En posant à nouveau le pied sur le sol millénaire de la cité, Amanda ne put retenir l'immense sourire qu'elle contenait depuis son arrivée à Cheyenne Mountain.
Au final, elle n'avait pris qu'un mois sur les quatre de vacances qu'elle était censée prendre.
Pour être exact, elle n'avait pas tout à fait fini d'être en vacances, mais la Terre, ses anciens amis, tout lui semblait si plat après Atlantis, Pégase et cette gigantesque valse vivante.
Le Dr Weir comprendrait. Le colonel Sheppard plus encore, elle en était certaine.
Ce dernier, d'ailleurs, s'activait avec les marines en faction dans la salle de la Porte, à trier et à évacuer en bon ordre les caisses de ravitaillement qui avaient fait le voyage en même temps qu'elle.
La Porte resta encore active une bonne minute, le temps de faire passer les dernières marchandises, dont une grande cage remplie de petites souris blanches à destination des laboratoires, puis le vortex disparut dans un chuintement.
« Lieutenant Strauss, le mot vacances fait-il seulement partie de votre vocabulaire ? » lui demanda le colonel en guise de salut.
Elle entama un garde à vous, mais ne le termina pas face au hochement de tête négatif de son supérieur.
« Oui mon colonel, c'est juste que la Terre... »
« ...Vous a semblé bien terne ? » demanda-t-il avec un sourire en coin.
« Oui, mon colonel. »
Il acquiesça.
« Et donc, dois-je m'attendre à un surplus de paperasserie pour votre réincorporation anticipée dans nos rangs ? »
« Heu, c'est-à-dire que... permission de parler librement, mon colonel ? »
« Allez-y.»
« J'aimerais ne pas reprendre le service actif tout de suite et passer un peu de temps à juste... heu, disons bronzer, mais ici, dans Pégase. »
Le militaire leva un sourcil.
« Et vous avez une destination en tête ? »
Elle ne put s'empêcher de rougir. Tout ça paraissait tellement futile.
« Oui, mon colonel. »
Voyant qu'elle n'allait pas continuer, il lui fit signe de développer.
« Je pensais à Grinna, ou si quelqu'un veut bien m'y emmener en Jumper, à la zone équatoriale d'Oumana. »
Il semblait dubitatif.
« Ce sont des mondes sûrs et paisibles... et alliés. »
Sheppard fronça les sourcils.
« Nous sommes toujours alliés ? » demanda-t-elle, soudain inquiète.
« Oui, lieutenant, Elisabeth et cette Delleb sont devenue très « copines » ricana-t-il, mimant les guillemets.
« Vous pensez que ce serait possible ? Deux ou trois semaines ? » Son ton dût paraître plus suppliant qu'elle ne le voulait, car son supérieur la dévisagea un instant avec inquiétude.
« Vous comptez y aller avec quelqu'un ? »
Un instant, elle songea à Dampa, puis effaça bien vite l'image de sa tête. Ils étaient à nouveau dans l'armée, et elle avait un grade supérieur au sien. Même s'ils n'étaient qu'amis, ça ne pourrait que nuire à leurs réputations respectives. Et puis, il était aussi en vacances, sur Terre, dans son pays natal - le Tibet - pour retrouver des membres perdus de sa famille.
« Non, mon colonel. »
« Toute seule pendant des semaines ? » demanda-t-il un peu incrédule.
« Je ne serai pas toute seule, mon colonel, il y aura moi, un lac ou un océan, de la nature sauvage et cette réserve de café ramenée tout spécialement. » déclara-t-elle en tapotant sur la grosse boîte en métal qui dépassait du sac qu'elle portait sur l'épaule.
Sa remarque sembla amuser Sheppard, qui eut un étrange sourire tordu.
« En ce qui me concerne, je n'ai aucun ordre à vous donner avant trois mois, alors si le Dr Weir n'a rien contre votre projet, vous pouvez bien aller boire votre café de l'autre côté de la galaxie si ça vous chante. »
« Merci, mon colonel. »
« Mes conditions, Lieutenant : vous embarquez une radio longue portée, faites vérifier votre implant subdermique et, peu importe comment vous vous organisez, je veux un contact radio hebdomadaire pour confirmer que tout va bien. Compris ? »
« A vos ordres, mon colonel. »
« Rompez, soldat. »
Le ton n'avait rien de formel, une note amusée rendant même la chose totalement non professionnelle, mais elle claqua néanmoins des talons avant de grimper deux à deux les marches qui menaient à la salle de contrôle et au bureau du Dr Weir.
Weir avait tenté de la renvoyer vers Sheppard, puis comme elle avait déjà son autorisation, lui avait donné la sienne.
