Une âme en peine.

Avertissement : la mise en ligne de ce chapitre à complètement fait sauter la mise en page qui était très importante à certain moment. Les lecteurs désireux de voir la mise en page originelle n'ont qu'à me contacter (mail ou review), je me ferais un plaisir de leur faire parvenir le document original.

Requiem

Poudlard, 10 septembre, 15h59.

La nouvelle était arrivée comme une rumeur dans le courant de la matinée, se répandant de classe en classe à la vitesse d'un balai de course. La nouvelle avait été ensuite confirmée lors du déjeuner par Dumbledore lui-même.

On avait retrouvé Potter, Black, Lupin et Pettigrow.

Toute l'école les avait cherchés pendant trois longues journées et autant de nuit. Les familles Potter, Lupin et Pettigrow étaient venues prendre part à recherche de leur enfant.

Et voilà que les quatre adolescents réapparaissaient comme par miracle d'on ne sait trop où.

Une deuxième nouvelle était tombée au cours de l'après midi : Les quatre adolescents avaient regagné la maison des Griffondors où ils étaient consignés jusqu'à nouvel ordre.

Lily Evans piaffait d'impatience alors que la dernière minute de cours de la journée s'égrenait à la vitesse d'un escargot neurasthénique. La jeune fille avait préparé son sermon à la faute d'orthographe près et avait bien du mal à contenir son agacement de ne pouvoir se précipiter sur ses futures victimes.

Le professeur avait-il à peine annoncé la fin du cours que Mlle Evans avait déjà parcouru vingt mètres de couloir et franchit l'escalier le plus proche.

La jeune fille s'avançait d'un pas rapide et décidé. La foule sentant l'aura mystique et vengeresse qui émanait de l'adolescente s'écartait sur son passage. S'avançant entre les pants de populace, tel un prédicateur montant en chaire pour jeter l'opprobre sur des brebis égarées, Lily était sourde et aveugle à tout ce qui l'entourait. A ses côtés, Nisha et Azaël l'escortaient en scrutant la foule des badauds de regards glacés et hautains.

Derrière le trio en route pour l'expédition punitive, la foule reformait une masse compacte, les suivant à une distance raisonnable. D'aucun, chez les Griffondors, n'aurait manqué la joute qui allait avoir lieu dans leur salle commune. Les autres, ceux qui n'avaient pas l'insigne honneur d'être à Griffondor, n'avaient que leur yeux pour pleurer de ne pas assister à ce grand moment de l'histoire Poudlardesque.

Les trois jeunes filles arrivèrent finalement devant le portrait de la grosse dame, qui d'un air compassé attendait l'arrivée de la redresseuse de tord en chef et de ses deux acolytes habituels.

« Dies Irae »

La voix de Lily était sûre et glaciale.

La grosse dame approuva d'un signe de la tête tout en gardant un air fier et hautain. Le panneau qui protégeait l'entrée de la salle commune des Griffondors pivota lentement, en silence comme si son ouverture allait laisser entrevoir le mystère du monde.

Instant solennel qui tel un requiem de Mozart s'orchestrait dans une minutieuse chorégraphie.

Un chœur de murmures commença à s'élever doucement de la foule estudiantine qui s'agglutinait peu à peu.

Un lent et doux adagio meso piano s'amplifiant à chaque mesure.

« ...

Ecoutez ! Ecoutez !

Regardez ! Regardez !

Avancez ! Avancez !

Reculez ! Reculez !

Ne bougez plus !

Je ne vois rien !

Laissez moi voir !

Ecoutez ! Ecoutez !

Regardez ! Regardez !

... » 1

Sans un regard pour le chœur, sans une oreille pour ses litanies, sans pitié pour ses lamentations, la soliste pénétra dans le sein des saints. A sa suite, son escorte marquait le pas avec une raideur hautaine.

Lily fit deux pas dans la salle commune et s'immobilisa dos à l'entrée. Nisha et Azaël, côte à côte, s'immobilisèrent juste devant l'ouverture, bloquant l'accès à la scène. Comprenant que l'on voulait l'écarter de l'acte qui allait se jouer, la foule gronda.

