Titre : Blind me
Source : Gundam Wing AC
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, basée sur l'histoire originale
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient, sauf le personnel médical !
Pairing : Heero x Duo (1x2) à venir, Trowa/Quatre (déjà en couple)
Personnages : Heero Yuy, Duo Maxwell, Trowa Barton, Quatre Raberba Winner, Wufei Chang, Lady Une, Réléna Darlian Peacecraft et d'autres
Notes : bonjour à tous ! je m'excuse dans un premier temps pour la durée d'attente depuis le dernier chapitre. Depuis plus d'un mois et demi, j'ai des semaines à 40h au boulot, autant dire qu'une fois rentrée le soir chez moi, je n'ai plus beaucoup d'énergie. Et en bossant 2 samedis sur 3, mes week end me semblent horriblement courts… Je continue de travailler sur cette histoire mais c'est vrai que pour recopier les scènes et construire les chapitres, c'est plus compliqué qu'avant. Je vous remercie tous pour vos mots, vos encouragements et votre confiance, je m'excuse de n'avoir par encore répondu personnellement à certains mais ce sera fait dès que possible.
Gueularde : merci beaucoup pour avoir pris le temps de me laisser un mot et aussi pour ce que tu as écrit. Je ne lis aussi généralement que les fics finies sauf quand je connais bien l'auteur alors merci de ta confiance. Je la finirai, rassure-toi !
Lana : merci pour ta review ! je suis contente que tu apprécies cette histoire, mais je ne pense pas qu'elle sera très longue... Nous verrons bien !
Bonne lecture à tous de ce chapitre un petit peu plus long que les autres !
.
.
.
Chapitre sept : l'amour est aveugle et croit que personne ne le voit.
(proverbe danois)
.
.
Résidence Peacecradt
Royaume de Sank,
Un après-midi de septembre 201
.
.
Réléna profite du calme de ses jardins pour la première fois depuis des semaines.
Du travail l'attend et pas qu'un peu, mais elle est trop heureuse de pouvoir se promener avec Heero.
Lorsqu'il a accepté qu'elle l'accompagne à son rendez-vous à l'hôpital, elle en a déjà été assez surprise, mais ravie.
Qu'il veuille bien la suivre au Palais, certes peu éloigné de l'hôpital, pour boire le thé la rendu folle de joie.
Et le fait qu'il ne se soit pas sauvé une fois le thé pris mais au contraire, qu'il lui demande cette petite balade dans les jardins du Palais lui a fait définitivement tout oublier de son travail et des affaires en cours.
Dans un conte de fées, c'est à cet instant qu'Heero, le prince et héros de l'histoire, lui aurait demandé de l'épouser, un genou à terre et en lui présentant un écrin ouvert sur une magnifique bague.
Mais Réléna ne l'espère plus depuis bien longtemps.
Pourtant, elle a comme l'impression qu'Heero veut lui parler de quelque chose.
- Tu es sûr que tout va bien, Heero ?
- Hn. Merci pour le temps que tu me consacres.
- Idiot ! Tu sais bien que lorsqu'il s'agit de toi, le reste compte peu.
- Je ne devrai pas en profiter.
- J'aurais aimé au contraire que tu en profites davantage, soupire-t-elle en lui prenant le bras. Mais je reconnais que je serai alors moins efficace, dans mes tâches quotidiennes. Et j'aurais souvent de longues soirées à tout rattraper…
- Hn.
- Mais j'aurais aussi pu te demander ton aide et alors, j'aurais pu profiter de ta présence le soir également.
- Abus de pouvoir.
- Ruse et stratégie féminines, plutôt.
- Tu es sérieuse ?
- Non, rassure-toi. Ton amitié m'est très précieuse, je sais m'en contenter. Tenter de te séduire à nouveau ne serait qu'une perte de temps. Nous n'en avons déjà pas énormément…
- Hn. Je suis content que tu l'aies compris.
- Je le suis aussi de l'avoir compris assez tôt, avant de te perdre définitivement.
- Je ne pense pas qu'une telle chose aurait pu arriver.
- Vraiment ?
- Mon état m'a permis d'avoir de longues réflexions sur certains aspects de ma vie et de mes relations.
- Et tu m'as incluse dans ces moments-là ?
- Tu as toujours été très importante pour moi.
- Je n'en doute pas, Heero. Je n'en ai rapidement plus douté, dès la première guerre, dès cette fois où tu m'as protégée avec le Wing Zéro. Je voulais simplement voir dans cette importance une attirance, entre autres. Mais c'est ce que je représentais que tu protégeais, pas moi forcément.
- Au début. Ensuite c'était toi. Ca l'est encore aujourd'hui.
