Chapitre Six
Les patrouilles ouvrirent le feu, à ma grande consternation, les matraques en bois se révélèrent être une sorte de laser. Teal'c et Daniel ripostèrent immédiatement sur les patrouilles. Je tirai un seul coup dans l'épaule du chef. Il ne broncha pas. Je ne restai pas là pour voir quelle sorte de pouvoir magique il avait qui le rendait insensible à la douleur. J'ordonnai de courir nous mettre à l'abri.
Les bois n'étaient pas très loin, mais nous devions nous arrêter de temps en temps pour riposter. J'ai renoncé à mon arme de poing et repris le P-90. Carter s'accrochait comme si sa vie en dépendait et, bien que je pouvais à peine entendre son cri de terreur par-dessus le bruit du fusil, je savais qu'il était là. Le temps que nous atteignions la forêt, évitant les tirs de laser, ma confiance en ma décision fut cruellement entamée. J'avais commencé à me demander si je pourrais vraiment empêcher Carter d'être blessée. Il me vint même à l'esprit qu'elle aurait été peut-être plus en sécurité en allant avec les sbires de Loh'ran.
Heureusement, alors que nous nous enfoncions dans la forêt, il devint clair que les patrouilles n'étaient pas entraînées à combattre à l'extérieur de leur cité. Ils nous poursuivaient toujours, mais leurs tirs étaient espacés et lointains et semblèrent aléatoires. Nous nous arrêtâmes dans un bouquet d'arbres particulièrement dense pour nous regrouper.
« Sommes-nous sûrs que nous allons dans la bonne direction ? » Je n'avais pas oublié la marche déplorable vers la ville ce matin. Je ne voulais pas passer des heures à tourner en rond à travers les bois.
Teal'c affirma de la tête. « J'ai vérifié notre chemin avec le GPS. Nous nous dirigeons vers la Porte des étoiles. »
« Jack, Sam est extrêmement calme. Est-ce qu'elle va bien ? »
Je baissai les yeux, honteux de me rendre compte que j'avais été si préoccupé à courir depuis la fin de l'échange de coups de feu que je n'avais même pas pensé à voir comment elle allait. Je ne pus voir que le sommet de sa tête. Elle s'était enfoncée dans ma veste.
A la mention de son nom, sa tête pointa doucement hors de la veste. « Jack ? »
« Elle ressemble à une tortue ! » Daniel commença à rire.
Carter renfonça sa tête à l'intérieur et je souris. J'avais des souvenirs affectueux de Charlie étant si petit que fermer ses yeux signifiait que le danger s'était éloigné. Je la caressai à travers ma veste. « Nous allons rentrer chez nous, Sam. Rendors-toi. »
Nous retournâmes à la Porte relativement rapidement, considérant le terrain et le fait qu'il faisait nuit noire. Carter commença à se tortiller et je supposai qu'elle en avait marre d'être renfermée, mais nous n'aurions aucune chance de survivre si nous marchions à l'allure d'une enfant de trois ans. Sans mentionner le sol étroitement couvert d'épines. J'avais été piqué aux jambes plusieurs fois par ces choses extrêmement longues et je n'allais pas laisser Carter subir cela.
Daniel commença à composer l'adresse de la Terre. J'avais ma main sur le GDO, attendant le moment où la Porte s'ouvrirait. Teal'c se tenait dos à nous, préparé pour une attaque dès que l'ouverture de la Porte signalerait notre position. Carter commença à se tortiller plus violemment. Je supposai qu'elle était suffisamment coincée là où elle était, aussi je ne fis pas attention à elle.
Malheureusement, dans ses tentatives de se libérer, elle réalisa que le bas de ma veste n'était pas fermé et, après avoir donné des coups de pieds à mes côtes accidentellement, elle réussit à se frayer un chemin. Je ne réalisai même pas ce qu'elle avait fait jusqu'à ce que je sente l'afflux soudain d'air froid dans ma veste à présent lâche.
« Bon sang ! Sam ! »
Elle ne s'était pas trop éloignée d'où elle était tombée et je présumai qu'elle ne s'était pas blessée ou assommée par la chute. Juste au moment où je me saisis d'elle, la Porte s'ouvrit en grondant. Les yeux de Sam s'ouvrir en grand de terreur. Je regardai alors que son visage se désagrégeait, presque au ralenti, et elle commença à brailler. Ses cris étaient assourdissants, surtout que j'étais plié en deux pour la soulever. Je me suis figé pendant un instant, considérant avec attention quels dégâts avaient été faits à mes oreilles.
