Chers lecteurs,
Voilà le septième chapitre d'Un pas de côté intitulé La famille. Simple mais qui vous fera connaître davantage l'entourage de Harry :) J'aime vraiment me pencher sur des temps du quotidien qui semblent si insignifiants et pourtant, si importants dans la création de souvenirs et de ce qui nous fait ! Je vous remercie en tout cas pour votre enthousiasme pour le précédent chapitre. Il a été très bien accueilli et j'ai apprécié lire puis répondre à toutes vos reviews.
Bonne lecture et à la semaine prochaine,
Patmol25
Etat de la fic : 41 chapitres + 1 épilogue - finie
Prochaine publication : mercredi 21 décembre 2016
Un pas de côté
Chapitre 7 : La famille
Le week-end arriva plus vite que ne le craignait Harry. Cette semaine avait été moins pénible que la précédente. Il commençait à se sentir à l'aise dans le château et prenait progressivement certains repères. Devenir ami avec Neville et Colin était également rassurant et agréable. L'adolescent s'était bien gardé de le dire à qui que ce soit. Si quiconque venait à croire que Poudlard lui plaisait, il y resterait jusqu'à sa majorité !
D'autant plus qu'après l'incident au centre commercial de ce début de semaine, Harry était bien décidé à prouver à tous que c'était son dernier écart. Cette promesse, il se l'était faite à de nombreuses reprises ces dernières années. Pourtant, là, il était déterminé à garder en lui tout ce qu'il pensait vrai et qu'on réprimait.
Harry ignorait si ses parents avaient été informé de sa … panique au magasin. Ni sa mère, ni son père ne lui en avait touché un mot. Aucun ne l'avait scruté avec suspicion. Face à ce silence, Harry avait décidé de ne pas aborder le sujet. Inutile de déclencher des tensions là où il n'y en avait pas.
« Je vais chez Ron ! »
La voix tonitruante de son frère jumeau le fit relever la tête du citron qu'il coupait en deux. Axel apparu dans la cuisine dans un bond souple, un large sourire aux lèvres. Il attrapa une pomme dans la corbeille à fruit et croqua dedans avidement. Il farfouillait dans son sac à dos qu'il ne quittait jamais, s'assurant d'avoir tout le nécessaire sur lui.
Harry l'observa faire avec une pointe d'envie. Depuis son retour à Poudlard la veille au soir, il n'avait pas mis un pied à l'extérieur hormis pour se rendre à l'épicerie du coin avec sa mère. Il détourna le regard de son frère lorsque celui-ci se tourna vers lui, sentant son regard s'attarder sur lui.
« Ce soir, nous sommes invités. Il faut que tu rentres pour pouvoir te préparer à l'heure, » prévint Lily d'un ton ferme. « A dix-huit heures au plus tard, tu es ici ! »
« Promis maman, » assura Axel en roulant des yeux. « Papa n'est toujours pas rentré ? Je croyais qu'il ne devait plus travailler le week-end. »
« Nous le croyions tous, » souffla t-elle.
Axel grogna puis passa par la porte-fenêtre de la cuisine pour rejoindre l'extérieur. Il adressa un signe de main à Harry dont la réponse ne fut qu'un maigre sourire. Le soudain intérêt de son frère à son encontre s'était volatilisé en une semaine loin de l'autre. La veille, Axel était rentré juste à temps pour le dîner après avoir été se promener avec Hermione. Aujourd'hui, il s'était levé tard puis était resté dans sa chambre une bonne partie de la journée avant de partir rejoindre son ami, Ronald Weasley.
Décidé à ne pas se torturer les méninges avec ses sentiments, Harry recommença à couper les citrons face à lui. Lorsque sa mère lui avait dit devoir préparer un dessert pour le dîner du jour, Harry lui avait indiqué avoir réalisé une tarte au citron ce jeudi à Poudlard. Prenant cela pour une proposition, Lily s'était enthousiasmée à cette idée et l'avait traîné dans l'épicerie deux rues plus loin pour acheter les ingrédients manquants.
