Mary ouvrit les yeux, allongée sur son lit. Elle se demanda ce qui l'avait réveillée, et compris de quoi il s'agissait quand une tête se pencha au-dessus d'elle. Elle reconnut rapidement une Teresa inhabituellement souriante.
-Debout, lança celle-ci avec bonne humeur, il faut qu'on se prépare pour aller en ville. Les fringues viennent d'arriver !
Le temps que Mary, encore mal réveillée, se redresse, Teresa s'était précipitée hors de la chambre. La rousse mit ses lunettes, et se passa les mains sur les yeux. Il était beaucoup trop tôt pour un samedi. D'ailleurs... Elle se saisit de sa montre, un des seuls accessoires qu'elle avait emmené dans le Labyrinthe, mais qu'elle ne portait jamais. Il était sept heures. Teresa l'avait réveillée à sept heures. Un samedi.
Sept heures.
Elle se leva, déjà d'une humeur exécrable. Elle se dirigea sans entrain vers la Grande salle, qu'elle découvrit en pleine ébullition. Sidérée par tant d'agitation le matin, elle se laissa tomber sur un banc, et commença à manger.
Il lui fallut un moment pour réaliser, dans un brouillard de sensations, qu'elle était la seule à table. Les autres s'étaient tous agglutinés devant la Boîte, et ils semblaient choisir diverses choses avec beaucoup d'application.
Un peu requinquée par le repas qu'elle venait de prendre, Mary parvint à se décider à les rejoindre, un peu surprise. Thomas la remarqua et lui adressa un signe de tête.
-Ne fais pas attention à cette bande de fashion victims ! Cria-t-il de manière sonore, pour que tout le monde l'entende. Ils n'arrivent pas à accorder leurs couleurs pour la sortie, du coup ça les panique...
-Qu'est-ce que c'est que cette histoire de vêtements, exactement ? Demanda Mary, sincèrement curieuse. Teresa en a parlé vaguement, mais je n'ai pas compris de quoi il s'agissait. Vous n'avez jamais eu l'air de faire attention à ça.
Newt parvint à se dégager du flot d'adolescents et se dirigea vers eux avec un soupir. Il tenait une élégante chemise blanche, un manteau de cuir noir, et un jean sobre.
-Je fais partie des plus grands, grinça-t-il. Il n'y en a pas un qui pourrait porter ces trucs. Tu crois qu'ils me laisseraient les embarquer ? Des clous ! Ces gosses sont vraiment graves.
Minho s'extirpa à son tour du groupe, en jouant des épaules, sans faire preuve de la prudence de Newt. Il heurta violemment Gally, qui recula en lui lançant un regard mauvais.
-Et voilà, dit-il avec cet air arrogant qui le caractérisait dès qu'il était un tant soit peu content de lui. Comme d'hab, c'est moi qui serait le mieux sapé. Et comme d'hab, les filles ne regarderont que moi ! Surtout si elles n'ont pas l'habitude de voir des mecs, précisa-t-il en adressant un clin d'œil à Mary.
Elle secoua la tête, amusée pour une fois par Minho. S'il savait...
-Je vais me changer dans ma chambre, alors, décida-t-elle. Vous savez quand on pourra partir ?
-Ils ouvrent les portes à huit heures, lui répondit Alby en s'approchant d'eux. On partira tous à ce moment-là. Il faudra qu'on soit revenus pour dix heures ce soir, ajouta-t-il. Il y a pas mal de chemin, c'est pour ça qu'on part tôt et puis... On va sûrement avoir beaucoup de choses à se dire.
Mary hocha la tête, et commença à s'éloigner, quand elle fut rappelée par Thomas.
-Mais tu vas mettre quoi ? Demanda-t-il. Tu as prévu des vêtements pour sortir ?
-Je vais mettre des trucs normaux, dit-elle simplement avant de reprendre son chemin.
Elle souriait largement en pensant à sa tête quand elle le lui avait annoncé. Elle avait l'habitude. Ses jupes longues et ses pulls larges avaient un côté rétro qu'elle appréciait fortement, et ils avaient l'avantage d'être confortables. En revanche, ils n'étaient pas exactement à la pointe de la mode. Ni pour leur coupe désuète, ni pour leurs couleurs ternes.
