À peine arrivée devant la porte de l'immeuble où vivait Yukki que je voulus faire demi-tour. Je n'avais pas été très bavarde dans la voiture mais le peu que j'avais dit n'avait guère été aimable. Surtout envers lui. J'étais tellement inquiète pour Stéphanie que j'avais passé mes nerfs sur le pauvre musicien qui m'avait emmené jusqu'à celle qui était ma copine. Je ne m'étais pas rendue compte alors comme ça avait dû être dur pour lui. Il ne m'avait jamais rien dit à propos de ça mais il devait en souffrir. Et depuis combien de temps, au juste ? Je n'en avais pas la moindre idée.

- Vous voulez entrer ?

Une petite mamie qui sortait me tenait encore la porte.

- Euh... Oui. Merci.

Je passai par les escaliers, cherchant le plus possible à repousser le moment de voir Yukki malgré l'envie que j'avais d'être avec lui. C'était surtout que je m'en voulais. Je ne savais pas quoi lui dire. Je voulais m'excuser mais allait-il accepter ? Tant pis, je sonnai quand même une fois devant la porte de son appart'. Des pas se firent entendre ainsi que des clés qui tournent dans la serrure. Yukihiro ouvrit la porte. Il avait un air abattu. Je ne savais vraiment plus quoi dire.

- Yukki, je...

- Entre, coupa Yukihiro en se poussant pour que je puisse passer.

Il ferma la porte et s'y cala, les bras croisés.

- Écoute, Yukki, j'ai été dégueulasse de te parler comme ça. Je le pensais pas. Même si je l'ai dit, je le pensais pas. Et puis... Stéphanie m'a prise pour une conne. C'était une tentative de suicide pour me faire rester avec elle. Je sais pas si elle a su doser pour pas crever mais... les faits sont là. Je sais pas si je pourrai retourner avec elle, maintenant.

Yukihiro restait silencieux. Je pouvais voir ses mâchoires se contracter sous la peau de ses joues.

- Dis quelque chose, s'il te plait, suppliai-je presque.

- ... Je ne t'en veux pas.

- Hein ? Après ce que je t'ai dit ?

- Tu étais inquiète pour la personne que tu aimes, Alex, je ne peux pas t'en vouloir.

- Et si je suis quand même venue c'est que je m'inquiétais pour toi aussi, précisai-je, l'air de rien, en m'avançant vers le musicien toujours adossé à la porte.

Nous restâmes à nous regarder quelques secondes, l'un défiant l'autre de faire le premier pas. Je me lançai, ne tenant plus de rester ainsi à me contenter de le regarder. Sa réponse ne se fit pas attendre. Ses mains m'agrippèrent les bras pour me faire basculer contre la porte close et cette fois je ne me rebiffai pas. Quand Yukki s'écarta, je crus remarquer que son regard avait changé. Il était plus mystérieux que d'habitude mais il ne fallait pas sortir de l'ENA pour deviner à quoi il pensait.

- T'es sûr qu'on va manger ? plaisantai-je.

Yukihiro remua la tête de gauche à droite avant de se reprendre :

- Enfin, seulement si tu en as envie.

- ... C'est un peu précipité, tout ça. Il y a encore peu de temps je couchais avec une fille.

- Tu n'es pas obligée de...

- J'en ai envie.

- Mais tu sais...

- Yukki ?

- Oui ?

- La ferme.

Le musicien se mit à rire avant de se rapprocher de nouveau, ses mains passées sous mon tee-shirt pour remonter le long de mon dos jusqu'à mon soutien-gorge...

- Je peux ?

- Vas-y.

... qu'il ôta sans difficulté aucune, ce qui ne m'étonna guère : je ne doutais pas de son expérience, et j'avais confiance en lui. Ceci étant, j'avais un peu de mal à m'y coller, et Yukki ne manqua pas de le remarquer.

- Commence par où tu veux, Alex, on est pas pressés.

