrospective des Jeux et de l'interview finale. Effie n'avait pas trop aimé le moment où Caesar avait insinué qu'il pouvait y avoir quelque chose entre Maysilee et Haymitch : non pas qu'elle fut réellement jalouse, mais c'était un peu déplacé, non ? Cette pauvre fille avait tout de même perdu la vie ! Une fille pour laquelle Effie avait un certain respect puisque sans elle, son favori ne serait pas sorti vivant de l'arène.

Il était temps de regagner l'école pour un rythme plus ordinaire.

Les conversations tournaient néanmoins encore et toujours autour de l'exploit du garçon du district Douze. C'était de toute façon plus ou moins chaque année la même chose.

Effie était une fillette plutôt sociable, et, déjà à son âge, elle pouvait être considérée comme populaire, même si elle n'était pas la plus riche ou que son père n'était pas influent au Capitole. Sa gentillesse et sa joie de vivre remplaçait le rang social pas forcément élevé.

Elle n'avait donc pas besoin de l'amitié de Seneca Crane, fils d'un des Juges des Hunger Games pour être entourée.

Et entourée, on voyait le temps passer moins vite.

Et heureusement, car la petite blonde aux yeux bleus et brillants n'avaient qu'une hâte : la tournée des vainqueurs pour revoir Haymitch sur le devant de la scène ! Elle avait d'ailleurs tannés ses parents pour faire partie de la foule de gens qui se regrouperait d'ici quelques semaines, lorsque le vainqueur serait de retour au Capitole.

Ceux-ci connaissaient bien leur fille et ils savaient qu'elle ne les laisserait pas en paix tant qu'ils n'auraient pas accepté. Effie n'était pas forcément capricieuse en soi, mais lorsqu'elle voulait quelque chose, il était rare qu'elle ne l'obtienne pas, tellement elle était déterminée, têtue, même.

Le temps qu'elle voulait voir défiler à toute vitesse s'était littéralement arrêté pour celui qu'elle admirait tant. Mais bien entendu, elle n'en avait aucune idée.

Haymitch vivait seul dans sa grande maison du Village des Vainqueurs. Au début, il vivait prostré, sans sortir, les rideaux constamment clos. Il ne voulait voir personne. Il savait que tout cela était de sa faute. C'est comme si c'était lui qui les avait tué.

Bien que personne au dehors ne lui en voulait réellement, il ne pouvait pas se résoudre à voir tous ces gens.

Il avait eu envie de vomir lorsque la sœur de Maysilee, sa jumelle, l'avait remercié d'être resté auprès d'elle lorsqu'elle agonisait. Il aurait dû la sauver. C'est elle qui aurait dû revenir. Lui, il aurait dû mourir dans l'arène.

Oui, il aurait été bien plus utile, mort. Eux seraient toujours en vie. Peut-être l'auraient-ils pleuré. Mais la vie aurait continué. Et maintenant, c'était lui, qui n'avait plus de raison de continuer.

Et pourtant… Il n'avait même pas les tripes de mettre fin à ses jours. Il le pourrait, avec ce couteau. Il s'était habitué à dormir avec, les rares fois où il trouvait le sommeil. Un sommeil peuplé de cauchemars où il revoyait les visages de chacun des tributs dont il avait ôté la vie, ou même simplement qui avaient participé aux Jeux. Celui de Maysilee revenait souvent. Mais également ceux de June, sa mère et d'Ethan.

"Pourquoi ne nous as-tu pas sauvé ?"

Il se réveillait haletant, encore plus fatigué qu'avant. Terrorisé.

Comme il ne sortait pas, certaines personnes s'étaient décidées à s'occuper de lui. On avait renoncé depuis longtemps à aider le vieux Connor Haynes. Mais Haymitch était encore bien jeune, malgré ce qu'il venait de vivre, s'il y avait un espoir pour le préserver, tout était bon à prendre.

Sae Boui Boui en faisait partie. Tous les jours, elle venait s'assurer que le jeune homme mange, même peu. Bien sûr, elle n'y était pas obligée. Mais elle se souvenait du père de cet adolescent, de sa mère… C'étaient de braves gens et elle leur devait bien ça.

L'autre personne était Fergus. Ils se connaissaient depuis qu'ils étaient tous gamins, puisqu'ils étaient voisins, à la Veine. Souvent, Fergus ne restait pas forcément très longtemps, se contentant de s'assoir près d'Haymitch. Ils ne parlaient pas forcément. Mais avec la femme de la Plaque, c'était une des rares personnes dont le vainqueur supportait la présence. Il était là, tout simplement et quelque part, cela aidait Haymitch à ne pas perdre pieds.

Car même s'il y avait peut-être une certaine peur de se donner la mort, Haymitch avait compris autre chose.

On ne pouvait plus compter sur Connor Haynes, le seul autre vainqueur du district Douze.

Pour les prochains tributs, Haymitch constituerait le seul espoir. Il serait leur mentor, il serait chargé de les conseiller et de les aider en trouvant des sponsors. Il pourrait peut-être permettre à des familles de ne pas perdre leur enfant.

Ce constat ne permettrait jamais à Haymitch de se remettre complètement, évidemment. Mais au moins, cela l'aidait à continuer.

Et il en avait besoin avec la Tournée de la Victoire qui arrivait.

Le passage dans chaque district serait retransmis sur toutes les télévisions de Panem. Haymitch ressentait une colère sans pareil contre le Capitole. Néanmoins, ça ne l'empêcha pas de lire chaque discours de façon automatique devant les habitants des districts et ce, sans aucun accro.

