Et voici le dernier chapitre ! Bonne lecture !

. Chapter 2 : College First Year 2/2 (18)

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22 décembre 2013, 14 : 37, Manoir Zaïmèche, chambre de Xion.

La porte s'ouvrit d'un coup, faisant grand bruit, et Xion n'eut pas le temps de sursauter qu'elle se sentit étouffée par une poitrine, enserrée entre deux bras. Reconnaissant l'odeur de Naminé, elle rendit l'étreinte, comprimant l'autre à son tour.

« Tu m'avait manqué ma belle !

— Mais toi aussi ! Tu devais pas être chez toi ?

— J'ai réussi à m'échapper furtivement.

— T'es là pour combien de temps ?

— Je repars le vingt-neuf, je vais passer le nouvel an chez les parents de Vanille. »

Elle la serra encore plus fort avant de la relâcher, et Xion put admirer Naminé. Ses cheveux avaient poussé, et coulaient jusques à sa poitrine en ruisseau pâle. Son visage même avait un peu changé, il y avait dans ses yeux un éclat nouveau. Xion se demanda alors si elle-même avait changé ses cheveux étaient plus courts encore qu'avant, et elle avait un peu maigri. Elle le comprit quand Naminé passa la main de ses mèches brunes à l'os de ses pommettes, alors qu'elle-même triturait le bout de la cascade platine par réflexe.

« Et Vanille est où là ?

— Elle me sert de diversion.

— Quoi ? Tu l'as abandonnée à ta mère et tes cousins ?

— Ouaip. Comme on vit ensemble, elle est chargée de répondre à toutes les questions chiantes.

— J'arrive pas à croire que t'aies fait ça. La pauvre.

— Oh, elle est pleine de ressources, tu sais. »

Naminé fit un clin d'œil, signifiant qu'elle ne s'inquiétait pas vraiment pour Vanille et qu'elle avait préféré la voir, elle. Elles discutèrent de tout ce qu'elles ne s'étaient pas dit au téléphone, Naminé racontant son école d'arts, ses cours, avec force et nombre de photos de projets et d'élèves. Xion lui fit part de son avancée dans le monde du théâtre, de sa rencontre avec certains auteurs ou metteurs en scène. De sa rencontre avec des textes fabuleux, et des camarades aussi passionnés qu'elle.

Finalement, Naminé dut partir, parce qu'elle avait tout de même un peu pitié de cette pauvre Vanille qui, après un long voyage en train, devait supporter l'inquisition indiscrète de sa mère depuis plus de deux heures. Xion la raccompagna, et en profita pour sortir à son tour. La petite ville lui avait indiciblement manqué.

22 décembre 2013, 16 : 48, Lycée Général de Nitséd, toit de la salle de théâtre.

Elle escalada difficilement le dernier mur, avec tout de même la force de l'habitude, mais faillit tomber quand une main sortit de nulle part se tendit vers elle. Elle écarquilla les yeux comme elle reconnaissait le brassard damé, et la saisit sans l'ombre d'une hésitation. Face à elle, dans la lumière orangée du couchant, Axel et Roxas étaient assis.

« Surprise ! »

Elle hésita entre les frapper et les serrer dans ses bras, et, comme elle ne trouvait pas de solution plus appropriée que l'autre, elle fit les deux. Eux aussi, avaient changé. Axel, avait retenu ses cheveux en une queue de cheval qui glissait jusqu'entre ses omoplates, et Roxas avait grandi, et musclé. Mais quand ils rirent de leur rire éternel, elle sut que le changement n'était qu'apparent. Elle s'assit à côté d'eux, profitant pleinement de la lumière rougeoyante.

« Eh. Vous savez pourquoi le soleil est rouge à son coucher ?

— Oui, Axel, on sait, tu nous l'as dit mille fois. »

Le roux regarda ses deux compagnons, qui avaient parlé en même temps et réalisaient un check de leur invention, tout rires. Il prit un air mortellement blessé, qui ne fit qu'accroître l'hilarité de ses deux amis.

