Bonjour tout le monde ! Me voilà avec le chapitre 7 !

Ici, la Perfect Pair est mise en avant, tantôt sous le point de vu de Fuji, tantôt sous celui de Tezuka. Certains "OoO" sont là uniquement pour changer de point de vu, sans forcément créer une ellipse.

La vérité sur les bleus de Tezuka enfin révélée ici ! J'ai essayé de rester le plus concise possible, sans trop détailler car le sujet est dur. Beaucoup de réflexions et de réactions incontrôlées de la part de nos deux flèches de Seigaku ci-dessous !

Je vais à présent répondre aux commentaires :

KaminariYuuki :

Coucou ! Tout d'abord merci pour ton commentaire !

Je suis contente de savoir que tu as apprécié les deux relations principales (Alpha et Perfect) ainsi que le rôle d'Atobe dans cette histoire. Comme je te le disais par MP, je suis vraiment heureuse d'avoir eu ton avis sur cette fiction et j'espère que tu continueras à la suivre ! Ton avis compte, alors n'hésite pas à revenir dans la section commentaires !

À bientôt Kaminari !

Youki Minaco :

Hello sweetie, I'm glad to see you around!

Don't worry your review is online! And I'm going to answer to it:
Thank you, I'm delighted to know you liked the way I described Sanada's point of view, and his relationship with Yukimura. The Alpha Pair will evolve in the next chapters, but for now, please enjoy this one with the Perfect Pair!

Take care Youki!

Voilà, je vous laisse maintenant à votre lecture, on se retrouve en bas !


J'ai toujours adoré l'hiver. La couleur du ciel s'éclaircit, s'étendant dans un océan incolore, envoûtant, m'évoquant à chaque regard les portes du Paradis, la neige tapisse le sol, plonge le paysage dans une profonde langueur, faisant écho aux nuages de cotons voletant au-dessus de nos têtes.
Le vent glace mon épiderme, lui rappelle son existence, et la sensation d'innombrable tissus étreignant ma peau s'avère toujours être révélatrice de grand réconfort.

J'apprécie également me plonger dans l'eau chaude, le soir après une longue journée, tout en m'abandonnant à mes pensées, oubliant mon existence, concentrant mes sens sur les incessants picotement provoquée par l'extrême température de mon bain.
Actuellement, c'est ce que je suis en train de faire ; je me baigne, plongée dans le bac rempli à ras-bord. J'ai un grand nombre de choses auxquelles je voudrais penser, réfléchir, méditer…

Tout d'abord, ma relation avec Tezuka. C'est étrange, mais depuis qu'il m'autorise à glisser dans son intimité, l'obsédante fascination que j'éprouvais à son égard s'est tarie, comme si soudainement, mon esprit égoïste avait enfin saisis que l'objet de mes désirs demeure avant tout un Homme, avec ses qualités, ses défauts, et surtout ses faiblesses. Il n'est plus l'inaccessible Tezuka, maintenant je le vois comme Kunimitsu Tezuka, l'adolescent, et c'est sûrement ce qui m'a permis de mûrir rapidement.
Certes, il y a d'innombrables faits que je ne saurais décrire chez moi, évidemment parfois je pense encore à laisser mon âme faner, quitter ce corps que je ne comprends toujours pas, mais à présent je ne suis plus uniquement focalisé sur moi-même, sur mes sentiments.

Dorénavant je souhaite être utile à Tezuka, et non pas pour prouver ma valeur, mais bien parce que son état m'importe. Je veux puiser dans toutes mes ressources, connaissances, forces physiques afin de le ramener sur pieds, même si cela peut signifier abandonner toute éthique. Quoiqu'il m'arrive, tant que Tezuka s'en remet, alors je serais heureux.

Bien évidemment, je me rends rends compte de mon état de dépendance, mais pour l'instant ça m'est égal ; j'ai enfin trouvé quelque chose qui sonne juste, et même si je devine pertinemment que me jeter corps et âme dans cette tâche ne fait que repousser mes actuels problèmes, peu importe, car actuellement ça me satisfait.

