Posté le : 6 Avril 2012. Pour ma Cyndie-sam d'amour...
Mot de l'auteur : Je m'excuse d'être si prise et de ne pas répondre aux reviews. Réellement. Ce n'est pas volontaire, je suis juste submergée d'épreuves en ce moment et de devoirs à rendre. J'essaierai d'y répondre au plus vite, en espérant ne pas trop vous lasser par mon silence... J'essaie en tout cas de continuer à écrire pour vous distraire au possible en espérant que cette histoire vous plaise toujours autant. Je vous embrasse très fort (en particulier toi, ma Sam) et je vous souhaite un excellent week-end & une bonne lecture,
D.
Post-scriptum : C'est un chapitre un peu plus court mais la suite est déjà écrite. :) Peut-être que la seconde partie arrivera d'ici peu si vous êtes sages... Oh, et bon courage si vous passez aussi une période de boulot bien corsée u.u Je me sentirais moins seule. Ecrire me fait tellement de bien, quoi. Et puis, j'a sacrément bien avancer pour cette histoire puisque j'en suis au troisième arc sur quatre. #s'auto-congratule. (bah quoi ? J'ai bien le droit non ?)
Pistes de lecture : 01. Milan - My Little Airport. 02.Now It's gone – Micky Green. 03. Fix You – Coldplay.
Second Arc
Milan, Paris #2, New York
Milan
« Milan a jaillit du marbre, de l'autre côté du Rubicon »
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. . . . .Chapitre 7 : Tous les chemins mènent à l'homme
« J'ai oublié de dire que je rapportais mon innocence à Paris,
ce n'était qu'à Milan que je devais me délivrer de ce trésor.
Ce qu'il y a de plus drôle,
c'est que je ne me souviens pas distinctement avec qui. »
Stendhal
Dimeo est allongé à mes côtés, sous la couverture.
Des blessures de beauté s'égrènent sur sa peau halée. Ses cheveux noir corbeau, où gisent des reflets auburn, tombent à la base de son cou. Sa clavicule droite est rendue rouge par mes baisers brûlants de tout à l'heure. Le retrouver a exacerbé mes désirs les plus profonds.
Je suis arrivé il y a seulement deux heures à Milan et nous avons déjà fait l'amour. Dimeo ne semble pourtant pas m'avoir attendu. Je sais qu'il a vécu des choses et en a dit un certain nombre derrière mon dos. Dimeo ne s'est jamais fixé de règles dans sa vie, du moins, depuis que je le connais.
Dimeo est le cousin éloigné d'Anna – la mannequin que j'avais l'habitude de photographier à Porto. Dimeo est beau, mais ne remplis aucun critère pour être mannequin. À la place, il fréquente la jet-set et essaie de s'accrocher aux électrons libres. Une sangsue, voilà ce que c'est.
J'ai rencontré Dimeo alors qu'il rendait visite à sa cousine, sur un de mes shootings photos. Il a profité du fait qu'Anna se fasse maquiller par Joao pour venir m'accoster. Il parlait un anglais très approximatif, mais j'ai rapidement compris qu'en réalité il ne s'intéressait pas à mes mots.
C'était une semaine avant que je ne rencontre Draco sur la jetée. Les appels téléphoniques qui avaient retentit dans mon appartement cette nuit ? C'était lui. Dimeo m'a eut à l'usure. À force de se mettre en valeur, de rire, de paraître si ouvert. Dimeo m'a eut, et en même temps, un laissé-passer pour la prochaine Fashion Week de Milan.
Notre relation est éphémère et superficielle. C'est comme ça que je conçois les choses. Alors pourquoi je reste avec lui ? Je crois que c'est parce que Dimeo m'écoute – ou fait semblant -, il est un amant hors-pair, et n'a pas froid aux yeux. Il sait ce qu'il veut. Pas l'ombre d'une hésitation.
D'un pas vif et décidé, Dimeo est arrivé à l'aéroport et m'a fougueusement embrassé. Sans un bonjour, rien. Il m'a entraîné à l'extérieur, et, une fois dans le taxi, m'a demandé comment ça allait. Je lui ai répondu en un baiser et nous nous sommes retrouvés dans une des rues transversales du Quinto Romano. Dimeo vit au dernier étage d'un étroit immeuble, dans ce qui ressemble de près à une garçonnière.