En revanche, elle devrait attendre que Milena ait fini son service et rentre sur Oumana pour traverser avec elle. De là, elle n'aurait qu'à lui annoncer sa destination, et à partir où bon lui semblait.
Amanda ne trouvait pas très juste qu'on se débarrasse d'elle sur Oumana, comme si leur Porte des étoiles était à la disposition des atlantes désirant partir en vacances, mais elle n'allait surtout pas protester.
Une petite tente, des affaires de camping de grade militaire, un pistolet, quelques cartouches, la radio et des rations de survie. Elle fut vite prête, et passa le reste de l'après-midi dans la salle d'entraînement, tantôt à affronter d'autre marines, à moitié perdus par son style de combat qui avait bien évolué en un an loin de l'armée, tantôt à courir sur un tapis.
A dix-neuf heures tapantes, elle était en salle d'embarquement et Milena sortait de la salle de briefing en compagnie de Lorne et de son équipe.
« Am... Lieutenant Strauss, déjà de retour ? »
« Oui, Pégase me manquait trop... Capitaine. »
Elle aussi dût se rappeler d'utiliser le grade de son amie et néanmoins supérieure.
« Le lieutenant Strauss est officiellement toujours en vacances, puisqu'elle, elle les a prises... » nota Sheppard, qui venait de les rejoindre.
« Alors que faites-vous ici ? » demanda Milena, ignorant la remarque du colonel.
« Le lieutenant à demandé à les passer ici, dans Pégase, ou plus précisément sur Oumana ou Grinna » répondit-t-il à sa place.
Milena fit la moue.
« Vous êtes au courant que techniquement, il s'agit de planètes ouman'shii ? Je ne doute pas qu'Am... que Strauss y soit la bienvenue, mais la moindre des politesses serait de demander avant d'envoyer notre personnel en vacances chez eux. »
« C'est déjà fait, capitaine Giacometti. Ne vous en faites pas.» lui notifia un brin froidement Weir depuis la salle de contrôle juste au-dessus d'eux.
La guerrière eut le bon sens d'avoir l'air gêné.
« Si vous êtes prête à partir, Capitaine, nous allons ouvrir la Porte. »
Milena hocha la tête.
Elles traversèrent en silence, après avoir reçu le feu vert du technicien en poste.
De l'autre côté, elles furent accueillies par les deux canons prêts à faire feu et une vingtaine de drones les braquant de leurs armes.
« Oh, wow ! Qu'est-ce qui se passe ici ? » s'étonna Amanda, levant les mains bien haut.
« Delled a subi une tentative de meurtre ratée, et depuis elle est un peu... parano. » expliqua sombrement Milena tout en allumant sa torche pour éclairer leur chemin dans le bois déjà obscur.
Les gardes les ayant reconnues les saluèrent de la tête, et elles se mirent en route.
« On dirait que j'ai loupé beaucoup de choses en un mois. »
« En effet. »
« Vous me racontez ? » demanda-t-elle
« De quel côté de la Porte ? » ricana presque Milena.
« Heu, ici pour commencer. »
« Alors, que dire ? Delleb a failli être assassinée par un « requérant » d'asile wraith. Un de ses propres fils... vous savez, ceux qu'elle a abandonné en même temps que son trône. »
Amanda ne put s'empêcher de penser à Trel'kan, ou Râ'kan. Ils avaient dû être dévastés par la nouvelle.
« Enfin, cette vieille carne est plus dure à tuer qu'il n'y paraît. Elle a forcé l'assassin à s'éventrer lui même et cinq autres wraiths ont subi le même sort avant que Zil'reyn ne la neutralise. »
C'était à moitié surréaliste.
« Et alors ? »
« Ben, Delleb est encore plus paranoïaque qu'avant et a renforcé les défenses partout. Non pas que ça me déplaise, mais ça inquiète les gens. Tous ces wraiths armés qui patrouillent un peu partout, ce n'est pas très... relaxant. »
En effet. Elle frissonna un peu, et ça n'avait rien à voir avec la température, très douce.
« Sinon, les travaux sur Grinna vont bon train, et les premières stations devraient entrer en fonction dans quelques mois. Les Grinnaldiens sont vraiment une bénédiction pour nous... enfin je veux dire, pour les Ouman'shiis. En principe, il devrait y avoir assez de donneurs pour tous les wraiths. »
C'était une bonne nouvelles. Un peu plus d'un millier d'aliens qui renonçaient à tuer pour vivre, c'étaient des milliers de vies sauvées par année. La galaxie tout entière allait être redevable des braves Grinnaldiens - et de tous les autres.