Mes genoux se rabattent contre mon torse, l'eau brûlante se rejetant contre mon menton dans le processus. Mes paumes viennent entourer mes jambes et je soupire… Désormais, seules les mains de Tezuka me sont accessibles, je ne peux plus rêver toucher son cou, ses épaules, caresser furtivement ses cheveux… Je suis seulement autorisé à amener mes doigts contre les siens, testant ses réactions, observant les déformations de son visage, le scintillement de ses prunelles. C'est frustrant, car malgré ma réelle volonté de l'aider, il m'arrive de vouloir l'enlacer, afin de rassurer l'horreur de ses yeux, d'apaiser le froncement rude de ses sourcils, mais malheureusement même si j'en avais la possibilité, peut-être que ces démonstrations d'affection n'auraient pas l'effet réconfortant escompté, pour la simple et bonne raison que Tezuka, contrairement à ce que j'éprouve à son égard, n'est certainement pas amoureux de moi.

Ma tête plonge, les picotements se répandent alors contre mon visage, tandis que je retiens mon souffle. J'aimerais un instant apparaître dans un autre monde, là où il me rendrait mes sentiments, cueillant mes lèvres avec douceur, célébrant mon être de paroles salvatrices, chérissant mon corps de caresses réconfortantes et affectueuses.

À court d'oxygène, je refais surface, des gouttes tièdes roulant rapidement de mes cheveux jusqu'à mes épaules. Cette réalité n'existe pas, la seule sur laquelle je dois me concentrer actuellement c'est celle où Tezuka a besoin d'aide, et non moi.

Las de mes réflexions, je m'élève alors hors de l'eau, quittant mon bain après avoir enjambé les rebords claires de ma baignoire. D'un mouvement ample, j'amène une serviette contre mon buste, frottant énergiquement ma peau pour en retirer toute trace d'humidité. Tout aussi rapidement, j'enfile mon pyjama, puis quitte la salle de bain, essayant de paraître le plus normal possible.

- Yumiko, tu peux prendre ton bain. S'élève ma voix.
- Ah, euh, oui, je fini mon rapport et je monte ! S'exclame ma grande soeur du rez-de-chaussée.

Mes pieds se dirigent instinctivement vers ma chambre, dans laquelle mon cahier de cours m'attends, grand ouvert sur mon bureau.
Je sais bien, j'ai dis à Tezuka que je révisais mes cours le matin, avant d'aller à l'école, mais comme il l'a souligné, c'est faux, je fais ça le soir, et c'est donc dans un soupir que je m'installe devant mes notes, prêt à étudier avant d'aller me coucher.
Cependant, défiant mes habitudes, mon téléphone se met soudainement à sonner à mes côtés, vibrant contre le bois de mon bureau dans un rythme régulier. Intrigué, je décroche et porte l'appareil à mon oreille, débutant la conversation :

- Allô…?
- … Fuji… Est-ce que je te dérange ?

Ma salive se bloque tout à coup dans ma gorge, les derniers délices de la voix grave roulant contre ma nuque, la faisant frissonner.
Tezuka, c'est Tezuka ! Pourquoi m'appelle-t-il ? C'est vraiment rare, il ne passe jamais de coup de fil…
Reprenant une certaine contenance, je déglutis lentement, avant de m'installer plus confortablement contre mon lit.

- Non, pas du tout, il y a un problème ? Demandais-je alors d'une voix calme.
- Eh bien… J'ai certaines choses à te dire.
- Je t'écoutes.

Un silence s'installe, durant lequel ma curiosité ne cesse d'augmenter. Si le souffle de Tezuka ne résonnait pas ainsi contre mon oreille j'aurai probablement juré qu'il n'était plus à l'appareil, mais heureusement pour mes nerfs, au bout de quelques secondes il m'intime :

- C'est par rapport à mon… problème. Tu le sais, mes parents sont au courant… À vrai dire, cela les concerne également…

Un nouveau silence, avant qu'il ne reprenne :
- … Mais voilà, le fait est que demain nous nous rendons au tribunal, pour un procès…

Ma paume se referme de plus belles contre mon portable, un début d'angoisse s'emparant des battements de mon coeur face à la révélation. Miraculeusement, ma voix parvient jusqu'au combiné :

- Le tribunal …? C'est si grave que ça …?
- Fuji… Je savais que tu allais t'inquiéter, alors j'ai demandé à mes parents et… Si tu veux tu peux venir et assister au procès, demain.
- P-pardon ?
- Tu n'es pas obligé, mais je te l'autorise.