À peine entrés, nous forniquons. Ça a été rapide, sans passion ni couleur. C'était mécanique, puis, lorsque nous avons fini, Dimeo m'a susurré un mensonge avant de s'endormir :
– Tu m'avais manqué.
Et je l'observe maintenant dormir, pris d'insomnie.
Milan se découpe par la fenêtre alors que je caresse distraitement quelques mèches de ses cheveux. Dimeo ne bouge pas, immobile dans les draps bleues. Dimeo a maigri durant mon absence, et je crois que c'est volontaire. Gamin, il était en surpoids. Depuis, il se perçoit toujours comme une personne hors-norme alors que cet été encore, il était parfait.
Sous mes doigts, il semble trop fin. Ce n'est pas dans sa nature d'avoir des traits si délicats. Ce n'est que manigance. Combien d'hommes se sont-ils allongés à ses côtés, juste à l'endroit où je me tiens en cet instant ? Combien d'hommes lui-ont ils fait miroiter un autre monde, un ailleurs bienheureux ? Combien lui ont-ils dit je t'aime ? Je ne sais pas. Dimeo me confie que ce qu'il veut bien partager.
Je me rends dans sa salle de bain. Je me douche longuement et cherche quelques vêtements dans ma valise. J'enfile un jean et un tee-shirt à manches longues. Je me sens nauséeux, comme toutes les fois où je prends l'avion. Je m'étire et fixe l'étroitesse de l'appartement. Paris a creusé un vide que Milan seul ne peut remplir. Je ne trouve dans le frigidaire que des barquettes de repas allégés, des bouteilles d'eau, du citron et quelques fruits. Je le referme, dépité.
J'enfile un blouson, et prends mon porte-feuille. Une fois dehors, j'allume une cigarette, mes jambes me menant dans une supérette ouverte H24. J'achète pour environ cinquante euros de course et reviens sur mes pas. Dimeo dort encore alors que je prépare le dîner. Au vue de sa dégaine, je crois que Dimeo a oublié le goût de la bolognaise.
– C'est quoi cette odeur ? demande une voix ensommeillée. Oh, non, pas ça...
Dimeo se précipite pour ouvrir la fenêtre en grand et fait mine de tousser. Toujours dans la surenchère, celui-là... Il porte un immense sweat rouge et un de mes caleçons que j'avais oublié lors de mon dernier séjour ici. Il passe une main dans ses cheveux, jauge la casserole de spaghettis et souffle :
– Tu n'as pas mangé dans l'avion ?
– Quel genre de personne censée mangerait dans l'avion ?
– Il est trois heures du matin, sérieux... Tu déconnes.
– Tu fais un nouveau régime ? dis-je en changeant brusquement de sujet.
– C'est essentiel. Et puis être gros c'est mauvais pour la santé.
J'émets un rire dédaigneux.
– C'est dans ta tête tout ça. Tu étais bien il y a quelques mois, je ne vois pas pourquoi tu veux tout changer. Tu me trouves énorme ?
– Non, mais toi tu ne veux pas être mannequin. Ils ne prennent personnes au-dessus de...
– Je m'en fous ! Tu crois que tu seras heureux une fois ce palier atteint ? Je vois des mannequins se pourir la vie pour faire une taille zéro. C'est un désir vide... C'est... Toujours essayer d'être plus beau en poussant son corps à ses derniers retranchements. Et ton corps te dit stop à un moment donné. Être mannequin ce n'est pas si idéal que tu le crois. Je t'ai parlé de Louison ?
– Au moins une centaine de fois, maugré-t-il. Mais tu dois respecter ma volonté de changer.
– Donc je vais manger seul ?
– S'il te plaît, oui.
Dimeo semble affaiblit, comme si j'avais absorbé toute son énergie lors de notre dernier rapport. Je lui tends un verre d'eau qu'il accepte.
– Je voudrais juste que tu sois heureux, finis-je par prononcer.