Non, la mode était, et ça durait depuis plusieurs années, aux couleurs chatoyantes et aux vêtements moulants. Les gens portaient également de nombreux gadgets changeants de formes. Des fois, c'était des épaulettes qui se transformaient en permanence, des fois des tee-shirts aux couleurs variables. Elle trouvait ça ridicule et perturbant.
Elle se réjouissait d'ailleurs de ne pas en avoir vu dans les vêtements dont se servaient ses amis. Si ceux que Minho tenait semblaient atrocement colorés -atrocement pour elle, bien sûr- ils étaient au moins immobiles. Elle se glissa dans sa chambre et s'habilla en quelques mouvements rapides. Seule touche de coquetterie, elle passa autour de son cou un collier composé d'une chaîne et d'un pendentif représentant un ankh, le symbole de la vie égyptien.
Après une hésitation, elle attacha aussi ses cheveux en un vague chignon. Il ne tiendrait pas bien, mais au moins elle serait tranquille pour les transports en commun. Elle se munit d'un sac en bandoulière, et sortit de sa chambre pour aller rejoindre ses amis.
Tout le Bloc était visiblement déjà prêt, remarqua-t-elle avec surprise. Décidément, elle avait dû sous-estimer l'importance de cette journée, réalisa-t-elle. Les portes ne s'ouvriraient pas avant vingt minutes... Elle balaya l'assemblée du regard et fronça les sourcils. Toutes ces couleurs. Du bleu ciel au rose fluo en passant par toutes les teintes de jaune et de vert imaginables.
Elle retint un frisson. C'était au moins une chose qui ne lui avait pas manquée. Pas les couleurs en elle-même, bien sûr. Au contraire, elle appréciait le fait de sortir de la grisaille ordinaire du Bloc. En revanche, elle aimait toujours aussi peu la société qu'elles représentaient.
Tous ces gens qui traversaient l'existence avec pour unique idée celle de passer inaperçus.
Toutes ces personnes qui poussaient les codes si loin pour se faire remarquer par ceux qu'ils vénéraient.
Tous ces gens qui oubliaient résolument le passé et pour qui tout n'était qu'éphémère, de la musique qu'ils écoutaient aux amis qu'ils fréquentaient.
Tous ces individus qui bannissaient et méprisaient la différence au plus haut point.
Non pas qu'ils l'aient prise pour cible, ceci dit. Mary semblait bien trop indifférente pour qu'on pense à l'attaquer. Son regard calme dérangeait et déroutait toujours. Elle n'aimait pas le principe, c'était tout.
Elle repéra Thomas, élégant dans des vêtements bleus et marrons. Elle sourit. Il était resté sobre... Il semblait parler avec rapidité à Chuck, mais elle devinait que c'était à voix basse et qu'il s'arrangeait pour que personne n'entende leur conversation. Ils lançaient de fréquents regards autour d'eux, et quand elle s'aperçut qu'ils se dirigeaient souvent vers elle, elle comprit que Thomas résumait la situation à Chuck.
Ils remarquèrent son regard, et Thomas lui adressa un bref signe de la main, puis il reprit sa discussion avec Chuck. Mary, isolée, alla s'asseoir sur un banc. Teresa n'était pas encore arrivée, remarqua-t-elle. Elle était pourtant à peu près sûre que Teresa n'était pas le genre de fille à passer des heures à s'habiller, même pour se fondre dans la masse, ni pour attirer les regards.
Alors qu'elle réfléchissait, elle remarqua Minho qui se dirigeait vers elle. L'asiatique, elle devait l'admettre, s'en était bien sorti. Les teintes qu'il portait étaient claires, mais elle ne jurait pas entre elle. Elle se fendit d'un sourire et ne put s'empêcher de lancer :
-Je ne te connaissais pas ces talents de stylistes, Minho...
Il la dévisagea, surpris -Attends, elle me parle à moi ? Elle me fait une blague ?- puis lui rendit son sourire en s'asseyant à côté d'elle.
-Tu n'as encore rien vu. Attends de voir mes talents de séducteur..
-Ta modestie sera toujours ce qui m'impressionnera le plus, répondit-elle sur le même ton.
-Ça va sonner, leur signala Alby. On va se mettre devant pour entrer dans la Boîte les premiers, je l'ai expliqué aux autres, ils comprendront. Minho, tu peux ramener les autres tocards qui sont à la bourre, s'il te plaît ?