Ce serait mentir de faire croire que le meurtre de ses proches ne l'avait pas atteint. Mais de toute façon, le Capitole n'était-il lui-même pas construit d'un tissu de mensonges, de corruption et d'excès ? Alors pourquoi ne pas user de leurs armes contre eux, comme il l'avait fait dans l'arène ? Il fallait voir ce que ce geste lui avait apporté. Néanmoins, à présent, il n'y avait plus grand-chose que le Capitole pouvait lui prendre.

Ils avaient tués tous les gens qu'Haymitch aimait profondément.

Ils lui avaient aussi pris sa liberté le jour où les trompettes de la victoire avaient résonné… Non, bien avant cela, en fait. Sa liberté relative avait cessé le jour où on avait tiré son nom pour participer à cette atrocité sans nom qui avait pris plus de mille vies et qui en avait détruit plus encore.

Haymitch Abernathy, comme quarante-neuf personnes avant lui, était devenu un objet du Capitole, qui récitait ses discours comme s'il était fier d'être là. Comme si le Capitole n'avait pas réussi à le briser.

Le district Un fut le plus difficile pour Haymitch.

En effet, si c'était le cas pour à peu près tous les tributs, il ne connaissait même pas le nom de celle qu'il avait combattu jusqu'à la mort. Celle qui avait été tuée par sa propre hache. Elle s'appelait Amethyst et il dû faire face à sa famille. Elle qui était une carrière sans pitié, elle qui voyait la participation aux Jeux comme un honneur – elle s'était portée volontaire apparemment –, avait aussi une famille qui la pleurait. Ses deux parents. Un jeune garçon qui devait être son frère. Un autre plus grand qui n'avait pas l'air de faire partie de la famille. Une sœur ainée. Oui, devant tous ces gens, Haymitch dû dire que ce fut un combat ardu, ce qui était vrai. Mais pas un mot sur son usage du champ de force, sans doute vu comme un "coup de chance" pour certains et non comme une provocation qui lui avait coûté ceux qu'il aimait plus que tout…

Il ne précisa pas non plus qu'Amethyst était une des actrices de ses nombreux cauchemars, elle, ainsi que sa hache et son œil ensanglanté.

Pour cette tournée, le Capitole était l'avant dernière étape, juste avant le district Douze.

Effie était surexcitée à l'idée de voir le vainqueur d'un peu plus près.

« Euphemia Trinket ! Tes manières ! Tiens-toi un peu, ou nous rentrons à la maison ! »

La fillette s'efforça de se calmer. Elle savait que sa mère était des plus sérieuses lorsqu'il s'agissait des bonnes manières. Héméra lui avait toujours apprit qu'une bonne tenue pouvait décider de la réussite d'un projet, surtout pour une "dame". De même, la ponctualité était également une règle d'or et sa mère l'avait toujours encouragée à planifier ses activités et à suivre scrupuleusement horaires et règlements.

Haymitch se tenait sur la scène, pour un énième discours. Celui-ci serait néanmoins accueilli par une ovation et non des visages endeuillés. Ces gens les dégoûtaient à peu près autant qu'il se dégoûtait. Tous ces gosses n'auraient pas à se soucier d'être moissonnés, eux. Certains semblaient le considérer comme un héros, une star. Avaient-ils seulement la moindre idée de ce qu'impliquaient ces Jeux ? Non, sans doute que non. La plupart devaient être trop jeunes, de toute façon. Leurs parents avaient peu de risque de les enterrer.

Ces applaudissements et ces acclamations lui semblaient on ne peut plus illégitimes. Mais il serra les dents. Ce n'était pas fini. Il y aurait encore une interview de Caesar que le-tout-Panem regarderait. Et enfin, un autre fastueux diner dans la résidence du Président Snow.

Le Président. Haymitch dû faire appel à tout son self-control pour ne pas lui sauter à la gorge afin de tuer cet homme qui lui avait tout prit, lorsque celui-ci vint lui serrer la main.

Non, au lieu de ça, il se retrouvait à manger des mets somptueux et à danser avec des femmes du Capitole, toutes plus ridicules les unes que les autres. Il avait entendu pas mal de rumeurs. Il savait qu'il y avait une probabilité pour qu'il finisse dans le lit de certaines d'entre elles. Une fois les Jeux gagnés, les vainqueurs devenaient très en vogue. On se payait le plaisir de leur compagnie… Et lesdits vainqueurs n'étaient pas franchement en position de refuser.

Heureusement, le planning était serré. La dernière étape de la Tournée de la Victoire était le district Douze, district d'origine de Haymitch.

Servir ce texte artificiel devant tous ces gens qu'il connaissait et appréciait pour la plupart, c'était la pire hypocrisie, presque une trahison. Néanmoins, il n'avait pas la force de broder.

Il dû affronter le regard de trois familles endeuillées. Le district était en fête, mais ça ne changeait rien au fait que si lui était rentré, cela voulait forcément dire que les trois autres étaient morts.

Haymitch se disait qu'au moins, ce banquet était l'occasion pour les plus pauvres habitants du district de manger à leur faim, pour une fois. Mais c'était bien le seul avantage qu'il trouvait.

Et puis la vie continua, plus machinalement qu'autre chose.

Haymitch se préparait difficilement à l'idée de devoir devenir mentor dans quelques mois.