6. Réponses.

J'avais échafaudé une dizaine de plans d'action pour obliger Alice à me parler. Le premier et le plus idiot étant de sortir le livre sous son nez, en plein cours et de voir comment elle réagirait. Mais comme c'était idiot, je ne me décidais pas. De même que pour mes autres plans géniaux. En fait, pour dire vrai, ils étaient tous foireux et je ne voyais pas vraiment lequel serait le « moins pire ».

Lorsque j'arrivai au cours de Littérature, elle était déjà là et je n'avais pas pris de décision. Assise dans son coin, la tête entre les mains, je crus un moment qu'elle continuait simplement de m'ignorer, mais j'avais tort. Relevant légèrement son visage vers le mien, nos yeux se croisèrent. Elle avait l'air de souffrir le martyr ce qui expliquait tout autrement son attitude. Elle me sourit, timidement, difficilement et je lui rendis son sourire avant qu'elle se ramasse de nouveau dans son coin.

Ça ne semblait pas être le bon moment pour lui parler et il y avait un net progrès entre nous : elle ne m'avait pas ignorée, elle m'avait regardée, elle m'avait sourit ! Et oui, j'étais pathétique mais cela faisait une semaine déjà et elle me manquait, désespérément. Cependant, j'avais besoin de lui parler ce qui ajoutait à mon dilemme et à mon indécision. Le cours commençait déjà que je n'avais pas tranché la question.

Et merde... Je mis quelques secondes à me rendre compte de la présence d'un bout de papier plié en quatre à proximité de mon coude, tellement j'étais absorbée par la délibération qui se jouait en moi entre mes désirs et ma mauvaise conscience. J'écarquillai grand les yeux. Ça ne pouvait être qu'un mot d'Alice. Un de nos petits mots comme nous en échangions toujours en cours dès que nous avions besoin de nous parler.

Je lus et répondis du tac au tac. Nous ne prenions plus de gants entre nous...

- Ça va ?

- Tu me parles à nouveau maintenant ?

- C'est ce que tu veux, non ?

Je souris à sa réponse. Évidemment que c'était ce que je voulais. J'étais juste étonnée et curieuse du revirement de situation. Mais au lieu de nous embourber dans un débat houleux sur le pourquoi du comment, je répondis simplement à sa première question.

- Je suis un peu perdue avec toi mais je vais bien. Et toi ?

- Je n'ai pas le moral. Je me suis disputée avec Edward. Et j'ai la migraine.

Alice avait les traits encore plus cernés que d'habitude. Bien qu'elle ait toujours eu des cernes, en toute circonstance, de même que toute sa famille. Je me demandais si c'était une prédisposition génétique ou une mauvaise hygiène du sommeil qui leur était commune mais je n'avais jamais osé poser la question. Et elle avait vraiment l'air de souffrir et je détestais la voir comme ça.

- Je compatis. Disputée à quel sujet ?

- Toi.

Je la regardais avec scepticisme et curiosité. Pour finalement me demander s'il y avait un lien de corrélation entre le fait qu'elle me parle et sa dispute avec Edward. Si c'était le cas, je devrais l'embrasser pour le remercier si grâce à lui je retrouve ma relation avec Alice.

- Tu ne m'en diras pas plus ?

- Non.

Je lui fis ma plus belle mine boudeuse mais mes yeux me trahirent et elle me sourit à pleines dents. J'avais vraiment l'impression de retrouver ma complicité avec elle. Une complicité que je risquais de mettre en péril en fonction de la décision que je m'apprêtais à prendre mais tant pis...

Elle m'avait quittée la semaine passée pour une raison qu'elle n'avait pas cru bon de me révéler. Il fallait que l'on parle. Et tant pis si je passais pour une folle avec mes théories. Prêcher le faux pour savoir le vrai ça pouvait marcher. Possiblement. Ou pas...

- En passant, il faut qu'on parle.

- Je sais. Mais pas ici.

- Où et quand ?

- Ce soir, chez toi.

Une nouvelle fois, mes yeux durent trahir mon étonnement parce qu'elle manqua d'éclater de rire en plein cours. Alice m'avait vraiment manquée sa vitalité, son coté fantasque, ses yeux pétillants.

Sa beauté aussi, et ses lèvres... mais je m'égare. Secouant vigoureusement la tête, je croise son regard mutin, son petit air gêné et je sais qu'elle vient de me griller.

Prise en flagrant délit de fantasme sur ma meilleure amie... (ou presque petite-copine ?)

