Cependant les saisons se succèdent dans une ronde sans fin...
Des gouttes de sueur perlaient à son front et ses mains moites agrippaient les draps dans lesquels s'entremêlaient ses jambes. Sa respiration haletante en disait long sur le nouveau cauchemar qui l'agitait... Un prodigieux coup de tonnerre qui résonna dans le ciel le réveilla. Se redressant vivement, il ne reconnu pas la pièce dans laquelle il se trouvait. Elle était plongée dans l'obscurité, rarement éclairée pas les éclairs qui traversaient le ciel. Alphonse se leva et s'approcha de la large fenêtre ronde. Au dehors, l'orage déchaînait sa furie : vent, pluie, éclairs et tonnerres agissaient de concert. Les arbres du jardin ne faisaient pas les fiers, pliant l'échine sous les coups des bourrasques. Les yeux vitreux devant ce spectacle, l'alchimiste se remémorait petit à petit les évènements de la veille : leur arrivée à Xing, leur rencontre avec le chef du clan Phuang et… l'annonce du mariage de May.
« De toutes façons qu'est-ce que j'espérais ? Qu'elle m'attendrait bien sagement pendant deux ans ? Alors qu'elle n'était même pas certaine de mes sentiments… Putain, quel idiot ! »
Tournant comme un lion en cage dans sa chambre, Alphonse réfléchissait à l'attitude à adopter à présent que ses plans avaient faillis. Et puis, soudainement, il s'accroupit devant sa valise, y choisit des vêtements de voyage, se changea, fourra de nouveau son bagage, le claqua violemment et ouvrit grand la porte. Il emprunta le long couloir qui menait à la salle à manger où il fut surpris de rencontrer leur hôte.
« - Et bien ? Levé si tôt ? lui demanda ce dernier.
- Oui, des mauvais rêves… Qu'en est-il de vous ?
- Je ne dors pas. Jamais. Je n'en ai pas besoin. »
Alphonse ne se donna même pas la peine de se montrer curieux. Il vint s'asseoir aux côtés du vieil homme et tous deux restèrent muets. Seul la tempête dehors comblait le silence de la pièce…
Aux aurores, l'alchimiste aux yeux d'ambre vint réveiller ses compagnons, fanfaronnant qu'ils partaient dans moins d'une heure. Surpris par la bonne humeur du jeune homme, ceux-ci crurent que quelque chose s'était passé pendant leur sommeil.
« Pas du tout ! leur répondit Alphonse. J'ai juste pris une nouvelle décision quant à mon apprentissage de l'élixirologie : je vais aller rendre visite à Lin, à la Cité Impériale, plus au Sud d'ici. Je pense y trouver d'excellents précepteurs et, comme ça, je ne dérangerai pas May dans les préparatifs de son mariage ! »
Il avait dit ceci d'un air surprenant de banalité; il n'avait même pas trébuché sur le nom de la jeune femme. Les autres, abasourdis, ne surent pas quoi dire. Ils s'étaient entendus la veille pour ne pas aborder le sujet et laisser le temps à l'alchimiste de récupérer. C'est alors que le commandant Armstrong s'avança :
« - Je suis désolé, Alphonse Elric, mais mon voyage s'arrête ici. Je devais seulement vous aider à traverser le désert, le reste ne me concerne pas. De plus, je suis expressément réclamé à Central.
- Très bien, commandant, merci pour tout. Je compte sur vous pour faire un rapport détaillé de notre traversée, pour le moins mouvementée, au Généralissime à ma place ! Oh ! Et, s'il vous plait, pourriez-vous contactez Edward, dans l'Ouest, pour lui dire que je vais très bien. Et de même pour Winry et mamie Pinako, je vous prie.