À présent c'est moi qui demeure silencieux… Ceci est la plus grande preuve de confiance qu'il m'ait jamais offert. Après toutes ces journées où il est resté muet face à son accident, voilà qu'il me permet maintenant de découvrir la vérité, et même le soutenir dans son épreuve de façon concrète. Alors, même si j'appréhende, même si je devine la peur s'infiltrer dans mes veines, j'essaie de me faire à l'idée, d'accepter cette nouvelle étape dans notre relation.
Cependant, avant d'accepter, je demande d'une voix faible :

- Tu me l'autorise, mais est-ce que tu as envie que je sois présent …?

Sans aucune hésitation, il déclare distinctement :

- Oui, j'aimerais que tu sois là, Fuji.

Mes yeux se clos tandis qu'un long souffle s'échappe d'entre mes lèvres… Je tente de calmer mon rythme cardiaque ; voilà, il l'a dit, je ne peux plus reculer à présent, c'est mon devoir d'y aller et de le soutenir, car c'est ce que Tezuka souhaite.
Lentement, je me conditionne à cette idée, avant de constater dans un soulagement retenu que mon corps est enfin à l'écoute. Du ton le plus rassurant possible, je fini donc par lui accorder :

- Très bien, je viendrais. À quelle heure débute l'audience ?
- Neuf heure. Si tu veux, viens à huit heure chez moi, nous t'y amènerons.
- … D'accord… Alors, on se voit demain ?
- Oui, à demain.

Je m'apprêtais à raccrocher lorsque la voix naturellement suave rajoute :

- Ah, et Fuji …?
- Hm ?
- Merci.

La communication se coupe dans une résonance significative, et mon corps tombe lâchement contre le matelas de mon lit. Il doit arrêter d'agir de la sorte… J'ai l'impression de tomber encore plus profondément amoureux à chacun de ses petits mots purs. C'est terrible… Alors que je suis censé me concentrer sur son rétablissement, je me retrouve de nouveau à divaguer sur mes sentiments, sur la façon dont sa voix ensorcelle mes sens, et sur ses actes de gentillesse sous-entendus. Le dernier soupir de la soirée parvient jusqu'à mes lèvres. Demain risque d'être éprouvant, au diable mes cours, il faut que je me repose.

Tezuka a besoin de moi.

OoO

Mes mains rabattent les couvertures de mon lit lorsque j'entends les discrets gémissements de ma mère, dans le salon.
Je ne sais pas vraiment comment réagir ; devrais-je me lever et la consoler, quitte à défier sa fierté, ou devrais-je rester ici comme si de rien n'était ?

Un sanglot évident parvient jusqu'à mes oreilles, et sans réfléchir une seconde de plus je suis sur pieds, quittant ma chambre afin de m'enfoncer avec précipitation dans le couloir.
Aussitôt, un triste tableau s'offre à moi. Ma mère, enlacée dans les bras de mon père, qui tente d'étouffer ses pleurs dans les pliures de sa chemise. Il semble lui murmurer quelques paroles à l'oreille, maigre lot de consolation au vu des tremblements de ses faibles bras. Intérieurement sonné, je ne laisse rien paraître, faisant quelques pas en leur direction, la vision de ma mère se faisant de plus en plus nette.

- Kunimitsu, va te recoucher, demain on a besoin de toi en forme. Déclare soudain mon père en notant ma présence.
- Je ne peux pas aider ? Questionnais-je malgré tout.

Le visage de ma mère se plonge de plus belles dans le tissus épais, tandis que l'étreinte de mes parents se resserrent perceptiblement.

- S'il-te-plaît Kunimitsu, retourne dans ta chambre. Répond la voix autoritaire.