– Moi aussi... Moi aussi je voudrais que tu sois heureux, mais tu ne l'es pas.
Dimeo finit son verre silencieusement et je m'éloigne avec mon assiette lorsqu'elle est prête. Je mange tout debout sur l'étroit balcon, le regard perdu sur les toits du voisinnage.
Les volets gris baîllent légèrement au gré de la brise automnale. Au loin, le grondement du tramway se fait entendre et une bicyclette file dans l'obscurité.
J'aperçois les voisins festoyer sur leur terrasse en buvant quelques verres de vin. Dimeo finit par me rejoindre et je passe un bras autour de ses épaules frêles. Peut-être finira-t-il par changer d'avis un jour ?
Il a plu toute la journée sur Milan. Dimeo est resté allongé, considérablement affaibli. Il n'a rien avalé de la journée.
Dimeo a insisté pour m'accompagner au défilé organisé par Armani. Il est resté accroché à mon bras toute la soirée, nous étions pratiquemment joue contre joue. Il a sans doute peur que je lui file entre les doigts.
Une couturière qui avait aidé à confectionner la pièce principale – une robe rouge - m'a demandé mon avis sur les nuances de couleurs. Dimeo a sagemment écouté, sans souffler le moindre mot. Il s'est présenté dès qu'on le lui demandait, avait des propos intelligents et semblait détenir des conseils avisés.
Dès que quelqu'un venait vers moi, il me chuchotait aussitôt son prénom et sa fonction à l'oreille. Dimeo connaissait tout le monde mais personne ne le connassait. Il faisait parti de ce groupe de jeunes Italiens non-diplômés qui aspiraient à la fortune en mettant en avant leur beauté. Je devrais sans doute lui dire qu'avoir les joues creusées ne lui va pas.
Dimeo porte du Prada. Un polo noir et un pantalon de la même couleur, mais une veste bleu par-dessus. Simple, chic, indémodable. Mais on continue à ne pas le voir et il ne fait rien pour se démarquer. Il a peur du ridicule, alors il reste cramponné à mon bras.
Aujourd'hui, Dov m'a appelé. Il est encore à Paris. Il chercherait des adresses de mannequins masculins pour le nouveau parfum de son grand-père. Je ne peux m'empêcher de le rediriger vers le blog de Dimeo. Il note le tout et, alors qu'il raccroche, j'entends la voix de Draco couvrir momentanément la sienne.
Dimeo a beaucoup pleuré cette nuit. Son père est mort.
Il se laisse mourir et moi, j'essaie de rester en vie.
Dimeo est sorti avec des amis, ce soir. Il reviendra demain. Ça lui fera du bien de prendre l'air.
Ses amis sont de vraies pétasses. Ce sont des jeunes gens, comme lui, fanatiques de mode. Ils parlent toute la journée de choses futiles, jugent, condamnent, mentent et approuvent. Ils sont quatre.
Dimeo est le cinquième et je crois que je suis son laissé-passer. « C'est ton copain ? Le photographe ? » a minaudé ce que je pense être le chef du groupe. « Tu me prends en photos ? ». Je ne sais pas comment un gars simple comme lui peut supporter leur connerie.
On dit que l'amour rend aveugle, mais il n'y a pas que ça apparement.
Deux heures du matin, le temps glisse de ma montre jusqu'à mes phalanges
L'appartement est silencieux, plongé dans la pénombre et l'ambiance feutrée
En bas, dans la rue étroite milanaise, les Vespa râlent
Fenêtre entrouverte sur le violet du ciel vespéral
Les chaussures tombent pêle-mêle dans l'entrée
Sur le canapé dort un ange.
J'ai été aux funérailles du père de Dimeo :
C'était sur une des nombreuses buttes de Napoli, un peu à l'extérieur de la ville. Sa mère ressemblait à toutes les veuves noires de la Camorra. On avait choisi un bel emplacement pour sa sépulture. On pouvait, au loin, se plonger dans la mer en un regard. Le soleil scintillait sur les tombes grises.