- Comptez-sur moi, Soul Alchemist !.. Monsieur Phuang, merci infiniment pour votre accueil chaleureux ! Je vais maintenant réunir mes affaires. »
Alors qu'ils le regardaient s'éloigner, Gelso prit la parole :
« Je suppose que nous aussi nous devrions nous préparer. »
Alphonse hocha la tête positivement, ce qui eut pour effet d'éloigner immédiatement les deux autres, arcane de leur dévouement militaire.
Puis, le jeune homme se retourna vers leur hôte tout juste derrière lui. Il s'inclina et le remercia tel le commandant l'avait fait quelques minutes plus tôt.
Trois heures plus tard, les chimères et Alphonse avaient fait leurs adieux à Monsieur Phuang, auquel ils avaient promis de rendre visite sur le chemin du retour, puis au commandant Armstrong. Ils étaient à présent dans un train très étroit qui se faufilait entre les montagnes, les fleuves et les villages de Xing. Gelso et Zampano avaient recommencé à parler de leur sujet préféré : comment retrouver leurs corps d'origine. Alphonse, lui, regardait le paysage défiler rapidement. Depuis ce matin, il avait affiché une bonne humeur feinte, et maintenant, il devait continuer à cause de ses deux gardes du corps. Comme il aurait aimé pleurer toutes les larmes de son corps !..
Six heures plus tard, le train ralentissait. Une hôtesse (NDA : Ouais, ouais, à Xing il y a des hôtesses dans les trains !) ouvrit délicatement la porte du compartiment n°24. Elle y trouva deux hommes à la carrure imposante en train de se disputer une partie de cartes. Sur l'autre banquette, reposait un jeune homme blond. Elle leur annonça donc l'arrivée prochaine de leur train au terminus, la capitale : Xi Jiang ! Cependant, devant l'air interloqué des passagers elle reprit en amestris teinté d'un accent délicieux :
« - Vous rendez bien vous à Xi Jiang ?
- Oui, c'est cela, intervint Alphonse réveillé précipitamment de sa sieste. »
Quelques larmes s'étaient formées aux coins de ses yeux mais il les sécha rapidement. Il jeta un coup d'œil à la jeune femme. Elle était à peine âgée d'une vingtaine d'années et resplendissait dans son petit uniforme cintré rose pâle. Elle portait un chignon unique qui laissait couler une longue tresse sur son épaule droite. Sa bouche était en forme de cœur et ses yeux étaient très noirs, portant un regard vif et intriguant sur ceux qui l'entouraient. Quand elle aperçut le regard d'or levé vers elle, son teint vira au carmin. Alphonse surprit ce changement et se dit qu'il devait vraiment être laid à son réveil. « Bien au contraire » lui aurait répondu l'hôtesse. Elle reprit alors la parole, s'appliquant pour trouver les bons mots :
« Nous arrivons à le gare. Vous devez vous préparez. »
A la surprise de tous, Alphonse se leva. Il planta à nouveau son regard droit dans les yeux de la femme en face de lui et déclara « merci » en xinois, encore une fois, à l'étonnement général. Cette attention ne fit que redoubler les rougeurs de la concernée qui s'éclipsa aussitôt.
« - Et bien dis donc, Alphonse ! J'en connais un qui n'a plus toute sa tête. Elle t'intéresse ? s'empressa de demander Gelso.
- Non, lui répondit-il en s'asseyant, plombant, par la même occasion, l'ambiance générale. »
Comme prévu, le train s'arrêta bientôt dans une gare, pour le moins élégante. Les panneaux portaient le nom de la ville avec des caractères très raffinés. Il était cinq heures de l'après-midi et les rayons pourpres du soleil donnaient au décor une atmosphère singulière et parfaitement charmante.
