Nouveau chapitre de la semaine!

Bonne lecture


Le lendemain, en se réveillant à ses côtés, les paroles de Tom résonnaient encore dans sa tête. Il avait été clair, il n'avait rien d'un prince charmant. Mais il serait là. Est-ce que ce n'était pas le plus important ? Il l'avait sortie de sa catatonie, il l'épaulerait, c'était ça qui comptait, pas le reste. Elle se demanda vaguement si tout ça n'allait pas trop vite… Quant à ses idéaux, elle se sentait assez forte pour lui tenir tête et aller à son encontre s'il le fallait. Alors où était le mal ? Elle chassa ses pensées noires et se blottit contre son amant et se rendormit.

Quand elle se réveilla de nouveau, Tom avait quitté la chambre. Un peu incertaine quant à la conduite à tenir, elle le rejoignit dans le salon après un rapide détour dans la cuisine pour se préparer un café bien fort. Elle le trouva dans son habituel fauteuil en train de lire un livre. À son arrivée, il releva les yeux vers elle et eut un léger sourire qui rassura quelque peu la jeune femme.

« -Bien dormi ?

-Mieux que depuis un bon mois affirma-t-elle

-Ravi d'y être pour quelque chose se félicita-t-il tandis qu'elle lui faisait une grimace moqueuse.

Il se leva et passa un manteau.

-Je vais en ville, je reviens dans l'après-midi. Nous passerons au Ministère pour voir où en est l'enquête pour l'incendie.

Elle passa outre le ton éminemment directif pour se concentrer sur l'essentiel :

-Alors, tu vas vraiment être là pour moi ?

Avant de passer la porte, il tourna vers elle ses yeux sombres.

-Je te l'ai promis. Tant que tu voudras de moi, je serai là. »

Il s'en alla sans ajouter un mot.

Un sourire niais naquit sur le visage d'Ambre. « Heureusement qu'il ne peut pas le voir, on dirait une gamine » pensa-t-elle en enfouissant son visage dans un coussin. Ainsi donc, il était sérieux et ils étaient bel et bien devenus un couple cette nuit. Un couple atypique, certes, mais présents l'un pour l'autre.

Les jours suivants lui prouvèrent effectivement que sa relation avec Tom ne serait pas des plus banales. On aurait pu croire que rien n'avait changé entre eux. Cet homme-là n'était clairement pas un démonstratif : pas de mots doux, pas d'effusions de sentiments ou de tendresse. Mais il y avait ses regards qui semblaient lui dire les mots qu'il s'interdisait de prononcer, ses gestes anodins qui étaient autant de caresses et sa présence tout entière qui la rassurait et la comblait. Il n'y avait que dans l'intimité qu'il s'abandonnait à elle. Lors de leurs étreintes, elle était emplie d'un mélange de gratitude et de fierté, ressentant à quel point elle était la seule à être témoin des émotions du vrai Tom.

Quelques jours après qu'elle eut repris ses esprits, ils eurent tous deux la confirmation de ce qu'ils savaient déjà : l'incendie était criminel. Pas de Feudeymon, sinon Ambre ne serait plus de ce monde, mais un sortilège de magie noire assez puissant pour réduire la boutique en cendre, mais laisser étonnamment intactes les boutiques alentours. Et si Ambre n'avait pas la moindre idée de qui pourrait lui en vouloir, Tom, lui, avait sa petite idée.

Profitant d'une visite d'Ambre à Billetdore, la banque des sorciers français, pour une question d'assurance, il avait rendu une visite « surprise » à Alcyone. Il la trouva dans le petit appartement pouilleux qu'elle louait. Un rapide examen des lieux lui apprit qu'elle y vivait en recluse et n'était manifestement pas sortie depuis un certain temps. La saleté s'accumulait partout où il posait les yeux, des restes de nourritures finissaient de pourrir dans une assiette. Elle s'était retranchée dans sa chambre, prostrée sur son lit. Il n'eut nul besoin d'avoir recours à la torture, ni même à l'occlumentie pour la faire avouer. Cette idiote avait les mains et les bras brûlés par le sort qu'elle n'avait manifestement pas su maîtriser. Vu le regard qu'elle lui lança, elle s'attendait à sa visite. Une fois de plus, elle se retrouva à ses genoux, tantôt implorant son pardon, tantôt se tordant de douleur sous le feu des doloris. Il usa même cette fois de plusieurs sortilèges de son invention qui assureraient encore quelques heures de douleur à sa disciple désobéissante. Une fois qu'il fut sûr que le message était clair, il lui signifia que la prochaine incartade lui vaudrait la mort et qu'elle devait immédiatement rentrer en Angleterre.

Sur le chemin du retour, il se demanda si cela été suffisant. N'aurait-il pas été plus simple de la tuer pour s'assurer qu'Ambre n'était plus en danger ? Il avait clairement pensé à le faire, mais cela lui paraissait être un jeu dangereux. Il commençait à avoir beaucoup de disciples sous son aile, qui lui vouaient pour la plupart une dévotion sans borne. Dans les yeux de certains cependant, brillait encore une lueur de défi. Ils auraient aimé le renverser pour prendre sa place. Et tuer l'une de ses disciples revenait à leur servir sur un plateau d'argent une cause de mutinerie. Avant de disposer à sa guise de sa future armée, il devait les briser, s'assurer qu'ils étaient prêts à mourir pour lui.

