Salut les gens !

Bon. J'ai du retard. Beaucoup de retard. Assez pour avoir perdu le compte des mois. Et j'ai pas vraiment d'excuse, parce que j'avais fini de rédiger le premier jet de ce chapitre avant mes partiels de Mai. J'ai eu un mal fou à me motiver pour le retravailler. Mais c'est fait, c'est fini ! Il est tout beau - enfin à vous j'en juger – il et là, j'y touche plus !

Bon plus sérieusement, j'arrive sur la fin de cette fanfiction (le prochain chapitre sera probablement le dernier) et … Ben j'ai l'impression d'avoir dit tout ce que je voulais dire sur ces perso. Tout du moins, tout ce que j'avais à dire qui ne soit pas déjà explicité par le manga. Du coup, ce que j'écrivais ne me satisfaisait pas, j'avais l'impression de me répéter, et la motivation s'est barrée. (D'autant que je me concentre sur d'autres fandom qui me motivent encore plus ces derniers temps, alors dur de revenir se concentrer ici.)

Mais je refuse d'abandonner un projet que j'ai autant avancé, d'autant qu'Elly et Léo sont encore des perso qui me tiennent à cœur (Ce sont et ce seront toujours mes chouchous. Toujours.) Donc je vais relire ce que j'ai déjà fait histoire de ne rien oublier, et je m'atèle de ce pas au chapitre final ! Et promis, il se pointera pas dans six mois.

(En passant, ma bêta lectrice n'est pas encore passée par là, donc désolé s'il reste des fautes. Malgré mes relectures, j'en rate toujours)

En passant, merci à CyberMoon pour sa review ^^

Bref, je vous laisse tranquilles avec le chapitre 6 (Et comme d'hab, merci de lire !)

Bonne lecture :3

Chapitre 6

Ici ou Ailleurs

« -Regardez ! Il est là !

-Eh ! Allez-vous-en, j'ai pas de temps à perdre !

-C'est le grand frère blond ! »

A en croire les piaillements incessants des marmots, Elliot venait d'arriver. S'extasiant face au jeune homme, les parasites gambadaient autours de lui, s'élançant joyeusement bras tendus dans l'espoir d'une embrassade fraternelle. Vain, l'espoir.

Le visiteur peinait à les repousser, je le voyais d'ici. Il reculait inexorablement vers le coin de la pièce, observant la marre de petites têtes qui obstruaient son passage, sans y découvrir l'échappée qu'il recherchait. Alarmé, mon minois crispé reflétait tout l'embarras que la situation lui inspirait.

Moi, je restais caché à l'angle du couloir, adossé contre le bois frai et rugueux qui dessinait le bâtiment, savourant le spectacle qu'il se jouait. Coincé contre le mur, le paon désemparé releva enfin ses yeux vers ma petite personne, désespéré. Sûrement pour quémander un coup de main. Je lui offris un magnifique sourire, sans plus bouger.

Qu'il se débrouille tout seul.

« -Il est pas là Claude ? » Demanda Jane, curieuse.

« -Tu peux jouer de la musique comme la dernière fois ? S'il te plais ! » S'exclama un autre gamin.

« -L-laissez-moi ! » Il se tourna à nouveau vers moi. « Léo ! »

Ses iris suppliants se muèrent en un regard offusqué lorsqu'il m'entendit rire. Il fallait le voir aussi, aux prises avec la vague de mômes qui menaçant de l'engloutir ! Tout noble respectable qu'il était, et peu importe l'étendue de son admirable bravoure, il suffisait d'une armée de minuscule soldat pour déstabiliser le fils Nightray. Terriblement amusant …

Alors qu'il tendait vainement sa main vers moi, je me retournais, serrant contre mon torse la pile de livres que je portais. Quelques pas, et je m'effaçais dans le couloir. Je savais qu'il finirait bien par me rejoindre, passé son inévitable lutte contre la foule admirative. Inutile de s'en soucier plus. Et puis la délicieuse histoire de Cathy – entamée le matin même, le résumé m'ayant intrigué – n'allait pas se lire tout seul.

Il ne fallait pas croire qu'Elliot détestait les enfants, au contraire. Il se souciait de leur sort, et je doutais bien moins de sa sincérité que de celle de ses ainés. Seulement, le blond ne savait pas y faire avec les petits. Pire que moi. Là où, avec le temps, j'avais appris à apprivoiser la marmaille, usant d'agréables mélodies lorsque je ne m'éclipsais pas, il savait à peine s'adresser à eux. Et ce, que ce soit pour les éloigner, les réprimander ou même échanger quelques mots. Leur enthousiasme non réfréné l'effrayait, et il en résultait un agacement palpable que les petiots ne semblaient pas percevoir.