Une fois de plus, les gens grouillaient autour du train qui rajoutait lui-même au brouhaha ambiant à coups de sifflets successifs. Portant chacun leur valise, les trois militaires descendirent sur le quai où il furent surpris d'y trouver un homme puissant habillé tel un majordome qui s'inclinait devant eux en tendant les mains. Se concertant du regard, ils ne savaient pas quoi penser de ce geste tout à fait inattendu. Jetant des regards autour de lui, Zampano remarqua qu'il n'était pas le seul dans cette drôle de posture. En effet, d'autres hommes à la même carrure et au même habit se voyaient remettre des bagages qu'ils acheminaient jusqu'aux taxis que l'on pouvait apercevoir à la sortie de la gare. Remettant soigneusement sa valise à l'homme en face de lui et toujours dans la même position, Zampano fit un signe discret aux deux autres de l'imiter. Une fois toutes les mallettes en main, l'homme se redressa enfin. Il marcha ensuite d'un pas décidé vers la majestueuse porte de la gare. Celle-ci était faite intégralement en cristal. Elle évoquait presque un vitrail de par les arbres, les fleurs, les animaux et les personnages représentés dessus. Franchie cette œuvre d'art, toujours derrière leur porteur à bagage, les trois étrangers se trouvaient à présent devant une large avenue pavée que les plus nobles carrosses pourraient se vanter d'avoir emprunté. La circulation n'était pas encombrée comme au petit village de monsieur Phuang, mais fluide, comme un défilé. Les petites voitures qui roulaient dessus étaient toutes blanches aux roues dorées. Ce spectacle était tel, qu'Alphonse perdit leur guide et ses acolytes. Il regarda à gauche mais il ne les vit pas. En revanche, son regard fut, pour la deuxième fois de la journée, attiré par un autre : celui de la jeune femme qui s'était introduite dans leur compartiment. Instinctivement, il courut vers elle. Le remarquant, la jeune hôtesse eu d'abord un mouvement de recul. Puis, quand il arriva à sa hauteur, elle lui fit une petite révérence avant de prononcer :
« J'espère que votre voyage s'est déroulé bien et que je ne vous ai pas importuné. Veuillez profiter bien de notre belle capitale ! »
Alphonse hocha la tête et s'abaissa à son tour. Il lui prit alors délicatement les mains et les baisa tendrement.
« J'espère que nous nous reverrons, dit-il avant de la laisser sur place, les mains encore tendues et les joues en feu. »
Alphonse courrait, il avait cru deviner les cheveux de Gelso parmi le flot de têtes. Accélérant de plus belle, il s'approcha et reconnut cette fois Zampano. Soulagé, il se plaça discrètement derrière eux comme s'il ne s'était jamais absenté. Leur porteur déposait soigneusement leurs valises dans le coffre d'une des voitures blanches qui s'apprêtait à rejoindre ses semblables sur l'avenue. Ils embarquèrent donc tous trois dans la petite voiture. A l'arrière, les deux chimères faisaient une drôle de tête, compressés l'un contre l'autre. L'alchimiste, quant à lui, s'était installé à l'avant, à côté du chauffeur, faute de place. Celui-ci leur jeta un coup d'œil où se mêlait du dédain et une pointe de renfrognement qui n'avait échappé à aucun de ses passagers. Il leur demanda alors :
« - Où je vous conduis ?
- A la Cité Impériale. »
Devant la tête totalement ahurie de l'homme, il ajouta un petit « s'il vous plait ». Se ressaisissant, leur chauffeur tourna la clé de la voiture, pensant que, plus vite il les déposerait où il voulaient, plus tôt il serait de retour chez lui. La petite voiture s'engouffra alors sur la splendide avenue teintée du rouge du soleil, du blanc et or des voitures et du bleu pâle de la Cité que l'on devinait au loin.