« Vous ne m'aviez pas dit que vous reveniez ici. »

Sa voix avait un ton de reproche, un peu blessé.

« Non. Mais on savait que tu viendrais ici.

— Allez, boude pas ! On t'aime, c'est bon, c'est retenu ?

— Retenu. »

Elle boudait encore un peu, mais comme ils allumèrent leurs cigarettes à la flamme d'une seule et même allumette, tenue par Axel, elle oublia la rancœur au profit du moment. Et ils regardèrent le soleil se coucher, presque sans parler, tous les trois, clope au bec. Elle se dit qu'elle voudrait bien continuer à faire ça toute sa vie.

24 décembre 2013, 9 : 21, Manoir Zaïmèche, portail.

« Bon, je te présente Vanille. Vani, c'est Xion.

— La fameuse ! Nam', tu m'avait dit qu'elle était jolie, mais pas à ce point. T'es célibataire, dis ?

— Eh, tu la touches pas. Elle est déjà prise (senti)mentalement.

— Contente de te voir aussi, Vanille. Bon on se pèle, je vous sers à boire ?

— Allons-y ! »

Elles rejoignirent le salon de l'annexe, où Xion fit du thé. C'était étrange, un peu, de ne plus avoir Kairi au quotidien à côté. En quelques mois, elle s'était habituée à sa présence perpétuelle. Elles passèrent la journée ensemble, Naminé refusant de rentrer chez elle sous peine de devoir aider à préparer le dîner – et de risquer de la faire cramer, puisque Vanille avait cette manie de cuisiner de manière … disons … artistique – et, à vingt et une heures passées, prirent en devoir d'habiller Xion. Qui se laissa plus ou moins faire, jusqu'à ce que Vanille parle de maquillage. S'en suivit une course poursuite dans le jardin durant laquelle la plus âgée se perdit trois fois, récupérée par Naminé qui poussa Xion sur une chaise et la maintint assise.

« Écoute, t'as qu'à te dire que c'est comme pour le théâtre. Tu te maquillais sur scène, pas vrai ?

— C'était pour le soutien regard ou pour se grimer, ça n'a rien à voir.

— Bien sûr que si, c'est exactement le même chose. »

Elle soupira, épuisée, et Vanille eut un sourire peu rassurant.

24 décembre 2013, 22 : 13, Manoir Zaïmèche, grand salon.

Kairi entra dans la salle, et Xion se dit qu'elle voulait sûrement sa mort.

D'abord, sa jupe était trop courte, et elle ne portait pas de collants. Xion se força à respirer calmement, et hésita à sortir fumer une clope, et à ne plus revenir de toute la soirée. Les jolies filles inaccessibles faisaient sans nul doute partie des choses les plus insupportables au monde. Mais elle ne pouvait juste pas détacher son regard de Kairi. Sa robe dessinait parfaitement chacune de ses courbes, et la ligne droite qui reliait ses deux épaules suait l'élégance et le raffinement. Ses bras fins se recouvraient d'un tissus sombre et souple, et Xion fut heureuse que Kairi ne lui aie pas demandé de l'aider à enfiler le vêtement.

Quand Kairi darda ses yeux fardé vers elle, elle se sentit piégée.

Ce qu'elle ne savait pas, c'est que Kairi était au moins aussi subjuguée qu'elle. C'était la première fois qu'elle voyait Xion maquillée, en dehors de la scène. C'était vraiment discret, si bien que si elle n'avait pas connu Xion par cœur, Kairi se demanda si elle l'aurait remarqué. Ses lèvres étaient juste un peu plus foncées, quoique moins pâles serait plus exact, et ses yeux étaient ombrés d'ocre et de brun, à peine soulignés par un fin trait violine qui accentuait la couleur de ses yeux. Ses cils étaient noircis, allongés, et quand elle baissait les paupières, de la poussière de fée semblait voler dans l'air.

