Bonjour à toutes et à tous !

Voilà le 7ème chapitre avec un jour d'avance mais j'ai bien avancé sur la fic en regardant les oscars (et Jared Leto avec le meilleur second rôle, c'était plus que mérité ... mais ce n'est pas le sujet !).

Ce chapitre est plus sombre que le précédent et je tenais à le préciser. Une nouvelle fois, la situation va se dégrader sur les prochains 3 ou 4 chapitres avant de s'améliorer doucement. On devrait voir Sam d'ici 4 chapitres je pense si je suis le plan que j'ai en tête.

Merci une énième fois pour vos commentaires. Ils me donnent un motivation de dingue.

Bonne lecture !

Sydney 8201

Musique de ce chapitre :

Fix you de Coldplay (une des rares chansons à pouvoir me faire pleurer ...)

Chapitre 7 : Un appel au secours

Castiel avait passé la journée chez lui à s'occuper de tout ce qu'il avait ignoré jusque là et qui ne pouvait décemment plus attendre. Il avait fait son ménage en début de matinée et puis sa lessive avant le déjeuner. Il avait ensuite trié les monceaux de facture qu'il avait entassés sur le meuble de son entrée puis avait passé un rapide coup de fil à ses parents. Quand il eut fini, il fut surpris de constater qu'il était déjà plus de 20 heures. Il fit réchauffer un plat de lasagne au microonde puis s'installa devant la télé pour manger. Il faisait tout son possible pour ne pas penser au coup de fil que Dean lui passerait d'ici peu. Il essaya de ne pas avoir peur qu'il ne l'appelle pas. A vrai dire, il tenta de ne pas penser à lui du tout. Bien sûr, ce fut un échec. Le jeune homme était présent constamment dans son esprit et plus encore depuis leur conversation de la veille et leur rencontre deux jours plus tôt.

Castiel ne savait pas vraiment ce que cela voulait dire. Il savait qu'il s'inquiétait beaucoup pour lui. Il savait qu'il avait envie de l'aider. Mais il ne s'expliquait pas les autres idées qui germaient ici et là dans sa tête. Il refusait de se poser des questions sur son envie quasi frénétique de revoir le jeune homme, sur le fait qu'il ne pouvait s'empêcher de se demander si ses cheveux étaient aussi doux qu'il semblait l'être. Plus encore, il ne voulait surtout pas se pencher sur le fait qu'il lui arrivait de se demander si tout son corps était recouvert de tâches de rousseur.

Non. Il ne voulait pas y penser. Parce que ce n'était pas normal et objectivement, ce n'était pas sain non plus. Dean était trop jeune pour lui. Il était dans une situation désespérée et il avait avant tout besoin d'un ami … d'un ami qui ne fantasmait pas sur ses fichues tâches de rousseur et sur le dessin que Castiel pourrait en faire s'il les reliait une à une avec un crayon.

Castiel était furieux contre lui-même. Il n'avait pas le droit de penser à ce genre de choses. Il ne devait avoir que le bien être du jeune homme en tête et rien d'autre. Pour le reste, il trouverait quelqu'un de son âge. Quelqu'un qu'il ne risquerait pas de détruire si les choses ne se passaient pas bien. Il avait besoin de quelque chose de simple.

Le jeune homme zappa entre les chaînes, s'arrêtant quelques secondes sur un programme avant d'en changer. Il hésita à mettre un DVD mais il craignait de s'endormir. Il devait rester éveillé. Il devait attendre le coup de fil de Dean.

Il opta finalement pour une rediffusion d'une émission politique qu'il écouta d'une oreille distraite. Il mangea lentement, savourant sa nourriture puis il partit se servir un verre d'eau qu'il but en regardant deux politiciens se disputer au sujet d'une loi dont Castiel ignorait tout. Il fit un effort pour les écouter débattre et se força à ne pas regarder son téléphone toutes les cinq secondes.

Une nouvelle fois, il échoua lamentablement. Il vérifia que sa batterie était chargée puis s'assura que son portable fonctionnait en l'appelant depuis son fixe. Quand il fut sûr qu'il ne pourrait pas manquer l'appel de Dean, il reporta son attention sur la télévision. Les deux politiciens se battaient toujours sur le même sujet et il décida de changer de chaîne. Il écouta quelques minutes d'un concert des Rolling Stones qu'une chaîne musicale diffusait puis s'attarda ensuite sur une émission de téléachat. Il jeta un coup d'oeil à sa montre. 20H46. Il était encore tôt. Dean attendait probablement d'être seul pour l'appeler. Il ne voulait sans doute pas que Chris soit présent. Il était peut-être juste occupé. Castiel ferma les yeux. Il se demanda quand il pourrait enfin attendre paisiblement un appel du jeune garçon sans interpréter son silence de la pire des façons. Il n'était pas sûr d'y arriver un jour.

Il soupira longuement puis se leva et entreprit de faire la vaisselle. Quand il eut fini de la ranger et après avoir soigneusement nettoyé son évier, il retourna s'asseoir dans le salon. Il regarda à nouveau sa montre. 21H19.

Castiel avait toujours été quelqu'un de patient. Mais les choses étaient différentes avec Dean. C'était presque comme si le jeune homme avait fait de lui quelqu'un de différent. Ce qui l'effrayait complètement. Comment pouvait-il l'avoir fait changer alors même qu'ils ne se connaissaient pas ? Ce n'était tout bonnement pas possible. Castiel devait se reprendre.

Il hocha la tête puis changea à nouveau de chaîne. Il regarda pendant quelques minutes un épisode de Friends qu'il avait vu mille fois. Il ne sourit à aucune blague et renonça. Il se leva de son canapé et se dirigea vers sa bibliothèque. Il parcourut des yeux le titre des livres qui s'y trouvaient entassés puis décida de les classer. C'était un bon moyen de s'occuper l'esprit. Il vida les étagères une à une puis s'assit par terre et commença à empiler les livres dont le titre commençait par la même lettre. Castiel était quelqu'un d'ordonné. Un classement alphabétique était une bonne chose. Il fut surpris de découvrir qu'ils avaient parfois deux fois le même livre et il mit de côté les exemplaires inutiles. Il pourrait les donner. Ou les vendre. Il n'était pas encore très sûr.