À présent, Harry se retrouvait malgré lui à préparer une crème au citron pendant que la pâte précuisait dans le four. Il préparait un dessert à la maison pour la première fois de son existence. Il avait plutôt été surpris d'apprécier réellement réaliser cette tarte avec Émeline Vance, une éducatrice spécialisée de l'Institut Poudlard.
« Ça va, Harry ? »
Lily le tira de son souvenir. Pendant qu'il cuisinait, elle s'était installée dans l'espace salle à manger pour repasser. Debout devant une table à repasser, la rousse l'observait avec une pointe d'inquiétude. Harry sentit l'agacement frétiller en lui. Pourquoi devait-elle toujours avoir l'air inquiète en le regardant ?
Toutefois, il ne partagea pas son irritation pour ne pas la blesser. Il ne pourrait pas s'empêcher de culpabiliser s'il le faisait. À la place, il acquiesça d'un mouvement de la tête. Il attrapa le presse-agrume sortit plus tôt par sa mère des placards. Il s'attela à presser le jus de cinq citrons en silence.
« C'est vraiment gentil de préparer une tarte pour ce soir. Je suis sûre que Sirius et Remus seront touchés de savoir que c'est toi qui l'as fais. »
« Ça ne me dérange pas, ça m'occupe, » répondit-il.
En s'accroupissant pour attraper une casserole, Harry loupa le regard attristé de Lily. Elle retint un soupir frustré en reportant son attention sur le pantalon de James qu'elle repassait. Voir Harry si isolé et renfermé l'ennuyait. D'après son fils, il s'était rapproché de deux garçons à Poudlard. C'était un progrès immense mais il passait toujours ses week-ends seul. Comment pourrait-elle l'inciter à se faire de nouvelles relations tout en le mettant sous surveillance constante ?
En venant le chercher la veille à Poudlard, le docteur Shacklebolt lui avait raconté la crise de délire de son fils en plein milieu d'un centre commercial. Elle s'était exclamée bruyamment en apprenant qu'ils avaient amené Harry dans une galerie marchande ! Depuis plusieurs années, Lily ne prenait plus un tel risque. Le psychiatre l'avait rassuré. L'un des rôles de l'équipe éducative serait d'aider Harry à se sentir à l'aise et en sécurité en société. Savoir que quelqu'un se sentait capable de travailler ce point avec son fils l'avait rassuré : elle même était démunie.
Entendre que Harry avait paniqué, crié et frappé en entendant la voix de Voldemort retentir de son esprit l'avait presque soulagé. C'était l'élément manquant pour la convaincre que sa place était bien à Poudlard. La première semaine à l'hôpital pédopsychiatrique de son fils s'était déroulée sans heurts. Elle s'était alors demandée, une bonne dizaine de fois, s'il avait vraiment sa place à Poudlard. Cet événement le lui confirmait et elle arrivait, presque, à se défaire de sa culpabilité.
« Tu m'as à peine raconté ta semaine, » déclara t-elle au bout de quelques minutes de silence. « Je sais simplement que tu as préparé une tarte au citron en activité éducative. »
Harry versa le jus de citron dans la casserole puis y ajouta 125 grammes de sucre semoule et trois œufs. De sa place, Lily fut épatée par sa concentration et sa minutie. Rares étaient les moments où son fils était si méticuleux. Depuis des années, il souffrait de troubles attentionnels, son esprit étant trop envahi par les stimuli extérieurs.
« Le prof d'histoire est mortellement ennuyeux, » répondit l'adolescent une fois qu'il eut posé la casserole sur le feu. « Quand il parle, j'ai l'impression que je vais m'endormir. Et je ne suis pas le seul ! »
« Ça a toujours été ma crainte d'enseignante : endormir mes élèves, » confia Lily. « C'est dommage, toi qui aimes tant l'histoire. »
Surpris, Harry détourna un instant les yeux de la casserole où le contenu commençait à former de petites bulles. Il dévisagea sa mère, étonnée qu'elle ait repéré son attrait pour cette matière. Ce constat lui procura un vif sentiment de joie qu'il n'arriva pas à dissimuler.
