Chapitre 7 : Arbres, chanson et magicien
Les trois chevaux parcoururent rapidement la courte distance qui les séparait du tas fumant.
Aylea fronça le nez quand les effluves nauséabondes des Uruks carbonisés parvinrent à ses narines. Résolument répugnant ! Même les égouts de Fondcombe, bouchés avec soin par Elladan et Elrohir en plein été, n'avaient pas exhalés une telle puanteur !
D'un commun et muet accord, ils descendirent de leurs montures et se mirent à chercher une trace, un signe, quoi que ce fût qui aurait confirmé les visions d'Aylea.
Au bout d'un quart d'heure de recherche parmi les cadavres des créatures, ils s'avouèrent vaincus. Et leur découragement ne fit que s'accentuer quand Gimli, qui fourrageait avec sa hache dans le monceau d'ennemis, trouva un morceau de cuir noirci.
-C'est une de leurs ceintures...
Aylea refoula les larmes qui lui montaient aux yeux. Impossible ! C'était impossible ! Ils ne pouvaient pas avoir fini comme ça, brûlés sous ces bestioles puantes. C'était injuste.
En désespoir de cause, elle joignit ses prières à celles que Legolas psalmodiait à côté d'elle.
Gimli restait songeur tandis qu'Aragorn, après avoir balancé un casque d'un coup de pied et poussé un cri de rage, s'était accroupi sur le sol, vidé.
-On les a abandonnés, se désola le nain, achevant de démoraliser la petite troupe.
-Un Hobbit était allongé ici, dit le Rôdeur, presque nostalgique, et l'autre là.
Soudain, il scruta plus attentivement le sol. Les yeux verts d'Aylea suivirent les doigts de l'homme, qui avait remarqué autre chose dans l'herbe jaunie par le soleil.
-Ils ont rampé...
Aragorn se leva et suivit la piste, les trois autres à sa suite.
Il se pencha pour ramasser un morceau de corde enfoui sous les herbes :
-Leurs liens ont été coupés...
Au fur et à mesure qu'ils avançaient, les preuves du passage des Hobbits se multipliaient, redonnant au fil des pas de plus en plus d'espoir aux voyageurs.
-Ils ont couru par ici...Ils étaient suivis...
Aragorn se mit à accélérer.
-Les traces s'éloignent du combat...et vont vers la forêt de Fangorn...
Aylea plongea les yeux dans la profondeur des bois, comme si elle allait trouver Merry et Pippin sagement assis sur un tronc d'arbre en train de les attendre.
-Fangorn...répéta Gimli. Quelle folie les a conduits là ?
Aylea réfléchit à une réplique acide à lancer au nain, mais, ne trouvant rien, elle préféra garder le silence.
-Bon, que fait-on ? Il va bientôt faire nuit...
-A votre avis ? répondit Gimli. On va les chercher ! À moins que vous ayez une meilleure solution à proposer, Oreilles Pointues...
-Sans vouloir vous vexer, maître nain, intervint Legolas pour défendre sa copine, pour aller sauver Merry et Pippin, nous allons devoir entrer dans la forêt.
-Ah...
Aylea pouffa, s'attirant aussitôt un regard nain et assassin.
Aragorn, posté un peu plus loin, soupira. Pourquoi fallait-il toujours que les elfes et le nain se crient dessus alors que, quelques minutes auparavant, tout était calme ?
-Quelle est votre stratégie ? demanda le fils de Gloïn à celui d'Arathorn.
-Nous n'avons pas le choix. Nous ne pouvons pas les abandonner une fois de plus. On entre dans Fangorn.
-Et les chevaux ? s'inquiéta Aylea.
-On les laisse ici et on les reprendra au retour.
-Si on revient...
-Gimli, supplia l'elfe rousse avec un sourire, ne soyez pas si pessimiste, ça porte malheur.
-Vous êtes superstitieuse, vous ?
-Seulement quand il s'agit de ce que vous dites...