Il sourit en retrouvant l'exemplaire du kamasoutra que Gabriel lui offert quelques années plus tôt. Il le feuilleta rapidement avant de le reposer. Son ami savait que ce genre de choses le mettait mal à l'aise et il le soupçonnait d'avoir choisi ce cadeau uniquement dans ce but. Castiel l'aimait aussi pour ça.

Il avait fini de trier ses livres et était sur le point de les remettre sur les étagères quand son téléphone sonna. Il se leva en un bond et se maudit d'avoir laissé son portable sur la table basse. Il fit tomber plusieurs piles de livres dans sa précipitation et jura entre ses dents. Il finit par rejoindre son canapé et se jeta dessus pour attraper son téléphone. Il décrocha aussitôt, à bout de souffle.

- Dean ?

Il n'obtint pas de réponses. Il regarda l'écran de son téléphone pour s'assurer qu'il n'avait pas décroché trop tard puis recolla le portable contre son oreille.

- Allo ? Dean ?

Il se concentra sur ce qu'il entendait à l'autre bout du fil et fut rassuré d'entendre la respiration de son interlocuteur. Il se redressa sur le canapé et jeta un coup d'oeil à l'horloge. 22H31. Il n'avait pas vu le temps passer.

- Dean, tu m'entends ?

Le silence du jeune homme commençait à l'inquiéter. Il se leva du canapé, sans savoir quoi faire. Il tourna plusieurs fois sur lui-même puis colla sa main libre contre son autre oreille pour se couper de tous les bruits de son appartement.

- Dean, réponds moi, exigea t-il.

Il entendait toujours la respiration du jeune homme mais elle semblait étrangement saccadée. Il ferma les yeux, prêt à l'appeler encore une fois quand il entendit un drôle de bruit à l'autre bout du fil. Il fronça les sourcils. Il avait la sensation que Dean avait laissé tomber le téléphone. Ou qu'il l'avait jeté par terre. Ca n'était pas bon signe. Castiel sentit la panique le gagner. Il tenta de respirer calmement mais son cœur battait trop fort dans sa poitrine et il commençait à transpirer.

- Dean, parle-moi … s'il te plait.

Quelque chose clochait. Il pouvait le sentir. Et il ne savait pas quoi faire. Il était perdu. Il rouvrit les yeux et réfléchit aux options qu'il avait. Il pouvait appeler la police et leur donner le numéro de portable du jeune homme. Ils pourraient sans doute le localiser. Il pouvait continuer de lui parler jusqu'à ce qu'il soit sûr que les secours étaient arrivés chez lui. Il ne le laisserait pas seul. Il ne le laisserait pas mourir. Il hocha la tête puis se dirigea vers son entrée et attrapa son téléphone fixe. Il était en train de composer le 911 quand Dean parla enfin.

- Castiel ?

Sa voix était faible, bizarrement aiguë. Il pleurait. Castiel lâcha son téléphone fixe sous l'effet du choc et porta sa main libre à son visage.

- Dean, qu'est-ce qu'il y a ? demanda t-il, paniqué.

- Je … je crois que j'ai fait une bêtise, avoua Dean.

Castiel sentit les larmes lui monter aux yeux. Il ne pouvait pas. Il n'avait pas le droit. Il se baissa pour ramasser son téléphone fixe et recomposa le 911. Il n'était peut-être pas trop tard. Mais il devait garder Dean au téléphone. « Parle idiot » pensa t-il mais il ne savait pas quoi dire. Il observa une seconde le combiné qu'il tenait dans sa main. Ses doigts tremblaient.

- Quelle bêtise ? Demanda t-il finalement.

- Je l'ai appelé … hier soir … je l'ai appelé.

Castiel fronça les sourcils. Il s'était attendu à ce que Dean lui annonce qu'il avait avalé un tube entier de cachets. Qu'il avait entaillé ses veines. Il ne put s'empêcher d'être légèrement soulagé. Mais la détresse dans la voix du jeune homme le ramena rapidement à l'horreur de la situation.

- Qui as-tu appelé ?

- Sammy … j'avais son numéro de portable et … après t'avoir parlé de lui … j'étais saoul et je l'ai appelé mais je suis tombé sur sa messagerie alors je … j'ai laissé un message. Il … il m'a rappelé tout à l'heure et … il pleurait Castiel. Il pleurait et j'ai été incapable de lui parler. Je lui ai raccroché au nez et maintenant il me déteste …

Castiel reposa son téléphone sur le socle et s'appuya contre le mur derrière lui. Il se laissa glisser contre jusqu'à ce qu'il soit assis par terre.

- Est-ce qu'il t'a parlé ?

- Non … il ne faisait que répéter mon nom encore et encore et il pleurait. Castiel, c'est de ma faute … c'est …

Dean fut incapable d'en dire plus et Castiel l'entendit sangloter. Il essuya ses yeux pour chasser les larmes qui s'y accumulaient puis posa sa main contre son front.

- Non Dean, ce n'est pas de ta faute … et le fait que ton frère t'ait rappelé est le signe qu'il tient toujours à toi. Je sais que ça a du être dur de l'entendre pleurer mais …

- Dur ? Dur ? C'était insupportable … c'était … ça m'a brisé le cœur. Je ne peux plus Castiel. Je veux … je ne veux pas me réveiller demain matin et repenser à cet appel. Je vais … c'est ce soir Castiel. C'est ce soir.

Le jeune homme releva la tête brusquement. Il la secoua alors que son cœur reprenait un rythme effréné dans sa poitrine.

- Oh non non non … ce n'est pas ce soir. Tu m'as laissé quinze jours Dean. Tu n'as pas le droit, protesta t-il.

Il savait qu'il hurlait mais il se fichait que ses voisins l'entendent. Il tenta de se remettre debout mais ses jambes refusèrent de le porter et il tomba à genou. Il se courba jusqu'à ce que son front ne soit plus qu'à quelques centimètres du sol.

- Dean, s'il te plait … s'il te plait.

- Je n'ai plus la force … je suis tellement fatigué … et j'ai ces cachets … ils sont dans ma main. Je pourrais les avaler et tout serait fini.

- Non ! Hurla Castiel. Non. Hors de question.

Il se redressa et s'aida du meuble de téléphone pour se remettre debout. Il tituba jusqu'à son porte-manteau et attrapa sa veste.