Je poursuivis alors, lui posant les questions qui me brûlaient alors :

- Tu sais où j'habite ?

- Oui.

- Comment ?

- Edward.

- Je ne comprends pas.

- Plus tard.

- Okay.

J'acceptai simplement qu'on en reste là pour le moment. Il serait bien assez tôt le temps de lui poser toutes mes questions en privé. Nous échangeâmes un dernier regard avant de couper court et de nous reporter sur notre cours. Enfin moi, surtout, car je sentais qu'elle me regardait à la dérobée sans même avoir besoin de me tourner vers elle. C'était flatteur et je tentai de lui résister, de ne pas lui répondre...

Mais je cédai avant la fin du cours pour tomber nez à nez avec un regard de braise... chaleureux mais beaucoup trop noir. Je rougis violemment et elle se détourna. Me concentrant de nouveau, presque désespérément à mon cours, je sentis de nouveau son regard sur moi mais je tins bon. Mon seul regard pour elle fut quand je lui dis au revoir avant de filer en cours de maths.

Je rentrai directement après le travail et me mis directement aux fourneaux. Je voulais passer à table dès le retour de Charlie et m'installer ensuite pour la soirée en attendant Alice. Je ne savais pas à quelle heure elle avait prévu de passer. La seule chose qui me semblait certaine, c'est que ce rendez-vous devait rester strictement privé et qu'il était donc superflu voir malvenu d'en informer mon père.

Après le dîner, je pris une douche rapide, me changeai et m'installai confortablement sur mon lit. Toute lumière allumée histoire d'être bien sûr qu'Alice repère bien ma fenêtre et n'aille pas réveiller Charlie à minuit passé. En bon chef de la police, c'eut été fort regrettable, autant pour elle que pour moi. J'attendis, longtemps. Minuit était passé depuis un moment déjà. Je m'inquiétais. J'attendais encore. Mais assez peu habituée à veiller si tard, je finis par m'endormir, mon livre de chevet entre les mains.

- Bella... Bella, réveilles-toi. »

Je gémissais et grognais en me réveillant mais cette voix, cette supplique était beaucoup trop invitante, tellement pleine de promesses et si infiniment douce que je ne pouvais pas ne pas lui obéir. Je m'assis rapidement de peur de replonger dans le sommeil si je restais allongée trop longtemps et me frottai les yeux vigoureusement pour m'éclaircir la vue et les idées.

Je réalisai en ouvrant les yeux qu'Alice, que j'avais reconnu à l'oreille, avait été penchée au dessus de moi quelques secondes plus tôt et s'était redressée à mesure que j'en faisais de même. Nous étions beaucoup beaucoup trop proches. Je reculai en rougissant. Elle en fit de même, me donnant de l'espace, et croisa les genoux dans un geste fluide, gracieux, naturel... et oh mon dieu, savait-elle à quel point elle était sexy ?

- Alice... Comment es-tu rentrée ? » M'étonnai-je.

Oui, car je pensais rester éveillée, qu'elle frapperait à la fenêtre et que j'irais lui ouvrir la porte de derrière en catimini... je n'avais pas vraiment prévu de m'endormir et encore moins de la trouver là au réveil. Mes vêtements étaient froissés. Mon livre avait heureusement été éjecté au pied du lit durant mon sommeil, à moitié caché sous les couvertures. Et je devais avoir une mine affreuse. Ma mine du réveil quand je ne dormais pas assez en somme. Alice eut l'air un peu gênée elle aussi mais elle gardait bien mieux contenance que moi.

- En fait, je suis rentrée par la fenêtre. Tu devrais la verrouiller d'ailleurs. Si j'ai pu rentrer aussi facilement d'autres le pourraient aussi » Quelque chose dans son ton me laissait supposer que c'était déjà arrivé par le passé mais je choisis de ne pas relever... pour l'instant. Je notai cependant son conseil, me disant effectivement que c'était une précaution à prendre et que ça ne mangeait pas de pain.

Entre temps, elle s'était levée et rapprochée de la fenêtre avant d'ajouter :

- Alors, tu veux toujours des réponses ?

-Uh-Huh » Opinai-je avec enthousiasme.

- Bien. Ça se passe par là. » répondit-elle en sautant par la fenêtre. Je ne l'avais même pas vue l'ouvrir au préalable. Autant pour moi et pour les légendes Quileutes. Yep ! Elle est rapide...

- Euh... » Hésitai-je en me penchant à la fenêtre.