Sa robe était blanche, fluide dans un drapé grec qui rappelait ses origines. Tombant à peine au-dessous des genoux, son tissus translucide laissa deviner, discrètement, le velours de ses mouvements.

Avait-elle fait exprès d'être aussi ignoblement jolie ?

Harold les invita à table et elles prirent place l'une en face de l'autre, sans piper mot ni se lâcher du regard. Xion pensa à ce qu'on lui avait dit une fois « Si tu regardes quelqu'un dans les yeux plus de deux minutes, soit tu as envie de lui foutre sur la gueule, soit tu as envie de le foutre tout court. C'est sociologique. », et se dit que pour elle, cela se vérifiait, se demandant vaguement si Kairi avait envie de la frapper. Ou si, par un miracle absolu, elle avait envie d'elle. Elle rompit le contact visuel, sèchement, et prit la panière de pain que sa mère lui tendait avant de la faire passer à Kairi. Leurs mains se touchèrent, et elle baissa la tête comme Kairi prolongeait le contact. C'était intenable.

Lorsque le repas fut fini, les filles durent sortir puisque « Le Père Noël ne sort pas tant que les enfants ne sont pas couchés », et Xion fonça vers la chambre de Kairi. Ce n'était pas un très bon endroit pour se cacher d'elle, certes, mais la force de l'habitude avait mené ses pas ici. Et puis si elle était allée autre part, Kairi aurait cru qu'elle lui faisait la tête, ce qui aurait été absolument faux et gênant.

Donc elle se retrouvait là, ouvrant la fenêtre pour allumer sa cigarette. Elle espéra que sa mère trouverait bien les cadeaux de Kairi et des Zaïmèche, et Harold celui de sa mère.

Inévitablement, Kairi entra dans sa chambre, et s'assit en face de Xion, qui ne la regardait toujours pas.

« Tu fais la gueule ? »

Xion se tendit un moment. En temps normal, elle se serait levée, et l'aurait rassurée en déposant un baiser dans ses cheveux. Elle ne pouvait pas faire ça, ou elle allait s'étouffer. Elle ne dit rien. Kairi souffla un peu, l'air blessé. Elle ne comprenait pas vraiment ce qu'elle avait bien pu faire de mal. Mais peut-être son amie était juste triste. À ce qu'il paraît, il arrive à pas mal de personnes de déprimer pendant les fêtes. Cet étalage de joie, de richesses … pile le genre de choses qui vous renvoient à votre propre condition et à tout ses défauts, quand d'ordinaire vous la considérez normale, agréable.

Kairi quitta son fauteuil pour s'asseoir sur la table, en face de Xion. Elle croisa doucement ses jambes, et posa la main sur l'épaule de Xion. Si quoi que ce soit allait mal, elle voulait être là pour elle. Mais, avisant des jambes trop proches et trop belles, le brune se retira aussitôt, se relevant d'un coup sec. Kairi serra les dents. Qu'est-ce qui n'allait pas, à la fin ? Était-elle si désagréable que, sans autre raison, Xion ne la supporte plus. Elle ferma les yeux, retenant des larmes de frustration. Lisant la détresse dans ses yeux, Xion voulut agir. Elle fit un pas vers elle, et les yeux de Kairi brillèrent. Elle arrêta son geste. Déception.

Kairi se rassit sur son fauteuil, épuisée. Elle prit une cigarette dans le paquet de Xion et l'alluma. Elle ne fumait pas vraiment, mais cela l'aidait à reprendre contenance, dans certains cas. Elle reprenait conscience de chacun de ses mouvements à travers la fumée. Et puis, un jour, Xion lui avait confié qu'elle trouvait ça sexy, une femme qui fumait. Alors Kairi calcula chaque geste, chaque inspiration et chaque expiration, chaque mouvement du visage ou des lèvres. Mais la brune ne bougeait toujours pas. Elle évitait jusque son image.