- Je sais. Et je te le répète, notre amitié m'est très précieuse. Je suis passée à autre chose. Enfin, je suis en train, rectifie-t-elle avec un petit rire. Je fais tout pour, en tous les cas. Et sinon, qu'as-tu conclu de notre relation, au cours de tes réflexions ? Partages-tu mon avis ?
- Tu es la seule femme dont j'aurais pu tomber amoureux.
- Tu es gentil de me dire cela, Heero. Dans une autre vie, qui sait, j'aurais peut-être une meilleure chance, soupire-t-elle. Mais je considère en avoir déjà, pour celle-ci. Ce, malgré les pertes et les sacrifices que j'ai déjà essuyé.
- Hn.
- La cohabitation avec Duo se passe toujours aussi bien, si j'en crois tout ce que tu m'as dit cette après-midi ? reprend-elle après quelques minutes de marche silencieuse.
- J'ai trop parlé.
Réléna glousse derrière sa main gantée de dentelle.
- Je ne pourrai jamais te faire une telle remarque, Heero. Mais il est vrai que tu as bien plus parlé que d'habitude. Et avec plus d'enthousiasme. Cela me fait réellement plaisir de te savoir aussi heureux, malgré ta situation.
- Heureux ?
- Oui, heureux ! C'est l'impression que tu me donnes, en tous les cas. Tu ne l'es pas ?
- Si, finit-il par répondre après un court silence. Malgré la situation, comme tu dis.
- J'en ai conscience. Tu as l'air bien, détendu, à vivre ainsi avec Duo et Elfy. Je pense sincèrement que tu retrouveras la vue, mais au cas où ta cécité devait trop durer et même devenir permanente, je ne m'inquiète plus dorénavant. Tu t'en sors parfaitement et depuis un moment. Je suis certaine que tu pourrais même reprendre le travail.
Réléna sent Heero se crisper sous son bras qu'elle a enroulé autour du sien.
- Tu ne t'en sens pas capable ? demande-t-elle en posant son autre main sur son bras.
- Je ne veux pas que ça dure.
- Je sais bien.
- Je veux simplement revoir.
- Je comprends. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour cela, Heero. Nous unissons nos efforts dans ce sens.
- Je sais.
- Mais tu es bien placé pour savoir que parfois, ça ne suffit pas. Si tu devais rester aveugle, ce ne serait pas dramatique. Tu en as la preuve depuis deux mois, tu t'es déjà réapproprié le monde. Tu t'en sortiras, tu n'as pas à t'inquiéter.
- Tu ne comprends pas, soupire-t-il en s'arrêtant de marcher.
- Qu'est-ce que je devrai comprendre ?
- Ca m'est égal de ne pas revoir ce monde, je peux le supporter. Je peux y vivre.
- Alors qu'est-ce que tu redoutes tellement, Heero ?
- Ne plus pouvoir le voir.
- « Le » voir ? Qui ?
- Duo.
Réléna ouvre de grands yeux étonnés.
C'est bien la première fois qu'Heero est aussi direct.
Il se tourne d'ailleurs vers elle, son visage neutre et ses yeux vides contrastant avec la force de ses paroles et ce qu'elles impliquent.
- Son regard et son sourire sont les deux éléments qui me font croire en ce monde et en l'homme.
- Tu as compris cela lors d'un de ces moments de réflexion dont tu me parlais, à l'instant.
- Hn. Je ne pensais pas qu'on pouvait dépendre à ce point de détails. Ca me manque, Réléna. Et c'est ce qui me blesse le plus dans l'idée de perdre définitivement la vue.
- Est-ce que cela t'a enfin permis de comprendre tes sentiments réels pour Duo ?
- Mes sentiments réels ?
- Oui, Heero. Tu l'aimes et à un point tel que je ne peux même pas en être jalouse...
- Ne dis pas ça, réplique-t-il en dégageant son bras pour s'écarter légèrement d'elle.
- Ne pas dire quoi au juste, Heero ? Que tu l'aimes ? C'est pourtant le cas ! Ca l'est depuis plusieurs années, d'ailleurs, même si vous refusiez de le voir.
- Ca doit rester comme ça. Oublie cette partie de la conversation.
- C'est hors de question ! Pas alors que tu ouvres enfin les yeux, Heero.
- Ce jeu de mots n'honore pas ton intelligence.
- Pas plus que la manière dont tu te voiles la face avec des lambeaux de tissu n'honore la nature réelle de tes sentiments pour Duo ! se défend-elle, les poings sur les hanches.
- Peu importe ce que je ressens, Léna.
-Bien sûr que si, ça importe ! Duo tient à toi, je suis sûr qu'il partage tes sentiments. Vous vous êtes énormément rapprochés, ces deux derniers mois...
- C'est ma situation qui en est la cause.
- Les raisons importent peu, Heero.
- Au contraire. Duo mérite…
- … d'être aimé, le coupe-t-elle fermement. Tout comme toi.