-Prends tes clefs au cas où et saute. Je te rattraperai. »

Je la regardai, sceptique et elle me regarda, l'air de dire « pas de ça avec moi ». Hé-ho, Bella, tu viens juste d'admettre qu'elle avait une vitesse surnaturelle, en plus de l'avoir vue sauter de la fenêtre il y a juste trois secondes, si elle te dit qu'elle peut te rattraper, c'est sans doute qu'elle peut. Je sautai sans plus d'hésitation et j'atterris souplement dans ses bras. C'était juste grisant...

Rien qu'à cette hauteur, la vitesse de ma chute devait bien être suffisante pour multiplier par dix mon poids apparent. Oui, ça avait du bon de suivre en cours de physique. Donc pendant une fraction de seconde, c'est comme si elle avait porté une demi-tonne sans sourciller. J'étais donc bien obligée de l'admettre : elle était inhumainement forte et rapide... sans compter le reste.

Sans avoir même encore pris le temps de parler, elle donnait déjà du grain à mon moulin et réduisait mes doutes à peau de chagrin. Et oui, cette perspective me faisait peur mais je ne voulais pas l'admettre, pas encore. Elle me posa au sol avec douceur puis commença à marcher, les mains dans les poches. Frimeuse, va ! Je lui emboîtai le pas mais nous ne marchâmes pas très longtemps. Et quelle ne fut pas ma stupeur quand je me retrouvai devant une voiture Gran Turismo, Italienne et rouge pétante sous l'éclairage publique.

Quelque part, ça ne m'étonnait pas tellement d'Alice. Ce qui me mettait sur le cul était le fait que cette voiture devait valoir davantage que la totalité de mes économies et de très loin. Avec autant d'argent, j'aurais eu de quoi payer mes études jusqu'au doctorat si je le souhaitais et pour elle, c'était normal d'investir dans une voiture de ce prix alors qu'ils avaient déjà la Volvo d'Edward, la Jeep d'Emmet et la BMW de Rosalie. Et avec les beaux jours, avaient-ils prévu de venir à l'école en Porsche ou en Mercedes, peut-être ?

- Tu sors cette voiture tous les jours ou c'est juste une manœuvre d'intimidation pour m'en mettre plein la vue ?

Alice me regarda d'un air étonné mais me sourit jusqu'aux oreilles.

- Non, elle est trop voyante et je ne peux la sortir qu'en pleine nuit. Mais c'est mon bébé, j'en suis très fière et oui, je voulais t'en mettre plein la vue » me répondit-elle avec un clin d'oeil.« Si Mademoiselle veut bien se donner la peine de rentrer » ajouta-t-elle avec galanterie en me tenant la portière passager ouverte.

Je n'eus pas finis de m'installer qu'elle était déjà assise à coté de moi, portière fermée, à attendre que je sois prête. Par réflexe, je bouclai ma ceinture et je fis bien car elle démarra au quart de tour dans la seconde. En moins d'un quart d'heure, nous fûmes arrivées. Une grande maison solitaire, au milieu des bois, avec de grandes baies vitrées et des murs en vielles pierres. Rien que de nuit, elle en imposait et je n'imaginais même pas ce que c'était de jour.

Je ne me demandais pas non plus où nous étions car la réponse était évidente. Le parking située sous la maison dépassait et je le voyais ouvert. Cependant, Alice s'était arrêtée et avait coupé le contact sur le bas coté. Notre discussion aurait lieu ici et non à l'intérieur. Et quelque part, j'en fus rassurée. J'ôtai ma ceinture, me tournai vers elle en une question silencieuse et j'attendis. Aucun mot n'avait été prononcé de tout le trajet.

- Bon. Vas-y dis-moi. Qu'est-ce que tu veux savoir ? »

Je la regardai alors, suspicieuse. Cherchant à savoir si je devais m'en tenir avec elle comme pour une partie de poker. Bluffait-elle ? Devais-je cacher mon jeu ou au contraire, jouer carte sur table avec elle. Je choisis de lui faire confiance, n'ayant de tout façon pas trop le choix. Mais je restai cependant prudente.

- Sérieusement ?

- Sérieusement.

- Okay... hmmm. Qui es-tu ?

- Alice Cullen, née Mary Alice Brandon. » Répondit-elle, souriant au début et un peu crispée sur la fin.

- Hum. Désolée. La formulation n'était pas très claire... Qu'est-ce que tu es, Alice Cullen ? J'essayais aussi de faire transparaître le fait que je n'aimais pas l'impolitesse que supposait la substitution du qui en que.