Je ne lui tiens pas tête deux fois, et obéis. De retour dans mon lit, j'essaie de me concentrer sur le sommeil, d'éradiquer toute pensée angoissante face à demain, d'étouffer le bruit sourd des sanglots de ma mère.

Cette nuit ne sera pas paisible, j'en ai bien peur.

OoO

- Kunimitsu, le petit Fuji est là, descends lui tenir compagnie en attendant que nous finissions de nous préparer ton père et moi !

Je passe devant elle, fixant ses prunelles désormais sèches avec un soulagement intérieur. Elle me gratifie d'un sourire rassurant, et je m'élance alors dans la descente des escaliers, me hâtant vers l'entrée.
Après avoir enfilé ma plus chaude veste, je quitte la demeure. Immédiatement, mes semelles s'enfoncent dans la neige alors que le froid mordant s'accroche à chaque centimètre de peau exposée à l'air libre.

Adossé contre le portail du jardin, Fuji semble pensif, emmitouflé dans un épais manteau de laine beige, une écharpe couvrant le bas de son visage. Je m'approche, et très vite il sent ma présence, ses océans capturant mes iris dans une lueur de sympathie.

- Yo. Me lance-t-il d'un ton commode.
- Tu vas bien ?
- La question est de savoir si toi, ça va ?
- Oui, merci.

J'accompagne l'affirmation en croisant les bras. Evidemment, je ne veux pas l'avouer, mais je suis plutôt tendu ; l'approche du procès m'angoisse, je redoute sincèrement l'altercation entre mes agresseurs et ma famille… Mais après la nuit catastrophique que j'ai passé, je tente de ne plus y penser. Allons-y prudemment.

- Tu sais Tezuka, vu que je viens avec vous, si tu te sens mal à l'aise tu peux venir me parler, à tout moment.

J'observe le profil inerte du génie, sa frange bataillant sur son front jusqu'à en cacher partiellement l'envoûtement de ses prunelles. Soudain, le souvenir de nos "séances secrètes" parvient jusqu'à mon esprit, et je me surprends à détailler les lignes de sa main, la sensation de celle-ci contre ma paume réveillant tout à coup mes sens.

- Merci. Répondis-je simplement.

Son visage pivote dans un geste gracieux, faisant voleter les mèches caramelles de ses cheveux. J'aperçois enfin pleinement la profondeur de ses lagons, qui m'attirent immédiatement dans leurs vagues, hypnotisantes.

- J'essaie de réfléchir à d'autres exercices. Avec Oishi autour de toi, il serait fâcheux que tu restes ainsi incapable de contact physique.
- … Oui, certainement.
- Est-ce qu'il est revenu te parler depuis la dernière fois ?
- Un peu, mais c'est normal, mes intentions ne sont pas claires pour lui.
- Je souhaite que tu t'en remette rapidement…

Ses longs cils se rabattent contre ses paupières laiteuses et j'admire un instant son charme naturel. L'océan m'emporte une nouvelle fois. Je me rends compte comme à chaque fois de l'extrême sollicitude de Fuji, l'eau de ses yeux se troublant souvent face à mon malheur. Je tente de me conditionner afin de serrer affectueusement son épaule, mais à peine ma concentration se manifeste que la voix de ma mère s'exclame :

- Ah, Fuji-Kun, je suis vraiment contente que tu sois venue.

Elle me contourne, serrant affectueusement le bras de mon ami avant de monter dans la voiture.
- Bonjour. Répond simplement le génie de Seigaku avec un sourire.
- Merci d'être là pour Kunimitsu. Ajoutes mon père tout en ouvrant la portière côté passager, nous intimant d'entrer.

Fuji effectue un mouvement de la tête poli puis s'exécute, suivit de près par mes propres mouvements. Mon père n'est pas vraiment du genre affectueux, sa déclaration me touche donc, mais je fais mine de rien et m'installe confortablement, bouclant ma ceinture de la même façon que mon meilleur ami. Nous démarrons, la voiture diffusant un ronronnement significatif avant de s'enfoncer dans les rues principales de la capitale, et aussitôt au centre-ville Fuji m'intime à voix basse :

- Quand tout sera fini… Lorsque tu iras mieux, nous devrions célébrer ça quelque part, avec tout le monde…

La perspective de passer du bon temps avec mon équipe provoque un sentiment chaleureux au creux de mon estomac. Aussi, capturant le regard de mon vis-à-vis, je lui répond :

- Oui… C'est une bonne idée.