Gimli leva les yeux au ciel, exaspéré et plongea un regard inquiet dans la forêt.
Aylea rejoignit les deux autres, occupés à chercher un moyen d'attacher les chevaux.
-Si vous voulez, proposa-t-elle, je peux lancer un sort qui les gardera dans les environs tout en leur permettant de fuir en cas de danger.
Les deux amis se consultèrent du regard, avant d'accepter la proposition de la rouquine. Elle se remémora les termes du sort avec exactitude puis prononça la formule.
Les trois chevaux s'ébrouèrent, comme surpris, mais se remirent à brouter comme si de rien n'était une dizaine de secondes plus tard.
-On peut y aller ! déclara Aylea.
Aragorn remonta d'un coup d'épaule le sac qu'il portait et, après avoir parcouru une dernière fois la plaine du regard, ouvrit la marche.
Aylea et Legolas le suivirent, main dans la main. À peine avaient-ils mis un pied dans la forêt qu'ils se retournèrent vers le nain, qui ne semblait pas prêt à entrer.
-Allez Gimli ! l'exhorta Legolas. Ne m'obligez pas à venir vous chercher !
Gimli respira un grand coup, ferma les yeux et avança d'un pas. Quand il rouvrit ses paupières, il rencontra les yeux encourageants de Legolas puis ceux, rieurs, de sa compagne. Il n'avait plus le choix : s'il reculait, l'elfe se moquerait de lui jusqu'à la fin de ses jours...
Il rassembla tout ce qui lui restait de courage et de dignité et rejoignit les elfes qui l'attendaient patiemment.
À l'intérieur de Fangorn, il faisait noir. Seul le clair de lune éclairait faiblement les alentours.
Aragorn, toujours en tête, le regard rivé au sol, cherchait une piste. Legolas regardait partout autour de lui d'un air ébahi et contemplatif. Gimli, pas très rassuré de se retrouver au milieu de tous ces arbres, essayait de maintenir le plus de distance possible entre lui et la végétation qui bordait les deux côtés du chemin qu'ils suivaient, expression bien présomptueuse étant donné que le susdit chemin se composait d'une bande de terre plus claire que le reste du sol.
-Cherchez tout ce qui peut ressembler à un indice, leur indiqua Aragorn.
Les trois autres hochèrent la tête et se mirent au travail, attentifs à ce qui les entourait, jusqu'aux taches noirâtres sur les feuilles, que Gimli porta à sa bouche.
-Du sang d'Orc, diagnostiqua Gimli en crachant.
-Vous avez goûté à...cette substance ? s'étonna Legolas, dégoûté.
-Bien sûr ! Autrement, comment aurais-je pu savoir de quoi il s'agissait ?
Aragorn se retourna pour demander aux deux belligérants de faire moins de bruit quand il remarqua la fille d'Elrond, assise contre un tronc, ses longs cheveux roux cachant son visage, le corps parcouru de spasmes.
-Aylea ? l'appela-t-il d'une voix calme, malgré l'inquiétude qui l'étreignait. Tout va bien ?
Il se faufila entre deux racines pour s'approcher d'elle. Il posa doucement sa main sur l'épaule de l'elfe, la faisant sursauter et dégageant ainsi son visage baigné de larmes.
-Aylea...répéta-t-il, désemparé.
-Ce...hoqueta-t-elle. Ce...Je...
-Chut, l'apaisa Legolas, arrivé à la rescousse. Calme-toi...
La rouquine inspira plusieurs fois, tentant de réprimer ses hoquets et de ralentir sa respiration haletante.
-Vous croyez que les Orcs sont encore dans la forêt ? demanda-t-elle d'une toute petite voix. Je veux dire...Est-ce que...
-Elle a peur des Orcs ? s'écria Gimli. Alors qu'elle a massacré sans sourciller une quinzaine d'Uruks-Kaï ?
Aragorn lui intima de se taire en lui jetant un regard noir.