- Qu'est-ce que tu crois que je suis ? » Me répondit-elle du tac au tac avec un sourcil interrogateur.

- Je n'étais pas censée faire les questions et toi les réponses ?

- Je préférerais un échange donnant-donnant » Sa voix suavement séductrice mais aussi dangereusement prédatrice ne laissait aucune place à un refus.

- Okay. En fait, j'ai lu un livre et... c'est juste flippant » N'osant pas dire un mot de plus je m'abîmai dans la contemplation de mes genoux et Alice à coté riait, les épaules tressautant.

- Tu es la première personne à qui j'accepte d'en parler la première à se douter de quelque chose aussi. Ce n'est pas aussi difficile pour toi que pour moi. Juste, dis-moi ce que tu penses.

- Non, c'est juste dingue. Ce livre vous décrit comme des démons.

- Des démons hein ? Je trouve ça plutôt flatteur.

- Tu plaisantes ?

- Et bien venant des Quileutes, tout ressemble à une plaisanterie, pour nous » dit-elle d'un air taquin.

- Comment tu sais ?

- De la même manière que je sais que tu sais : je l'ai vu. Et puis, pour le coup, j'ai un peu forcé le destin, disons... »

- Donc tu es en train de donner raison à ce livre ? De me dire que tu es...tu es... » J'avais chaud. Et la tête me tournait. Je devais être rouge de confusion et de honte jusqu'à la racine des cheveux lorsque ses mains froides et réconfortantes vinrent se poser sur mes joues.

- Bella, tu es dans le vrai. Juste, dis-le. »

Devant l'énormité de ce que je m'apprêtais à dire, le fait que j'en étais de plus en plus convaincue et la peur de ce que cela m'inspirait me poussèrent à la seule réaction acceptable pour moi : le déni.

- Non, je refuse.

- Bella, tu en as besoin autant que moi.

- Sais-tu seulement ce que je m'apprêtais à dire ?

- Oui, je le sais.

- Alors pourquoi veux-tu absolument me l'entendre dire ?

- Parce que c'est la stricte vérité.

- Non, c'est faux.

- C'est ce que je suis, je pense tout de même le savoir. » Répondit-elle, d'un air goguenard.

- Ce n'est pas sympa de se moquer des gens comme ça...

- Je ne sais pas ce que tu veux entendre mais je ne peux pas me résoudre à te mentir.

- Donc je suis censée mettre ma raison au placard et admettre que tu es... que tu es un vampire ? Pitié, dis-moi que je suis à coté de la plaque. » Je le regardai d'un air suppliant et je n'aurais jamais cru qu'il soit possible de voir des yeux être à la fois bienveillants et durs.

- En fait, c'est très exactement ce que nous sommes. Évidemment, nous n'en parlons pas, jamais. Tu es la première que nous acceptons de mettre dans le secret. » Il y avait une menace voilée dans sa dernière phrase. La promesse d'une mort terriblement violente si je la trahissais, si je les trahissais.

- Donc toute ta famille, Carlisle y compris, êtes des vampires tous autant que vous êtes ?

- C'est si difficile à croire que ça pour toi ?

J'hésitai sur les mots, sur la manière de formuler ma pensée.

- Rationnellement, c'est dur à croire concernant ton père. Il baigne dans le sang toute la journée. Et subjectivement, tu as beau accumuler les preuves sous mon nez depuis ce soir que je n'arrive pas à me convaincre que tu en es.

- Je ne vais pas t'attaquer ou boire du sang sous ton nez si c'est ce que tu attends de moi » dit-elle en rigolant.

J'en avais la chair de poule rien que d'y penser. Car oui, je devais admettre y avoir pensé. Nous étions dans une voiture, au milieu des bois, à deux pas de chez elle et d'une armée de fossoyeurs qui auraient pu m'enterrer en toute discrétion dans l'éventualité d'un tel scénario.

- Mais tu bois du sang malgré tout, n'est ce pas ?

- Uniquement du sang animal mais oui.

- Aux dernières nouvelles, l'homme est un animal, biologiquement parlant. »

- Nous pouvons consommer du sang humain. C'est d'ailleurs le meilleur et le plus attirant pour nous. Mais notre famille n'en consomme pas. Pour des raisons morales assez évidentes, mais aussi pragmatiques. Si on tue un animal, personne ne le remarque et tout le monde s'en fout. Si on tue un humain et que le corps est retrouvé, même dix ans plus tard, une enquête sera ouverte, les gens se mettraient à poser des questions et nous serions obligés de partir pour garder notre secret.