- Donne-moi ton adresse, exigea t-il.

Il ouvrit la porte de son appartement sans attendre la réponse et courut jusqu'à la cage d'escalier. Il descendit les marches deux par deux et manqua de tomber plusieurs fois.

- Non Castiel, tu ne peux rien y faire, protesta finalement Dean au bout de longues minutes qui semblèrent durer une éternité.

Oh que si je peux. Parce que si tu ne me donnes pas ton adresse, je peux te jurer que je trouverais ton frère … je le traquerais s'il le faut mais je le trouverais et je lui dirais que tu l'as abandonné … je lui dirais que tu n'as pas tenu ta promesse et je lui dirais que tu as été trop lâche pour lui répondre.

- Il sait déjà tout ça … assura Dean en pleurant de plus belle.

- Tu es vraiment sûr de toi ?

Castiel atteignit enfin le rez-de-chaussée. Il sortit de son immeuble et courut jusqu'à sa voiture. Il fouilla ses poches à la recherche de ses clefs de voiture puis quand il eut enfin mis la main dessus, il s'immobilisa et appuya son front contre la vitre conducteur.

- Dean, je veux juste t'aider … mais il faut que tu me laisses essayer. Tu m'avais promis … tu m'avais promis … murmura t-il.

Il n'était plus sûr que le jeune homme l'écoutait toujours. Il ferma les yeux et pria silencieusement. Il se sentait impuissant. Il avait la sensation que tout lui échappait. Et il était effrayé. Il sentit des larmes rouler sur ses joues. Il ne chercha pas à les essuyer.

- Dean ?

- 183 Elizabeth Street … le code de l'entrée c'est 2156. On est au dernier étage. Appartement douze.

Castiel recula son visage de la vitre et observa son reflet une seconde. Il était méconnaissable.

- Merci Dean … je suis là dans dix minutes, assura t-il.

Il ouvrit la portière puis entra dans la voiture. Il connaissait cette rue. Ce n'était pas très loin de chez lui et à quelques minutes à pied de son travail. Il garda le téléphone collé contre son oreille alors qu'il manœuvrait pour sortir de sa place de parking.

- Je peux te jurer que les choses finiront par s'arranger … je vais t'aider Dean … je serais là pour toi à chaque seconde si nécessaire. Est-ce que Chris rentre ce soir ?

- Il dort chez Steve, répondit Dean d'une voix faible.

Castiel s'inséra finalement dans la circulation et doubla rapidement une voiture qui cherchait à se garer. Il détestait téléphoner en conduisant mais il ne pouvait pas raccrocher maintenant. Dean était trop fragile. Il ferait une bêtise s'il ne continuait pas à lui parler. Il accéléra et traversa un carrefour bien que le feu soit rouge. Si la police venait à l'arrêter, il leur expliquerait la situation. Il s'agissait d'une urgence.

- OK, Dean … dis-moi où tu trouves.

- Je suis … je suis dans la salle de bains. J'ai cassé le miroir … je ne supportais plus mon reflet.

- Tu es blessé ? Demanda Castiel en prenant un virage à droite.

Il roulait trop vite. Il le savait. Et de toute évidence, les autres automobilistes partageaient son avis s'il en croyait les klaxons qui résonnaient sur son passage.

- Non je … je saigne de la main mais je ne crois pas que ce soit très profond, répondit finalement Dean.

Castiel essaya de ne pas paniquer. Il prit une grande inspiration puis réfléchit une seconde. Dean avait besoin qu'il soit calme et lucide. Il avait besoin qu'il soit fort. Il pouvait le faire.

- On ne va pas courir le risque … tu vas passer ta main sous l'eau pour nettoyer la plaie puis tu vas appuyer une serviette contre pour stopper le saignement. Tu peux faire ça pour moi Dean ?

- Je … ok.

- Super, c'est super.

Castiel tourna à droite dans une rue puis à gauche dans une autre. Il sentait son cœur battre dans ses tempes et dans son cou. Il avait les joues humides et le front couvert de transpiration. Il devait probablement avoir l'air d'un fou. Mais il s'en fichait. Il n'avait que Dean en tête.

- C'est fait, murmura finalement le jeune homme au bout de quelques minutes. Ca saigne encore mais … je ne crois pas que ce soit grave.

- On regardera ça quand je serais arrivé.

- Tu es encore loin ?

- A cinq minutes Dean … j'arrive.

Il entendit le jeune homme renifler puis crut percevoir le bruit de l'eau. Il fronça les sourcils.

- Tu es toujours dans la salle de bains ? Demanda t-il alors qu'il passait devant sa librairie.

- Oui … je … j'ai vomi et je voulais juste nettoyer.

- Tu as bu ?

- Un peu oui … désolé.

Castiel grilla un nouveau feu rouge et accéléra.

- Tu n'as pas à l'être, assura t-il.

Il entendit Dean pleurer à nouveau et il dut faire un effort pour ne pas en faire de même. Il était à bout de force. Il était terrifié et il avait le cœur brisé. Il ne savait pas comment il parvenait encore à être suffisamment lucide pour conduire.

- Si … je suis … je suis désolé parce que je ne suis pas capable de … j'ai laissé tomber Sam … et toi … j'ai failli le faire Castiel. Si je n'avais pas eu ton numéro de téléphone, j'aurais avalé ces cachets … et … si tu avais entendu sa voix. Mon Dieu, qu'est-ce que j'ai fait ? Castiel … qu'est-ce que … je ne sais pas.

Castiel essaya d'ignorer les sanglots qui redoublaient d'intensité à l'autre bout du fil. Dean continua de parler mais ses mots n'avaient plus aucun sens. Il s'excusa encore et encore avant de s'insulter puis de marmonner quelque chose à propos de Chris. Castiel avait la sensation de le perdre. Quand il tourna enfin dans la bonne rue, Dean ne parlait plus. Il ne faisait plus que pleurer.

- Je suis en bas de chez toi, expliqua le jeune homme.

Il remonta la rue puis gara sa voiture sur la première place libre. Il en sortit aussitôt sans prendre le temps de la verrouiller puis il courut jusqu'à l'immeuble où vivait Dean. Il tapa le code d'entrée puis fonça jusqu'aux escaliers qu'il monta en courant.