Quelques amis du défunt étaient autour du carré de terre. Un certain Eduardo et sa mère avaient également fait le déplacement, par respect pour la famille. Le buraliste qui tenait le bar où le père de Dimeo validait autrefois son billet de loto avait fermé son magasin et ne cessait de tapoter à un endroit près de son cœur. On récita quelques psaumes de la Bible en italien. Le prêtre demanda le recueillement puis, contre toute attente, Eduardo sortit un poste de radio et le mit sur le cercueil. Il appuya sur le bouton lecture et une chanson folklorique napolitaine retentit.
Je me suis demandé si c'était une blague lorsque je compris : c'était la musique favorite du mort. Sa femme ne pleurait pas. Elle était blottie dans les bras de son fils aîné, sans un mot, à contempler la tombe. Au fond, elle s'était peut-être préparée à le voir partir. Les funérailles s'achevèrent dans des murmures inaudibles. Je n'y ai pas trop porté attention.
Le prêtre tapota l'épaule de la veuve sans grande conviction, comme s'il était vacciné contre ce genre de scène, et enfourcha sa moto. Eduardo et le buraliste entretenaient une conversation animée. Tout à coup, l'homme sortit de son veston, un feuillet coloré : une grille de loto.
– Il est mort à onze heures ou à midi ? persifla le buraliste. Parce que ça change tout ! Bon, on reprend : on valide quelle date de mort ? Celle de la mise en terre ou celle annoncée par l'hôpital ?
– Aujourd'hui on est le 14 novembre, répondit Eduardo en rangeant sa radio dans le coffre à l'arrière de sa moto. J'ai un oncle qui est né le 13 et il est en prison : ça porte la guigne. Prend la date de mise en terre.
– Donc ça nous fait le 14, le 11… le 12.
– Pourquoi le 12 ?
– Je prends l'année aussi, idiot ! s'emporta le buraliste en lui infligeant une pichenette au front. Donc, on a les jours et il nous manque l'heure. Ah tiens, mon garçon, dit-il en s'approchant de Dimeo. Samuele est mort à dix heures trente-cinq du soir ou à onze heures trente-cinq ?
– Vous allez jouer au loto sur sa mort ? prononçai-je, incrédule.
– C'est une tradition ici. On joue au loto pour tout et rien. C'est un peu un sport, se justifia le buraliste avec un petit sourire. Samuele adorait jouer : on lui rend hommage à notre manière.
Je me suis éloigné sans leur répondre.
– Je crois qu'il va jouer pour son compte, l'Anglais, jura le buraliste derrière mon dos. Bon, tu sais quoi Eduardo, on va faire deux billets avec les deux jours différents et les deux heures différentes. Aujourd'hui, on va viser large et on va essayer de voir ce que cela va nous rapporter. Ah, Samuele aurait adoré valider un dernier ticket. Je sais que cela lui aurait fait plaisir.
Tout le monde s'en étaient allé et Dimeo et moi nous descendîmes la butte à pied. Napoli était merveilleuse. C'était un endroit lumineux et plein de vie, qui, parfois, remuait les entrailles de la terre pour invoquer la mort. Dehors, il ne faisait pas si froid que ça. J'ai glissé ma main tiède dans celle de Dimeo et il m'a adressé un sourire.
– Ce soir, on écoutera du Bob Dylan, pas cette horreur de chanson que Eduardo a mise, rit-il. Il adorait Bob Dylan.
Je l'ai embrassé au coin des lèvres et c'est à ce moment-là que Dimeo se permit de pleurer. Pleurer la mort. Pleurer la vie. Pleurer ce père qu'on venait d'enterrer. Pleurer la maladie. Pleurer Napoli. Pleurer le pardon. Pleurer les années passées. Pleurer l'intolérence. Pleurer le ciel splendide. Pleurer le sel de la mer. Pleurer dans les bras de l'homme qu'on aimait. Pleurer. Pleurer encore et encore. Et ne plus savoir s'arrêter.
Il avait honte. Honte parce que tout le monde sait, chez lui, qu'il est l'erreur, le fils dont on n'a jamais voulu. Mais j'étais là et j'ai continué à lui serrer la main.