« Et je suppose que vous êtes déjà au courant mais Weir et Delleb ont trouvé un accord. Trois scientifiques sont en train d'être formés à la médecine humaine sur Atlantis afin de pouvoir transmettre et exploiter ce savoir ici et ailleurs. »
« C'est génial, mais je suis surprise qu'Atlantis n'ait pas voulu bénéficier des connaissances technologiques des wraiths. »
Milena eut un rire qui ressemblait vaguement à un aboiement.
« Oh, Elisabeth a essayé, vraiment, mais Delleb n'a rien voulu savoir. Je ne sais pas trop ce qu'elle a demandé en échange, mais Weir a refusé tout net. »
« En sommes, les négociations sont restées lettre morte. »
Milena hocha la tête, fixant le sol.
Elles avancèrent quelques minutes en silence.
« Vous pensez qu'elle a demandé les coordonnées de la Terre ? »
Milena lui jeta un regard en coin, lui braquant sa lampe en plein visage et l'éblouissant.
« Peut-être, mais je ne sais pas pourquoi, je n'arrive pas à m'enlever de la tête qu'elle les a déjà. »
« Mais avec l'Utopia... Pourquoi ? »
Milena haussa les épaules. Elle non plus ne savait pas. Renoncer à cette terre promise cherchée par tout un peuple... Ça n'avait aucun sens.
Le silence retomba, lourd.
« Et sinon, comment vont les garçons ? »
La posture de la guerrière changea instantanément, moins tendue et plus fière.
« Oh, ils vont très bien. Tom passe tout son temps sur l'Utopia avec Liu et Jiu. Comme Markus et Rosanna ne sont plus là et que Delleb et Zil'reyn sont plutôt occupés... et que moi...hé bien, je suis sur Atlantis, ils n'ont plus vraiment de professeurs fixes. Parfois Selk'ym leur apprend quelques trucs, et Jin'shi aussi, bien sûr. Esal'kan aussi. Enfin, je crois plutôt qu'il fait du troc avec les garçons. Aube commence à marcher, et met tout le monde à bout de nerfs. Tom et Jiu le gardent de temps en temps et en échange, Esal'kan les entraîne au combat. Liu, elle... je sais pas trop ce qu'elle fait... » expliqua-t-elle avec tendresse.
Amanda sourit. Milena lui faisait vraiment penser à une lionne, féroce et pourtant si prévenante.
« Et Zen'kan ? »
« Toujours aussi démoniaque. Je ne sais même pas comment il arrive à se déplacer aussi vite à quatre pattes. En plus maintenant, il a compris que les mollets, c'est plus facile à mordre que les poignets... » déclara la guerrière avec une douceur qui démentait la hargne apparente de ses propos.
« Oh, ça m'était sorti de la tête, mais j'ai ramené un petit cadeau à Zen. »
Elles arrivaient à l'orée du village, et la lueur des fenêtres suffisant largement, Milena éteignit sa lampe.
Amanda fouilla dans son sac, et en sortit un gros bloc massif façonné en forme de bâtonnet de bien deux cents grammes.
Milena le prit, détaillant la masse beige et fibreuse.
« C'est un jouet à mâcher pour chien ? » demanda-t-elle, dubitative.
Soudain, Amanda se trouva horriblement nulle, insultante même. Mais à quoi avait-elle pensé ?
Elle allait bafouiller des excuses et reprendre la pièce de tendons de bœuf, mais Milena l'en empêcha.
« C'est parfait ! Juste parfait ! Il fait ses dents, et comme il n'arrête pas de mâcher du bois, ses gencives sont toujours pleines d'échardes, ce qui n'aide pas à le calmer. Merci du fond du cœur ! »
Milena lui mit un coup dans l'épaule avant de se rappeler qu'elles étaient à nouveau dans l'armée, et de regarder ailleurs en rougissant.
« Il est biologique. » marmonna Amanda en triturant à son tour la bretelle de son sac.
Elles arrivaient en vue de la ferme de Milena, qui se retourna soudain, l'air confuse.
« Je vous ai accaparée tout le chemin alors que vous êtes en vacances ! Je suis tellement désolée. D'ailleurs, vous savez où vous allez aller les passer, vos vacances ? »
« Non, pas encore. Je pensais aller voir vers l'Utopia si quelqu'un pourrait m'amener vers l'équateur en Jumper, ou sinon, aller sur Grinna. Je suis certaine que j'y serai très bien reçue. »
« C'est certain. Quoi qu'il en soit, faites-moi part de votre destination avant d'y aller, Lieutenant. »
« Oui, mon capitaine. Bonne nuit, et saluez bien votre famille. »
« Bon séjour, Lieutenant. »
Elle avait déjà fait quelques pas en sens inverse lorsque Milena, la main sur la poignée de sa porte, la rappela.
« Avant de partir, vous devriez contacter Trel'kan. Je crois que vous lui manquez. »
Elle rougit violemment et ne put que hocher la tête avant de repartir.