Le jeune homme hocha la tête et bondit sur ses pieds pour aller les chercher. Pendant ce temps, Thomas se dirigea vers eux et se plaça à côté de Mary.
-On y va, mec ? Demanda-t-il au leader.
Alby hocha simplement la tête et leur fit signe de le suivre. Mary remarqua que Thomas se plaçait entre elle et le chef. Elle devina que c'était une manière de la protéger: il se méfiait sans doute d'Alby, puisqu'il l'avait agressée la veille. Elle sentit une bouffée de reconnaissance à l'égard du Coureur l'envahir. Thomas faisait toujours attention à ce genre de choses, et elle l'appréciait d'autant plus pour cela.
Quelques minutes plus tard, Minho fendit la foule à son tour alors que le trio patientait devant les portes encore closes de la Boîte. Il était accompagnée de Teresa, plus jolie que jamais dans une vaporeuse robe rouge.
Jolie n'était pas le mot, réalisa Mary. Elle était belle. D'autres personnes y auraient sans doute préféré le terme sexy, mais Teresa n'en avait visiblement rien à faire, au contraire. Elle semblait nerveuse et s'agitait, ses mains tentant tour à tour de remonter son décolleté et de descendre sa robe. Elle ne pouvait bien sûr pas faire les deux en même temps...
-Et Newt ? Grogna Alby en regardant Minho.
-Tu le connais, répondit ce dernier avec un haussement d'épaules. Il aide les retardataires et il donne les consignes de d'habitude. Il devrait pas tarder.
Effectivement, Newt arriva bientôt, annonça d'abord par sa voix. Il lançait fortement :
-Donc surtout, pas de bousculade pour entrer dans la Boîte ! On peut y aller quinze par quinze, alors faites déjà vos groupes. Nous, on rentrera les premiers et il peut y avoir neuf personnes avec nous, ne l'oubliez pas !
Il répéta encore quelques fois ces mots, sa voix toujours plus proche, puis il arriva parmi eux, et Mary frémit. Elle s'était déjà rendue compte que Newt était... disons, attirant, ou qu'en tout cas il remplissait des critères de beauté. C'était assez évident dès qu'on le regardait.
Mais là, vêtu pour une fois non pas de ses tenues crasseuses et trop petites pour lui, il était vraiment... superbe. Il enfila son blouson avec un soupir.
-Combien de temps, d'après vous ? Demanda-t-il.
-Pas plus d'une minute ou deux, dit Minho qui avait un véritable instinct pour ce genre de choses. Ils ne sont jamais en retard.
Une poignée de secondes plus tard, dans un bruit de ferraille, l'ascenseur arriva en place. Minho attrapa la porte et la tira aisément. Mary eut une moue, se rappelant des difficultés qu'elle avait eu pour faire la même action. Ils rentrèrent tous à l'intérieur, suivis par quelques personnes, dont Gally, Paf, et d'autres « matons », qui utilisaient visiblement leur influence pour précéder les autres.
Ils arrivèrent en bas, et Mary fut parmi les premières à sortir. Elle fit quelques pas à l'air libre et inspira fortement. Dans les faits, elle avait découvert, guidée par Thomas, que quelques couloirs du Bloc passaient à l'extérieur, elle n'était pas restée enfermée pendant un mois. Cela ne l'empêcha pas de se sentir profondément libérée en sortant.
Les autres s'accordèrent à peine quelques secondes de pause et, déjà, menés par Thomas et Minho, se dirigèrent vers la grille d'entrée du parc. L'un des Griffeurs s'y tenait et les laissa passer en les fixant d'un œil mauvais. Mary se sentit tressaillir sous son regard inquisiteur. Elle n'avait rien à cacher, mais ces types étaient vraiment effrayants.
Minho, lui, adressa au type un grand sourire et même un signe de main, et elle eut peur, en voyant le regard de l'homme, qu'il ne se jette sur lui. Il serra les poings et sembla se contenir. Elle remarqua le regard désapprobateur que Newt posait sur l'asiatique, et lui tapota doucement l'épaule dans un geste de sollicitude.
Newt secoua la tête en lui désignant Minho du menton.