« Mais… Il nous a donné un travail à faire par deux sur un thème de notre choix, » ajouta Harry. « Je suis avec un garçon un peu bizarre. Taciturne. Il paraît toujours énervé contre les autres. C'est étrange car je crois qu'il est quand même gentil. »
« Peut-être a t-il seulement besoin d'être à l'aise avec son interlocuteur. »
« En tout cas, on a tout un trimestre pour étudier la Seconde Guerre Mondiale alors on a plutôt intérêt à bien s'entendre, » grimaça Harry. « On va devoir faire un exposé oral devant toute la classe ! »
Pour la première fois depuis des années, Lily partageait une vraie conversation avec Harry sur un sujet hors du domicile. Depuis la déscolarisation de son fils, il était difficile de trouver de nouveaux sujets d'échange hormis ses cours privés avec un précepteur. Même lors de ses journées à l'hôpital de jour, Harry revenait et décrochait à peine trois mots à ce propos.
Là, Harry passait sa journée dans une vraie classe, suivait des cours avec des camarades et avait des devoirs à rendre en groupe. Il vivait des temps précieux dans la vie de tout élève : les récréations, les repas, les temps d'intercours. Bénéficiant d'une hospitalisation à temps complet, Harry découvrait même le fait de vivre en internat, en collectivité.
Une multitude de sujet de conversation s'ouvrait à eux.
« Heureusement, ce sont toujours des petites classes, » s'exclama le gamin d'un ton soulagé en mettant du beurre coupé en morceaux dans la casserole hors du feu. « J'aurai pas à parler devant trente autres élèves ! Je n'aurai jamais réussi. Déjà que ça va être compliqué là... »
« Nous pourrons s'entraîner ici, si tu le souhaites, » proposa Lily. « Avec un peu de pratique, tu verras que cet exercice devient plus facile. »
Le sourire étincelant de Harry fut une réponse suffisante. Rassuré, il termina de préparer la crème au citron tout en racontant sa semaine dans les grandes lignes à sa mère. Il mit volontairement de côté l'incident au supermarché mais s'attarda longuement sur l'atelier pâtisserie !
Plus tard dans la soirée, Harry tenait sa tarte au citron enroulée dans du papier aluminium sur ses genoux. À ses côtés, Axel ronchonnait à mi-voix pour ne pas avoir eu le temps de prendre une douche plus longue. Lily et lui s'étaient confrontés à son retour des Weasley en raison de ses quinze minutes de retard. Harry s'était sagement éclipsé dans le salon en les entendant commencer à s'écharper.
« Axel. Ça suffit. »
La voix calme mais tranchante de James claqua dans l'habitacle du véhicule. L'homme appuya ses mots par un regard acéré dans le rétroviseur intérieur. Axel se renfrogna davantage mais ne prononça plus le moindre mot, les joues légèrement rougies de s'être ainsi fait reprendre par son père.
James était rentré du travail tardivement. Il avait à peine eu le temps de sauter dans la douche, d'enfiler de nouveau vêtements et de s'allonger une dizaine de minutes sur le canapé du salon pour reprendre des forces. Ses yeux fatigués et cerclés de cernes prouvaient à eux seuls la dure journée passée au commissariat de police.
« C'est juste que j'ai seize ans et avoir un peu de retard n'est pas un drame alors… »
Axel fut coupé par un coup de frein brusque. Il eut un mouvement de recul lorsque James se tourna vers lui, les yeux lançant des éclairs. Par manque de chance, le feu venait de passer à l'orange, l'obligeant à s'arrêter au moment même où son impudent de fils reprenait la parole.