Garder le secret de notre existence est la première loi, chez nous, les vampires. Toutes les autres sont des cas particuliers de cette première loi, des sécurités supplémentaires, en quelques sortes. À ma connaissance, il n'y a que quatre communautés de vampires sédentaires à travers le monde.

Trois ont choisi de ne pas se nourrir d'êtres humains pour ne pas vivre en fugitif et profiter des bienfaits de la civilisation. La dernière communauté constitue l'équivalent d'une famille royale chez les vampires. Ils ont tellement de pouvoir et d'influence que leur territoire est assez grand pour leur permettre de chasser les humains sans éveiller les soupçons. Voilà tu sais tout »

Elle avait débité son petit discours sur un ton professoral comme si c'était une sorte de B-A-BA connu de tous les vampires. En fait, elle avait tout fait pour me prouver, avec les arguments les plus vénales qui soient qu'elle avait un intérêt outre la morale et la métaphysique expliquant le « pourquoi elle ne se nourrissait pas de sang humain ». Quelque part, cette explication, quoique moins rassurante était aussi beaucoup plus convaincante que si elle avait prétendu jouer sur la corde morale.

Alice aimait vivre avec une famille aimante dans une grande maison, avec tout le confort moderne, pouvoir se payer une voiture de sport grand luxe et vivre sa condition de vampire de manière aussi humaine et confortable que possible. Manifestement, ce n'était pas le cas de la majorité des vampires mais si j'étais comme elle et que j'avais le choix, je suppose que je ferais le même choix qu'elle. Elle avait pourtant admis que le sang humain l'attirait, d'entrée de jeu mais à quel point cette attirance pouvait-elle être forte ? À quel point ne pas me mordre lui demandait de self-control ?

Puis cela me frappa :

- Si le secret est si important pour vous, pourquoi avoir décidé de m'en parler ?

- Tu as déjà faillis découvrir la vérité à tes dépends par trois fois. Tu étais si déterminée à trouver des réponses que tu mettais ta vie en danger pour les avoir. Tu avais fait ton choix : soit tu trouvais les réponses ou soit tu mourrais en essayant. Alors quand j'ai vu que tu risquais de te faire agresser et tuer pour un bouquin, je l'ai moi-même remis entre les mains de Charlie... et tu es là désormais.

- Donc tu es en train de me dire que tu vois l'avenir ou un truc du genre ?

- Oui, c'est mon don. Mais je ne vois que des avenirs probables. Ça ne marche que si les décisions qui mènent à cet avenir sont déjà prises et irrévocables. Comme ta décision de trouver des réponses, quoiqu'il t'en coûte. Laisse-moi te dire qu'il aurait mieux valu pour tout le monde que tu ne prennes pas une décision aussi stupide.

- Pourtant, je suis bien là. Je suis en vie. Parce que tu en as décidé ainsi. Ma question c'est pourquoi ?

- Je pensais que c'était évident.

Je lui lançai LE regard qui tue. Celui qui devait lui rappeler que j'étais assise dans cette voiture à coté d'elle car rien n'était évident. Elle venait d'exploser la vision du monde que je m'étais construite en dix-sept ans en l'espace de quoi ? Une demi-heure ? Une heure ? J'avais besoin de réponses, de repères, de preuves. De quelque chose pour remettre mon monde en ordre et chaque chose à sa place.

Alice ne répondit rien. Elle se retourna simplement sur son siège, s'empara d'un carton à dessin situé à l'arrière du véhicule et me le tendit. Je commençai à admettre qu'elle puisse lire l'avenir pour anticiper ainsi mes besoins et mes questions. Ce fut encore plus vrai quand je vis les croquis que j'en sortis. Tous les dessins que je l'avais vue dessiner en cours. Elle les avait achevés et encrés. Et tous me représentaient sans aucun doute possible.

Passant la plupart des dessins sans même prendre la peine de leur accorder l'examen qu'ils méritaient, je n'en gardai que deux. Moi, prise au piège par un groupe d'hommes dans une ruelle sombre. Et son premier dessin : Edward et moi pris en sandwich entre le fourgon de Tyler et ma camionnette. Elle m'avait par deux fois sauvé la vie, discrètement, de manière tellement subtile que je ne m'étais rendue compte de rien.