« Putain, y a quoi ?

— Pardon Mademoiselle ?

— Ce matin, je te croise, tout va bien, et là tout à coup tu me parles plus, tu me regardes à peine …

— C'est que, Mademoiselle –

— Stop. Est-ce que tu as envie de me faire un beau cadeau de Noël ?

— Oui Mademoiselle.

— Alors c'est tout con. D'abord, t'arrêtes de tirer la tronche, et si quelque chose ne va pas, tu me le dis.

— Mais, Ma –

— Et ! Tu m'appelles Kairi. Pas juste ce soir, non. Pour toujours, tu m'appelles Kairi. J'en ai marre de ce truc stupide.

— « Stupide » ? Eh bien merci.

— Mais ce n'est pas toi qui est stupide, Xion ! Merde je veux juste … Je veux juste avoir une relation normale avec toi.

— Normale ? tu veux dire, que je te traite simplement comme mes autres amis ? Comme si tu n'étais pas ma maîtresse, et moi ta servante ?

— Voilà ! Parce que Xion, je ne suis pas ta maîtresse, d'accord ? Enfin … Écoute, j'en sais rien. Cette relation est trop bizarre.

— Tu sais ce que j'aurais fait depuis longtemps si tu n'étais pas Mademoiselle ?

— Non … »

Sa voix tremblait. L'aura toute entière de Xion remplissait la pièce. Elle était lourde, et imposante comme elle ne l'avait jamais été. Moite, aussi, brûlante. Xion était debout, et Kairi, enfoncée dans les coussins de son siège, se sentait infiniment petite. Xion se rapprocha, lentement, comme un prédateur prend son temps quand il sent que la proie est prise. Kairi se sentait frissonner. Pourvu qu'elle l'embrasse vite, si c'était ce qu'elle avait en tête, ou qu'elle la détrompe maintenant. Mais Xion se contentait de se rapprocher, insolemment, d'une démarche indécente et féline dans sa robe irréelle. Kairi se dit qu'elle devait faire des pas minuscules, puisqu'il lui semblait que cela faisait une éternité qu'elle s'approchait, sans jamais l'atteindre. Leurs jambes se touchaient quand elle s'arrêta, et Xion toisait Kairi, du haut de son corps. Posant ses deux mains de chaque côté du fauteuil, fermement, elle laissa ses bras encadrer le visage de Kairi, faisant une cage de tout son corps. Elle était penchée sur la rousse, qui, prenant son courage à deux mains, cessait de s'enfoncer dans son fauteuil pour, au contraire, se redresser, et faire face à l'autre.

Elle tremblait, mais ce n'était pas de peur. Elle tremblait parce qu'il y avait ce dont elle rêvait depuis des mois, à portée de lèvres. Il fallait que ce soit Xion qui l'embrasse, parce que si c'était Kairi, elle ne serait jamais tout à fait sûre de si la brune répondait parce qu'elle en avait envie ou parce qu'elle s'y sentait obligée. Leurs bouches étaient incroyablement proches, elles s'effleuraient presque, et rien que ce non-contact électrisa Kairi. La voix d'Harold résonna et, sans que rien ne se soit passé, Xion partit, abandonnant la rousse à sa chambre froide.

Kairi jura, puis descendit à son tour.

Ils passèrent un bon Noël, et chacun fut heureux de ses cadeaux et de voir les autres heureux. Aucune ne mentionna ce qui s'était passé – et ce qui avait failli se passer – dans la chambre de Kairi.

14 janvier 2014, 19 : 49, Appartement de Kairi et Xion, entrée

« Tu es sûre que tu veux venir ? Je veux dire, je peux trouver quelqu'un d'autre pour m'accompagner.

— C'est bon, je te dis. Tu m'as tellement parlé de cette metteur en scène, il faut bien que je voie de quoi il s'agit.