- Pas par moi.
- Idiot… murmure-t-elle en secouant la tête, envoyant des vagues du parfum de son shampoing à Heero qui l'inspire doucement. J'ai mis du temps à l'accepter, mais Duo est la meilleure chose qui te soit arrivé, j'en suis convaincue à présent.
- Hn.
- Si tu avais préféré les femmes, ça aurait été moi, bien évidemment.
- Evidemment, répète-t-il un brin moqueur.
- C'est bien le sens de ce que tu m'as dit un peu plus tôt, non ?
- Hn. Vas-tu me le rappeler à chaque occasion ?
- Je suis tentée, mais ce serait simplement remuer le couteau dans la plaie. Alors n'aie crainte, je ne te le répèterai que quand il sera nécessaire de le faire. Il te faudra prendre garde à ce que tu diras en ma présence, dorénavant.
- Je n'ai pas pour habitude de parler sans réfléchir.
- Je sais. Et pour en revenir à ce que nous disions, Heero, si Duo est la meilleure chose qui te soit arrivée, n'oublie pas que tu es aussi sa plus belle chance. Ne la gâche pas.
- Je ne crois pas.
- Et pourtant… insiste-t-elle. Mais ce n'est pas grave, parce que tu sais, tu ne vas plus pouvoir le cacher très longtemps. Le fait que tu perdes la vue a permis à Duo de voir beaucoup de choses, comme pour toi. Cet accident a confirmé ce que nous pensions déjà tous. Et Wufei n'est pas loin d'avoir enfin les explications concernant le pourquoi de ton retour en arrière. Nous sentons que tout est lié, Heero.
- Je me fiche que Wufei ou n'importe lequel d'entre vous comprenne. Duo ne doit pas savoir.
- Il finira par le découvrir, tu sais, réplique-t-elle en réprimant un frisson face à la détermination d'Heero.
- Pourquoi ne pouvez-vous pas simplement vous mêler de vos affaires ? demande-t-il en recommençant à marcher, guidé par Elfy puisque Réléna ne le soutient plus.
- C'est ce que nous avons fait jusque là, rappelle-t-elle encallant son pas au sien. Mais les choses ont changé à partir du moment où tu as été si grièvement blessé. Cet accident vous a offert une opportunité, à Duo et toi. Vous devez la saisir. C'est enfin l'occasion de ne plus te voir souffrir…
- Je ne souffre pas.
- Si, Heero.
- Tu te contredis.
- Tu es heureux, je ne reviens pas sur ce que j'ai dit plus tôt, mais tu pourrais l'être davantage, si tu acceptais ton amour pour Duo et le lui révélais. Aimer une personne en ne s'accordant aucune chance ni aucun espoir d'être aimé en retour, ce doit être aussi douloureux qu'aimer une personne en sachant pertinemment qu'elle ne nous regardera jamais autrement que comme une amie.
- C'est la même chose, Léna.
- Tu crois ?
- Duo m'a toujours considéré comme son meilleur ami.
- Et tu as su jouer ce rôle. Mais ça a changé, Heero. Tu le sais, tu le sens au fond de toi, n'est-ce pas ?
- C'est à cause de mon état. Ca ne serait pas arrivé sans ça.
- L'important c'est que ce soit arrivé, non ?
- …
Réléna soupire pour la énième fois et prend le poignet d'Heero pour le forcer à s'arrêter, puis lui fait face.
- Heero, je suis vraiment heureuse que tu te confies à moi. Sincèrement, je suis très touchée. J'aimerai à présent que cet effort porte ses fruits : écoute mon conseil et va en parler à Duo.
- Non.
- Heero…
- C'est trop tôt.
- Bien, au moins, tu te laisses une ouverture dans le temps ! Tes réponses catégoriques sont les plus terrifiantes et dangereuses de l'histoire de l'humanité.
- L'exagération est réellement une caractéristique des Peacecraft.
Réléna lui donne un coup de coude qui ne le fait même pas grimacer.
- Moque-toi tant que tu veux, Heero, mais tout ceci te paraîtra bien moins amusant ou exagéré le jour où tout ceci t'explosera à la figure. Je te le répète, tu ne pourras pas le cacher bien longtemps.
- Je vais y réfléchir.
- D'accord. Si tu as besoin de parler…
- Tout a été dit.
- Je veux bien te croire ! Je suis heureuse que tu m'aies parlé à cœur ouvert, tu sais.
- Tu l'as déjà dit.
- Et je le répète pour insister là-dessus. Merci, Heero.
- Merci à toi.
Il tend sa main pour trouver son visage, puis son front, sur lequel il dépose ses lèvres dans un très léger effleurement.
- J'aurais pu tricher et te voler un baiser, tu sais ?