Enfin, en tant que cadet de sa famille, rien d'étonnant à ce qu'il ne sache pas comment s'en occuper. Il ne devait pas en voir souvent, des enfants, chez les Nightrays.

Glissant mes doigts le long du papier que je dévorais des yeux, je m'attardais sur les phrases joliment tournées, me plaisant à les relire. C'était un style léger, agréablement tourné, loin du rythme nerveux des fresques chevaleresques qu'affectionnait mon camarade – tout comme moi. Ce genre de lecture, je les savourais tout doucement, patiemment, m'imprégnant de l'image que dégageaient les mots. C'était un univers entier qui s'offrait à moi, au travers de ces simples phrases. Un champ d'identités multiples, de lieux mystérieux que je découvrais, de-

« -Toi ! »

Ah, apparemment, Elliot en avait fini avec les bambins.

« -Comment oses-tu ! » S'écria aussitôt le blond. « Tu sais très bien que je déteste quand ces sales gosses me sautent dessus, t'aurais pu intervenir ! Ça te coutait quoi ?

-Un temps précieux.

-Je t'ai déjà dit d'arrêter d'être insolent ! » Brailla-t-il, outré. « Et lève les yeux quand je te parle !

-J'ai un chapitre à finir. Ça ne se voit pas ?

-Toi …

-Tu te répètes. Va t'asseoir et attends que je termine. »

Bien que profondément vexé par mon manque évident d'attention face à sa crise de nerf, le jeune homme s'installa sur la chaise la plus proche. Non sans signaler son mécontentement par quelques sifflements, lorsqu'il se laissa bruyamment tomber sur l'assise. J'esquissais un sourire.

Une dizaine de pages plus tard, je terminais enfin la dernière ligne du chapitre. Coup de chance pour lui, pas assez de suspense pour que je poursuive.

« - C'est bon, t'as fini ? » Marmonna l'impatient alors que je refermais l'ouvrage.

« -Oui, votre Altesse. Je vous dévoue mon entière attention.

-Moque toi, moque toi … »

Je me tournais pour lui faire face, sans décoller du sol, confortablement installé contre l'étagère. D'abord, il commença à parler d'Ernest, lequel voyait son anniversaire approcher à grand pas. Elliot hésitait encore sur le cadeau qu'il comptait lui offrir, une énième musique composée par ses soins ou quelque chose de plus courant.

« - J'ai demandé à Vanessa de le questionner pour mon compte, mais elle ne m'a pas vraiment éclairé … »

Un objet, un livre peut-être. Apparemment, son aîné affectionnait le théâtre – au contraire de Claude, lequel préférait les ouvrages concrets portés sur des sujets donnés. Le brun l'agaçait, d'ailleurs, il ne savait jamais comment lui faire plaisir, et son éternelle expression stoïque n'aidait pas à deviner. Il semblait ne rien aimer, ne rien détester non plus. C'était toujours le même regard qu'il portait sur les présents qu'on lui apportait.

Je ne répliquais rien face à Elliot, mais il se trompait cependant. Ses yeux s'illuminaient lorsqu'ils se posaient sur le blondinet. Il aurait bien pu lui offrir n'importe quoi, pourvu qu'il en soit l'auteur, Claude s'en serait parfaitement contenté.

« - J'ai du mal à les comprendre … Vanessa, encore, ce n'est pas bien compliqué de trouver ce qu'il lui plait elle me le dit elle-même. Mais Claude est un véritable mur, parfois.

- Tu n'auras qu'à demander à Ernest de t'aider, la prochaine fois. Ils ont grandi ensembles, il doit bien savoir.

- Ils sont radicalement opposé. Et puis à tous les coups, Ernest me conseillera quelque chose qui lui plait à lui ! »

Etrangement, je ne doutais pas de l'égocentrisme du séducteur. Pour autant, j'évitais de le signaler à Elliot. Ma sincérité, c'était une chose. M'en prendre à sa famille, s'en était une autre. Plutôt que de provoquer le Nightray, je m'étirais longuement avant de me redresser, sentant mes membres s'engourdir.

« - Tu comprendrais mieux si tu l'avais au quotidien. » Il soupira, un sourire au coin des lèvres. « C'est un sacré personnage.

- Comme son frère.

- Claude ? Qu'est-ce que tu racontes, il est plutôt cal- »

Je pouffais. Comprenant son erreur, Elliot se redressa vivement, agacé, me réprimandant vigoureusement. Ce n'était pas tant la colère que la honte de son erreur qui l'y poussait, d'ailleurs, mais je n'eus pas le temps d'enfoncer le bouchon qu'il changeait aussitôt de sujet.