L'affirmation semble lui plaire, et dans un geste de sympathie incontrôlé, il apporte brusquement sa main contre mon épaule pour la serrer… Avant de s'arrêter en plein mouvement, sa main en suspension dans l'air. Immédiatement, la culpabilité me ronge, et je ne peux empêcher celle-ci de déformer les traits de mon visage… Je suis désolé Fuji, je te promets que je fais des efforts pour redevenir celui que tu as toujours connu.
La paume s'abaisse lentement, une honte curieusement lisible entre les vagues de ses iris, avant qu'il ne tourne la tête en direction de la fenêtre, rejetant ainsi tout contact avec ma personne.

Mes lèvres se pincent discrètement. J'ai l'impression de le décevoir, je n'aime pas vraiment ce genre de situation.
Seulement, la voiture se gare déjà en face du Ministère de la Justice, et je me dois d'écourter la pensée. Plus vite que je l'aurais souhaité, nous voilà à l'accueil, puis dirigés vers notre chambre correctionnelle. Tout au long du chemin, je sens la chaleur du regard de Fuji tout contre ma nuque, rassurant quelques peu mon anxiété.

Nous pénétrons enfin dans la salle, et aussitôt une vague incontrôlable de sentiments multiples s'empare de moi.
Les bancs, le bois dur, le bureau des juges, la décoration atypique… Tout m'emporte et me saisit, forçant mes nerfs à me rendre réellement compte de l'endroit où je me situe ; là où la loi se fait respecter, où les crimes sont punis, où les victimes retrouvent consolation… Je suis ému par la puissance des lieux, mais en même temps, terriblement apeuré à l'idée que ça soit de mon affaire dont il est question aujourd'hui. Est-ce que de ce fait Fuji se sent-il plus détendu que moi…?
En tournant la tête, je le surprend à me fixer sérieusement, analysant sûrement la moindre de mes réactions. Lentement, en me laissant porter par la marée, je me souviens peu à peu de ce que je ressens envers lui, ce que je me suis avoué il y a quelques jours… Je ne suis pas superstitieux, mais Fuji est certainement mon ange gardien. Et aussi étrange que cela puisse paraître, mes peurs s'envolent tout à coup.

OoO

C'est insupportable. Plus les minutes défilent, et plus je me sens nauséeux. Cette vérité que je voulais tant découvrir à propos de Tezuka, la voilà, servie sur un plateau d'argent… Mais je n'en veux plus.

Bien fait pour toi, petit être égoïste, Fuji Syusuke le sombre idiot. La pensée se répète en boucle dans mon esprit tandis que le procès progresse devant mes yeux inertes. Comment cette famille a-t-elle réussi l'exploit de rester si soudée après un tel incident… ? Je ressens une peine profonde en même temps qu'une envie incontrôlable de quitter la chambre correctionnelle.

Voici les faits : Il y a environ quatre semaines, alors que le père Tezuka était en déplacement pour son travail, la mère et le fils ont exécuté leur routine de la soirée. Jusque là rien d'anormal, toutefois, à deux heures du matin, des voleurs se sont introduis dans la maison familiale dans le but de saisir tout ce qu'ils trouvaient de plus précieux. Cependant, étant sous l'emprise de substances illicites, leur plan a dévié.
Très vite alerté par le bruit, la mère Tezuka s'est aventurée dans le salon, avant d'être très vite maîtrisée par les cinq agresseurs. Véritables pantins de la drogue, ils ont tenté d'abuser d'elle, mais c'était sans compter sur son fils, qui, lui aussi alerté par le bruit, est intervenu afin de les en empêcher.
Malheureusement, Tezuka n'a rien pu faire de bien glorieux, à part attirer l'attention sur lui plutôt que sur sa mère. Ainsi, fatalement, les cinq agresseurs s'en prirent à lui, frappant sa peau avec leurs poings, leurs pieds, et même certains objets de la maison. D'après le rapport de la police, cette nuit-là, mon meilleur ami a été transporté à l'hôpital tellement son état semblait inquiétant. Et les photos le prouvent.