-Je n'en peux plus...continua Aylea. La forêt, les Orcs, je n'en peux plus...
-Calme-toi, murmura Legolas. Tu n'as rien à craindre, je suis là...
Il lui sembla qu'elle se noyait dans ses yeux bleus. Elle lui paraissait si fragile en ce moment, si différente de la guerrière forte, sûre d'elle, qu'elle était habituellement. Elle lui faisait l'effet d'une petite fille perdue. Et c'est ce qu'elle était en ce moment.
Il ne savait que trop bien ce qui hantait ses pensées et il se désolait de ne rien pouvoir faire d'autre que de tenter maladroitement de l'apaiser. Une douleur aiguë, pareille à celle qui devait déchirer le cœur d'Aylea, se fraya un chemin jusqu'au sien.
Elle se jeta sans crier gare dans ses bras. Il la pressa contre son torse, lui murmurant des mots d'amour à l'oreille, oubliant peu à peu sa propre peine.
Tout allait bien se passer. Comme à chaque fois qu'elle craquait. Elle finirait par reprendre le dessus. Il en était certain.
Au bout d'un moment, Aylea se détacha de Legolas. Elle essuya ce qui restait de ses larmes en adressant un pâle sourire à son compagnon avant de se retourner vers les autres.
-On peut continuer, déclara-t-elle d'un ton qu'elle espérait assuré.
Aragorn hocha la tête et reprit la tête du groupe. Legolas resta près d'Aylea, et Gimli décida de fermer la marche.
-Promenons-nous dans les bois, pendant que Sauron n'y est pas ! Si Sauron y était, il nous mangerait, mais comme il y...
-Aylea, pourrais-tu avoir l'extrême amabilité d'épargner nos oreilles, je te prie ?
-Vos désirs sont des ordres, Votre Seigneurie, se moqua-t-elle en plongeant dans une profonde révérence. Mais, avoue qu'on s'ennuie à force de marcher ! On sait même pas si c'est le jour ou la nuit avec cette obscurité.
-Elle est redevenue elle-même, à ce que je vois...Et un peu trop vite à mon goût...marmonna Gimli en échangeant un regard entendu avec Legolas.
Une fois qu'Aylea eut fini « d'évacuer la pression », ils louvoyèrent entre les troncs, sautant par-dessus un cours d'eau, cherchant des traces.
Soudain, le Rôdeur s'accroupit et effleura le sol de sa paume :
-Ces traces sont étranges.
Aylea jeta un coup d'œil par-dessus l'épaule d'Aragorn, et découvrit des trainées entre les racines, comme si quelqu'un avait rampé ou, plus étrange et improbable, des racines avaient bougé.
-Je sens que l'air est lourd ici, remarqua Gimli, se demandant de plus en plus sérieusement ce qu'il fichait là.
-Cette forêt est vieille, dit Legolas, les yeux perdus dans les sylves, très vieille. Pleine de souvenirs...et de colère...
-Je les entends, s'affola Aylea, criant presque, les mains sur les oreilles.
À peine avait-elle fini sa phrase qu'un bruit lugubre, mi-gémissement, mi-craquement résonna autour d'eux.
-Les arbres se parlent entre eux, confirma l'elfe blond.
-Ils ne nous font pas confiance, déclara sa compagne, les yeux accrochés aux feuillages au-dessus de sa tête.
-Gimli ! ordonna Aragorn. Abaissez votre hache.
Le nain s'exécuta en levant les mains en signe de soumission.
-Ils ont des sentiments, mon ami, expliqua Legolas à un Gimli prêt à partir en courant. Et cela grâce aux elfes. Ils ont réveillé les arbres, et leur ont appris à parler.
-Des arbres qui parlent...marmonna le nain. Et les arbres, de quoi est-ce que ça parle, hein ? À part de la consistance des crottes d'écureuils ?
Aylea lui lança un regard noir, le faisant taire quelques courts instants.