Je m'intéressai alors aux autres dessins. C'était moi sans être moi. Non ce que j'étais ou avait été, mais un avenir possible. Certaines me montraient plus âgée, d'autres subtilement différente. Sur certaines j'étais seule. Sur une d'entre elle, je tenais un bébé entre les bras en compagnie de Phil et de Renée. Sur trois autres, j'étais en compagnie des Cullen, dont une avec une nouvelle tête, un homme, que je ne connaissais pas. Sur quantité d'autres, j'étais avec Alice mais une en particulier me frappa.

J'avais l'air vieillie d'au moins trente ans, assise sur une chaise, sourire aux lèvres. Et Alice par derrière moi, ses mains sur mes épaules m'embrassait dans les cheveux. Une image de vie quotidienne, incroyablement intime dans sa pudeur et sa simplicité et qui répondait parfaitement à ma question. Alice m'aimait. Elle m'avait vu vieillir à ses cotés dans un avenir possible. Vieillir assez pour donner l'illusion d'une mère et sa fille.

Un avenir qui sous ses traits semblait beau mais me terrifiait plus que tout. Je ne concevais pas de vieillir alors qu'elle, demeurerait éternellement jeune. Qu'elle finirait par m'enterrer, m'oublier. Ou simplement me quitter quand la situation deviendrait trop insupportable. C'était une image d'un amour ultime, sans concession. Comme si elle m'avait dit tout haut qu'elle m'aimerait toujours.

Sauf qu'elle était un vampire, qu'elle voyait l'avenir et pouvait dessiner avec un tel talent que je ne pouvais pas mettre en doute ce que je voyais : elle pouvait faire davantage que de me le dire, elle avait les moyens de me le prouver et rien que ça, c'était flippant. Je sentais son regard sur moi. Je sentais qu'elle avait besoin que je réagisse. À ce dessin plus qu'à tout autre.

Relevant les yeux sur elle, je rompis la distance entre nous et l'embrassai. Un baiser chaste, bref et plein de tendresse. Lorsque je repris mes distances, ses yeux étaient noirs. Parfaitement noirs. Mais son sourire doux contrebalançait l'éclat de ses pupilles. C'est ainsi que je fis moi-même le lien : ses yeux, la soif de sang, notre précédent baiser dans les bois. Je m'exhortais au calme. Je ne voulais pas lui rendre la tâche encore plus difficile, même si mon cœur n'était pas de cet avis.

Et je poursuivis ce que nous étions venu faire ce soir là :

-J'ai encore d'autre questions pour toi...

Et Alice leva les yeux au ciel, visiblement résignée à passer la nuit à répondre à toutes mes questions.


Note de bas de page :

Pour le petit cours de physique, confère les équivalences énergies cinétiques, énergie potentielle et principes des lois de Newton. ^^

J'espère que vous avez aimé. J'en profite - demain c'est mon anniv' - exceptionnellement, pour remercier tous les followers, je le fais pas souvent. Même si vous ne laissez pas de reviews, vous me lisez et pour moi, c'est extrêmement gratifiant.


Réponses aux reviews de la semaine :

Evilys : Un chapitre exclusivement centré sur Alice/Bella...toujours "la découverte" comme tu l'as dit, il fallait en passer par là* J'espère pouvoir en finir vite avec les "chapitres obligatoires" et pouvoir faire ce pourquoi je suis là : offrir une histoire d'amour Alice/Bella sans prétention aucune ^^

shiznagisa : J'ai écrit un nouveau chapitre durant la semaine donc le planning est sauf. Je passe au chapitre 15 et suivant...Je reste sur ma motivation ! J'ai une béta géniale qui me fait beaucoup rire -entre autre-, des lecteurs fidèles. Je suis une auteure comblée. Encore merci pour tout.

FabPezBerry78 : Thanks ! Nice to see you...

Mana'x : Tu n'imagines même pas à quelle point cette review m'a fait du bien ! Mon coeur a fait un bond et j'étais toute contente d'écrire après ça. Arrivée à donner de la personnalité et du caractère à Bella (tout en ne la rendant pas antipathique) était un vrai challenge. Alors je suis vraiment heureuse que cette Bella te plaise.

Noominaome : J'ai vu. Tu n'as même pas pu te connecter à ton compte mais tu as quand même laissé une review. Alors merci, c'est l'intention qui compte...et elle compte d'autant plus que tu as dû galérer pour le faire.


Un grand merci à Evilys qui vous permet de lire cette histoire avec un minimum de fautes !

(noominaome, je t'oublie pas...)

À la semaine prochaine pour le chapitre suivant.