J'étais nerveuse. Encore plus nerveuse que ma première fois avec Stéphanie. Si avec elle c'était l'angoisse de passer à l'acte, avec le musicien c'était celle de mal faire. Il avait tellement eu de patience, il avait pris sur lui en me voyant avec Stéphanie... Il n'était pas question de le décevoir. J'arrivai enfin à ôter son tee-shirt pour embrasser son torse légèrement humidifié par la sueur tandis que Yukki défaisait, presque à l'aveuglette, la ceinture et la braguette de mon jean. Le pantalon glissa jusqu'au sol. Yukihiro défit ensuite le sien, ce qui fit qu'il se retrouva en simple boxer que je m'empressai presque de lui retirer. Certes, j'avais déjà vu des hommes nus, mais ils avaient été de ma famille, et ça avait toujours été accidentellement. Une fois de plus, je me sentis rougir comme une adolescente. Yukihiro me rassura tout en me serrant contre lui. L'oreille collée à son torse, je pouvais entendre les battements encore réguliers de son coeur. Nous restâmes ainsi un petit moment, après quoi Yukki m'amena dans sa chambre. J'étais tellement obnubilée par lui qu'il me fallut un temps pour comprendre où nous étions. Le musicien me fit reculer sur le lit, puis vint s'installer au-dessus de mon corps, avec une allure presque féline qui ne manqua pas de faire monter l'excitation.

- Ça va ?

J'acquiesçai d'un mouvement de tête. Le batteur passa sa main sous mon haut jusqu'à la poitrine. J'inspirai profondément, tentant au maximum de garder mon calme mais c'était plus que compliqué. Comment garder son calme dans une telle situation ? Yukki alterna caresses et baisers. Je décidai de me laisser aller complètement. Je ne risquai rien, après tout. Yukki et moi étions deux personnes ayant des sentiments réciproques qui s'apprêtaient à faire l'amour, ce qui était une chose tout à fait naturelle. Pour quelqu'un qui avait l'habitude d'être avec une fille, j'en prenais, du plaisir. Peut-être même plus. Yukihiro alla plus bas pour baisser ma culotte et l'enlever. J'eus comme un déclic qui fit que je me redressai sur mes coudes.

- Attends, Yukki ! Ne... Ne fais pas comme Stéphanie.

- C'est-à-dire ?

- Si tu comptes faire ce que je pense... Elle, elle se contentait de... Oh, merde ! Approche-toi, que je te montre.

Yukihiro remonta et j'attrapai alternativement sa lèvre inférieure et sa lèvre supérieure.

- Tu comprends ?

- Oui. Et je ne pensais pas faire comme ça, en fait. Ça tombe bien, termina Yukki avec un clin d'oeil qui me fit fondre.

Je restai accoudée. Je voulais voir Yukihiro faire. Penché en avant et avec douceur il écarta un peu plus mes cuisses puis se pencha en avant. Non seulement ses lèvres mais surtout sa langue se fit sentir et me crispa. La tête renversée en arrière, je faisais de mon mieux pour ne pas crier. Par contre, impossible de maîtriser mes gémissements. Yukihiro me tenait fermement et continua son exploration, puis il remonta de nouveau jusqu'à mon cou, ses mains plaquées sur mes seins, et les miennes manquant de griffer son dos. Heureusement que j'avais toujours mes ongles à ras, sinon, il aurait prit cher. Yukihiro passa ses mains derrière mes épaules et s'y agrippa.

- Tu es prête ? murmura Yukki au creux de mon oreille.

- Je sais pas...

- J'irai doucement. Je te le promets.

- ... Vas-y...

Yukihiro passa sa langue sur mes lèvres puis une pression se fit sentir au niveau de mon entre-jambes. Je ne sentis aucune douleur particulière. Après des années d'équitation, mon hymen avait peut-être déjà été déchiré ? Quoi qu'il en fut, ça n'avait pas d'importance. Je me laissai aller aux va et viens de Yukki, la respiration profonde. Si ses premiers coups de reins avaient effectivement été très doux, les suivants se firent plus puissants. Le corps de celui que je pouvais appeler mon "amant" était chaud, et le mien n'était guère mieux. C'était si bon. J'avais de plus en plus chaud, jusqu'à en perdre la tête et ce que nos deux corps furent pris d'incontrôlables tremblements. Yukki cessa de bouger quelques secondes avant de me demander si ça allait.