« -Et toi, c'est comment ici ?

-Ici ? » Je haussais les épaules. « C'est mouvementé et bruyant quand les petits sont là, et plutôt calme quand Louise et Maria les ont couchés. Un orphelinat comme les autres.

- Et … Ça te va ?

-Ce n'est pas comme si j'avais le choix, tu sais ? »

Je ris en le voyant rougir, conscient de sa naïveté. Il baissa les yeux, et je jurais soudain qu'il s'y glissait une lueur, une idée qui lui venait mais qu'il étouffa aussitôt. Une bêtise, sûrement. Impossible de me faire sortir d'ici, le seul qui pouvait rendre visite à l'autre, c'est lui. Même si nous l'oubliions sitôt qu'il franchissait le pas de la porte, nos conditions étaient drastiquement différentes. Elles nous séparaient.

Et, paradoxalement, elles étaient la raison de notre rencontre.

C'était étrange de songer que je n'aurais certainement jamais connu Elliot sans la mort de ma mère.

« -Et tu n'as pas envie d'autre chose ? » Il poursuivit.

« - Comme quoi ?

- Je sais pas … Te faire adopter, avoir une famille, vivre ailleurs … »

Autre chose … Je ne me posais jamais vraiment la question. J'avais aimé, jadis, vivre au côté de mon unique parent. On était pauvres, on se contentait de rien, chaque lendemain était incertain, mais ça m'allait. En arrivant ici, je m'étais accoutumé à mon nouvel environnement. Il m'avait fallu du temps, certes, et la présence des orphelins me dérangeait encore un peu. Mais passé les confrontations infructueuses et les réprimandes, j'avais construit mon petit nid dans un recoin de la bibliothèque. Adopté une routine quotidienne que je répétais jours après jours, sans éprouver le besoin de la bousculer.

Et puis, une famille, j'en avais plus ou moins une, non ? Une famille un peu bizarre, parfois insupportable, entêtée, capricieuse, mais aimante, aussi. Assez pour me courir après durant ces deux dernières années.

« -Ici ou ailleurs, qu'est-ce que ça change ? »

Elliot me fixa, l'air de vouloir rétorquer un millier de chose sans en trouver une seule qui ne tienne la route. Il me connaissait suffisamment pour savoir déjà ce que j'allais lui répondre, peu importe l'argument. Quelle famille aurait pu me convenir ? Aucun parent ne remplacerait ma mère, et pour le reste, ni l'argent ni le confort ne m'adoucirait. Ici ou ailleurs, c'était la même chose. Mais ici, au moins, je n'avais pas à faire semblant.

« - T'es vraiment un cas particulier … » Soupira-t-il finalement.

« -Tu peux parler. »

xoxoxox

Jane en colère, c'était un sacré spectacle. Loin d'être un ange, la gamine se donnait souvent en spectacle, toujours pour l'attention de ses camarades. Elle attirait la marmaille par quelques vantardises qu'elle tirait sans fin de son imagination, et trouvait toujours le moyen de regagner leur intérêt. Parfois, elle se chamaillait avec eux, pleurnichait vainement pour attendrir Louise et Maria, râlait, pestait, mais toujours sous couvert de cette mimique boudeuse d'enfant blessé dans son égo.

La voir plantée devant moi, les bras croisés, le visage rouge d'une colère infantile, ça changeait.

« -C'est pas juste ! » S'écria-t-elle, insistant tout particulièrement sur le dernier mot.

« - On peut même pas lui parler ! » Surenchéri James, planté près d'elle. « Il est toujours fourré avec toi !

- T'es nul, tu partages même pas ! »

Inutile de leur préciser qu'Elliot était un être humain doué de conscience et d'une volonté propre, ce qui compliquait difficilement la notion de « partage ». Apparemment, la jalousie aveuglait la bambine, laquelle s'était vexée de constater que le grand frère blond ne lui accordait pas l'attention qu'elle désirait. Au contraire de ses deux ainés – Ernest, surtout - qui ne se privaient pas de tourner autour de la troupe d'enfant.

Comme si j'avais demandé qu'Elliot me colle, moi.

« -Elliot n'est pas un jouet.

-Pourquoi tu le gardes toujours pour toi ? Nous aussi on veut jouer avec lui ! » Brailla Mika, non loin, sans se soucier de mes maigres explications.

-On veut le grand frère blond !