- Dean, parle-moi, lança t-il essoufflé.

Il sauta les deux dernières marches puis remonta le couloir. Quand il fut enfin devant le bon appartement, il ouvrit la porte et appela le jeune homme. Il n'obtint aucune réponse. Castiel lâcha son portable et avança dans l'appartement.

- Dean, c'est moi ! S'écria t-il.

Il aperçut une bouteille de whisky vide par terre au pied d'un vieux canapé. Il s'engagea dans le couloir à sa droite et ouvrit une première porte. Il s'agissait d'une chambre mais en voyant la guitare qui reposait contre le mur, Castiel sut qu'il s'agissait de la chambre de Chris. Il allait la refermer quand il aperçut une autre porte dans la pièce. Une porte en dessous de laquelle il voyait de la lumière. Il sentit son cœur s'accélérer alors qu'il se précipitait vers elle. Il l'ouvrit rapidement et regarda autour de lui. La salle de bains était toute petite mais aménagée intelligemment. A sa droite se trouvait un lavabo avec au dessus un miroir brisé. Au sol, il vit des morceaux de verre et des traces de sang. Sa respiration devint saccadée et il avait la tête qui tournait. Il ne voyait pas Dean. Il fit un pas dans la pièce. C'est alors qu'il les entendit. Les sanglots. Il jeta un coup d'oeil en direction de la baignoire et tira le rideau. Dean était assis dedans, tout habillé, de l'eau jusqu'à la taille. Il avait les genoux remontés contre son torse, la tête entre les mains. Il avait mis du sang sur le rebord de la baignoire et dans ses cheveux. Mais il était en vie. Castiel sentit les larmes rouler sur ses joues.

- Dean ? Murmura t-il.

Le jeune homme leva enfin la tête et le regarda une seconde avant de secouer la tête et de se remettre à pleurer. Castiel soupira avant de s'approcher de la baignoire. Il s'agenouilla contre en évitant soigneusement les morceaux de verre. Dean tremblait comme une feuille. Castiel toucha l'eau dans laquelle il était assis. Elle était glacée.

- Il faut que tu sortes de là Dean … tu vas tomber malade sinon, expliqua gentiment.

Voyant que le jeune homme ne réagissait pas, Castiel se redressa et lui attrapa les bras. Il ne savait pas s'il serait capable de le soulever mais il ne pouvait pas le laisser dans cette eau glaciale. Il devait le faire sortir, l'obliger à se changer puis examiner ses blessures. Malgré la panique qui le gagnait, Castiel avait les idées plus claires que quelques minutes plus tôt. Il avait un plan à suivre et cela l'aidait à rester lucide.

- Il va falloir que tu m'aides Dean. Tu es trop lourd pour que je te porte et je dois vraiment te sortir de là, déclara t-il.

Le jeune homme leva à nouveau le visage vers lui et Castiel le regarda de longues secondes dans les yeux. Il aurait aimé pouvoir lui transmettre un peu de force mais il en manquait lui aussi cruellement.

- Tu devrais me laisser mourir, murmura Dean.

- Ne dis pas ça. Tu ne le penses pas. Si c'était le cas, tu ne m'aurais pas appelé.

- Je n'aurais pas du le faire.

- Peut-être mais quoi qu'il soit, c'est trop tard à présent. Je suis là et je ne vais pas te laisser faire de bêtises.

Il prit une grande inspiration et tira sur les bras du jeune homme mais ce dernier refusait de bouger. Il était un poids mort et Castiel n'avait aucune chance de le sortir sans son aide. Il soupira.

- Dean, si tu refuses de sortir de cette baignoire, j'appelle Chris dans la seconde et je doute sincèrement que tu aies envie qu'il débarque et te voit dans cet état.

Il savait qu'il s'agissait là d'un coup bas mais une nouvelle fois, il était trop désespéré pour s'en soucier réellement. Dean le regarda une seconde avant de secouer la tête puis de s'appuyer sur les rebords de la baignoire pour se remettre debout. Il vacilla aussitôt et Castiel passa un de ses bras autour de sa taille pour le stabiliser.

- OK, maintenant, sors de là, exigea t-il.

Dean marmonna quelque chose d'incompréhensible avant de sortir de la baignoire. Une nouvelle fois, Castiel dut le soutenir pour qu'il reste debout. Dean passa un bras autour de ses épaules et se laissa guider en dehors de la salle de bains. Il marchait lentement et Castiel le sentait sur le point de tomber. Il serra les dents et supporta un peu plus encore le poids du jeune homme. Il l'entraîna jusqu'à sa chambre et le fit s'asseoir sur son lit. Il le relâcha alors et jeta un coup d'œil autour de lui.

- Tu vas commencer par te déshabiller. Tes vêtements sont trempés, lança t-il en se dirigeant vers la commode qui était posée contre le mur à se droite.

Il ouvrit plusieurs tiroirs avant de trouver ce qu'il cherchait. Il attrapa un caleçon, un pantalon de survêtement et un tee-shirt puis vint les déposer sur le lit à côté de Dean

- Pourquoi est-ce que tu es là ? demanda le jeune homme en le regardant s'accroupir devant lui.

- Tu m'as appelé, répondit Castiel en lui retirant ses chaussettes.

Dean ne faisait rien pour l'aider et le jeune homme commençait à se demander s'il serait capable de se déshabiller tout seul.

- Je me souviens … ce n'est pas ça que je te demande … pourquoi es-tu venu ?

Castiel le regarda une seconde. Il avait les yeux rouges et les paupières gonflées. Ses joues étaient humides et ses cheveux collaient à son front couvert de transpiration. Il avait l'air misérable. Mais il était en vie. Et c'était tout ce qui comptait pour le jeune homme.

- Je suis là parce que tu as besoin de moi … parce que, que tu le veuilles ou non, je n'ai pas l'intention de te laisser mourir.

« Je suis là parce que l'idée de te perdre me terrifie » ajouta t-il mentalement mais il le garda pour lui. Dean n'était pas prêt à entendre ces mots. Et Castiel n'était pas sûr d'être prêt à les dire. Il posa ses mains sur les genoux du jeune homme et continua de le regarder dans les yeux.

- Dean, je ne peux pas imaginer ce que tu traverses en ce moment … ou depuis deux ans mais ce que je sais c'est que tu m'as appelé. Pas pour me dire au revoir … pas pour me dire adieu … tu m'as appelé au secours et je suis là pour toi. Maintenant, je vais te demander de m'aider parce que je ne pourrais pas te déshabiller si tu n'y mets pas un peu du tien.

Le jeune homme s'essuya le visage d'une main qui tremblait toujours autant puis il acquiesça faiblement.

- Je vais le faire si … ça ne t'ennuierait pas de te tourner ?

Castiel se redressa puis fit ce qui lui était demandé. Il entendit Dean bouger sur le lit puis entendit le bruit de ses vêtements mouillés qui tombaient par terre. Il refusa de laisser son esprit s'aventurer sur le fait que le jeune homme était très certainement nu derrière lui et se concentra à la place sur le poster accroché en face de lui. Il s'agissait de l'affiche du film « La vie est belle » de Roberto Benini. Castiel ne pouvait s'empêcher de trouver ça ironique et pendant une seconde, il eut envie d'arracher le poster du mur. Mais il se contenta de le regarder en songeant qu'il avait été à deux doigts de perdre Dean. C'était un miracle qu'il soit encore en vie.

- C'est bon, l'appela finalement le jeune homme.

Castiel s'arracha à sa contemplation et se retourna. Dean avait enfilé son caleçon et son pantalon mais il était encore torse nu. Sa peau était incroyablement blanche pour quelqu'un qui vivait en Californie. Il ne devait jamais s'exposer au soleil. Castiel s'agenouilla une nouvelle fois devant lui.

- Je vais regarder ta main maintenant, expliqua t-il.

Dean la lui tendit en silence. Le sang ne coulait plus mais l'entaille semblait plutôt sérieuse. Il aurait été préférable de la faire voir par un médecin. Toutefois, Castiel doutait que le jeune homme accepte d'être conduit à l'hôpital. Il allait devoir faire avec les moyens du bord. Il reposa la main de Dean, paume vers le haut, sur sa cuisse puis se redressa.

- Où est-ce que je peux trouver votre trousse à pharmacie ? Demanda t-il.

Dean renifla une seconde avant d'hausser les épaules.

- Dans le meuble de la salle de bains. Deuxième tiroir, répondit-il d'une voix faible.

Castiel acquiesça puis partit la récupérer. Il trouva rapidement ce dont il avait besoin et retourna ensuite auprès de Dean. Il se remit à genoux devant lui puis ouvrit la trousse à pharmacie par terre. Il en sortit des compresses, du désinfectant et du bandage. Il agissait mécaniquement, son cerveau ne semblant plus vouloir penser à autre chose qu'à Dean, au fait que son cœur battait toujours et que c'était en partie grâce à lui. Il savait que le fait que le jeune homme l'ait appelé avant d'avoir mis ses menaces à exécution était une bonne chose. Mais il n'était pas sûr qu'il serait capable de supporter un tel choc une deuxième fois.

- Je suis désolé, murmura Dean quand Castiel lui prit la main et commença à nettoyer la plaie sur sa paume.

- Je te l'ai déjà dit, tu n'as pas à t'excuser. Je t'avais dit que je serais là pour toi … je ne fais que tenir ma promesse.

- Oui mais je … je ne mérite pas tout ça … tu aurais de me laisser me mourir … bordel, tu aurais du m'encourager à le faire !

Castiel jeta la compresse couverte de sang par terre puis saisit la deuxième main de Dean et les serra toutes les deux dans les siennes. Il fixa ensuite le jeune homme dans les yeux.

- Je sais ce que tu penses Dean … je sais comment tu te vois mais je veux que tu m'écoutes attentivement d'accord ?

Le jeune homme tourna le visage sans doute pour échapper au regard que Castiel avait posé sur lui mais ce dernier lui relâcha une main pour l'attraper par le menton. Il le força à lui faire face.

- Tu n'as pas idée à quel point tu es important pour … les gens qui t'entourent. Pour Chris … pour Steve … pour Sam.

« Pour moi » ajouta t-il mentalement. Il remonta légèrement sa main pour qu'elle épouse parfaitement le contour de la joue de Dean. Son pouce caressa délicatement la peau douce de la pommette du jeune homme.

- Je sais que tu as essayé de t'en sortir avant … je sais que tu as échoué. Je sais que tu es fatigué mais … tu mérites tellement mieux que ce que tu crois … tu mérites tout ce dont n'importe quel adolescent de ton âge peut rêver. Tu as le droit d'être heureux … parce que toutes les horreurs qui te sont arrivées … aucune n'est de ta faute … tu m'entends Dean ? Aucune.

- Lâche-moi, protesta le jeune homme en tentant d'échapper aux mains de Castiel.

Ce dernier ne le laissa pas faire. Il était peut-être fatigué mais Dean n'avait plus aucune force.

- Non, je ne vais pas te lâcher tant que tu refuseras d'entendre ce que j'ai à te dire. Ce n'est pas de ta faute … ni la mort de ta mère, ni l'attitude de ton père. Ce n'est pas de ta faute.

Dean ferma les yeux et secoua faiblement la tête.

- Tais-toi … murmura t-il.

- Ce n'est pas de ta faute, répéta Castiel.

- Tais toi … s'il te plait … je … je ne veux pas entendre ça !

Castiel approcha son visage de celui de Dean et vint coller son front contre celui du jeune homme. C'était sans doute un geste un peu trop intime mais à cet instant précis, il avait besoin de toucher Dean. Il avait besoin d'établir un contact. Et s'il n'y arrivait pas par la parole, il ne lui restait plus qu'à essayer de l'établir physiquement.

- Ce n'est pas de ta faute, souffla t-il.

Dean rouvrit les yeux et pendant une seconde, ses magnifiques iris verts plongèrent dans ceux de Castiel. Mais alors que ce dernier croyait avoir gagné, Dean le repoussa violemment en appuyant ses deux mains contre son torse. Le jeune homme manqua de tomber en arrière et se retint tant bien que mal au rebord du lit. Dean le poussa une seconde fois, plus faiblement.

- Ferme-la ! Hurla t-il.

Castiel prit quelques secondes pour se remettre du choc puis il posa ses deux mains sur les épaules de Dean. Il ne devait pas le laisser le repousser. Il pouvait sentir que ses paroles commençaient à faire leur chemin dans l'esprit du jeune homme. Il refusait juste de l'accepter. C'était à Castiel de parvenir à lui faire entendre raison.

- Ce n'est pas de te faute, assura t-il une énième fois.

Dean secoua la tête puis lui donna un coup de poing sur le torse. Il était épuisé et Castiel ne sentit presque rien. Il ne bougea pas, ses mains toujours fermement ancrées sur les épaules de Dean. Il le laissa se défouler sur son torse, les coups de poings se suivant les uns les autres sans aucune force. Il le laissa gaspiller le peu d'énergie qui lui restait, se préparant à ce qui se passerait après. Car Castiel savait qu'une fois la colère passée, une fois ses dernières forces perdues, Dean s'effondrerait. Et il se devait d'être là pour lui.

- Tu ne mérites pas de mourir Dean … tu ne mérites pas de mourir, assura Castiel.

Dean lui donna un dernier coup sur le torse avant de laisser retomber ses mains sur ses cuisses. Il baissa ensuite la tête et explosa en sanglots. Castiel se mordit la lèvre pour s'éviter de pleurer à son tour. Il respira aussi calmement que possible par le nez avant d'attirer le jeune homme à lui. Dean se laissa faire sans résistance. Sa tête vint se poser dans le cou de Castiel alors que ses mains venaient agripper son tee-shirt. Castiel le laissa faire et se contenta de passer ses bras autour de ses épaules, une de ses mains venant se refermer sur sa nuque. Il le laissa pleurer contre lui, ses larmes roulant sous le col de son tee-shirt. Il s'autorisa à lui caresser le bas du dos doucement, chuchotant des mots rassurants qu'il voulait que le jeune homme entende sans être sûr que ce soit le cas. Il ferma les yeux quand les sanglots redoublèrent de force et que le corps de Dean se mit à trembler violemment. Il le serra juste un peu plus fortement contre lui et commença à le bercer de droite à gauche.

- Tout finira par s'arranger … je te le promets Dean … je ferais tout pour t'aider … tu vas t'en sortir, murmura Castiel.

Les mains de Dean tirait sur son tee-shirt et le tissu appuyait inconfortablement contre la nuque de Castiel mais il ne dit rien. Il ne chercha même pas à bouger. Il écouta le jeune homme pleurer pendant de longues minutes avant de se calmer peu à peu. Il ne s'écarta pas de lui quand Dean cessa de sangloter. Malgré le chagrin du jeune homme, malgré l'angoisse qui tiraillait toujours ses entrailles, il ne pouvait s'empêcher de se sentir bien avec Dean dans ses bras. Parce qu'il le sentait respirer. Ses mains qui caressaient sa peau étaient enveloppées par la chaleur de son corps. Il était concret dans ses bras … chaud … vivant. Il était là. Et Castiel avait au moins autant besoin de ce contact que le jeune homme. Ce ne fut que lorsque ce dernier recula doucement que Castiel se décida à le lâcher.

- Tu sais pourquoi que je t'ai appelé ce soir ? Demanda Dean après s'être essuyé les yeux.

Castiel secoua la tête. A vrai dire, il se doutait qu'il s'agissait d'un appel au secours. Mais il voulait l'entendre de la bouche du jeune homme.

- J'allais le faire tu sais … j'avais … j'avais ces cachets dans la main et j'étais prêt à les avaler mais ensuite j'ai pensé à toi … à toi et à la stupide promesse que tu m'as obligé à faire et … j'ai réalisé que je ne voulais pas te décevoir. Je ne voulais pas te faire faux bond. J'ai manqué à mes devoirs de fils et de grand frère mais j'avais une chance de faire les choses biens avec toi … et tu m'avais demandé quinze jours … juste quinze jours.

- Je suis content que tu m'aies appelé, assura Castiel en prenant la main blessée de Dean pour commencer à la bander.

Le jeune homme se laissa faire en reniflant de temps en temps. Castiel laissa le silence remplir l'espace autour d'eux, ses yeux ne quittant plus la main de Dean qui disparaissait sous le bandage. Quand il eut fini, il releva la tête et regarda le jeune homme.

- Tout devrait bien aller si tu changes le pansement tous les jours mais l'idéal serait que tu vois un docteur dès demain.

Dean secoua la tête et Castiel choisit de ne pas insister. Il hocha la tête puis se remit debout. Dean le regarda faire.

- Tu sais … si tu attends quelque chose de moi, il faut me le dire tout de suite, souffla le jeune homme.

Castiel fronça les sourcils, surpris par ce qu'il entendait.

- Si j'attends quelque chose de toi ? Répéta t-il.

Dean baissa les yeux sur ses mains qui reposaient sur ses cuisses. Il haussa les épaules.

- Si la raison pour laquelle tu es aussi gentil avec moi c'est juste pour me mettre dans ton lit je préfère que tu me le dises tout de suite parce que je ne crois pas que je pourrais le supporter et en tout honnêteté je … je ne veux pas de ça entre nous.

Castiel soupira en réalisant à quel point le jeune homme manquait de confiance en lui et en tous ceux qui l'entouraient. Il s'assit à côté de lui sur le lit et regarda à nouveau l'affiche qui l'avait tant fasciné plus tôt.

- La raison pour laquelle je suis aussi gentil avec toi c'est parce que j'en ai envie … parce que j'estime que tu le mérites et parce que je sais que je peux t'aider à t'en sortir. Il n'y a rien de plus. Je peux te le jurer.

Il se tourna ensuite vers Dean et laissa son regard voyager de son visage rouge aux traits tirés à son torse pale et couvert de tâches de rousseur.

- Est-ce que tu crois que Sam me déteste ? Demanda alors Dean.

Castiel secoua aussitôt la tête et reporta son attention sur le visage du jeune homme.

- Non bien au contraire … je crois qu'il t'aime et que tu lui manques. Mais si tu n'es pas prêt à lui parler, personne ne doit t'y forcer.

- Si tu l'avais entendu pleurer … il … il avait l'air si fragile … il avait l'air de souffrir et je lui ai raccroché au nez.

- Tu ne dois pas précipiter les choses Dean. Tu dois franchir les étapes une à une.