- Oh oui... Après ce qu'on vient d'avoir, ça ne peut qu'aller...

Yukihiro passa sa main dans mes cheveux.

- Tu te sens de venir sur moi ?

- Tu sais que je n'ai jamais fait ça, Yukki.

- Ça viendra tout seul, assura-t-il. Ne t'inquiète pas, je t'aiderai si tu veux ?

- Oui... D'accord...

Yukki, toujours en moi et ses mains tenant fermement mes hanches, nous fit basculer. Il avait eu raison : instinctivement, je me surpris à donner de légers coups de reins, les mains sur le bas-ventre de l'homme avec qui je couchais pour la première fois. A sentir le sexe de Yukihiro, j'accélérai la cadence, y prenant de plus en plus de plaisir. Le peu d'ongles que Yukki avait s'enfonça dans ma chair. Après un deuxième orgasme, je me dégageai pour m'allonger près du musicien qui avait l'air aussi vidé que je l'étais.

- Je t'avais dit que ça viendrait naturellement, dit enfin Yukki, son visage tourné vers le mien. Comment tu te sens ?

Je sentis un sourire s'étirer sur mes lèvres.

- Bien. Jamais je n'aurais cru prendre du plaisir avec un homme.

- J'en suis flatté, s'amusa Yukihiro.

- On remet ça ?

- Attends, laisse-moi reprendre un peu de force. Et promis, on recommence.

- Pourquoi pas maintenant ?

- Alex, on a eu des orgasmes, j'ai éjaculé... Ça m'a pompé de l'énergie.

- Petit joueur, tranchai-je en me levant pour me rendre à la cuisine. Je peux te piquer de la flotte ?

Yukki fit signe que oui. Je trouvai facilement la pièce en question. Un verre trainait dans l'évier. Je l'attrapai et allai chercher de l'eau au frigo. Le contact de l'air glacé me provoqua des frissons dans tout le dos. Je me servis vite, refermai la porte puis bus à grandes gorgées. Je me calai les coudes sur la table, réfléchissant à ce qu'il venait de se passer. Je n'avais jamais eu de rapports sexuels avec quelqu'un d'autre que Stéphanie, ce qui m'avait parut normal vu mon attirance pour les personnes du même sexe que moi. Et là, ça avait été avec un homme, qui était à la base un ami et surtout une des personnes qui m'employaient. J'espérais ne pas avoir fait une connerie à ce niveau-là.

Je m'apprêtais à retourner à la chambre quand deux bras puissants m'agrippèrent à la taille. J'avalai un cri.

- Tu as vraiment cru que j'allais en rester là ? Assieds-toi.

- Euh... Où ?

- Sur la table.

Je tournai la tête vers un Yukihiro très sûr de ce qu'il venait de dire et m'exécutai. Yukki mis ses mains sur mes genoux, pour me forcer à écarter les jambes, puis au niveau de mes hanches, après quoi il me pénétra de nouveau. Je m'accrochai à ses puissantes épaules. Aux coups de reins vinrent s'ajouter les baisers et les coups de langues. Je me sentais bien. Je ne voulais pas que ça s'arrête. Yukki comprenait le message et fit durer le plaisir jusqu'à ce qu'un début de fatigue fasse son apparition.

- On retourne au lit ? suggéra Yukki en se dégageant.

- Oui. On y retourne.

Allongés l'un à côté de l'autre, ne me dîmes rien jusqu'à ce que Yukihiro me demande l'air de rien :

- T'es fatiguée ou on continue ?

Stéphanie avait totalement quitté mes pensées, et la nuit fut loin d'être calme.