- Tu es allergique à l'orange et je t'ai demandé un thé aux agrumes.
- Tu avais tout calculé ? Impossible !
- Ca n'avait pas de rapport avec toi, en premier lieu.
- C'est-à-dire ? demande-t-elle, suspicieuse.
- Ce thé est le préféré de Duo.
Réléna sourit.
- Et tu penses vraiment que ton secret en restera un encore très longtemps ?
- Nous verrons bien.
- Moi je te le dis, ça va t'être difficile. Tu es limite mignon avec ce genre d'attitude.
- Limite mignon ? reprend-il en haussant un sourcil.
- Attendrissant, si tu préfères.
- Je préfère surtout rentrer, avant d'entendre pire.
- Ne me dis pas que je te fait fuir ?
- Non, Léna. Il est simplement déjà assez tard.
- D'accord, je te raccompagne. Merci d'être venu et resté, Heero.
- Nous nous sommes déjà remerciés.
- Je sais.
- Tu n'auras pas d'autre baiser, Léna.
- J'aurais au moins essayé ! réplique-t-elle dans un éclat de rire.
Heero ne répond rien mais recouvre sa main de la sienne, de nouveau posée sur son bras, et la presse un court instant.
Même s'il aurait préféré passer l'après-midi avec Duo ou simplement que Réléna n'aborde et n'insiste pas sur certains sujets, il ne regrette absolument pas d'avoir partagé ces moments-là avec son amie.
Ce dont il ne se doute pas c'est que Duo, de son côté, a lui aussi une conversation très intéressante avec Quatre sur le même sujet, au Quartier Général des Preventers…
Ou presque.
- T'es prêt pour la réunion, angel ? demande Duo en entrant dans le bureau ouvert de Quatre.
- J'attends un email avec le rapport de Bineta corrigé.
- C'est pas Une qui doit le recevoir directement ?
- Si.
A la tête que fait Quatre, Duo comprend tout de suite et referme la porte avant de venir s'asseoir face à son ami.
- Trowa se charge de m'envoyer une copie en dupliquant le mail, reprend Quatre. Je n'irai pas à cette réunion sans toutes les données.
Duo sourit.
- J'ai croisé Trowa dans le couloir, tu ne devrais plus tarder à le recevoir, alors.
- On a une bonne demi-heure encore, mais avec Heero ça aurait été encore plus vite… Tu n'as toujours pas réussi à le convaincre de revenir travailler ici ?
- Il faudrait déjà que j'essaie, angel. Et j'ai pas envie, parce que je vois que c'est pas ce qu'il veut.
- Tu ne penses pas que ça lui ferait du bien ? Il va commencer à tourner en rond, non ?
- Ca va, pour l'instant. Il trouve toujours quelque chose à faire ! C'est drôle, des fois, j'ai l'impression qu'il rattrape le temps qu'il n'a pas consacré à vivre comme il voulait.
- Tu parles de ses activités ?
- Oui.
- Ca ne lui a pas été imposé par les médecins ?
- Parce que t'as déjà vu Heero se laisser imposer quoi que ce soit, toi ? Si c'est le cas, t'es un sacré veinard !
- Non, c'est vrai, reconnaît Quatre avec un petit rire.
- Et puis, il bosse pas mal pour nous aussi, tu sais. Il a sérieusement fait baisser la pile de dossiers en attente de correction, de validation ou autre qui menaçait de finir aux archives, rejoindre les autres piles. Faudrait qu'on repasse au tout numérique rapidement.
- Sans Heero, certaines données sont trop précieuses pour risquer qu'elles soient piratées. Cette pile de dossiers dont tu parles, c'est l'ensemble des dossiers sensibles.
- J'arrive pas à croire qu'il y en ai encore autant, quatre ans après la guerre !
- Notre monde est vaste et les humains très nombreux.
- Heureusement, dans un sens, sinon on aurait pas de boulot. Enfin si, mais pas un qui nous permettrait de rester et de travailler ensemble.
- Oui, effectivement, acquiesce-t-il en souriant.
Duo lui fait un clin d'œil, puis se lève pour gagner la baie vitrée et admirer la ville en contrebas.
- On a pas vraiment eu le temps de discuter, ces deux derniers jours. Est-ce que ça va, mon Duo ?
- J'en ai pas l'air ? demande-t-il sans bouger.
- Je te sens préoccupé, voir confus. Il s'est passé quelque chose avec Heero ?
- Oui et non.
- Tu veux m'en parler maintenant ou on va boire un verre après le travail ?
- Je rentre directement, ce soir, répond-il en revenant s'installer dans le fauteuil face à lui. On va au vernissage d'une expo avec Heero.
- Ah ! oui, celle de l'ami aveugle de Giovanni qui est sculpteur, c'est ça ?