-Il pense toujours qu'à toi ! »

La prochaine fois, j'éviterais de raccompagner Elliot. Et de croiser un seul de ces gamins dans la semaine qui suivait sa visite. Ca vaudrait mieux pour moi et pour mes pauvres oreilles. Hormis Thomas – qui me fuyait comme la peste depuis notre dernière altercation –, Helen qui jouait distraitement et Mona, laquelle aidait aux cuisines, pas un seul des petits prédateurs ne semblait vouloir me laisser en paix.

« - C'est pas juste !

-Les enfants ! » La voix ferme et tendre de Louise surpassait leurs petits cris outragés. « Laissez-le tranquille ! »

Les bambins se tournèrent vers la servante qui, faute d'apaiser leur mécontentement, le muselait au moins. Elle leur câlina gentiment la tête, y passant ses doigts fins, avant de s'approcher de moi d'un pas énergique. D'un geste de la main, la rousse désigna les cuisines.

« -C'est bien mignon de fricoter avec le fils du Duc Nightray, mais le repas ne va pas se faire tout seul, jeune homme ! Alors maintenant que ton ami est parti, tu files aider Maria et Mona aux cuisines !

-Bien. »

Un simple hochement de tête, non pas signe d'obéissance, mais de reconnaissance. Saisissant l'occasion, je filais vers lesdites cuisines, m'éclipsant derrières les tables et les effluves salées, avant de repérer les deux marmitonnes accaparées par leurs tâches. Non loin, Louise occupait mes prédateurs, leur faisant bien vite oublier la visite d'Elliot par quelques propositions de jeux qui les enchantèrent.

J'étais tranquille pour un moment.

L'heure qui suivit m'occupa suffisamment l'esprit pour m'apaiser. Je portais les plats sur la demande d'une de nos bienfaitrices, plus costaud que Mona, surveillais régulièrement la cuisson, comptait le nombre d'assiettes à disposer. Vint ensuite le repas. La vieille Elza réunit la joyeuse troupe autour de la table alors que la petite brunette ramenait les couverts. Voulant l'aider, je m'apprêtais à quitter la cuisine.

C'était sans compter sur Louise, laquelle m'interpella avant que je ne franchisse le seuil.

« -Léo ? »

Je devinais déjà les mots qui allaient suivre. Les mots que je ne voulais pas entendre, mais qu'elle ne m'épargnerait pas. Un instant, j'hésitais à feindre l'ignorance ou le manque d'attention, pour m'éclipser. Mais son œil justement sévère, ses mains solidement vissées autour de sa taille et le soupire lassé qu'elle échappa m'en dissuadèrent. Résigné, je me tournais vers la servante.

« -Tu n'es pas allé parler à Thomas, hein ?

-Pas encore. » Répondis-je, me crispant.

« -Et tu ne comptes pas le faire. »

Inutile de lui mentir. A moins que je n'eus envie de l'énerver ou de la décevoir, ce à quoi je rechignais. La jeune femme usait de patience et de bonté envers nous, et j'en avais déjà bien assez abusé durant ces deux années d'isolement. Néanmoins, je ne comptais pas lui céder sur ce terrain-là. Parler avec l'autre gosse, c'était au-dessus de mes forces. Et puis, ni lui ni moi n'en avions envie.

« -Ca n'apportera rien. » Lâchais-je simplement, certain de la véracité de mes propos.

« -Et tu penses apporter quelque chose en l'ignorant à longueur de journée ? » J'entrouvris les lèvres pour protester, mais elle fut plus rapide. « Ecoute, je te connais. Au moins assez pour savoir que tu ne m'écouteras pas, même si on y passe toute la nuit. Tu es assez grand pour comprendre la situation, à toi de voir ce que tu veux faire. Mais si tu regrettes, plus tard, tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même. »

Des regrets ? Ça n'était pas mon genre. Oui, j'étais allé loin, et après ? Quelques mots n'apaiseraient ni la hargne de Thomas à mon égard, ni la colère bouillante qui attendait sagement au fond de moi. La colère qui guettait le moindre faux pas pour s'échapper. La moindre remarque. Un geste de trop. Lui conservait son sale caractère tandis que demeurais solitaire. Il n'était pas toujours utile de discuter. Certaines personnes ne pouvaient tout simplement pas s'entendre. Quoi de plus stupide, alors, que de vouloir forcer le cours des choses ? Pour écoper d'un nouveau désastre, non merci !

Chacun dans notre coin, nous avions trouvé notre équilibre.

« - C'est tout ce que vous aviez à me dire ?

-Oui. Mona en a fini avec les couverts, file manger tant que c'est encore chaud.