Une seconde fut tout ce dont elle avait besoin pour s'échapper. Et diable, elle était rapide pour une enfant de trois ans. Je beuglai à Daniel d'envoyer le code d'identification à travers la Porte et de maintenir la porte ouverte pour nous. Je savais qu'on n'aurait plus le temps de recomposer l'adresse de la Terre ; les patrouilles se refermaient déjà sûrement sur nous.
Heureusement, j'étais assez grand pour rattraper la distance en seulement quelques foulées. Je saisis son bras pour la tirer avec moi, mais dans une vraie colère d'enfant, elle se laissa tomber sur le sol et commença à pleurer à nouveau. Honnêtement, les enfants qui pleuraient m'avaient toujours mis mal à l'aise, encore plus quand ils choisissaient des moments inopportuns pour le faire. Sérieusement, si un enfant veut crier et hurler à l'épicerie, bien, pas de problème. Mais je n'avais aucune patience pour Carter à ce moment précis, car des personnes nous tiraient à nouveau dessus et avaient plein de lumière, merci à la Porte des étoiles, pour bien viser. Je me mis entre elle et les patrouilles et saisis ses bras.
Elle se pencha rapidement en avant et me mordit. Je suppose qu'elle avait appris ça très jeune(1).
Elle eut la monnaie de sa pièce à cet instant ; j'ai poussé un hurlement qui probablement réveilla les morts. Je jure, il y a quelque chose dans les dents des enfants – ce sont les choses les plus sacrément aiguisées de tout l'univers. Je retirai ma main juste au moment où un tir passa quelques centimètres au-dessus de ma tête.
« Samantha, ce n'est pas le moment. Debout ! » A cet instant, je ne me sentis même pas mal de crier sur elle. Elle essayait activement de nous faire tuer tous les quatre.
Teal'c faisait de son mieux pour nous couvrir, mais les patrouilles venaient sur nous de tous les côtés. « O'Neill, nous devons nous hâter. »
« Jack, qu'est-ce que vous faites là-bas ? » La voix de Daniel semblait irritée.
Je me saisis de Carter, ignorant ses coups de pieds et ses cris et la douleur dans ma main. La petite fille avait en fait mordu jusqu'au sang. « Que diable croyez-vous que je fais, Daniel ? » Elle se débattait incroyable pour une gamine ; j'aurais été stupéfait, si cela n'était pas si sacrément frustrant. « Carter, je n'ai pas le temps de supporter ta phobie de l'eau. » Je fus dangereusement proche de perdre ma prise sur elle et j'eus peur qu'elle ne se libère effectivement à nouveau. « Merde, Carter, si tu arrêtes ça, tu pourras avoir un gâteau au petit déjeuner. Qu'est-ce que tu en dis ? »
Les cris de Carter ne devinrent que plus bruyants comme nous nous approchions de la Porte ; je ne crois pas qu'elle ait même entendu ma tentative de négociation. Elle ne disait pas vraiment de vrais mots, en grande partie, elle ne poussait que des cris terrifiés, mais j'en compris finalement un – noyer. Elle croyait qu'elle allait se noyer. Ou que j'allais la noyer. Bien que ce soit infondé, je n'avais pas le temps de la réconforter. Je pris une de ses mains et dis à Daniel de prendre l'autre. Les patrouilles se refermaient autour de nous et les cris de Carter s'arrêtèrent finalement.
Je baissai les yeux sur elle, sentant mes intestins se tordre en la voyant si effrayée qu'elle ne pouvait même plus crier. Elle s'accrochait désespérément à ma main et je savais qu'elle faisait de même avec celle de Daniel. Je ne voulais pas détruire la confiance qu'elle avait si aveuglément placée en moi. « Ferme tes yeux, ma puce. »
« O'Neill ! »
Je n'entendis pas le reste comme Daniel et moi tirâmes Carter à travers la Porte. Teal'c était une seconde derrière nous. J'entendis l'iris se refermer derrière nous et laissai échapper un soupir. Le silence assourdissant fut un changement merveilleux par rapport à quelques instants auparavant. Je ne pouvais que remercier Dieu que nous ayons réussi à nous en sortir sans aucune blessure. Mes yeux glissèrent vers Carter et je me corrigeai mentalement. Au moins, nous nous en étions sortis sans blessures mortelles.
Note : (1)Jack se réfère à l'épisode 'La morsure du serpent' (saison 2) où Sam le mord lorsqu'il veut la réveiller après qu'ils aient tous été étourdis par une grenade de choc goa'uld.