- Oui. Vous pouvez encore venir, si ça vous dit.
- Vu que notre soirée avec Catherine est tombée à l'eau, on va peut-être s'incruster. Je te confirmerai ça ce soir. Mais en attendant, raconte-moi ce qui s'est passé avec Heero.
- C'était hier soir, en fait…
.
Flash back
La veille au soir, appartement d'Heero (et de Duo).
-
Alors qu'il sort de la salle de bain, Duo entend un énorme vacarme, suivi d'un jappement d'Elfy.
- Heero ? appelle-t-il en courant vers la cuisine d'où venait le bruit. Tout va… bien ? Mais qu'est-ce qui s'est passé ? demande-t-il en découvrant des morceaux de bois éclatés un peu partout.
- Le tabouret.
- L'ancien tabouret, oui, je me disais bien avoir reconnu un des pieds que tu tiens toujours dans ta main…
- Il était en travers du chemin.
- Tu t'es fait mal ?
- Ca ira.
- Non, ça ne va pas aller, 'ro !
- J'en rachèterai un.
- On s'en fout du tabouret, c'est ta réaction qui compte...
- Il était…
- En travers de ta route, j'ai bien entendu ! D'une, t'en parle comme s'il s'était mis là volontairement pour te piéger. Et tu sais que c'est impossible.
- …
- De deux, tu n'as jamais réagi avec autant de violence. Je veux bien croire que tu te sois habitué à te déplacer dans l'obscurité, je sais que ça fait un moment que tu t'es pas payé un mur ou un trottoir, grâce à Elfy en grande partie autant qu'à tes capacités. Mais ne me dis pas que ça va après avoir éclaté un pauvre tabouret en mille morceaux, c'est pas une réaction normale, ça !
- Ca ira, Duo, arrête de…
- J'en ai marre ! le coupe-t-il en le saisissant soudain par les épaules, mais sans brutalité. Merde, Heero, tu crois que je ne le vois pas ? Tu penses que je ne le sens pas, après avoir appris à vivre avec toi ces dernières semaines ? Arrête de dire que tu vas bien, ce n'est pas vrai, ce n 'est plus vrai !
- Je suis content qu'Elfy et toi soyez-là...
- Ca n'a rien à voir avec ça ! Je te connais Heero, et je sais ce que tu fais avec ta souffrance. Je suis passé par-là, bien des fois. Et vous m'en avez sorti. T'as le droit de souffrir, t'as le droit de détester ta situation, t'as même le droit d'avoir la trouille ! T'as le droit de craquer, bon sang !
- Je n'ai pas dit que ça allait, Duo.
- Tu as dit « ça ira », c'est vrai... Mais ça n'ira vraiment que si tu continues d'agir comme tu le faisais, au début ! Tu as eu la force de faire remonter du fond de toi-même cette souffrance que tu as si bien enfouie depuis le début, mais qui ne peut qu'exister ! Tu l'as laissé sortir, tu l'as regardé bien en face, tu l'as faite tienne.
- Grâce à vous.
- Et à ta volonté ! Je veux que tu gardes ce visage humain, Heero, et que tu laisses au placard celui du héros factice, trop seul sur son piédestal, que tu es en train de reprendre depuis quelques jours... Je veux plus le voir, lui, tu comprends ?
Heero prend les mains avec lesquelles Duo le tient toujours par les épaules et le force à lâcher prise.
- Je ne souffre pas de ma cécité. J'ai la chance d'être bien entouré.
- Alors qu'est-ce qui se passe, en ce moment ? J'avais l'impression que tout allait bien mais depuis quelques jours, je sens une colère ou une frustration derrière tout ça. Je pense que c'est normal que tu en aies marre de la situation, ça commence à durer, c'est pour ça que je te dis que t'as le droit de craquer. Je suis là pour t'aider, tu le sais, non ?
Ils restent un moment ainsi face à face, Heero tenant toujours les poignets de Duo, leurs bras repliés entre eux représentant la seule distance les séparant l'un de l'autre.
Et ça fait toujours aussi mal à Duo de voir les yeux éteints d'Heero, qu'il trouve pourtant toujours aussi magnifiques.
- Je sais quand tu souris, quand tu as les larmes aux yeux devant un film, quand tu me fusilles du regard, reprend soudain Heero d'une voix basse. Je devine ou me souviens de la manière dont tu poses tes yeux sur la fille d'Hilde et en général mais avec moins d'intensité, sur les enfants. Je me rappelle comment ils brillent devant un hot-dog de Marny's ou comment tu les plisses en sentant le thé aux agrumes que tu préfères. J'ai encore en mémoire les échanges de regard complices que tu as avec chacun de nous quatre et que tu ne peux plus avoir avec moi. Mais je ne le vois plus.