-Bien. »

D'un coup d'œil jeté entre mes mèches, je suivais la servante du regard alors que je m'éloignais, sur mes gardes. Méfiant. Je ne doutais pas de la parole de Louise, mais la connaissait suffisamment pour savoir qu'elle obtenait toujours ce qu'elle voulait, avec nous. Elle n'occupait pas ce poste pour rien, et nul besoin de force pour se faire obéir, avec elle. Même la teigne noire du fond de la bibliothèque, elle l'avait assagie à force de patience et de compromis. Elle nous déchiffrait, nous cernait pour notre bien tant que pour celui de la maison.

Et elle nous devançait toujours.

« - Mais quelque chose me dit qu'Elliot ne serait pas de cet avis. »

xoxoxox

Je me callais confortablement sur ma chaise alors qu'Elliot entamait le morceau, ramenant toute mon attention vers les quelques notes qui s'échappaient. Encore cette même musique, Statice, l'air souple et rythmé qu'il se proposait de m'offrir la dernière fois qu'il me l'avait joué. Depuis le temps, le pianiste s'était penché sur sa composition pour en gommer les défauts. Le travail durement fourni s'entendait aisément, tout du moins, je le devinais. Les notes s'accordaient mieux les unes aux autres, il n'hésitait plus quant aux accords qu'il jouait. Une véritable harmonie se dégageait du tout. Je m'étonnais de constater les efforts déployés par le coléreux, tout ça pour l'impétueux gamin rencontré dans le fond de la bibliothèque.

J'en aurais certainement rit si je l'avais su, à l'époque.

A l'époque ? C'était … Pour le moins bizarre. Nous nous connaissions depuis seulement quelques mois. Quelques mois qui nous avaient particulièrement bousculés. Quelques mois pour m'extirper de mon trou à rat. Quelques mois pour apaiser ses éclats de colère et rabattre le clapet à son égo mal placé.

« - Alors, Qu'est-ce que tu en penses ? » m'interrogea le blond, ses doigts allongés sur les touches blanches.

« -Mmm … » Je souris, me relevant pour m'approcher. « Intéressant. Le rythme est plus agréable, et la mélodie se dessine nettement …

-Alors ça te plais ?

- … mais pour ce qui est de ton jeu, tu es trop brusque. Ce piano ne te veut aucun mal, pas la peine de l'agresser. »

Comme d'habitude, j'écopais des remarques désagréables de mon camarade, n'en souriant que davantage. Pour lui montrer l'exemple, je me plaçais devant l'instrument et volait quelques notes, une mélodie brève, juste de quoi illustrer mes propos. Puis je réitérais l'expérience, exagérant cette fois sa brutalité.

« -Tu vois ? Si tu les martèles, tu perds la douceur du refrain. C'est dommage.

-Je ne suis pas aussi brusque …

-Encore heureux, depuis le temps que tu en joues. »

Coup de coude, j'évitais habilement.

J'opposais un sourire mesquin à son regard courroucé, puis retournais m'asseoir sur mon siège, satisfait. Je le connaissais assez pour savoir que, sous sa mauvaise humeur apparente, il réfléchissait déjà à mes paroles, conscient de ses maladresses. Il tenait à s'améliorer, trop pour satisfaire son orgueil. Si la fierté d'Elliot lui était d'une utilité, c'était bien celle-là : aller toujours plus loin. Et rester droit, irréprochable, fidèle à ses principes.

Ce type n'avait rien à faire dans une famille de nobles hypocrites. Ou plutôt, je ne comprenais toujours pas d'où lui venait cet esprit chevaleresque, qui ne collait en rien aux fourberies de ses ainés. Enfin, pour ce que j'avais pu en voir.

« - Et ces histoires de valets ? Tu n'as toujours pas choisi ?

-Non. » Le musicien secoua la tête. « Ce sont tous les mêmes, toujours à faire milles courbettes pour se faire bien voir.

-C'est normal. Plaire à ta famille, c'est leur rôle.

-Justement. Je ne veux pas de quelqu'un qui se plie à mes volontés pour mieux cracher dans mon dos. »

L'entendre me faisait grandement relativiser quant à ma situation. S'il y avait bien une chose qu'un orphelin des rues ne craignait pas, c'était l'hypocrisie. Les gens ne perdaient rien à nous cracher leur rancœur. Enfin, il y restait bien Ernest pour se jouer de mes cadets par quelques faux sourires, mais aucuns n'étaient plus sincères que ceux de Louise et de Maria. Même la colère de la vieille Elza, on pouvait y croire. Les crises de Jane, les câlineries d'Helen, les discours gonflés de fierté de James, l'affection de cette famille factice, que du vrai. Ici, je n'avais pas à me méfier.