-Et comment se fait-il que vous les compreniez ? l'interrogea-t-il dès qu'elle eut fini de le fusiller du regard.
-Si je le savais, je chercherais un moyen d'arrêter cette communication. Ils racontent des choses...inquiétantes...
-Aragorn, appela alors l'elfe de Vertbois, en s'avançant de quelques pas. Il y a quelque chose là-bas.
-Pourquoi est-ce qu'il parle en elfique ? maugréa Gimli. Il a peur que je l'entende ?
-Que voyez-vous ? demanda Aragorn en s'approchant de l'elfe.
-Le magicien blanc approche, répondit-il avec un mouvement d'yeux, imperceptible pour Aylea et Gimli derrière lui, vers l'endroit où une lumière blanche commençait à apparaître.
-Ne le laissons pas parler, conseilla le Dùnedain après un coup d'œil dans la direction indiquée, il nous jetterait un mauvais sort.
Il sortit à moitié son épée de son fourreau le plus silencieusement possible. Gimli resserra sa prise sur le manche de ses haches. Legolas s'assura que sa flèche était bien empennée. Aylea glissa sa main sur sa ceinture pour s'emparer du pommeau d'un de ses poignards.
-Il faut faire vite, murmura Aragorn.
Tous retinrent leur souffle.
Jusqu'à ce que le Rôdeur tire son arme en se retournant. Et tout s'enchaîna en cascade : Gimli lança sa hache avec un cri guerrier. Elle alla se briser sur le bâton blanc. Legolas tira sa flèche, qui connut le même sort que l'arme naine. Aylea visa le plus précisément possible la lumière blanche, mais celle-ci l'aveugla trop pour qu'elle prenne le risque de lancer son poignard. L'épée d'Aragon, leur dernier secours, chauffa subitement dans la main de son propriétaire, qui la lâcha précipitamment.
La lumière se fit de plus en plus éclatante, les forçant à reculer et à se cacher les yeux.
C'est alors qu'une voix grave s'éleva :
-Vous êtes sur les traces de deux jeunes Hobbits.
Aylea frémit sentant que ce n'était pas une question. Le magicien savait ce qu'ils faisaient là.
-Où sont-ils ? demanda Aragorn.
-Ils sont passés par ici, avant-hier, répondit la forme blanche, dont l'elfe apercevait alternativement un morceau de barbe blanche ou un bout de nez. Ils ont fait une rencontre à laquelle ils ne s'attendaient pas. Est-ce que cela vous rassure ?
Aylea chercha le regard de Legolas, complètement paniquée. Qui ? Qui Merry et Pippin avaient-ils rencontrés ? Et qui était cet étrange personnage qui leur faisait face ? Le magicien blanc d'Orthanc ou quelque chose de diamétralement différent ?
-Qui êtes-vous ? demanda Aragorn dans un murmure, formulant sans le savoir les inquiétudes de la fille d'Elrond.
-Montrez-vous ! exigea-t-il devant le mutisme de l'autre.
Le magicien obtempéra et sortit de la lumière vive, offrant son visage paisible aux yeux des voyageurs.
Tous avalèrent une goulée d'air, surpris.
-Cela ne se peut...murmura le Rôdeur, dont les yeux semblaient chercher la preuve d'un sortilège.
-Pardonnez-moi, dit Legolas en s'agenouillant, certain de l'identité de leur interlocuteur. Je vous ai pris pour Saroumane.
-Je suis Saroumane, reprit le magicien.
Aylea lui lança un regard suspicieux, tout en s'interrogeant sur les probabilités de schizophrénie chez les magiciens.
-Ou plutôt Saroumane tel qu'il aurait dû être, précisa-t-il avec un sourire qui éclaira ses yeux bleus.
-Vous êtes tombé...releva Aragorn, qui ne croyait toujours pas ses yeux.