Harry se ratatina également sur place, impressionné par la colère de son père. Il jeta un regard en coin à son frère, effaré par sa stupidité. Pourquoi n'était-il juste pas resté silencieux ? Probablement son caractère impétueux.
« Tant que tu n'es pas majeur, tu respectes nos horaires pour rentrer ! Si tu n'en es pas capable, tu restera enfermé dans ta chambre et là, tu seras sûr d'avoir suffisamment de temps pour te doucher, » siffla James d'une voix glaciale. « Est-ce que je suis clair ? »
Lily fronça les sourcils face à la tension dans la voiture. Elle posa une main apaisante sur la cuisse de son époux. Elle-même était agacée par l'insolence de son fils mais elle ne souhaitait pas qu'une dispute gâche leur soirée.
« Est-ce que je suis clair ? » insista t-il en ne recevant aucune réponse.
« Oui papa, » chuchota Axel en baissant les yeux.
Le bruit d'un klaxon força James à reporter son attention sur la route. Il embraya, passa la première vitesse puis la voiture avança. Le silence persista mais à mesure que la route défilait, il se fit moins pesant. Harry adressa une grimace rassurante à son frère. Amusé, celui-ci baissa davantage la tête pour masquer son amusement.
« Salut les binoclards. Ma douce Lily, mes honneurs ! »
La voix enthousiaste de Sirius les accueillit quelques minutes plus tard alors qu'ils sortaient tous du véhicule. Ils venaient de se garer dans l'allée d'une jolie maison plain-pied aux tons jaunes. La demeure était moins grande et impressionnante que celle des Potter mais restait une jolie propriété. En parcourant les quelques mètres les séparant de James passa un bras autour des épaules d'Axel, mettant de cette façon un terme à leur différend.
Un immense chien noir bondit hors de la demeure en aboyant et se précipita vers eux avec joie. Sirius écarta les bras d'un air accueillant et serra James contre lui, lui mettant des claques bourrues dans le dos. Ce que l'homme lui rendit avec force. Il fit un baise-main élégant à Lily dont les yeux se levèrent au ciel, peu impressionnée.
« Salut Patmol, » chuchota Harry en caressant l'animal qui bondissait autour de lui.
« Tu préfères saluer un chien plutôt que ton parrain ? »
Le ton outré de Sirius fit sourire Harry. Il se redressa et fit face à son parrain. Sirius Black, trente-six ans, était un homme plutôt grand et musclé. Il dépassait James d'une bonne tête. Les traits aristocratiques de son visage révélaient son appartenance à l'une des plus anciennes et importantes familles londoniennes : les Black. Ses cheveux noirs étaient mi-longs et des mèches tombaient devant ses yeux gris. Son regard lui fit un instant penser à Drago Malefoy mais il s'empressa de chasser cette pensée.
« J'ai fais le dessert, » annonça t-il maladroitement.
L'adulte siffla d'un air appréciateur et attrapa le plat avec joie. Ils pénétrèrent tous dans la maison, se retrouvant dans un long couloir blanc et décoré de nombreux tableaux. Sirius les délesta de leurs vestes puis les invita à avancer jusque dans la pièce à vivre. Patmol les suivit, courant à travers leurs jambes.
« Ce chien est aussi bruyant et pénible que son propriétaire, c'est pour vous dire. »
Remus venait de sortir de la cuisine, deux bouteilles de vin en main. Ses paroles firent rire tout le monde sauf Sirius qui grommela contre son compagnon. Le salon de la demeure était une grande pièce rectangulaire. Un espace conçu autour d'une cheminée en marbre et de la télévision proposait une table basse en verre et une grande banquette d'angle. De l'autre côté se trouvait la salle à manger avec une table rectangulaire recouverte d'une jolie nappe fleurie et six chaises. La table était déjà dressée.
