Oui c'est à ce moment-là que ça a commencé.
La redécouverte de ce qu'étaient l'espoir et l'amour, ces sentiments que j'avais perdu depuis longtemps.
Pas depuis longtemps dans le temps, celui-ci n'étant qu'un concept, mais longtemps dans mon cœur, aussi guimauve cela puisse-t-il paraître.
Nous étions restés longtemps comme ça, dans le silence, dans les bras l'un de l'autre, Trafalgar et moi. Longtemps comme on l'entend tous les jours cette fois.
Notre étreinte avait laissé des marques sur notre peau, rouges, brûlantes, témoignant de la sincérité du geste. Il était sans doute heureux de me retrouver sauf, et j'étais pour ma part soulagé de trouver en lui un témoin des actes que j'avais maintes fois dénoncés sans pour autant que mes plaintes soient entendues. Je pouvais recommencer à donner ma confiance à quelqu'un. Je le sentais.
La journée n'était pas finie, elle ne faisait que commencer.
Il n'était même pas midi, et j'avais cette impression désagréable de rentrer d'une longue soirée arrosée. Pourtant je me sentais si léger…
Il m'assit sur le canapé et quitta la salle un instant en me laissant seul.
Seul.
Et seul je regardais autour de moi. A la fois perdu et retrouvé, paisible, dans cet espace qui ne m'étais pas inconnu mais que j'avais quand même l'impression de découvrir pour la première fois.
Je l'entendais dans la salle d'à côté, claquant les portes des tiroirs, visiblement à la recherche de quelque chose.
Il revint dans le salon, me pris par la main, me leva et me dirigea en direction de la salle de bain.
Là, il m'invita à me poser sur un tabouret, puis il déposa sur le lavabo divers soins et compresses. Il s'agenouilla ensuite devant moi, et commença à essuyer le sang qui avait coulé de mon front, traçant des lignes écarlates sur mes joues finissant leur course en perlant sur mes vêtements.
Je gardais les yeux baissés, intimidé par les siens, si gris et si profonds. J'avais peur qu'il lise en moi, qu'il voie mon appréhension mêlée à mon soulagement. Ces sentiments n'étaient en rien honteux, mais j'avais juste peur de me dévoiler face à lui. Cette pudeur à son égard naissait du fait que je savais qu'il pouvait m'aider.
J'avais peur d'être aidé.
Comme un alcoolique boit tout en sachant que l'alcool aura raison de sa santé mais ne peut s'en empêcher, comme un fumeur fume tout en sachant qu'il se risque à diverses maladies mais ne parvient à s'arrêter, je me sentais piégé. J'étais accro à cette hygiène nauséabonde. L'alcoolique et le fumeur savent qu'ils se risquent à la mort, et ils la craignent. Cela peut constituer une motivation pour se soigner. Pour ma part, je n'avais pas peur du trépas, et c'est en ça que mon addiction était apparemment impossible à combattre.
Je fronçai les sourcils lorsque la compresse imbibée de désinfectant entra en contact avec la plaie. Mes yeux se rouvrirent mécaniquement devant le visage de Law qui s'animait d'un rictus à la fois moqueur et compatissant. Je me sentis rougir et laissai mon regard tomber vers le sol.
Deux secondes peut-être, avant que l'attraction de son faciès ne devienne trop dure à répulser.
Je relevai donc les yeux et le regardai. Les siens étaient occupés à observer la lésion.
Je remarquai qu'il avait cette manie de tirer le bout de sa langue lorsqu'il effectuait un travail de précision.
C'était mignon.
Très mignon.
Tellement mignon que pendant que je me répétais intérieurement que ça l'était, le bout de mon doigt était arrivé sur le bout de sa langue.
Mais quel con.
Un moment d'égarement intérieur qui se traduisait par un acte ridicule à l'extérieur.
Si je m'attendais à ce qu'il me regarde d'un air totalement ahuri, sa réaction défia la maigre imagination dont j'avais fait preuve en créant en moi les scénarios possibles.
Il prit ma phalange entre ses dents, tout en pansant mes blessures. Rien ne pouvait le perturber ni le dévier de l'attention particulière dont il faisait preuve à mon égard.
Et j'étais là, déconcerté par mon doigt toujours prisonnier de sa dentition.
-Ku krembes.
Je tremblais, c'est vrai. La situation actuelle et les événements précédents ne m'aidaient pas à garder un calme olympien.
Après avoir fini son travail sur mes plaies, il dégagea mon index en le poussant avec sa langue et me regarda en affichant un sourire.
-Tu seras bientôt comme neuf !
Il avait oublié de préciser "physiquement"
Qu'importe.
Il se leva et je ne tardai pas à l'imiter.
-Tu veux prendre une douche peut-être ? Un bain ? Pour te détendre. Tu trembles et tu m'as l'air plutôt tendu.