-A travers le feu et l'eau, acquiesça Gandalf (car c'était bien lui). Du plus profond cachot au plus haut sommet, je combattis le Balrog de Morgoth. Jusqu'à ce qu'enfin, je pus mettre à bas mon ennemi, qui alla se briser sur le flanc de la montagne.
Derrière ses yeux perdus dans l'épaisseur de la forêt, défilaient des images qu'il était le seul à voir.
-...Les ténèbres m'entourèrent et je m'égarai hors de la pensée et du temps. Les étoiles tournaient au-dessus de moi et chaque jour était aussi long qu'une existence sur la terre. Mais ce n'était pas la fin. Je sentis la vie revenir en moi. Je fus renvoyé, jusqu'à ce que ma tâche soit accomplie.
Ses yeux s'arrêtèrent sur Aragorn.
-Gandalf...dit ce dernier, maintenant convaincu du retour du magicien.
-Gandalf ? reprit Mithrandir, pensif. Oui...C'est ainsi que l'on m'appelait. Gandalf le Gris. C'était mon nom, acheva-t-il dans un sourire.
-Gandalf, répéta Gimli, l'émotion lui nouant la gorge.
-Je suis Gandalf le Blanc, annonça le magicien. Et je reviens vers vous en ce moment décisif...Venez, il n'y a pas de temps à perdre ! Allons chercher les chevaux. Nous parlerons en route.
Aragorn, suivi d'Aylea, Legolas et Gimli, emboîta le pas à Gandalf dans les profondeurs de la forêt.
-Une étape de votre voyage est terminée, une autre commence, les informa leur nouveau guide après quelques minutes de marche. Nous devons aller à Edoras à grande allure.
-Edoras ? C'est pas tout à côté...remarqua Gimli.
-On a les chevaux, on y sera vite, tenta de le convaincre Aylea, n'obtenant que des grognements indistincts sur l'insécurité des équidés et l'optimisme écrasant des elfes.
-Nous savons qu'il y a la guerre au Rohan, dit Aragorn, et que le Roi va mal.
-Oui, confirma Gandalf, et il ne sera pas aisé de le guérir.
-Alors on a couru tout le long du chemin pour rien ? pesta Gimli. Allons-nous laisser ces pauvres Hobbits ici, dans cet horrible, sombre et humide endroit infesté d'arbres ?
Un grondement-craquement résonna entre les arbres.
-Je veux dire, cette charmante, très charmante forêt...
Aylea eut un sourire satisfait.
Elle avait remarqué que, depuis que Gandlaf les guidait sur le chemin du retour, les arbres qui discouraient dans sa tête s'étaient tus, laissant la place à ses propres pensées, même si elle pouvait parfois les entendre et...leur demander de menus services, ce qu'elle venait de faire.
-Ce fut plus qu'un hasard qui amena Merry et Pippin à Fangorn, continua Gandalf, détournant Aylea de ses projets de vengeance envers les nains-incultes-qui-ne-savent-pas-profiter-de-la-beauté-des-arbres. Un grand pouvoir est endormi ici depuis de longues années. L'arrivée de Merry et Pippin sera un peu comme la chute de petites pierres qui déclenche une avalanche dans les montagnes.
-Il y a un point sur lequel vous n'avez pas changé, cher ami...dit Aragorn après avoir remarqué la moue d'incompréhension qui se peignait sur le visage de Gimli.
Gandalf lui prêta l'oreille.
-Vous parlez toujours par énigmes, répondit le Rôdeur, qui, même s'il ne l'aurait avoué pour rien au monde, n'avait pas non plus compris ce que la métaphore de Gandalf signifiait.
-Une chose est sur le point de se produire, prophétisa le magicien, qui n'est pas arrivée depuis les Jours Anciens. Les Ents vont se réveiller...et découvrir qu'ils sont forts.
-Forts ?
Un nouveau grondement répondit à Gimli.
-C'est bien...
-Arrêtez de geindre, maître nain, s'énerva Mithrandir. Merry et Pippin sont en sécurité. En fait, ils le sont bien plus que vous allez l'être.