Une demi-heure plus tard, ils étaient là, plantés devant l'immensité de la Grande Cité Impériale du Gouvernement de Xing et de la Cour de l'Empereur. Ils reculèrent pour s'assurer que cet édifice en face d'eux n'était pas un mirage sorti des rêves les plus fous du plus excentrique des Hommes, si bien qu'il trébuchèrent sur leurs propres valises posées pêle-mêle, les rappelant soudainement à la réalité. La vue qui s'imposait à eux n'en fut que plus impressionnante, une fois au niveau du sol. Les murs d'enceinte, tout d'abord, devaient faire 300 mètres de hauteur, décorés de drapeaux xinois qui flottaient au vent léger du soir. Devant eux : le portail, immense ! Bien plus grand que celui du premier village du pays, que celui de la gare ou même que tous ceux qu'ils avaient pu voir jusqu'à présent. Celui-ci, laissait néanmoins ces grandes grilles fermées, postant une cinquantaine de gardes pour l'entourer. Mais derrière les barreaux, on pouvait tout de même deviner le palais. Pour y accéder, une dizaine d'escaliers suffisamment larges pour laisser passer cinq éléphants côte à côte se succédaient. Et à chaque étage, un jardin ! Oui, des jardins. Constitués de milliers de fleurs différentes toutes plus odorantes et colorées les unes que les autres. Elles embaumaient l'air d'un parfum suave dont on pouvait jouir à sa guise depuis les portes de la Cité. Au milieu d'elles, des fontaines, représentant des phœnix, des sirènes, des lions et toutes sortes de créatures légendaires, distillaient la fraîcheur dont les visiteurs raffolaient durant leurs promenades. Du haut de chacune d'entre elles, des bulles de savons s'élevait dans les airs et, une fois de plus, se dirigeaient vers les badauds qui se pressait devant l'antre de l'Empereur, dans l'espoir, si ce n'est de l'apercevoir, de distinguer un personnage haut placé ou de la famille impériale se pavaner dans ces beaux jardins de Babylone. Puis, une fois franchis tous ces paliers, on arrivait enfin en face des portes du palais.
« Pfouu… Ca va pas être facile de rentrer là-dedans ! s'exclama Alphonse tandis que ces compagnons sifflaient encore d'admiration. »
Se redressant lentement et attrapant au passage sa valise, il embrassa des yeux toutes ces splendeurs. Laissant là Gelso et Zampano, il s'avança prudemment mais sûr de lui vers un des gardes. Il tenta alors, malgré son vocabulaire réduit, de lui exprimer son désir de pénétrer dans la Cité Impériale. Le garde en face de lui, se décrispa alors et posa son regard sur le jeune homme. Puis il articula :
« - Bonjour, messieur. Qu'est-ce qu'il peut faire pour vous ?
- Ah ! fit d'abord Alphonse. Euh…Je voudrais entrer dans la Cité Impériale, je… vous prie.
- C'est pas possible, messieur. Il faut une autorisation venant de intérieur.
- Et comment suis-je censé l'obtenir ? répondit l'alchimiste les lèvres serrées.
- Il faut être connu et apprécier d'un quelqu'un de l'intérieur qui envoie une lettre à vous, messieur.
- Ca tombe bien, s'exclama Alphonse, je connais quelqu'un qui me connaît et m'apprécie à l'intérieur de la Cité !
- Qui, messieur ?
- L'Empereur Lin Yao ! »
Note de l'auteur:
"Putain, qu'est-ce tu fous Al?"
Voici finalement le chapitre 7 pour lequel je me suis donnée à fond! :D
J'espère que vous avez passé une bonne rentrée (*ironie*). Alors pour vous donner du courage, je voudrais vous faire part d'une super découverte que j'ai faite. Depuis que je suis petite, j'ai un passion sécrète: la Chine. L'inspiration de Xing est, bien sûr, évidente (Hiromu Arakawa dit elle-même qu'elle adore la Chine Antique), mais elle va même plus loin que le design des personnages! En effet, j'ai découvert que "Xing" signifiait étoile, "Lin" avare et "Xiao Mei" littéralement petite sœur cadette!
Voilà! En espérant que ce chapitre vous a plu! ;) A+ pour de nouvelles aventure alfantastiques! (Où je vais chercher ça, moi?)
Un p'tit review? :3