J'acquiesçai de la tête.
-Tu peux parler aussi tu sais ? J'sais même plus à quoi ressemble ta voix j't'entends quasi jamais ! T'es toujours là à faire la gueule de manière totalement nonchalante. T'es p't'être pas doté de la capacité "sourire" ? Si ?
-Mais ta gueule ! Bien sûr que si j'sais parler !
J'affichai mon plus grand sourire et le rétractai aussitôt.
-Tu vois que j'sais sourire !
Il explosa de rire.
-Tu vois que t'es tendu !
J'abandonnai alors mon habituel manque d'expression faciale en arborant une moue boudeuse à souhait.
-Tu veux te doucher du coup ?
Ce fut ma tête qui répondit une fois de plus.
Il alluma le chauffage et passa un coup d'éponge dans la baignoire qui était déjà éclatante de propreté. Il mit ensuite l'eau à couler, vérifiant régulièrement la température. Un bain donc.
J'étais assis dans le coin, attendant en le regardant s'activer pour que je me sente à l'aise. J'étais bien dans ce coin. Il y faisait chaud, et la plaie sur mon front picotait agréablement. Sa présence participait aussi à mon bien-être du moment.
-File tes fringues j'vais essayer de rattraper les tâches de sang.
Il se retourna pour respecter mon "intimité". Drôle de réaction pour un psy. Nous parlerons donc d'intimité physique.
Je rentrai dans le bain avant qu'il ne se retourne, même si ma pudeur ne se voyait pas injuriée par le regard de Trafalgar sur mon corps nu.
Après avoir jeté un regard furtif derrière lui pour voir si j'étais complètement entré dans le bain, il finit par me faire face et ramassa mes vêtements.
Il s'apprêtait à sortir.
-Si t'as besoin de quelque chose tu m'appelle.
Il entama sa marche vers la porte, mais une pulsion grandit inopinément en moi, comme un réflexe instinctif incontrôlable.
Je lui attrapai-donc le bras, et sans un mot attirai son visage au mien. C'est quand je réalisai ce que j'étais en train de faire que je me préparai à me prendre la patate de ma vie.
Mais il n'en fut rien.
Mes lèvres effleurèrent les siennes sans qu'il n'y oppose de résistance.
Il me regarda, légèrement déconcerté.
Après un court moment de suspens temporel, il abandonna mes vêtements sur le sol pour laisser ses mains libres de prendre mon visage.
Cette fois-ci, ce furent ses lèvres qui effleurèrent les miennes, avant de finalement les faire siennes.
Cette douceur…
J'avais, jadis, reçu cette douceur.
Mais c'était différent.
-Je veux que tu restes.
Il sourit.
Etait-ce un oui ?
J'eus la réponse lorsque je le vis enlever son t-shirt.
Je pris l'initiative de défaire la ceinture de son jean que je déboutonnai au passage. Il finit de se dévêtir seul, se dévoilant face à moi sans une once de gêne.
La taille de la baignoire ne permettait pas l'intrusion de deux individus de notre carrure en son espace. Alors, pour nous y sentir à l'aise, nos jambes durent se croiser s'enlacer, s'étreindre. Elles ne furent pas les seules, car nos bras aussi éprouvèrent bientôt ce cruel besoin de contact. Nos doigts se cherchaient alors, à travers la vapeur de l'eau bouillante refroidissant mon corps ardent de désir. Pour lui ou pour ce qu'il incarnait maintenant. Et pourtant, j'avais si froid, ce froid incandescent, de désir et d'impatience.
Mais qu'attendais-je ?
Je le su lorsqu'il noya sa tête dans mon cou, le recouvrant de frissonnants et assurés baisers qui eurent raison de ma capacité à retenir certains grognements. Mes ongles s'enfoncèrent dans la chair de son dos, le faisant gémir de douleur mêlée de plaisir, et lui conférant l'envie de se venger, avantage qu'il prit en usant de ses dents. L'une de ses mains vint agripper ma nuque et bascula ma tête vers l'arrière. Il s'approcha et cueilli ma bouche, avec cette fois plus d'appétit puisque ce ne furent pas nos lèvres qui s'effleurèrent, mais nos langues qui s'arrachèrent l'une à l'autre.
Les larmes me montèrent aux yeux, non pas de joie, ni de tristesse, mais d'excitation. Car ses caresses buccales, sa manière de reprendre sa respiration en laissant reposer son souffle sur mon menton avant de retourner mordiller mon épaule m'avaient plongé au cœur d'un volcan prêt à exploser et à rependre des myriades de paillettes de magma en fusion dans les tumultes d'un océan de plaisir.