Elles montrent le sang, sombre, tâchant son épiderme au-delà de ses ecchymoses, et cela sur plus de parcelles de peau que je le pensais ; c'est réellement en découvrant les clichés pour la première fois que je me suis rendu compte de l'étendue de l'agression. Même son visage avait été touché, et ces deux semaines d'avant-rentrée scolaire ont certainement dû se charger de faire disparaître son cocard, comme beaucoup d'autres blessures salissant sa peau, à ce moment-là.
Jamais je ne pensais voir de tels actes de violences aussi clairement représentés sur le corps de mon capitaine. Pour moi, pour Seigaku, il a toujours été inébranlable, intouchable, invulnérable… Et pourtant c'est aujourd'hui seulement que je comprends l'évidence, celle étouffée par l'image qu'il rejette à autrui ;

Tezuka Kunimitsu est comme tout le monde, et sûrement pas à l'abri du danger.

Cette pensée m'a broyé le cœur, vidée l'essence de mon âme. La terreur qu'il a ressenti cette nuit, je pense l'avoir ressenti à travers mes veines, bloquant mon souffle, variant mon rythme cardiaque de façon inquiétante.
Je l'aurais voulu protégé de tous les maux du monde, mais finalement, il se pourrait que je doive moi-même m'assurer de sa sécurité. Cette vérité me dévaste, car pour rien au monde je souhaite le voir souffrir, toutefois je dois l'accepter… Il a vécu une terrible expérience et mon rôle c'est de le soutenir, de l'empêcher de trébucher une fois de plus… De lui redonner confiance en ses fabuleuses capacités.

Si sa nature propre ne revient pas d'elle-même, je me porte garant de son cheminement.

Et le regard que me lance Tezuka de part son siège ne peut que m'encourager à penser ainsi.

OoO

La sentence a été annoncé, nous sommes de retours à la maison.

Je n'ai pas envie d'y penser, au procès, aux souvenirs qui sont de nouveaux apparus dans mon esprit. Durant le trajet en voiture, j'ai agrippé le tissus de la veste de Fuji d'une solide poigne, mon regard perdu dans le vide. Je crois avoir entendu ma mère lui poser des questions, sur ce qu'il a pensé de cette affaire, sur son moyen de justifier son absence à l'école… Mais en aucun cas j'ai décidé de prendre part à la conversation.

Actuellement, je pense ressentir deux émotions différentes ; du désespoir, et du dégoût.

Je ne sais pas si ma façade a déjà été mise à l'épreuve d'une façon aussi virulente qu'à cet instant, et je peine sincèrement à garder une contenance, assis sur le canapé du salon, Fuji installé à mes côtés.
De tout cœur, je ne veux plus y penser, que toutes ces images s'effacent à présent de mon esprit, maintenant que nos agresseurs ont tous été jugé. Une honte indescriptible s'est abattue sur moi là-bas, dans la chambre correctionnelle, lorsque mon corps meurtri a été dévoilé devant tous ces inconnus… Et maintenant, je me sens dégoûté de mon être, désemparé face à sa laideur et sa faiblesse.

Mes yeux se ferment lentement… Ne plus y penser. Je ne veux plus y penser, je ne dois plus y penser.
Mais soudain, alors que mes parents quittent la pièce afin d'avoir une conversation privée, je sens quelque chose tirer ma manche, forçant mes épaules et mon visage à s'orienter vers la droite. Aussitôt, les prunelles salvatrices de Fuji rencontrent les miennes, tandis que dans un geste vif, les doigts longs, laiteux, graciles, s'emparent de mes mains avec précaution.
Curieusement, je n'ai aucune réaction réfractaire, et très vite la voix androgyne m'intime avec sérieux :

- Tezuka, écoutes-moi bien, je ne te le dirais pas deux fois...