Ambre eut la surprise, quant à elle, de découvrir que son assurance lui était plutôt avantageuse étant donné que l'incendie était criminel. Vu que l'enquête sur les causes de l'incendie était désormais close, libre à elle de reconstruire ou de tourner la page. Elle prit un moment pour peser le pour et le contre et décida de reconstruire le commerce. Elle avait l'impression qu'une toute nouvelle énergie coulait dans ses veines et elle avait bien l'intention de la mettre à profit. Bien sûr, même avec la magie cela prendrait un certain temps, mais elle n'avait pas envie de se séparer de tout ce qui lui restait de sa famille et de toutes ces années d'efforts.

Le soir même, elle annonça la nouvelle à Tom qui l'accueillit d'un hochement de tête appréciateur.

« -Je préfère vraiment te voir dans cet état d'esprit.

-Je crois que je te dois une fière chandelle. J'ai l'impression que tu passes ton temps à me sauver que ça soit du feu ou de moi-même, dit-elle en riant.

-Tu seras bien la seule personne que j'ai jamais sauvée, j'y prendrais peut-être goût qui sait ?

-Pourtant je déteste ce rôle de demoiselle en détresse… Moi qui te prenais pour un vilain garçon !

-Vraiment ? Tu n'as peut-être pas tort, tu sais…dit-il d'un air grave.

De nouveau, cette impression de ne pas tout savoir, de marcher sur un fil et que le moindre souffle pourrait la faire basculer dans le doute. Oui, elle pensait sincèrement que l'homme en face d'elle, l'homme qu'elle aimait avait une part d'ombre qu'il lui cachait. Mais elle sentait que ce n'était pas le moment d'en parler, elle ne voulait pas gâcher ses moments d'allégresses qui lui permettaient de remonter la pente. Aussi décida-t-elle de changer de sujet.

-Du coup, j'ai préparé un nouveau plan d'attaque pour remettre la librairie sur pied. J'ai ici les contacts des archimages, ici les adresses de mes fournisseurs habituels et une liste de ceux que j'avais mis de côté…mais comme il faut que je refasse mon stock… »

Tom l'écoutait sans rien dire, heureux de la voir pleine d'entrain. Car oui, à son grand étonnement, il se sentait heureux et pour une fois ce n'était pas grâce à ses recherches ou à cause de ses propres réussites. Être heureux pour quelqu'un d'autre était une émotion particulière et tout à fait inédite qu'il prit le temps de savourer.

Dès le lendemain, Ambre mit à l'œuvre son plan et bientôt plusieurs sorciers spécialistes du bâtiment étaient à pied d'œuvre pour débarrasser les décombres. Elle insista pour aider, ce qui lui permettrait d'inventorier ce qui pouvait rester de son commerce. Elle avait peu d'espoir, mais avait eu quelques bonnes surprises. Elle avait retrouvé, coincés entre un tas encore fumant qui avait dû être des rideaux et le mur du fond, trois livres. Si le premier était quasi calciné, les deux suivants avaient survécu. Il s'agissait d'une généalogie des rois sorciers du Moyen-âge et du livre 1001 recettes à base de Strangulot. Elle laissa échapper un petit rire. Comment ces deux livres avaient-ils pu se retrouver ensemble ? Toujours est-il que le premier avait une très grande valeur, elle était donc bien contente d'avoir pu mettre la main dessus.

Concernant son appartement, les choses étaient nettement moins joyeuses. Tous ses documents personnels ainsi que ses vêtements avaient brûlé. Ses meubles, malheureusement tous en bois, avaient suivi le même chemin. De toute façon, vu que le toit avait fini par céder, elle ne s'attendait pas à retrouver quoi que ce soit de son ancienne vie.Même sa baguette avait disparu, celle qui avait si longtemps pris la poussière chez Tom, c'était le jeune homme qui lui avait offert avant même qu'elle ne quitte l'hôpital. Elle marqua un temps d'arrêt près de l'ancien comptoir. Si ses souvenirs étaient bons, c'était là qu'elle avait failli mourir, là qu'elle avait appelé Tom…

Ils avaient eu l'occasion d'en rediscuter, avançant diverses hypothèses et théories sur ce phénomène magique. Cela n'avait pas fonctionné comme un Patronus, elle n'avait rien invoqué et en plus n'avait pas sa baguette. Tom lui avait révélé que cette nuit-là, il s'était réveillé avec une vive douleur et qu'il avait immédiatement su que quelque chose se passait chez elle comme si les deux étaient liés. Songeur, il avait avancé que peut-être l'explication tenait à ce que la douleur du feu avait réveillé chez Ambre un lien magique et que la douleur s'était répercutée sur la seule personne proche d'elle. Ils avaient vaguement tenté de recréer ce lien, mais sans la douleur ça ne paraissait pas marcher et ils n'avaient aucunement envie de retenter l'expérience d'un feu de joie. Cependant, cela restait l'explication la plus probable. Tom ne le savait pas encore, mais c'est le souvenir de cet étrange lien qui l'aiderait à créer la Marque des Ténèbres dont la brûlure rappellerait sa présence à ses fidèles.

Quelques jours plus tard, alors que le chantier avançait bon train, Ambre décida de s'octroyer une pause bien méritée. Elle rentra donc dans l'après-midi à l'appartement de Tom. « