Auteur : Greyshield

Traductrice : Hermi-ko


Sentiments d'Incertitude


Marchant côte à côte dans la fraîcheur du crépuscule, les deux trouvèrent que des sentiments tels que l'anxiété, la nervosité et la sur-protection qui étaient dernièrement le lot quotidien de leur couple se faisaient couvrir par une bonne couche de paix. Respirer : juste respirer l'air frais d'une soirée étoilée envoyait une essence de pureté et de clarté dans le corps et dans l'esprit. Pleins d'un sentiment de bien-être et d'une bonne considération des choses simples de la vie, Ryū et sa compagne tendue au possible contemplaient la nuit.

En une soirée telle que celle-ci, Ryū était dépassé par l'amour inconditionnel qu'il nourrissait pour la fille à ses côtés. Avec une triste certitude, il ne se permettait pas de croire qu'elle pourrait l'aimer tout autant qu'il l'aimait. Après tout, il savait l'étendue de son amour. C'était beaucoup à demander.

Aussi fut-il surpris quand son épaule à elle se pressa contre la sienne. Il lui jeta un coup d'œil, perplexe. Tête baissée, elle s'était rapprochée de lui et tenait gauchement le bout de sa manche. Stupéfait, il sourit.

Il la surprit en complétant le geste : en enveloppant sa petite main dans sa grande et en entrelaçant leurs doigts ensemble comme si un tel geste était ce qu'il initiait fréquemment. En fait, on ne pouvait pas être plus loin de la vérité, toutefois il voulait montrer à Chizuru qu'il était confiant en l'affection, non, en l'amour qu'il lui portait. Il voulait qu'elle voit leur comptabilité, qu'il était naturel de se tenir par la main. Parce qu'alors, si elle commençait à ressentir la même chose pour lui, il lui serait plus facile d'avoir également de la confiance. L'homme devait mener tout compte fait.

Leur proximité était intimidante, cependant il était ravi de sentir la main de Chizuru lui rendre son étreinte avec la même force dont il avait fait preuve, bien que ce fût avec hésitation. Elle ralentit et puis s'arrêta de marcher. Sa tête se leva.

"Ryū."

"Hum."

"Je pense... je pense, Ryū... je pense que je suis confuse."

Jamais un homme de paroles, il la regarda, lui demandant du regard de continuer. Il écarta gentiment une mèche de cheveux de son visage pour pouvoir mieux lire son expression. Chizu semblait vouloir continuer mais aucun mot ne franchissait ses lèvres.

"Je t'aime, Chizuru."

"Arrête ça ! C'est ça qui me confuse !" Sa colère ne l'atteignait pas.

"Ryū n'arrête pas de m'envoyer ces émotions qui me chamboulent et je ne sais pas quoi penser d'elles, et tout s'emmêle dans ma tête et je n'arrive plus à savoir ce que je ressens et ce que Ryū ressent. C'est ... j'aurais souhaité que tu ne me fasses jamais penser à ces choses-là !"

Elle dégagea sa main de la sienne et s'écarta à grands pas, son tempérament détonnant chez sa personne habituellement composée. Il se cala sur sa foulée en peu de temps avant de la rattraper, ses muscles à lui reconnaissant la force en elle par comparaison à la sienne. Chizu avait du mal à tenir, et finalement fondit en larmes.

"Je... je ne sais plus quoi faire." Elle tremblait, n'ayant plus d'énergie. Elle se jeta dans ses bras, contre son torse.

"Je pense que je suis amoureuse de Ryū," couina-t-elle, sa voix se brisant. Elle tapota pathétiquement son torse de son poing. Pensif, il la considéra.

Elle fit un son incohérent auquel il ne savait pas répondre. Exaspérée, elle attrapa ses bras à lui et les mit autour de sa taille à elle. Ryū lui fit donc un câlin. Ils se tinrent de la sorte pour un moment.

"Chizuru... si tu m'aimes, j'en suis ravi. Mais même si tu décides que non, je t'aime aussi. Pas pour ce à quoi tu ressembles ou apparais aux autres, mais parce que tu es Chizuru."

Elle se pressa plus près de lui. Ses pleurs s'étaient calmés.

"Merci," soupira-t-elle.