Castiel n'était pas vraiment sûr que le jeune homme soit encore prêt à abandonner ses projets simplement parce qu'il l'avait appelé au secours dans un moment de grande détresse mais il voulait croire qu'il s'agissait d'un pas premier pas dans la bonne direction.

- J'aime Sam plus que tout au monde, assura Dean en regardant Castiel dans les yeux.

- Je sais … et je sais qu'il le sait.

- Bordel, je ne sais pas quoi faire. Je … je n'arrête pas de tout foirer et … je suis nul.

- Tu n'es pas nul Dean. Tu es perdu. C'est différent.

Castiel commençait à être habitué à la façon que le jeune homme avait de se dévaloriser constamment. Il se doutait que cela venait de ce que son père lui avait dit deux ans plus tôt. Il allait avoir besoin de temps pour réaliser qu'il se trompait. Mais Castiel était prêt à se montrer patient.

- Tu crois qu'on aurait pu être amis si on s'était rencontré dans d'autres circonstances ? Demanda Dean d'une voix tremblante.

Castiel lui sourit.

- Je doute que tu aurais voulu d'un vieux de mon âge comme ami mais j'en aurais été ravi oui … je crois même qu'on aurait pu être de très bons amis.

- Tu veux dire le genre qui couche ensemble ? Plaisanta Dean.

Castiel secoua la tête.

- Tu es un tout petit peu trop jeune pour moi mais qui sait … il ne faut jamais dire jamais n'est-ce-pas ? Et puis on peut toujours essayer d'être ami même si notre rencontre n'est pas franchement orthodoxe.

- Je ne sais pas … quinze jours c'est un peu court pour tisser des liens profonds non ?

Castiel refusait de penser à ce que ce rappel signifiait quant à l'état d'esprit de Dean. Il haussa les épaules.

- Tu serais surpris de savoir à quel point il est facile de m'aimer ! Jeta t-il.

Dean baissa les yeux vers ses genoux.

- Non je ne le suis pas, murmura t-il.

Castiel fronça les sourcils mais ne dit rien. Dean semblait à bout de force et il était inutile de chercher à analyser ce qu'il disait dans l'état dans lequel il se trouvait. Ils pourraient en reparler plus tard. Pour le moment, le jeune homme avait besoin de se reposer.

- Bien, je crois que tu devrais essayer de dormir, avança Castiel en se levant du lit.

Dean secoua la tête.

- Non, je sais que je finirais par faire ce cauchemar … je ne peux pas … pas cette nuit.

- Je vais rester avec toi jusqu'à ce que je sois sûr que tu n'es pas sur le point de te réveiller en hurlant.

- Je ne peux pas te demander ça.

Castiel haussa les épaules.

- C'est moi qui te le propose et il sera extrêmement malpoli de refuser !

Il regarda Dean se lever du lit avant de tirer la couette et de se glisser dessous. Il passa un bras au dessous de son oreiller puis posa son autre main au bord du lit, presque comme s'il invitait Castiel à la saisir. Mais le jeune homme ne le fit pas. Il n'était pas sûr qu'il n'était pas en train de se faire des idées et il ne voulait surtout pas effrayer Dean. Il se dirigea vers le bureau puis tira la chaise jusqu'à ce qu'elle soit à côté du lit. Il s'assit dessus et regarda le jeune homme dont les yeux bien que brillants ne semblaient pas décidées à se fermer.

- Quand j'étais petit, commença t-il sans trop savoir pourquoi il parlait, j'étais plus petit que tous les autres garçons de mon âge. J'adorais l'école et j'étais le meilleur de ma classe mais tous les autres se moquaient de moi. Je me souviens qu'une fois, ils m'ont volé mes vêtements dans les vestiaires avant de les éparpiller partout dans l'école. J'ai été obligé d'attendre qu'un professeur me trouve et me prête des vêtements avant de pouvoir ressortir.

Dean le regarda à présent, sa main se rapprochant sensiblement de son genou qui était appuyé contre le lit. Castiel fit un effort pour ne pas y prêter attention.

- Je n'avais pas vraiment d'amis à l'école et j'étais toujours triste. Ma mère pensait que c'était du à l'âge et mon père me répétait constamment qu'il fallait que je me prenne en main et que j'affronte tous ces garçons qui m'embêtaient. Je ne l'ai jamais fait. J'ai courbé l'échine. J'ai attendu de grandir et je les ai ignorés jusqu'au jour où je suis parti à la fac. J'étais timide et mal dans ma peau et je ne savais pas comment interagir avec les autres. J'avais peur de finir seul … de ne jamais rencontrer qui que ce soit qui puisse s'intéresser à moi. Mais ensuite il y a eu Paul et … ma vie a changé du tout au tout.

- Qu'est-ce que tu essaies de me dire Castiel ?

Les doigts de Dean effleuraient à présent son genou et c'était une distraction dont Castiel se serait bien passé.

- Je ne sais pas … juste que parfois la vie peut te paraître incroyablement difficile mais que tu finis toujours par trouver une raison de te battre. Il te suffit juste d'ouvrir les yeux et de regarder autour de toi.

- Tu n'es quand même pas en train de comparer ce que j'ai vécu avec ce que ces idiots t'ont fait subir à l'école ?

- Non bien sûr que non mais … Dean … il y a toujours un espoir.

Castiel effleura la main du jeune homme du bout des doigts. Il entendit ce dernier soupirer et recula aussitôt sa main pour la poser sur sa cuisse.

- Parfois, j'ai la sensation de me battre constamment sans jamais parvenir à gagner … parfois j'ai l'impression d'avoir perdu quelque chose que je ne pourrais jamais retrouver … parfois j'ai l'impression qu'il n'existe pas de lumière au bout du tunnel que je traverse depuis deux ans mais … ce soir je … commença Dean avant de s'interrompre.

Castiel regarda son visage et dut lutter contre l'envie de se pencher pour lui caresser la joue. Dean semblait si jeune à cet instant. Si vulnérable.

- Ce soir quand j'ai pensé à toi je … je me suis surpris à penser que … oh laisse tomber c'est idiot de toute façon.

Castiel prit son courage à deux mains et se tourna complètement vers Dean. Il se pencha dans sa direction mais choisit de ne pas le toucher.