Mais dans le monde d'Elliot, tout n'était que mensonges et faux semblants. Un frère de sang pouvait cacher un assassin, un valet un traitre. Des journées peuplées de paroles sans valeur, de visages soigneusement composés, de gestes calculés. Malgré ses richesses, le monde des Nightray ne m'attirait nullement. La pauvreté n'avait rien à dissimuler, elle.

« - Mais Claude et Ernest commencent à perdre patience … Sans compter mon père. » Il soupira.

« - Si tu ne trouves personne à ton goût, cherche quelqu'un de compétant, qui remplisse correctement sa tâche. »

Peu convaincu, le pianiste tourna soudain son regard océan vers moi, me transperçant de ses pupilles. Il resta ainsi sans rien dire, perdu dans ses pensées, puis secoua finalement la tête, reportant son attention sur son ami de toujours, l'instrument de musique disposé face à lui. Faute de valet satisfaisant, il pouvait toujours se rabattre sur la musique pour se confier.

« - Je maintiens ce que j'ai dit. » Lâcha-t-il brusquement, un sourire énigmatique flottant sur ses lèvres. « Statice est pour toi. Je t'apporterai la partition dès que j'aurais fini de la rédiger. »

Je souris. Statice … Quel nom ironique, au fond. Nous avions tous deux beaucoup changés ces derniers temps, passé la violence des premières disputes. Nous avions … grandi ? C'était peut-être ça. De notre éclatante rencontre – un accident peu commun – nous avions chacun appris. Appris à nous remettre en question, à ignorer notre fierté, à sortir de nos confortables carcans. Et pourtant, il nous restait encore un long chemin à parcourir. Quatorze ans, et même quinze, seize, c'était trop peu pour décider de s'arrêter.

« - Merci, Elliot. »

Moi aussi, je préparais quelque chose pour lui. Une musique singulière, familière, comme la chaleur qu'il m'apportait. A vrai dire, j'attendais impatiemment de terminer enfin la mélodie et la partition, hâté de découvrir le visage du blond lorsqu'il l'écouterait. Je n'avais encore jamais consacré tant de temps sur un présent, mais j'osais croire qu'il en valait la peine. Que cet échange scellerait notre étrange amitié naissante. Qu'il la pousserait un peu plus loin, et nous avec.

Quelques minutes plus tard, le Nightray fila rejoindre ses aînés, lesquels saluèrent notre petite famille avant de disparaitre derrière les portes noires du fiacre. Plus d'Elliot ni de musique, juste une pièce vide est quelques cris d'enfants. Enfin, seulement ceux de Mika, Mona et Jane, les autres manquaient à l'appel. Ernest jurait les avoir vu galoper dehors, aussi Louise et Maria ne se faisaient-elles pas de soucis. D'ici quelques longues minutes, une heure peut-être, ils passeraient le pas de la porte, poussés par l'ombre de la nuit. Et la faim.

C'était notre routine quotidienne.

« - Léo ! Puisqu'Elliot est parti, dépêche-toi et viens m'aider à étendre le linge ! »

xoxoxox

Ils n'avaient pas pu partir bien loin, forcément. Surement qu'ils étaient allés jouer quelque part entre les montagnes de gravats. À moins qu'ils n'aient couru le long de la route, sans voir le temps passer. Ils n'avaient réalisé que trop tard l'étendue de l'ombre nocturne autour d'eux et, piégés par le temps, ils cheminaient consciencieusement en sens inverse jusqu'à l'orphelinat. Ils étaient en route. Bientôt, ils franchiraient la porte, tremblants, fondraient en larmes et se confondraient en excuses face à Louise et Maria. Elles les réprimanderaient sévèrement, mais Louise se ressaisirait la première, plus solide que sa comparse.

Les lumières du vieux bâtiment criaient à travers les fenêtres, ils finiraient bien par les apercevoir. La porte allait grincer, puis ils débouleraient dans la pièce.

« - Maria ? Ils sont où Helen et James ? » Demanda l'un des enfants, assis dans un coin de la salle.

« -Ils vont bientôt rentrer, ne t'en fais pas …

-Mais ils sont où ?