— Justement, tu sais que c'est un théâtre assez … violent.

— Bon, on va être en retard, bouge ! »

Kairi poussa presque Xion dehors, qui n'était toujours pas certaine qu'emmener Kairi voir Todo el cielo sobre la tierra soit une bonne idée … Après tout, al pièce avait été déconseillée aux moins de seize ans, et si la rousse allait sur ses dix-neuf, elle n'en restait pas moins sensible et peu habituée aux spectacles vivants. Et Xion n'avait pas envie de devoir sortir de la salle au milieu de la représentation, et donc de louper la fin de la pièce pour consoler une Kairi en larmes. Bon gré mal gré, elle la suivit dans le métro, jusqu'à se retrouver face aux grandes colonnes du Théâtre International. Elle n'était pas venue ici depuis plusieurs mois, et cela lui avait manqué. À vrai dire, si Kairi ne lui avait pas offert ces places, elle n'y serait sûrement pas retournée avant longtemps – parce que ce n'était pas vraiment donné, ici, et qu'il y avait des pièces bien tentantes dans d'autres petites salles moins chères.

« Je te le demande une dernière fois, tu es sûre de vouloir venir ? Regarde, il y a un type, là, qui cherche une place.

— Mais je veux la voir cette pièce bon sang !

— À tes risques et périls. Moi, je ne quitterai pas la salle avant la fin, compris ? »

C'était faux, bien entendu que si Kairi allait mal, elle a suivrait, mais bon … Elle soupira. Pour une pièce d'Angelica Liddell, elle était plutôt courte, avec ses deux heures et quelques. En toute logique, Kairi devrait supporter.

14 janvier 2014, 23 : 12, Midgard, parvis du Théâtre International.

Xion alluma sa cigarette, guettant Kairi et le moment où, potentiellement, elle craquerait. Mais la rousse semblait aller bien, et c'était pour le mieux. À vrai dire, si elle avait eu un problème pendant la pièce, Xion ne s'en serait pas rendu compte.

« Kairi ? Alors ? T'en as pensé quoi ?

— Je sais pas trop … Je crois que j'ai bien aimé, mais j'ai pas tout compris. Et j'avais un peu de mal avec les surtitres.

— C'est pas grave, en fait je ne comprends pas tout dans ses spectacles, et c'est ça que j'aime, aussi. Parce que quand tu cherches un peu, dans ses interviews, tout ça, tu vois que tout a un sens, ou une utilité, donc quand on ne sait pas, on peut essayer de deviner sans risquer d'être déçu si on apprend qu'en fait, elle a fiche ça là sans raison.

— Je vois … »

Elle reprirent le métro, et passèrent le trajet à discuter de la pièce, de la musique, de leur interprétation du syndrome de Wendy.

25 janvier 2014, 10 : 13, Appartement de Kairi et Xion, chambre de Xion.

Xion se réveilla mollement, fronçant les sourcils au poids sur sa poitrine. Pour y découvrir une tête rousse, parfaitement endormie. Le cœur de la brune manqua un battement et, vérifiant d'un coup d'œil qu'elles étaient toutes deux vêtues, elle essaya de se remémorer ce qui avait pu se passer la veille … sans succès. Elle ne se souvenait absolument de rien. La sentant s'agiter, Kairi se réveilla à son tour, et sursauta légèrement, avant de se calmer. À elle, les évènement de la veille semblaient revenir.

« Ah, je suis désolée … J'ai fait un cauchemard, et je voulais pas te réveiller donc … »

Donc elle s'était glissée dans le lit de Xion. Normal. Bien entendu, pourquoi la brune n'y avait-elle pas pensé plus tôt ?