« Bonjour Harry. »
La voix douce de Remus le ramena à l'instant présent. Il se tourna vers l'homme et lui sourit timidement. Remus ne fit aucun mouvement pour l'embrasser, sachant combien les contacts physiques lui étaient pénibles. Harry apprécia la délicatesse des deux hôtes du jour. Depuis le temps, tous savaient que seuls ses parents et son frère pouvaient le toucher sans lui provoquer une réaction trop vive.
« Harry nous a préparé le dessert ! » indiqua Sirius en tendant à son compagnon le plat toujours emballé. « Surprise ! On verra ça à la fin du repas. »
« Oh, c'est gentil Harry. Je ne savais pas que tu faisais de la pâtisserie ! »
« J'ai … C'est à l'école. J'ai appris à faire ce dessert, » justifia Harry d'un air gêné.
Remus lui sourit chaleureusement et le remercia à nouveau. Évoquer Poudlard créa un bref instant de malaise que Lily brisa en entamant de suite une conversation avec Remus. Tous les deux se dirigèrent vers la cuisine en discutant d'une voix animée. Sirius se tourna vers Axel, un sourire carnassier aux lèvres.
« Alors, comment va cette petite Ginny ? »
Les joues de l'adolescent rougirent violemment. Satisfait de son effet, Sirius se laissa tomber sur la banquette, rapidement suivi par son meilleur ami. Celui-ci éclata de rire puis se frotta les mains d'un air conspirateur.
Harry lança un regard étonné à Axel. Son jumeau s'assit sur la partie en L de la banquette, l'embarras émanant de lui. Ginny ? Ginny Weasley ? Harry ne l'avait jamais rencontré. Il savait cependant qu'elle était la sœur de Ron, le meilleur ami de son frère. Ainsi, Axel était intéressée par la rouquine.
Visiblement, James et Sirius étaient informés de son attirance par la jeune fille. Lui ignorait tout de cela. Encore une fois. Ce constat lui apporta une boule dérangeante dans l'estomac. Il prit place à l'autre bout du canapé, observant les réactions de son frère. Pourquoi Axel ne lui en avait-il jamais parlé ? Il aurait bien pu lui dire le week-end dernier !
« Y a rien. Arrêtez avec ça ! » grogna Axel.
« Ne me dit pas qu'elle est encore avec le crétin de sa classe ? »
« Maintenant, tu es en première année des A-Levels, profite-en ! Ça impressionne les filles, » ajouta James.
Axel sembla encore plus mortifié. Il fusilla du regard les deux adultes et caressa distraitement Patmol venu s'allonger à ses pieds.
« De quoi parlez-vous ? » s'intéressa Lily.
Les mains occupées par des assiettes remplies de petits fours salés, Lily et Remus étaient revenus de la cuisine pour proposer l'apéritif. Sirius s'amusa de nouveau, son rire ressemblant étrangement aux aboiements d'un chien et se dirigea vers un vaisselier en bois près de la table de la salle à manger. Il en sortit plusieurs bouteilles d'alcool et les déposa sur la table basse.
« De l'intérêt des Potter pour les rousses, » déclara James d'un ton séducteur.
Lily ne s'en émeut guère et elle roula des yeux. Elle s'installa près de Harry tout en l'incitant à attraper un petit feuilleté au chèvre et au miel sortant tout juste du four. Sirius s'occupa de remplir le verre de chacun tandis que Remus se mit à côté de Harry.
La conversation était animée et tout le monde y mettait son grain de sel et son avis. Les éclats de rire de Sirius rythmaient l'apéritif tout comme ceux de James. Réunis, les deux membres de la police perdaient vingt ans ! Le petit brun resta muet et attentif à toutes les conversations autour de lui.
« Ça se passe bien à l'école ?
La voix douce et basse de Remus le fit sursauter. Il se tourna vers celui qu'il considérait comme un oncle. Un visage bienveillant, des cheveux châtains, des yeux bruns aux reflets dorés. Plus petit que Sirius, ils étaient ensemble depuis la fin de leur adolescence.