-Sans déconner, souffla-t-il à Mary, comment ce mec a fait pour s'en tirer jusqu'ici ? Un jour, quelqu'un lui en collera une belle et il l'aura bien cherché.
-Ce ne sera pas moi, diagnostiqua l'adolescente. T'as vu ses bras ?
Newt eut un léger rire, ce qui détendit un peu la rousse. Il avait un rire sonore, qui sembla s'envoler très haut au-dessus d'eux, pour se perdre dans la brume qui recouvrait la ville en cette heure matinale.
-Peut-être que Teresa s'en occupera, un de ces quatre, répondit-il. Ou alors ce sera Thomas, ou Gally, ou moi... Mais je suis prêt à parier que ça arrivera.
-Tenu, dit simplement Mary.
Ils arrivaient à un arrêt de bus. Newt retira son sac à dos, et prit dedans plusieurs tickets, qu'il leur tendit. Ils s'en saisirent tous comme s'il s'agissait d'un bien précieux, et le gardèrent à la main. Ils semblaient craindre qu'ils ne disparaissent s'ils les quittaient des yeux. Mary, en revanche, les considérait comme un objet anodin, et les glissa sans y prêter plus attention dans la poche avant de son sac.
-On n'a pas de changements à faire, annonça Newt, on va directement jusqu'au terminus et là on marchera encore au moins dix minutes pour arriver au café.
-Ça veut dire plus d'une heure de trajet, précisa Minho qui avait visiblement étudié le sujet. On reste groupés, ok ? Plus que d'habitude. On n'a jamais visité ce coin-là, on risque de se perdre. Arrivés là-bas, soit vous restez avec Thomas, qui a bossé la carte, soit avec moi, qui l'ait, soit avec Mary, qui connaît le coin. C'est clair ?
Ils hochèrent la tête, mais Mary se sentait assez tranquille. Ses amis ne se perdraient pas s'ils étaient trois à avoir une idée des environs. Quand le bus (un simple modèle bleu, créé bien sûr par le WICKED) arriva, en retard comme toujours, ils se glissèrent à l'intérieur. Les gens étaient peu nombreux, mais Mary remarqua les regards méfiants qui leur étaient lancés.
Cela n'empêcha pas les autres de marcher la tête haute jusqu'au fond du bus, où ils s'assirent. Ils ne semblaient pas avoir senti les yeux posés sur eux. Comme cela lui était arrivé la veille, Mary prit conscience de la différence entre ceux du Labyrinthe et elle, qui avait vécu à l'extérieur. Ils ne connaissaient pas ces détails de la société qu'elle haïssait tant.
Le versant négatif, c'était qu'ils ne savaient rien non plus du monde dans lequel ils évoluaient... Ils restèrent longtemps dans le bus, silencieux. Ils descendirent finalement au dernier arrêt, qui s'appelait la Falaise. Alors qu'ils en sortaient, Teresa demanda à Mary si elle connaissait les origines de ce nom.
-A la base, il y avait une falaise, ici. Une vraie, naturelle. Mais ils ont bidouillé le terrain pour pouvoir construire la ville. Du coup, ils l'ont un peu aplanie, et c'est pour ça que cette rue est la plus pentue du coin. Il y en a qui racontent que le sol peut s'ouvrir sous nos pieds... précisa-t-elle avec un sourire inquiétant.
Les autres avaient semblé captivé par son explication, qui portait pourtant sur un sujet banal. Ses parents aimaient beaucoup les histoires de ce genre, et elle avait été bercée par ce genre de choses. Elle se mit en marche vers le bar, reconnaissant sans émotions particulières les environs. Elle avait grandi dans ce quartier, mais elle n'était pas particulièrement émue d'y revenir.
Seule sa maison aurait pu la blesser.
Elle avançait d'un bon pas, parce qu'elle marchait toujours vite, alors qu'elle courait lentement. Les autres se maintenaient à sa hauteur sans difficultés.
Et puis, au bout de quelques minutes, Thomas s'arrêta. Effaré, il fixait une ruelle, la bouche ouverte. Il ne sembla pas capable d'en décoller. Mary fut la première à le remarquer. Inquiète, elle fit demi-tour, et se dirigea vers lui.
Inquiète pour lui, mais surtout inquiète par ce qu'il voyait probablement.