Je le sens hésiter un instant, ses paupières se rabattant en tremblant tandis qu'il s'autorise une profonde inspiration. Puis il reprend, toujours les yeux fermés :

- … Je suis certain de pas connaître l'étendue de ta douleur actuelle, et je ne compte pas enfoncer le couteau dans la plaie en te parlant de nouveau de l'incident, cependant, ce dont je suis sûr, c'est que tu es intérieurement en train de te dévaloriser. Et si je t'en parle, c'est parce qu'à ta place, je serais également en train d'agir de cette façon. (Il prend un nouveau souffle :) Tezuka, tu es une personne formidable, tu es l'inspiration de notre club de tennis, leur admiration ultime, et le capitaine en qui ils croient tous, membres ou titulaires. Tu as vécu une lourde épreuve, mais ce que tu renvoies autour de toi n'a pas changé. Moi aussi tu sais, je te vois toujours de la même façon ; tu es resté aussi merveilleux que le jour où nous nous sommes rencontrés, en première année. Alors s'il-te-plait, ne fais plus ça, ne pense plus ce genre de choses à propos de toi, et laisses-moi t'aider à te remettre sur pieds.

Son visage se baisse, cachant sa vue à mes prunelles tandis que les paumes diaphanes resserrent leur étreinte autour de mes mains.
Je demeure incrédule, mes cils s'agitant vivement dans une expression de pur étonnement. Je sais Fuji gentil, tout le monde le pense attentionné… Mais jamais je n'aurais cru qu'il puisse être capable de tels mots à mon égard. Il a dû rassemblé une énorme dose de courage pour ainsi se dévoiler, mais ce n'est pas infructueux… Ses douces paroles sont parvenus jusqu'à mon âme, je les sens déjà soigner mes plaies intérieures, se diffusant avec chaleur dans mon être ; un à un, tous ses mots contre mes maux, sa tendresse face à la violence de mes souvenirs, et sans que je puisse contrôler mes paroles, ma voix questionne d'un ton faible :

- … Merveilleux ?

Mes mains se font compresser de plus belles alors que Fuji arque ses épaules, sûrement honteux.

- Je… Je… (Une nouvelle fois, il prend une profonde inspiration :) Tu es absolument merveilleux à mes yeux Tezuka, mais s'il-te-plaît ne me le fais pas répéter une troisième fois, c'est vraiment gênant…

Dans une fatalité qui m'échappe, je sens mon corps s'écrouler, et alors que mes yeux s'humidifient dans une profonde émotion, mes bras enserrent le corps gracile face à moi, l'amenant près de mon torse dans un geste absolument inattendu, pour que ma voix basse finisse par murmurer :

- Merci pour tout Fuji, tu es aussi merveilleux à mes yeux.


Et voilà, fin de ce septième chapitre ! J'espère que l'histoire vous plaît toujours...

J'ai décidé de montrer un côté plus accessible de Tezuka dans ce chapitre ; dans le sens où, dans le manga nous le voyons toujours impassible, mais malheureusement je ne peux garder ce côté de lui apparent avec cette épreuve difficile qu'il traverse dans cette histoire. Un être humain ne peut tout simplement pas rester inébranlable face à ça... Et surtout pas un adolescent !
Aussi, j'espère que vous remarquez la légère évolution du caractère du Fuji... ? Il devient plus audacieux, plus sûr de lui, j'espère que ça vous plaît.
Dernière information : Le Palais de Justice trouve son équivalence au Japon dans le Ministère de la Justice. En France, la loi est libre, ce qui explique que beaucoup de procès soient ouverts au public. CEPENDANT ! Je suis bien consciente qu'une affaire qui comportent des coups et blessures (sur un adolescent de surcroît) et une tentative de viol, se passe très certainement à huis clos, mais vous imaginez bien que pour des facilités scénaristiques, j'ai décidé de garder la juridiction française, tout en ôtant le "détail" du huis clos. (Une pratique que je dénigre pas le moins du monde, je trouve ça même assez légitime.)

On se retrouve très vite, merci de continuer cette aventure avec moi, et n'hésitez pas à commenter !