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Cette fille cherchait donc sérieusement sa mort. Elle l'avait remarqué à Noël, mais ça ne s'était pas arrêté depuis. C'était même de pire en pire. Pour Xion, chaque seconde était devenue lourde. Elle avait essayé de coucher avec d'autres filles, pour oublier, sans réel succès. C'était même pire. Elle se sentait sale.

Elle avait essayé de mettre une distance entre elle et Kairi, mais toujours son amie se rapprochait, trop pour que ce soit agréable. Xion s'en voulait, et, trop pleine de frustrations, elle se mit à en vouloir à Kairi. Elle devenait froide. Mesquine, presque méchante. Et plus elle voyait qu'elle blessait Kairi, plus elle avait envie de la réconforter, et plus elle essayait de la blesser. Tout pour qu'elle arrête, avec sa fichue innocence d'hétéro, de la toucher comme elle le faisait. Mais elle n'arrêtait pas. Elle ressemblait à un chien battu qui revenait quémander des caresses à son maître.

Et c'est ce qu'elle était. Kairi n'y comprenait rien. Tout ce qu'elle voulait, c'était un peu plus de contact. À défaut de pouvoir avoir ce qu'elle voulait, elle tentait de tisser à nouveau les liens qu'elles avaient déchiré. Elle se sentait perdue. Elle n'en dormait plus, la nuit. Elle se demandait si la brune la détestait. Et même quand elle savait que Xion était seule responsable de ses larmes, tout ce qu'elle voulait pour la réconforter, c'était ses bras à elle. Rien d'autre. Pas les mots de Sora, pas le silence de Riku, pas les rires de Yuffie, pas les histoires d'un livre ou d'un film. Xion, Xion. Elle répétait son nom entre quelques sanglots, quand elle était sûre que personne ne l'entendrait. Et le lendemain sans manquer elle revenait, tête baissée sur un sourire faux vers celle qui la traînait vers l'Enfer. C'était devenu une habitude, mais elle ne s'y était pas faite. Elle ne s'y ferait jamais.

Elles étaient malheureuses.

Les manigances de Yuffie et Naminé n'y pouvaient rien. Cela sentait l'hiver et la mort, dans la pièce à vivre de leur appartement. Sora avait dit à Kairi de changer de colocataire, mais elle n'y songeait même pas. C'était hors du domaine du possible. Plutôt l'Enfer avec elle que le Paradis seule. De toute façon, seule, le Paradis n'existerait même pas.

Xion se détestait, parce qu'elle savait que c'était de sa faute si elles se détruisaient peu à peu. De la faute de son amour. Elle répétait les mots de Lady Macbeth. Retirez-moi ma féminité, remplissez moi de la plus atroce cruauté. Viens, nuit épaisse, et revêts-toi de la plus sombre fumée des Enfers, pour que ma lame aiguisée ignore les blessures qu'elle inflige, pour ne pas entendre les piaillement du Paradis qui pleurent, à travers le drap des ténèbres « Arrête ! Arrête ! ».

Elle n'en pouvait plus de se sentir coupable. Elle buvait, de temps en temps. Ça ne marchait pas. Elle n'en pouvait plus de se tordre comme ça.

Elles n'en pouvaient plus.

La bombe à retardement était amorcée, le problème enflait, la tension montait. Il fallait bien à un moment que ça pète.

24 mai 2014, 12 : 36, Appartement de Kairi et Xion, chambre de Kairi.

Elle se réveilla en sursaut. Son esprit était embrumé. Elle avait mal aux yeux. Ça, elle s'y était faite, sûrement. Elle prit les compresses à côté de son lit, les humidifia et les posa sur ses yeux gonflés. Attendit. Essaya de ne pas pleurer. Elle ramassa au sol les débris de son courage, piétinés, et masqua malhabilement ses cernes.

Le silence lui faisait peur.

Elle se souvenait, avant, Xion mettait toujours un vinyle, pas parce qu'elle détestait le silence, juste parce qu'elle aimait la musique. Maintenant encore, elle en écoutait tout le temps. Sur un MP3 avec des écouteurs.