Elle comprit qu'elle avait raison. Elle le saisit par l'épaule et l'entraîna avec elle sans ménagement.
-Il faudrait pas l'aider ? Demanda Thomas, un peu faiblement.
-Si, dit simplement Mary. Mais ce n'est pas le boulot de six gamins.
-Qu'est-ce qui s'est passé ? Leur demanda Teresa quand ils arrivèrent.
Le groupe s'était arrêté pour les attendre. Mary ferma les yeux. Elle était horrifiée. La vision d'un Fondu n'était jamais agréable, mais surtout il n'y en avait jamais eu dans le coin. S'ils allaient même dans les quartiers aisés de la ville, la situation devait être pire que tout. Teresa observait Thomas, qui était toujours choqué.
-Ça va aller, Tom ? Demanda-t-elle. Qu'est-ce qu'il regardait ? Demanda-t-elle ensuite, plus froidement que la première fois, s'adressant à Mary.
-Je vous expliquerai quand on sera au bar, mais on ne devrait pas traîner dans le coin, répondit la rousse.
Elle se remit en marche, sans prêter attention au juron indigné que laissa échapper Teresa. Ils atteignirent le bar sans un mot. Mary ruminait, et elle n'était toujours pas sortie de ses idées noires quand elle poussa la porte. Le son qu'elle entendit aussitôt parvint pourtant à lui arracher un sourire.
Le juke-box jouait Elvis Presley, l'artiste préféré d'Harriet.
-Devinez qui est là ? Lança-t-elle fortement.
Elle entendit un cri, qui provenait du fond du bar, et plusieurs filles se précipitèrent vers elle. Elles l'entourèrent aussitôt, la pressant de questions diverses et variées allant de « Ton chignon est chou comme tout ! » à « Y'a un problème qui me prend grave la tête, tu saurais pas à quoi sert cette masse volumique à la con ? ». (à quoi elle répondit qu'elle avait une sainte horreur de la physique et qu'elle ne pouvait malheureusement pas aider)
Elles n'étaient pas nombreuses, constatèrent les Blocards, un peu en retrait. Seulement trois filles et un garçon. En revanche, elles parlaient comme quinze, avec un enthousiasme amusant à voir.
-On se calme ! Finit par ordonner Mary. Les filles, il faut qu'on parle.
-Pourquoi, tu veux rompre ? Répondit Harriet du tac au tac avec un sourire en coin.
-Rien ne va plus entre nous, ça ne sert à rien de continuer et il faut que je fasse un travail sur moi-même, dit Mary, moqueuse. Nan, sérieusement. Il faut qu'on parle de l'autre Labyrinthe. J'ai amené leurs Blocards avec moi.
Elle s'effaça, et les deux groupes se jaugèrent. Harriet était une fille à la peau sombre et aux cheveux noirs, vêtus de manière assez masculine. On trouvait aussi une jolie blonde aux yeux bruns, juste à côté d'Harriet et, un peu en retrait, un garçon et une fille. Lui était petit, maigre et brun, et elle semblait plus assurée. Elle avait de longs cheveux noirs et une peau cuivrée.
-Harriet, Sonya, Aris et Rachel, récita Mary. Et eux, c'est Alby, Newt, Teresa, Thomas et Minho.
-Chez nous on dit les Jobards, dit Harriet en tendant une main. Contente d'apprendre votre existence. Pourquoi tu nous en avais jamais parlé, Mary ?
Son ton était un peu accusateur, et Alby, qui venait de serrer sa main, lança un regard mauvais à Mary, indiquant qu'il aimerait bien le savoir aussi. Mary soupira.
-Je n'y ai pas pensé, c'est tout. Ça fait partie de ma vie quotidienne. Je vous ai jamais dit non plus quelle marque de dentifrice j'utilisais. Et puis franchement, on doit parler de trucs plus importants. Il faut qu'on compare nos situations.
-Nos ? Releva Sonya, la blonde. Désolée si c'est grossier mais depuis quand c'est aussi ta situation ?
-Ça l'est, indiqua Mary. Depuis que mes parents ont disparu, il y a un mois. Ils sont peut-être morts, mais je commence à en douter. On sera mieux pour en parler autour d'un café, par contre.