-Rassurant, glissa Aylea à l'oreille de son compagnon.
Ils atteignirent rapidement l'orée de Fangorn.
Devant eux, la plaine s'étendait, bordée d'arbres. Le ciel était d'un bleu de fin d'après-midi et le soleil dispensait ses derniers rayons aux voyageurs.
Les chevaux les attendaient sagement, broutant l'herbe.
Aylea caressa le chanfrein d'Aeal, heureuse de retrouver sa jument, dont les parties blanches de la robe brillaient au soleil.
Gandalf s'avança dans la prairie et siffla deux longues notes mélodieuses, provoquant un échange de regards circonspects entre les quatre autres.
Un hennissement retentit, ramenant leur attention sur la plaine qui s'étendait devant eux. Un superbe cheval sortit de derrière la butte, sa robe blanche étincelant sous le soleil, sa longue crinière se balançant au rythme des foulées de sa course.
-C'est l'un des Mearas, souffla Legolas. À moins que mes yeux ne soient abusés par quelque sorcellerie.
L'étalon s'arrêta devant le magicien, qui lui caressa les naseaux et l'encolure.
-Gripoil, le salua-t-il. C'est le seigneur de tous les chevaux, et ce fut mon ami lors de maints dangers.
Il contourna l'animal pour l'enfourcher et intima aux autres d'en faire autant.
Quand ils furent tous en selle (même Gimli, qui avait fait quelques très belles chutes en se hissant sur la croupe de Hasufel, qui était resté d'un calme impassible malgré toutes les acrobaties involontaires du nain), Gandalf lança sa monture au galop à travers la plaine du Riddermark.
Quand Gandalf ralentit l'allure, la nuit était plus qu'avancée. Ils descendirent du dos des chevaux afin de les ménager pour les miles qu'il leur faudrait encore parcourir. Aylea, la tête appuyée sur l'épaule de Legolas, semblait prête à sombrer dans le sommeil et Gimli s'était déjà décroché la mâchoire une bonne douzaine de fois.
-Heu...Aragorn, Gandalf, chuchota Legolas après que sa compagne ne se soit complètement écroulée sur lui. Je crois qu'on devrait faire une petite pause.
Gandalf acquiesça avec un sourire amusé.
-Qui est fatigué ici ? rouspéta Gimli. Personne, à part...
Le sommeil le rattrapa avant qu'il ait eu le temps de finir sa phrase et il s'effondra sur le sol.
Un rire silencieux s'empara des trois survivants à la vague de fatigue.
Legolas entraîna Aylea, qui dormait déjà profondément, dans un coin plus isolé, laissant le soin au Rôdeur et au Magicien Blanc d'attacher les chevaux pour la nuit.
-Las...murmura l'elfe rousse dès qu'elle fut sur le sol.
-Chuuut, chuchota le blond, dors.
-Mais je ne suis pas (elle étouffa tant bien que mal un bâillement) fatiguée !
-Permets-moi d'en douter, répondit-il en s'allongeant à ses côtés.
-Tu m'embrasses ?
Il sourit et se pencha au-dessus d'elle, posant un doux baiser sur ses lèvres. Aylea souleva la tête, souhaitant aller plus loin. Le sourire de Legolas s'intensifia et il répondit aux baisers de plus en plus passionnés de son amoureuse. Elle glissa ses mains sous ses vêtements, les faisant courir le long du torse de l'elfe. Il lui caressa le côté avant de descendre jusqu'à ses hanches et de relever doucement le tissu qui couvrait ses jambes.
Aylea gémit de plaisir quand il entra en elle. Faire l'amour avec Legolas lui avait manqué.
Quand il se retira pour s'allonger près d'elle et la serrer dans ses bras, elle savoura le bonheur que lui apportaient ses instants. Ils s'endormirent presque aussitôt, dans les bras l'un de l'autre.