Le grondement s'estompa au fur et à mesure que le panneau se referma.

Nisha verrouilla l'entrée de manière à ce que personne, porteur ou non du mot de passe, ne puisse entrer avant qu'elle ne l'ait elle-même déverrouillé.

Silence.

Immobilité.

Les flammes de la cheminée envoyaient des lueurs dansantes sur les murs et plafond de la pièce. A contre jour, trois silhouettes se découpaient devant l'âtre.

Trois seulement.

Au centre. De face. Adossé au manteau de la cheminée. Les bras croisés sur le torse. La tête penchée en arrière. Sirius Black

A gauche. De profil. Recroquevillé au fond d'un fauteuil. Peter Pettigrow.

A droite. De profil. Assis sur l'extrême bord d'un fauteuil. La tête dans les mains. Remus Lupin.

La seule silhouette invisible dans ce théâtre d'ombre était celle de James Potter. Sa silhouette se fondait avec celle du fauteuil où il se trouvait.

Dos à la cheminée. Faisant face à la porte. Les coudes appuyés sur les genoux. Les mains jointes. Le menton posé sur les poings.

A travers le panneau de l'entrée, les murmures de la foule perçaient un maigre passage formant une mélopée disparate où la même psalmodie revenait comme une litanie sinistre.

Dies Irae

Lily, Nisha et Azaël observèrent les brebis égarées.

Dies Irae

Tous avaient le teint blême et cireux.

Dies Irae

Tous avaient les traits tirés et amaigris.

Dies Irae

Tous avaient les yeux caves et cernés.

Dies Irae

Tous avaient l'air hagard et piteux.

Dies Irae

Tous attendaient.

Dies Irae

Lily scruta chaque visage.

Dies Irae

Elle explora chaque regard.

Dies Irae

Elle attendit.

Jour de Colère.2

Un frisson la parcourut. Une sorte de rictus amer se dessina l'espace d'un instant sur ses lèvres. Le frisson se mua en un tremblement nerveux. Doucement, solennelle, Lily leva les mains, paume ouverte en offrande. Elle ferma les yeux.

Lily Evans éclata de rire.

Il s'agissait d'un rire sinistre, spasmodique. Un rire moqueur qui vous lacérait les nerfs.

Nul ne bougea, stupéfait.

Lily ouvrit les yeux et scruta à nouveau les quatre garçons qui lui faisaient face. Son rire se fit plus naturel et railleur. Elle baissa les mains et calma son rire. Elle secoua la tête, soupira et regarda une dernière fois les quatre garçons. Elle s'avança sans plus prêter attention au groupe et se dirigea vers son dortoir en affichant la plus totale indifférence.

Lily avait répété tout l'après midi une longue diatribe vengeresse et puis, en faisant face à la cible de sa vindicte elle s'était trouvée tellement ridicule au cœur de cette mise en scène grotesque et grandiloquente, si ridicule qu'elle n'avait pu s'empêcher de rire d'elle-même.

Comme si tout ce qu'elle pouvait dire pouvait atteindre la raison de ces imbéciles ?

Comme si tout ce qu'elle pouvait dire pouvait faire autre chose que flatter un peu plus leur ego démesuré ?

Un ego se nourrissant d'être le centre du monde, se gonflant de parasiter la vie des autres.

Une petite pique d'indifférence au moment précis où le monde aurait du ne tourner qu'autour de leur petite personne.

Une infime blessure dans leur nombrilisme.

Lily ouvrit la porte de son dortoir et laissa passer Nisha et Azaël qui l'avaient suivie sans rien dire. Son regard croisa celui d'Azaël.

L'indifférence pouvait être quelque chose de redoutable.

Cette constatation fit frissonner Lily sans qu'elle en comprenne la raison.

La porte se referma.

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1 La mise en page de cette litanie a complètement été détruite par la mise en ligne et j'ai du réduireà cause de ça..

2 La mise en page de ce passage a aussi complètement été détruite par la mise en ligne.