Les conséquences se répercutèrent sur mon anatomie qui ne demeurait pas indifférente à tous les soins que mon psy m'apportait. Voulant vérifier l'état de la sienne, je glissai discrètement ma main entre nos jambes. Il se rendit compte de mon investigation avant qu'elle ait totalement abouti, et il stoppa toutes ses activités. Je souris.
Il était déjà trop tard.
Certes je n'avais pas pu m'en saisir, mais le bout de mes doigts avait frôlé son sexe qui s'était révélé dans le même état que le mien.
Il attrapa alors mes jambes et les tira vers lui, et je me retrouvai assis face à lui, nos intimités trop proches, si proches que les vagues créées dans l'eau les faisaient parfois se toucher. Il m'allongea et se reposa sur moi, me surplombant et me couvrant de toute sa nudité. Nous reprîmes alors nos embrassades, nos corps en contact, et ses mains massant de temps à autres les parties sensibles que j'avais un jour désiré vendre. La pression qu'il exerçait parfois en étreignant de ses doigts mon cou ajoutait cette passion qui accélérait les pulsions de mon cœur, les faisant résonner dans ma tête. Il vint caresser mon anatomie de ses mains douces et tatouées, glissant son indexe le long de ma verge tout en léchant mon cou en remontant vers ma bouche. C'était sexuel sans l'être, pas encore. C'était seulement plus qu'érotique.
Et terriblement bon.
Il me redressa, et mes mains allèrent chercher, hésitantes, entre l'envie de son érection et la douceur de son visage. Les siennes avaient l'air plus sûres, caressant mon dos, cherchant toujours plus bas.
Alors que nos corps se réchauffaient, l'eau refroidissait, et la mousse disparaissait, laissant notre peau luisante et l'onde opaque.
Le bout de nos doigts, entamés par le temps passé en immersion, perdaient en sensation. Trafalgar me releva-donc, et se leva à son tour. Il prit le pommeau et mit le jet en marche, me libérant de la mousse qui avait tenu jusque-là, dévoilant l'étendue de mon excitation. La sienne rivalisait sans grande difficulté.
Nous sortîmes de la baignoire, et il s'appliqua à me sécher, m'essuyant le dos avec une serviette d'un blanc immaculé. Il s'accroupit, m'essuya les jambes et me fit faire demi-tour. Toujours dans la même position, il passa le tissu sur mon torse, y enlevant les gouttes qui se frayaient un chemin jusqu'à mon pubis.
Endroit où il déposa un baiser, renforçant toujours plus mon érection, tandis que la sienne avait perdu de l'envergure. Il se laissa aller à un coup de langue furtif le long de mon frein et se releva en se léchant les lèvres. Le geste inopiné avait fait son effet, et j'avais été surpris.
Il sourit et m'embrassa, fier de sa provocation, tout en enroulant la serviette autour de nous. Nous restâmes ainsi quelques minutes, dans la chaleur l'un de l'autre, dans la douce température de la pièce, puis il me laissa nu au milieu de la salle de bain, revenant un instant après, habillé d'un simple peignoir. Il m'en tendit un, le même, et je l'enfilai. Il attrapa ma main et m'entraîna à l'extérieur de la pièce, mais je le retins et ramenai son visage au mien, l'embrassant encore. Je sentis qu'il voulait se dégager pour reprendre son élan et m'emmener, mais je ne pouvais pas attendre. J'avais besoin de sa langue maintenant. Il résolut le problème en m'attrapant les jambes, et me porta jusqu'à sa chambre, où il me posa délicatement sur le lit. Nos bouches se défirent, et sa tête sombra dans mon cou, sa main dans mes cheveux encore mouillés. Il se sépara finalement de moi et s'étala de son côté du lit, me laissant certes frustré de ne pas avoir fini ce que nous avions commencé, mais comblé et rassuré par sa présence.
Nous restâmes donc ainsi, flottants, dans la douce lueur de la fin de l'après-midi, épuisés, dans cette atmosphère onirique.
Law avait ressuscité la lueur de vie en moi. Il le savait autant que moi, et je m'endormis dans les songes d'un potentiel avenir.
Commentaire de fin de chapitre : Non je ne suis pas mort.
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Ce commentaire aurait pu s'arrêter ici, mais vu que j'ai énormément d'estime pour vous je vais faire un effort~ Je tenais d'abord à m'excuser pour cette longue période d'inactivité due à un syndrome de la page blanche assez conséquent, à une flémingite aigue et à un manque de temps certain. Je ne peux pas vous garantir la régularité de la publication des chapitres, mais promis, je vais faire un effort. Attendons tout de même la fin de la période des fêtes qui est assez trash quand on travaille dans le commerce ! Alors oui je ferai mon maximum pour publier plus rapidement ! En attendant, promettez-moi d'être gentils avec les caissiers, car qui sait, votre caissier, c'est peut-être moi.
Bonnes fêtes à vous !
Effecy.