- Ils sont … » La jeune femme se mordillait la lèvre, jouant nerveusement de ses doigts. « J-je …

-Ils sont allés jouer un peu trop loin. » Incroyablement paisible, Louise se pencha vers le gamin, saisissant ses mains. « Ça arrive. Ils ont manqué de prudence, et ils n'ont pas fait attention à l'heure. »

Perturbé par l'inquiétude ambiante, le môme hocha néanmoins la tête. Le sourire factice qu'elle offrait semblait lui suffire, mais même sa grande force de caractère ne suffisait à masquer entièrement la peur qui la traversait. De fréquents coups d'œil vers la porte, une attention constance, presque obsessionnelle, pour le moindre bruit extérieur. Rien de plus frappant, cependant, que les milliers de tics qui échappaient à Maria, alors qu'elle emmenait Thomas se coucher. Elle n'aurait bientôt plus d'ongles, à cette allure.

Et s'ils ne revenaient pas ? Peut-être avaient-ils suivit le fiacre des Nightrays le long de la route, inconscients de la distance qu'ils creusaient avec leur foyer. Se perdre, c'était si simple ici, surtout de nuit …

Mon père était bien mort une nuit, après tout. Perdu dans la forêt. La nuit, les repères s'effaçaient. La nuit, elle engloutissait ses proies, les avalait, les coupait du reste du monde. La nuit, comme un océan immense qui gagnait l'horizon. La nuit comme un monde tellement différent, tellement terrifiant.

Comme ce monde …

« - Léo ? »

Je me redressais brusquement. Près de moi, Louise s'était approchée. Son regard ne mentait plus, désormais, j'y lisais ses craintes, ses peurs. Où peut-être y admirais-je seulement les miennes ?

Question inutile.

L'important, c'était Helen et James. Helen et James qui, contrairement à Thomas, n'étaient pas rentrés ce soir.

« - Je suppose que tu ne m'écouteras pas, si je te dis d'aller te coucher et de ne pas t'inquiéter ?

- En effet.

- Je m'en doutais … » Elle soupira. « Tu n'as plus six ans, toi. »

Inutile aussi de lui faire remarquer qu'elle ne m'avait pas connu, à six ans. Et que je ne lui aurais pas plus obéi à cet âge. Personne, hormis ma mère, n'avait d'emprise sur moi. Et ma mère, elle était morte. Assassinée dans une ruelle, apparemment. Je l'avais attendue longtemps, cette nuit-là, mais elle n'avait jamais reparu. Il ne restait que les agents pour m'annoncer l'affreuse nouvelle.

La nuit m'avait pris mon père, ma mère. Qui d'autre, encore ?

« - Vous avez prévenu la police ? » Demandais-je soudain, oppressé par le silence de leur absence.

-Elza s'en est occupée. Ils cherchent, mais la zone est grande, les petits sont sortis depuis plusieurs heures … » Elle soupira avant de s'asseoir près de moi, désemparée. « On aurait dû s'inquiéter plus tôt, les cher-

Elle n'eut pas plus le temps de se lamenter, un cri retenti à l'étage. La voix de Maria. Puis des pas précipités dans l'escalier, paniqués.

« - Dis leur immédiatement, Thomas !

-J-je pensais qu'ils allaient revenir a-avant …

- Dis-leur ! »

Face à nous, la servante et le gamin que j'appréciais si peu. L'une hors d'elle, partagée entre une soudaine colère et une terreur profonde, l'autre penaud, les yeux rivés au sol, incapable d'aligner deux mots correctement. L'enfant peinait à se tenir droit, geignant sans cesse, son bras rudement emprisonné entre les doigts de la jeune femme.

« - I-il a dit que c'était pas dangereux ! M-mais moi je voulais quand même pas y aller, et-

-Thomas ! »

Plus que paniquée, la brune relâcha finalement le bras du gosse, se précipitant vers sa consœur.

« -Sablier ! » S'écria-t-elle finalement, horrifiée. « Ils sont partis vers Sablier ! »

Sablier ? La capital de la tragédie, effondrée non loin d'ici ? Impossible. Comment auraient-ils pu trouver le chemin, seuls, qui plus est ? C'était juste deux gosses. Un peu trop curieux, certes, mais deux gosses quand même … Impossible, vraiment. Et pourtant, leur terreur commune me gagnait. Sablier, ce n'était pas si loin. Et surtout, c'était dangereux. Tant pour ce casse-cou invétéré de James que pour Helen, à peine capable de se repérer dans les couloirs en pleine nuit.

« - Pourquoi ?! » Perdant soudain son calme légendaire, Louise se précipita vers l'inconscient, s'agenouillant à sa hauteur. « Pourquoi sont-ils allés là-bas ? Ce n'est pas un endroit pour jouer !

-L-le monsieur … I-il avait dit à James, et il voulait voir …

- Qui ça ? Et quand ?