- Ce n'est pas idiot si c'est quelque chose que tu as ressenti … tu n'as pas à avoir honte de ce genre de choses, assura Castiel.

Dean leva sa main libre du lit et saisit celle de Castiel. Il le regarda dans les yeux pendant de longues secondes avant de se mordiller la lèvre inférieure. Le temps sembla s'arrêter un instant et Castiel sentit son cœur battre la chamade dans sa poitrine.

- Pour la première fois depuis longtemps, je … j'ai ressenti quelque chose de … positif … et … je crois que j'ai été soulagé d'entendre ta voix … soulagé que tu me dises de ne pas le faire … je ne sais pas pourquoi parce que je reste persuadé que mourir serait la solution à tous mes problèmes mais toi tu … tu es là … tu es là et tout semble différent quand tu es là … et ça me fiche une trouille bleue, confessa le jeune homme.

Castiel lui adressa un large sourire.

- Tu n'as pas à avoir peur de moi Dean, assura t-il.

- Ce n'est pas de toi que j'ai peur … c'est de moi.

Dean le regardait toujours fixement dans les yeux et Castiel ne put s'empêcher de remarquer à quel point ses cils étaient longs et épais. Il ne put s'empêcher de remarquer à quel point il était plus beau encore vu d'aussi près. Il n'y avait rien à jeter dans son visage, rien à changer. Mais il s'agissait du visage d'un adolescent et une nouvelle fois, Castiel se maudit d'oser penser à ce genre de choses.

- Tu as peur de toi ? Demanda t-il.

Dean hocha la tête.

- J'ai peur de ce qui se passe dans ma tête, des drôles d'idées qui s'y bousculent depuis quelques jours. J'ai peur de faire des choix que je regretterais … j'ai peur de te repousser une fois de trop alors que je continue de penser que je devrais te chasser une bonne fois pour toute et par dessus-tout, j'ai peur de ce que tu me pousses à ressentir.

Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

- C'est … on se connaît à peine et pourtant, j'ai l'impression qu'on se connaît depuis toujours. Tu en sais plus sur moi que mon meilleur ami et cela devrait me terrifier mais c'est tout le contraire … et … je sais que c'est sans doute l'alcool qui me fait parler et probablement que je regretterais tout ça demain matin mais … j'ai peur de m'attacher à toi.

Castiel serra la main de Dean un peu plus fortement. Les mots du jeune homme faisaient terriblement échos à ceux qu'il se répétait en boucle depuis plusieurs jours. Mais en ce qui le concernait, il savait déjà qu'il était attaché au jeune homme. Sans doute trop pour que ce soit complètement sain.

- S'attacher aux gens n'est jamais une mauvaise chose, déclara t-il.

Il cherchait autant à se convaincre lui-même qu'à convaincre le jeune homme.

- Peut-être pas quand on est quelqu'un de normal mais pour moi c'est … je n'ai pas le droit de t'entraîner là-dedans. Je devrais te dire de partir mais je ne peux pas … j'ai essayé mais tu restes là et je ne peux pas nier que j'aime que tu sois là. Alors, il va falloir que tu me pardonnes …

- Que je te pardonne quoi ?

- Le fait que je finirais forcément par te décevoir … que d'ici quinze jours, je te laisserais tomber comme tous les autres avant toi. Il faudra que tu me pardonnes.

Castiel ferma les yeux une seconde et prit une grande inspiration.

- Tu n'as pas à me demander pardon pour quelque chose que tu n'as pas encore fait … Dean … il me reste quinze jours pour te convaincre et crois-moi, je compte bien réussir.

Il posa sa main libre sur le front du jeune homme et dégagea les quelques mèches de cheveux qui y étaient collées.

- Maintenant, tu vas fermer les yeux et tu vas dormir.

- Tu seras là demain matin ?

- Bien sûr.

Dean acquiesça puis, tout en gardant la main de Castiel dans la sienne, il ramena son bras contre son corps. Les doigts du jeune homme se retrouvèrent collés contre la poitrine de Dean et il sourit en sentant les battements de son cœur. Il regarda le jeune homme fermer les yeux puis tenta de s'installer confortablement sur sa chaise.

- Eh Castiel ? L'appela Dean sans rouvrir les yeux.

- Oui ?

- Merci d'être là … et merci de croire en moi.

- De rien Dean, de rien.

Castiel garda les yeux rivés sur le visage du jeune homme jusqu'à ce qu'il fut sûr qu'il soit endormi. Puis il regarda autour de lui. Il pouvait sentir son cœur battre fort dans sa poitrine. Et ses doigts qui reposaient contre le torse du jeune lui semblaient bizarrement à la fois engourdis et hypersensibles. Il repensa à ce que Gabriel lui avait dit deux jours plus tôt. Il repensa à l'avertissement qu'il lui avait donné. Ne pas tomber amoureux. Castiel savait que ce serait une erreur. Mais il avait d'ors et déjà beaucoup d'affection pour Dean. Il ne pouvait pas s'en empêcher. Même s'il savait qu'il avait tort. Même s'il savait que cela ne pourrait jamais bien se finir. Il ne parvenait pas à s'en empêcher. Et il était près à refouler n'importe lequel de ses sentiments pour le bien être du jeune homme. Sa priorité était Dean. Peu importait le reste. Ce n'était pas à l'ordre du jour. Son cerveau semblait de son côté sur ce point. Mais son cœur en revanche … le traitre semblait décider à se faire entendre. Castiel soupira puis leva les yeux au plafond. Il allait au devant d'ennuis. Il pouvait le sentir. Mais alors que les battements du cœur de Dean se répercutaient contre ses doigts, il réalisa qu'il se fichait de souffrir du moment qu'il savait le jeune homme en vie et en bonne santé. Il se fichait de tout et de tout le monde. Peu importait ce qu'on pourrait dire ou penser de lui. Il avait sauvé la vie de Dean ce soir et il comptait bien la sauver à nouveau dans quinze jours. Même s'il devait finir avec le cœur brisé.

Petite parenthèse : la scène où Dean repousse Castiel avant de pleurer dans ses bras m'a été inspiré par un film que j'adore. Alors rendons à César ce qui est à César et merci à Matt Damon et Ben Affleck pour WILL HUNTING