Et Kairi s'était mise à détester le silence.

Elle sortit de sa chambre, d'une démarche un peu fatiguée, et observa Xion du coin de l'œil avant qu'elle ne a remarque. Elle avait eu raison, quelques mois plus tôt, quand elle avait pensé que même les lèvres gercées, les cheveux gras et des valises sous les yeux Xion resterait belle de se beauté accidentelle. Dans la fragilité touchante du mouvement de ses membres maigris. Dans la sècheresse de sa peau.

Kairi finit par se rapprocher, anticipant l'écueil. Xion ne la touchait jamais, ne lui disait jamais rien directement. Elle se contentait de repousser, de refuser, de se taire. Quand la rousse lui parlait, elle ne retirait même plus ses écouteurs.

Tout était flouté.

« Bonjour, Xion. »

La brune ne répondit pas. Elle ne l'entendait pas.

« Je t'aime quand même, tu sais ? »

Avec une infinie lenteur, Xion porta sa tasse de thé à ses lèvres.

« J'ai l'impression de parler à une morte. »

Xion reposa la tasse, et lécha ses lèvres gercées.

« Si ça se trouve, tu es morte. Tu es morte et personne ne me l'a dit. »

Xion ferma les yeux, et bascula la tête en arrière, pendant qu'un rire inhumain prit Kairi à la gorge. Un rire fou. Elle se calma vite. Xion avait toujours les yeux fermés.

« Ou alors, c'est moi qui suis morte. »

D'un geste étrange, Kairi prit son pouls. Ah, si, visiblement, elle vivait. Elle avança vers Xion, et posa deux doigts sur sa jugulaire. La brune sursauta, et s'éloigna. Kairi lui fit un sourire. En temps normal, elle serait repartie dans sa chambre. Mais elle avait besoin de savoir. Est-ce que Xion était en vie ? Alors elle la rattrapa, et posa encore la main sur son cou. Xion partit, et arracha ses écouteurs. Kairi prit son poignet. Xion la repoussa.

« Putain, me touche pas ! »

Alors elle n'était pas devenue muette. Une bonne chose. Kairi avait tant attendu qu'elle lui parle … Elle aurait préféré que ce soit pour lui dire autre chose.

« Pourquoi ?

— Quoi encore ?

— Pourquoi je te toucherais pas ? »

Quelque chose sembla se fissurer à l'intérieur de Xion, à moins qu'une chose déjà fissurée ne se soit brisée totalement, et elle en tomba presque au sol. Kairi se rapprocha d'elle, encore et encore.

« Pourquoi ? »

Elle la regarda dans les yeux. Xion se sentait mal. Elle allait vomir, tomber dans les pommes, ça allait mal se finir.

« Moi, j'ai envie de te toucher. »

Et Kairi posa la main sur la joue de Xion, qui se retira vivement, et poussa Kairi au sol. Se dressant de toute sa maigreur, elle hurla à s'en déchirer les poumons.

« Parce que je suis amoureuse de toi connasse ! »

Elle faillit défaillir, étourdie par sa propre voix. Kairi fut sonnée, elle aussi. Xion allait pour partir, Kairi saisit son poignet, et la brune n'eut même pas la force de s'en défaire. Ce simple contact la brûlait. Kairi la plaqua contre le mur, l'embrassant avec un empressement et un abandon fous. Il fallait que ça marche. C'était la dernière chose à laquelle se raccrochait son espoir. Et Xion lui rendit son baiser, fougueusement, plus rapidement que chaque mouvement qu'elle avait accompli depuis des mois.

Et tourna de l'œil.

24 mai 2014, 16 : 14, Appartement de Kairi et Xion, chambre de Kairi.

La première chose qui lui vint fut l'odeur de fleurs, puis celle d'huile d'argan et de miel. L'odeur de Kairi. Enfin, des mots.