Ils allèrent s'installer à une table plus large que celle qu'ils occupaient en temps normal, et ils commencèrent à parler. Cela dura longtemps. En fait, jusqu'à plus de sept heures, ce fut à peine s'ils bougèrent. Ils comparaient leurs vies, leurs systèmes, s'échangeaient diverses astuces. Tout semblait terriblement similaire, même si le groupe des filles vivait visiblement dans une enceinte moins sécurisée.
-Plus de Griffeurs chez nous et plus de barreaux chez vous, résuma Harriet en avalant une énième consommation. J'ai qu'une question : c'est quoi cette merde ? Je pensais que le WICKED faisait ça pour nous, mais ça me paraît très con, maintenant.
-Ça sonne plus comme une putain d'expérience scientifique, grogna Minho.
-Ça sonne pas un peu théorie du complot, ça ? Demanda Rachel avec un sourire.
-Je sais que venant de Minho c'est surprenant, railla Newt, mais non. Les parents de Mary étaient scientifiques, et je serais pas surpris que tout ça vienne de là.
Mary hocha lentement la tête. Elle semblait réfléchir.
-Je sais que ça peut sembler idiot, mais je pense qu'il a raison. Tout ça doit avoir une base scientifique. Il faut qu'on se revoit ici le mois prochain, pour aller dans mon ancienne maison et essayer d'y retrouver ce que foutaient mes parents là-dedans.
-Pourquoi on n'y va pas maintenant ? Questionna Alby en arquant un sourcil.
-Parce qu'il va être huit heures, répondit Aris à la place de Mary en désignant la pendule. C'est le genre de boulot pour lequel il faut un peu plus que deux heures...
-Alors on danse ? Proposa Teresa. Il paraît qu'il y a un juke-box dans le coin...
-D'abord, dit Thomas d'un ton sombre, je veux savoir ce que j'ai vu tout à l'heure.
Les regards se posèrent tous sur Mary, tandis que Thomas poursuivait. Comme il parlait, sa voix semblait dérailler, monter dans les aigus.
-Putain, ces mecs n'avaient même pas l'air humains, Mary ! Leurs yeux... T'avais vu leurs yeux ? Et ils bougeaient même pas ! Ils avaient l'air... morts !
-Vous vous êtes tous très peu baladés en ville, ces dernières années, je me trompe ? Demanda la jeune femme d'une voix faible.
Ils secouèrent la tête. Thomas croisa les bras, semblant penser qu'elle cherchait à se défiler, et darda sur elle un regard inquisiteur. Elle prit la peine de lui adresser un mince, un minuscule sourire, avant de déglutir et de poursuivre.
-Ce que tu as vu, c'était un Fondu, Thomas. C'est un autre mot pour junkie, si tu préfères. Les Fondus sont accros à une drogue qu'on appelle la Braise. C'est pire que tout ce que tu peux imaginer pour ce qui est de la dépendance. Tu es prêt à tout pour avoir ta dose. Pendant longtemps, c'était vendu que dans les quartiers pauvres, même s'il y a eu de gros scandales à propos de ça. Quand une étudiante de vingt ans a été transformée en Fondue après une soirée un peu arrosée, par exemple. Ou avec ce député qui a agressé quelqu'un à l'assemblée. C'est flippant.
Elle marqua une pause, les yeux dans le vide, comme si elle se rappelait de mauvais souvenirs. Ce qui était le cas.
-Par contre, tant que ça restait loin d'eux, les gens s'en foutaient... Il n'y en a jamais eu par ici. C'était la première fois que j'en voyais dans ce quartier.
-Et vous êtes restés sans rien faire pendant des années ? Cracha Harriet, furieuse. Vous voyez monter ça depuis super longtemps et y'a personne pour réagir ? Une désintox, ça doit pouvoir se faire, non ?
Son cri de rage resta dans l'air quelques secondes. Mary secoua la tête.
-Peut-être, Harriet. Mais pour le moment, on ne connaît personne qui y ait survécu, ou alors le secret a été bien gardé.
Les révélations de Mary firent peser un long silence sur la table. Finalement, Teresa se leva.
-On m'a promis de la musique et de la danse, j'ai l'intention d'en avoir ! Décréta-t-elle en allant vers le juke-box.