- 'ro…
- Je ne craque pas parce que j'en ai marre d'être aveugle mais parce que j'ai envie de te voir et que c'est impossible. Ca ne le sera peut-être jamais plus. Tu ne peux rien faire contre ça, conclut-il en libérant les poignets de Duo.
Il se recule ensuite, puis va récupérer le balai pour rassembler les morceaux de bois du tabouret.
- Tu préfères que je parte, Heero ? murmure alors Duo. Je comprendrai, tu sais. A la base, je suis resté pour t'aider et te soutenir.
- Ce que tu fais.
- Mais si ça t'es devenu trop difficile…
- Ca ira.
Cette fois, Duo n'insiste pas.
Il va chercher un grand sac pour y jeter les débris de bois, le cœur battant la chamade et la tête emplie de questions.
.
Fin de flash back.
.
Lorsque Duo se tourne vers Quatre à la fin de son récit, il le découvre avec un immense sourire aux lèvres.
- Ok, angel, j'ai raté un truc, là… Pourquoi t'as cette tête d'abruti fini ?
- Oh ! Tu peux parler !
- Sérieux, je te dis qu'Heero va pas bien et ça te fait marrer !
- C'est parce que je retiens surtout de ton histoire qu'Heero craque enfin.
- En quoi c'est drôle ?
- Ce n'est pas drôle, c'est inespéré ! Vous allez enfin pourvoir avancer...
- Je te suis pas, angel.
- Tu y arriverais, si tu faisais un effort. Parce que tu sais parfaitement de quoi je veux parler.
- Non, je sais pas.
- Tu aimerais bien ne pas savoir mais tu es trop honnête, aussi bien envers toi-même qu'envers moi, pour faire comme si tu ne comprenais pas ce qui est en train de se passer entre Heero et toi.
Duo soutient le regard de Quatre sans ciller, puis soupire en levant les yeux au plafond.
- Comme si je pouvais jouer au plus malin avec toi…
- Tu peux essayer mais c'est un jeu qui nous prendrait beaucoup de temps. Allez, mon Duo, dis-moi ce qui te perturbe autant.
- Là, c'est toi qui fait celui qui sait pas alors que tu sais très bien !
- T'exprimer te fera le plus grand bien, je t'assure.
- Ouais, si tu le dis, soupire Duo en se levant pour gagner la baie vitrée, une nouvelle fois. Qu'est-ce qui me perturbe, hein ? Rien, sauf le fait que je crois que je suis en train de tomber amoureux, Quatre...
- Et moi je pense que tu l'es déjà, réplique son ami en venant le rejoindre. Et c'est une excellente nouvelle, je trouve.
- Que tu crois ! Et puis pourquoi t'as pas l'air plus étonné, d'abord ? Je me doute bien que t'as pu voir clair en moi depuis un moment, mais quand même !
- Je t'ai simplement effleuré, tu sais que je n'irai jamais très loin sans ton accord.
- Pas besoin de me le rappeler, angel !
- C'est vrai que je ne suis pas surpris, mais plutôt… soulagé par ton aveu. J'ai toujours pensé qu'Heero et toi iriez bien ensemble. Et je ne suis pas le seul.
- Et ça sort d'où ?
- Vous faites un bon duo, Duo, répond-il en retournant s'asseoir à son bureau.
- Ahaha, très drôle…
- Je suis sérieux. Vous vous comprenez, vous être très complices.
- Ca s'appelle l'amitié, Quatre, se défend-il en se tournant vers lui.
- Oui, je disais ça aussi pendant la guerre, au sujet de mon lien avec Trowa…
- C'est différent. Vous avez eu le coup de foudre et vous avez su entretenir la flamme. Aujourd'hui, votre relation est celle d'un couple adulte et votre amour en a la maturité. Mais il est né à cette époque. Vous avez été amis une courte période. Pour moi, Heero a toujours été mon meilleur ami.
- Mais tu es tombé amoureux de lui, aujourd'hui.
- J'en ai bien l'impression…
- D'après ce que je perçois, je peux le confirmer.
Duo s'appuie contre la vitre en laissant sa tête rebondir dessus.
- Qu'est-ce que je vais faire, angel ?
- Lui parler, voyons !
- Surtout pas ! proteste-t-il en se détachant de la vitre pour pouvoir le regarder dans les yeux. C'est pas le moment…
- Pourquoi pas ?
- Je ne veux pas risquer de changer les choses, ça arrive déjà sans qu'on fasse quoi que ce soit, c'est bien assez ! Tu sais, à part ces derniers jours où je l'ai senti frustré, il allait vraiment bien.
- C'est grâce à toi, Duo. Tu es très important pour lui. Tu occupes une place très particulière dans sa vie et dans son cœur.
- J'en suis conscient, assure Duo en revenant près du bureau sur le bord duquel il s'assoit à moitié. Mais angel, cette place-là, est-elle libre ? Est-ce que je peux y prétendre ?