« T'es vraiment trop con, hein ? »

Xion ne rit pas. Elle en avait bien envie mais bon. Elle risquait de s'étouffer avec sa salive. Son ventre grogna. Elle entendit pas mal de bruit, deux rires éclatants et le ton fâché de la rousse. Une chaleur sur ses mains s'en fut et elle fut bien forcée d'ouvrir les yeux pour comprendre ce qui se passait.

Au plafond, elle reconnut la chambre de Kairi. Ses draps. À côté du lit, une chaise vide, et puis la porte ouverte. Sur la table de chevet, du pain grillé, du miel et du lait. Kairi entra et lâcha presque sa tasse de surprise en la voyant éveillée. Au lieu de ça, elle la posa sur la chaise, et aida Xion à se relever.

Elle lui tendit la tasse.

« Bois. C'est sûrement dégueulasse, mais c'est bon pour toi. »

Xion but, et le goût n'était pas si horrible que ça. Elle ne savait pas quoi dire, à propos de ce qui s'était passé. Elle n'était même pas sûre que ce soit réel. Alors pour l'instant, elle se tut. Sora passa la tête par la porte, puis embarqua Yuffie hors d'ici, qui précisa qu'en temps normal, elle facturait les livraisons à domicile, et que Kairi avait de la chance de l'avoir comme amie.

« Bon, tu m'expliques ? »

Xion fronça les sourcils.

« Je sais pas moi … tu es amoureuse de moi, et, puisque je me rapproche de toi en toute logique … tu m'évites ?

— T'es pas supposée aimer les filles.

— Tu sais, j'ai réfléchi à un truc.

— Première nouvelle.

— Économise ta salive et ferme-la. Je pense pas que l'hétérosexualité ça existe. Enfin, plus exactement je crois pas qu'on ait de sexualité prédéfinie juste … on est attirés plus ou moins par des gens.

— Intéressant.

— Vas-y, moque toi.

— Voyons, je n'oserais pas. »

Kairi rit, et frappa le crâne de Xion.

« Tu sais, je suis amoureuse de toi depuis un bail, je crois. »

Xion s'étouffa avec son infusion. Elle n'était pas sûre d'être vraiment préparée à entendre ça.

« Repose-toi. T'as vraiment foutu n'importe quoi, là. J'ai des trucs à faire, je serai dans le salon. Tu m'appelles si tu as besoin de quoi que ce soit.

— Tu peux pas le faire ici ? Je ne veux pas encore être séparée de ma … demoiselle. »

Attrapant la main de Kairi, elle la porta à sa bouche pour l'embrasser, sans détourner le regard. Souriant, la rousse tira sur son bras pour amener Xion plus près, et lui vola un long baiser. Grimpant sur le lit, encadrant ses hanches de ses jambes, Kairi ne stoppa pas de l'embrasser, et il fallut bien que Xion se retire.

« Putain, si tu fais des trucs comme ça je vais finir par faire un arrêt, moi !

— Ce serait une belle mort, tu ne crois pas ?

— Mouais, laisse-moi vivre encore un peu quand même, tu veux ? »

Kairi sourit et quitta le lit, allant chercher ses affaires pour étudier dans sa chambre. Quand elle voulait bien, la présence de Xion était quand même la chose la plus agréable qui soit.

18 juin 2014, 15 : 23, Manoir Zaïmèche, véranda.

« Maman ? »

La femme se retourna vers Kairi, le visage doux et fin. Elle avait vieilli. Kairi posa la tête sur son épaule, la laissant passer ses bras autour de ses épaules.

« Tu m'aimes quoi qu'il arrive pas vrai ?

— Bien sûr. »

Anna ne posa pas de question, sa fille parlerait de toute façon.

« Avec Xion, un deux pièces suffirait. »

Anna rit un peu, et hocha la tête. Enfin, touts ces années de relations étranges avaient abouti à quelque chose de stable et sûr.