Elle y inséra une pièce, et le rythme de Satisfaction résonna dans la pièce. Elle commença à danser, et fut bientôt rejointe sur la piste par ceux qui osaient le faire. Cela comprenait toutes les Jobardes, ainsi que Minho. Alby, Newt, Aris, Mary et Thomas restèrent sur le bord. Ils avaient le visage fermé, mais Mary remarqua qu'ils battaient la cadence du pied.
Sur la piste, Harriet chantait à plein poumons : « I can't get no ! ». Au fur et à mesure, la bande de rabat-joie se laissa gagner par l'ambiance. Newt resta seul sur le bord, pendant que Minho faisait tournoyer la jolie Sonya, qu'Harriet entraînait Thomas dans un rythme endiablé, qu'Aris se laissait guider par Teresa, qu'Alby dansait avec Rachel et que Mary, bien que laissée pour compte, virevoltait sur la piste.
Son genou ne lui permettait pas ces activités, mais il aimait les regarder.
Vers neuf heures moins le quart, les Blocards quittèrent le bar en coup de vent après avoir payé leurs consommations. Les Jobards, dont le Labyrinthe était moins loin, pouvaient rester encore un peu.
Ils arrivèrent à l'arrêt de bus juste à temps pour avoir le dernier et ne dirent pas un mot du trajet, épuisé par cette journée de révélations. Mary s'assoupit et tomba sur l'épaule d'Alby. D'un mouvement brusque, il l'envoya de l'autre côté, et elle arriva sur Newt sans avoir ouvert les yeux. Elle avait un sommeil incroyablement lourd.
Newt ne réagit pas. Ce fut lui qui s'occupa de la soulever dans ses bras avec précautions quand ils sortirent du bus. Il la porta un bout du trajet, puis Thomas prit la relève, voyant que le blond faiblissait. Ils arrivèrent au Bloc à temps, et Mary se réveilla, à nouveau dans les bras de Newt, lorsqu'ils étaient dans l'ascenseur.
-Je vais descendre, dit-elle en constatant qu'elle était à peu plus d'un mètre du sol.
Newt la déposa donc et lui ébouriffa les cheveux, détruisant les derniers restes de son chignon, qui n'avait pas très bien supporté la journée.
-Dors, Mary, conseilla-t-il.
Il déposa un baiser sur son front quand ils se séparèrent pour aller se coucher. Teresa, qui disposait encore d'une énergie insoupçonnée, entraîna Mary jusqu'à sa chambre et l'embrassa sur sa joue. Peu consciente de ce qu'elle racontait, Mary demanda :
-En vrai, vous voulez tous me manger, c'est ça ? Vous me goûtez avant, c'est tout... Vous allez m'engraisser longtemps, avant ça ?
-Tu dis n'importe quoi, dit Teresa en ouvrant la porte de sa chambre et en la poussant sur son lit, où la rousse se laissa tomber sans volonté. Je voulais juste te dire merci, parce que c'est la plus belle journée dehors que je passe.
Elle prit le temps de border Mary, qui protesta vaguement, et sortit en fermant la porte, laissant la jeune femme gagner enfin le sommeil.
Hey ! Je passe en coup de vent poster ce chapitre, un peu plus long que d'habitude pour m'excuser de mon retard. Il y a beaucoup de révélations dedans, et beaucoup de nouveaux mystères aussi... J'espère sincèrement qu'il vous a plu ! N'hésitez pas à m'en parler d'en les reviews, même si c'est pour me dire qu'il était nul, c'est toujours bien de savoir que quelqu'un l'a lu et les avis sont très utiles pour avancer !
LilyFlemming : Oui, Mary est un peu particulière, je suis totalement d'accord avec toi ! Pour la relation Thomas/Teresa, je ne suis pas fan de ce couple du tout non plus, donc c'est peu probable, ne t'inquiètes pas ;) De toute façon Newt est trop chou tout le temps ! On peut bien s'accorder une minute de fangirling ^^
En fait, Paf m'est venu très naturellement, au point que j'étais surprise de ne pas l'avoir trouvé dans plus de fanfictions x) Mais j'aime bien aussi !
Minress : Merci, ça me fait super plaisir de savoir que cette fiction plaît parce que j'y passe pas mal de temps, et c'est vraiment très sympa de m'avoir laissé ton avis, ça m'encourage vraiment pour continuer !
Au revoir à tout le monde et à bientôt dans les reviews !
Dyana