- Moi, je dis que tu es le mieux placé pour l'occuper, mon Dodo.
- J'en sais trop rien, grimace Duo. Pour l'instant, je préfère laisser ça de côté. Mieux vaut continuer comme ça au moins jusqu'à ce qu'on soit fixé pour ses yeux.
- Ca peut durer encore un moment.
- Je sais.
Quatre observe un court instant son ami plongé dans ses réflexions, puis pose sa main sur sa cuisse pour attirer et recentrer son attention sur le moment présent.
- Duo, dis-moi sincèrement…
- Oui ?
- Est-ce que tu as peur de la confrontation avec Heero parce que tu penses que s'il répond favorablement, ce sera uniquement parce que le contexte actuel où il a été un peu dépendant de toi s'y prête parfaitement ? Tu as peur que ça ne soit fait pour de mauvaises raisons, c'est ça ?
- Je suis conscient qu'on s'est beaucoup rapproché. La preuve, j'ai fini par tomber amoureux ! Mais si je suis à peu près sûr de mes sentiments, je me demande quand même si, le jour où tout va redevenir comme avant, ça ne va pas…
- Disparaître ?
- Oui…
- Enfin, Duo, je te l'ai déjà dit : l'amour n'est pas un oiseau craintif qui s'envolerait au moindre souffle de vent ni n'importe quel autre bruit.
- Et qui te dit que ce n'est pas l'illusion d'un amour ?
Quatre fronce les sourcils en se laissant aller dans son fauteuil.
- Ce n'est pas ce que je perçois chez toi, Duo. C'est bien réel, ce qui se passe entre Heero et toi. Et en toi, aussi. Tu sais que je t'ai rarement vu et senti si pleinement heureux et épanoui ?
Duo sourit mais avec une certaine tristesse qui n'échappe pas à Quatre, dont les sourcils se froncent à nouveau.
- Je le suis, angel. J'aime bien notre vie, la routine qui n'en est pas vraiment une, ces habitudes qu'on a pris tous les deux, ce quotidien avec lui, jalonné de repères mais en dehors d'eux, tellement différent d'un jour à l'autre…
- Je l'ai vu, Duo. Nous avons tous pu constater combien Heero évolue normalement chez vous et en ta présence, au point de se demander s'il est réellement aveugle. Il sait où tu es et à quel moment, il sait comment tu vas, quelle est ton humeur grâce aux bruits que tu fais. C'est impressionnant.
- Je m'y suis habitué.
- Lui aussi, visiblement. Tu es conscient que vous avez des habitudes de couple, de vieux couple, même ?
- Ca ne veut rien dire, Quatre ! C'est pareil avec chaque meilleurs amis qui emménagent ensemble. C'est normal, on se connaît tellement bien, tous les deux…
- Mais vous avez vécu séparément durant quatre ans.
- Peut-être, mais on bosse ensemble, au bureau ou sur le terrain. Notre complicité ne prouve rien, ça n'authentifie pas nos sentiments.
- Ok, ok, j'ai compris, je n'insiste pas avec cet argument. Je vais simplement te révéler quelque chose que j'ai appris récemment et qui est très parlant, pour moi.
- Je t'écoute. Et après on y va, avant que Une nous envoie nous chercher ! Je m'étonne qu'elle ne l'ait pas déjà fait…
- Elle n'est pas encore arrivée, il y a apparemment eu un problème sur la Centrale, répond Quatre en tournant l'écran de l'ordinateur vers Duo, qui lit rapidement le mail de leur chef envoyé sur le canal d'urgence.
- Ca tombe bien. Mais il vaudrait mieux qu'à son arrivée, on soit tous installé !
- C'est certain, acquiesce Quatre en réalignant son ordinateur. Je veux seulement que tu saches ce que Heero a dit à Trowa, il y a deux jours, je crois bien.
- C'était quoi ?
- Trowa lui faisait remarquer qu'il avait réussi à se faire à sa vie d'aveugle et il lui a demandé si ce ne serait pas difficile de s'y habituer définitivement, en abandonnant l'espoir de revoir un jour. Heero lui a répondu que si sa cécité était confirmée, il devrait te laisser repartir et reprendre ta vie, ton appart, tout ça. Et du coup, que ce serait bien plus difficile de se faire à une vie sans toi.
- C'est parce que je cuisine très bien ! assure Duo en se levant avec un large sourire, mais sans chercher à cacher son trouble.
- Je comprends tes hésitations, mon Duo. Mais ne te voile pas la face comme j'ai pu le faire, par le passé. Je te mets en garde comme tu l'as toi-même fait pour moi, il y a bientôt cinq ans déjà. Si je m'étais laissé dominer par mes doutes et mon angoisse, je pense que je n'aurais jamais vécu tout ce que j'ai vécu avec Trowa. Ce sont tes conseils qui m'ont permis de foncer.