« C'est pas une école, » cracha t-il d'un ton amer.
« Je dirais plutôt que ce n'est pas qu'une école, » rectifia Remus. « Il me semble que tu prépares tes examens, non ? »
Harry, face à la réalité, fut obligé d'acquiescer. Il appréciait la manie de son oncle à voir positivement ce que les autres percevaient de façon négative. Incapable de mener une conversation de lui-même, l'adolescent n'ajouta pas à un mot mais Remus, loin de s'en lasser, sourit avec affection. Il échangea un regard rassurant avec Lily dont le corps s'était crispé à la réponse sèche de son fils.
« Tu m'aides à rapport les assiettes vides ? Je dois aussi vérifier la cuisson de mes lasagnes. »
Le jeune accepta sa proposition à sa grande satisfaction. Harry ressentit même un soulagement à s'extirper de cette animation entre les autres membres de sa famille. Il n'avait rien à dire, rien à raconter.
Il suivit Remus dans la cuisine et déposa les deux assiettes vides dans l'évier.
« Tu as rencontré d'autres jeunes ? »
« Quelques uns. Je m'entends bien avec deux d'entre eux, » confia Harry. « Mais c'est… grand. »
L'homme hocha la tête d'un air compréhensif. Il n'avait jamais mis les pieds à l'Institut Poudlard. Toutefois, l'hôpital était connu dans la région et Remus avait déjà entendu parler de ce grand domaine. Ce fait ne devait pas être rassurant pour l'enfant face à lui.
La naissance des jumeaux Potter fut un événement fantastique pour tous. James et Lily connaissaient la joie de devenir parents, de fonder une famille. Sirius et lui, dans l'incapacité de donner la vie, avaient vécu de très près cette double naissance. Jeunes parrains à défaut de devenirs parents, ils s'étaient pleinement investis dans leur rôle.
Harry et Axel, à la fois si semblables et si différents, étaient deux bébés joyeux et pleins de vie. Cela s'était confirmé d'années en années. Sirius et lui avaient tous les deux créés des relations profondes et solides avec les jeunes Potter même si leur personnalité respective les poussait à échanger différemment avec l'un ou l'autre.
Le caractère fougueux d'Axel trouvait du répondant chez Sirius. Si son compagnon s'était apaisé avec les années, il n'en restait pas moins un bout-en-train jovial. Lui s'entendait particulièrement bien avec Harry. Son calme et sa discrétion, même s'ils n'étaient pas toujours là pour de bonnes raisons, ressemblaient davantage à son propre tempérament.
Tous les deux férus d'art, leurs discussions étaient souvent intéressantes et réfléchies. Harry détenait un paquet de connaissances insoupçonné par son entourage sur ce sujet. Remus l'incitait à en faire part avec d'autres que lui mais il se refermait aussitôt. Il en avait parlé à ses amis, espérant voir Harry s'ouvrir avec eux sur ce sujet.
« C'est vraiment un château ? »
« Ouais, » sourit l'adolescent. « C'est plutôt beau même. Y a un grand parc. J'essaie d'en profiter tant qu'il ne fait pas encore trop froid. »
« Idée judicieuse, » approuva l'homme.
Il ouvrit le four pour surveiller la cuisson du plat de lasagnes. Une agréable odeur titilla les narines du plus jeune dont l'estomac gargouilla en réponse. L'agitation et le bruit lors de l'apéritif dans le salon l'avaient empêché de se concentrer sur la nourriture proposée. Harry observa Remus découper une feuille d'aluminium et la déposer sur le dessus des lasagnes pour éviter une trop forte coloration.
« Ça fait longtemps que tu n'es pas venu à la galerie, » nota Remus avec une pointe de regret dans la voix.
Depuis plusieurs années, Remus était le propriétaire d'une galerie d'art exposant tableaux, sculptures et autres créations artistiques. Située au centre de Londres, près de Trafalgar Square, la galerie remplissait de joie de riches acheteurs. Ce qui remplissait généreusement les caisses du lieu !