-J-je … le monsieur … »

Tremblant, Thomas se recula, fixant sa bienfaitrice de ses deux petits yeux apeurés. Louise n'insista pas, réalisant certainement que l'identité de l'homme importait peu. Ils savaient où se dirigeaient – où étaient ? – Helen et James, il fallait les rattraper au plus vite.

« - Maria, va chercher Elza ! Il faut qu'on prévienne les agents ! »

Mon cœur se serra étrangement. Sentiment fort désagréable que cette panique ambiante qui nouait ses nœuds autour de mon cou, jusque dans mon estomac.

La dénommé s'éclipsa sans se faire prier, laissant le môme au milieu de la pièce, désorienté.

L'homme ... Je la revoyais, l'ombre malsaine, se pencher vers eux pour leur parler. Son regard fixe roulant sur son visage malade, cet affreux sourire taillé sur sa face hideuse. Elles n'avaient pas compris, bien sûr. Elles ne sentaient pas l'aura que dégageait ce type.

Mais j'aurais mis ma main au feu que c'était lui, « le monsieur ». Et il attendait le dernier moment pour nous en faire part, bien sûr ! Je lui jetais un regard noir, savamment dissimulé derrière mon rideau de mèches sombres mais pas un mot ne les suivit. Il aurait tout le loisir de s'expliquer plus tard. Pour l'heure, la sécurité des fugitifs primait. Décidant qu'il valait mieux que je m'éloigne du coupable, je me levais sans rien ajouter, filant m'isoler dans la salle à manger. Qu'il aille se réfugier dans les jupes de Louise, j'étais mieux seul. La servante le comprit – ou bien craignait-elle un nouvel éclat de rage – aussi ne me retint-elle pas.

« … les petits … attendre nouvelles … moins de bruit.

-Pas les … Trop tard. Mieux vaut …

-Et pour … Thomas peut peut-être nous … »

Les murmures, les courses affolées, le bruit. Les servantes se précipitaient dans la maison, animées par la peur du danger qu'encouraient les galopins. La vieille dragonne ne se fit pas prier pour recontacter la police, les prévint d'une voix maladroite, ses lèvres butant sur chacun des mots, comme si la mention même du péril en confirmait la réalité. Réveillés par le vacarme, certains des gamins se glissèrent hors de leur chambre, trottinant dans les couloirs, mais Maria les reconduisit aussitôt à leur lit. Nous étions déjà bien assez debout, campés près de l'entré, à l'affut des nouvelles. Inutile de les inquiéter eux aussi.

« … tard, et la ville … attends encore …

- … pas loin, ils sont … rien à voir …

- Ils doivent déjà être … Sablier pas si-»

Trois coups frappés à la porte. Un silence de mort s'en suivi. Pas un bruit, pas même un « entrez », rien, juste la peur qui nous happaient. Une vague de peur, immense, qui s'abattait brusquement. Interminables furent les secondes de son retrait, alors que Louise se levait finalement, marchant vers la porte d'un pas mal assuré. Sa main effleurait la poignée. Sans la voir, j'entendais le moindre de ses gestes.

Encore une vague. Mon cœur se serrait au même rythme, se gonflant lentement pour mieux s'écraser contre mes cotes.

La porte grinçait, lentement.

Et si la nuit décidait une nouvelle de fois de garder ce qu'elle avait emporté ?

« -Seigneur ! »

J'en oubliais presque comment respirer.

Ou comment vivre, tout simplement.

La peur emportait tout.

Elle se répandait jusque dans les extrémités de mon corps.

« -L-louise … »

Helen. Cette voix qui tremblait, qui suppliait d'être pardonnée ce ne pouvait être qu'elle. Incapable d'attendre plus, je me redressais subitement, m'élançant vers l'entré. J'oubliais un instant que j'étais la bête noire de l'orphelinat, celle qui grognait tapis dans son repère, cachée parmi les livres. La teigne solitaire, qu'aucun ne pouvait approcher. Le gamin perdu dans un autre monde. Celui pour qui l'existence ne semblait avoir de sens.

« -P-pardon … »

Helen était bien là, tenant fermement la main potelée de James dans la sienne.

xoxoxox

Voilà, c'est tout pour cette fois et merci encore d'être passé lire ! (Surtout si vous attendez depuis le dernier chapitre. Vraiment, vous avez de la patience. Plus que moi, en tout cas.) Hésitez pas à laisser votre avis :3

Cette fois, le titre vient de ma tête, parce que je n'ai pas de musique à coller au chapitre. Mais j'ai rédigé une bonne partie de ces 5 000 mots en écoutant les Ost de FFXV, si ça vous intéresse.

A la prochaine !