- Ca aurait été un beau gâchis de rester chacun dans votre coin. Mais c'est différent, parce que Tro et toi, vous étiez déjà complètement fous l'un de l'autre.
- Tu penses que Heero ne partage pas tes sentiments du tout, comprend soudain Quatre.
- C'est pas vraiment ça. Je suis pas un ado, angel. Je vais pas me la jouer gros doutes et prises de tête en effeuillant une marguerite, non plus !
- T'es bête ! réplique Quatre en partant d'un grand rire à cette idée.
- Non, mais c'est vrai ! Je sais, je sens qu'il ressent quelque chose de fort pour moi et ça n'a rien à voir avec notre amitié, depuis quelque temps. Il me désire, je l'attire, c'est pas difficile de le comprendre. Surtout dans notre relation actuelle où on ressent plus les choses qu'on ne les voit. On a développé une certaine sensibilité. C'est pour ça que j'ai été si troublé, hier soir. On était tellement proches l'un de l'autre et il m'a dit des trucs vraiment pas anodins…
- Venant d'Heero, je pense que c'est ce qui se rapproche le plus d'une déclaration, mon Duo.
- Peut-être, sûrement, mais… ce n'est pas le moment de prendre tout ça en compte. Je préfère attendre qu'on revienne dans nos quotidiens habituels pour voir si on a vraiment une chance, ensemble.
- Tu ne te dis même pas que la situation telle quelle est aujourd'hui pourrait être une évolution normale et naturelle de votre relation ?
- Si Heero ne s'était pas blessé aussi gravement, je doute qu'on en aurait été là.
- Mais c'est arrivé, et vous devez saisir cette chance.
- J'en suis pas convaincu, angel, je préfère réfléchir encore.
- Bien, si tu penses que vous allez pouvoir continuer de faire semblant longtemps…
- Je ne fais pas semblant ! se défend Duo. Je suis seulement prudent.
- Appelle ça comme tu veux, réplique Quatre en rassemblant ses affaires.
- Je ne veux pas perturber Heero ni le faire souffrir, Quatre, tu peux comprendre, non ?
- Alors donne-lui ce qu'il espère depuis de nombreuses années, répond-il en passant devant lui pour ouvrir la porte.
Mais Duo la referme brusquement, le forçant à se tourner vers lui.
- Qu'est-ce que t'as dit ?
- J'ai rien dit.
- Bien sûr que si ! Et tu vas le répéter, angel...
Quatre soupire puis plonge son regard dans le sien.
- Je l'ai dit une fois, tu as entendu, je ne le répèterai pas et tu en fais ce que tu veux. On peut y aller, maintenant ?
- T'es passé en mode Winner, je vais pas chercher la petite bête… cède Duo en le laissant ouvrir la porte. Mais on reprendra cette discussion.
- C'est pas avec moi que tu dois la reprendre, Duo. C'est pas moi qui aie les réponses.
- Tu m'en as quand même apportées quelques unes alors merci, angel.
- A ton service, répond Quatre en refermant la porte de son bureau derrière eux.
Ils prennent la direction de l'ascenseur pour monter en salle de réunion et frappent au bureau de Wufei au passage, mais ils n'obtiennent aucune réponse.
- Il doit déjà être là-haut.
- Ca ne m'étonnerait pas ! répond Duo alors qu'ils s'éloignent.
Quelques minutes plus tard, la porte dudit bureau s'ouvre et deux personnes en sortent.
- Excellent travail, Agent Mifune.
- Colonel Chang ! salue l'officier.
- Tu peux reprendre les affaires en cours. Repos.
- Bien, mon Colonel. Merci, mon Colonel.
Wufei regarde à peine l'homme qui gagne l'ascenseur, ses yeux sombres se fixent rapidement sur la puce qu'il tient dans la main.
Ca fait deux mois qu'il a chargé deux des meilleurs techniciens de travailler officieusement sur l'enregistrement des laboratoires clandestins où Heero a perdu la vue.
Il a enfin, entre les mains, la réponse à la question qu'il se pose depuis ce jour : pourquoi Yuy a-t-il fait demi-tour ?
Malheureusement, il a aussi une réunion et aucune excuse officielle pour arriver en retard et encore moins, pour ne pas y assister du tout.
Il range donc soigneusement la puce en question en la glissant dans sa poche, se préparant déjà à subir un interrogatoire de Maxwell puisqu'il va arriver après lui en salle de réunion, contrairement à ses habitudes…
.
.
A suivre…
.
Merci d'avoir lu ce chapitre, j'espère qu'il vous a plu !
A dès que possible pour la suite !
Lysanea
.