Par ailleurs, Remus avait à cœur de donner un coup de pouce aux jeunes artistes. Très régulièrement, étaient organisées des soirées et des vernissages dans la galerie pour mettre les projecteurs sur différents artistes.
Harry adorait venir lui rendre visite sur son lieu de travail lorsque Remus pouvait venir le chercher ou qu'un de ses parents l'y déposait. Ses yeux verts s'émerveillaient toujours face à de nouveaux artistes, des techniques novatrices, des créations loufoques. Malgré son insistance, le petit brun refusait encore de participer à un vernissage.
« Papa et maman ne voulaient plus de moi à la maison, » lança l'adolescent d'un ton sarcastique. « Alors j'ai plus vraiment le temps de venir ! »
Sa réponse sembla réellement choquer son oncle puisque Remus tourna brusquement la tête vers lui, les yeux arrondis. Il fronça ensuite les sourcils, le visage fermé par la réflexion. Distraitement, Remus referma le four, régla la température puis se tourna face à lui.
Devant sa vive réaction, Harry se sentit embarrassé d'avoir été si ouvert. Et injuste de tenir des propos aussi durs à l'encontre de ses parents. Appuyé contre le plan de travail, il baissa les yeux au sol, les mains enfoncées dans les poches.
« Harry, j'espère que tu ne crois pas sincèrement que Lily et James ne te voulaient plus chez vous, » soupira tristement Remus en s'approchant de lui. « Te savoir à Poudlard, loin d'eux, est plus difficile que tu ne peux l'imaginer. Ta douleur et ta colère est compréhensible mais vous souffrez tous de cette situation. »
La voix de Remus était hésitante alors qu'il pesait le moindre de ses mots. Il ne voulait pas nier la souffrance du gamin face à lui mais avait à cœur de le rassurer sur l'intention réelle de ses parents.
James ne s'était guère exprimé sur leur soudain choix d'interner Harry à l'hôpital Poudlard. Il avait haussé les épaules, décrétant que c'était inévitable. Pourtant, ses yeux noisettes avaient été envahi d'une souffrance intolérable. James n'avait jamais été très à l'aise à exprimer clairement ses émotions. Sirius et lui le connaissaient pourtant assez pour deviner combien la maladie de Harry le rongeait de l'intérieur.
Lily avait été plus expansive, les larmes jaillissant hors de ses yeux. James avait enroulé un de ses bras autour de ses épaules dans un geste fort et rassurant mais silencieux. Leur décision était intervenue après une crise de délire particulièrement violente de l'adolescent. Ils avaient dû se rendre à l'évidence : prendre en charge Harry au quotidien était au-delà de leurs limites. Tant eux que Harry avaient besoin d'aide.
« C'est pas vous qui êtes là-bas, » maugréa Harry, les yeux toujours rivés au sol. « Je dors là-bas, entouré de gens bizarres et c'est toute la semaine comme ça ! »
« C'est vrai, » approuva Remus avec tristesse. « C'est toi qui vit au quotidien à Poudlard. C'est un départ difficile mais peut-être, qu'avec le temps tu y trouvera ta place. Tu t'es déjà fais deux amis. Tu retournes à l'école. Tout cela ne faisait pas partie de ta vie il y a encore quelques semaines. »
« Je sais... »
Un sourire serein se dessina sur les lèvres de l'adulte. Ça ne réglait pas le problème mais au moins, Harry avait entendu ses mots et ils se trouvaient à présent dans un coin de son esprit. C'était toujours cela de gagné !
« Alors, samedi prochain, je viens te chercher pour t'amener à la galerie ? Tes parents sont d'accords. »
« Bon, ok, » accepta Harry avec un sourire franc. « Tu as combien d'artistes exposés en ce moment ? »
Qu'en avez-vous pensé ? A la semaine prochaine mes fidèles lecteurs,
Patmol25
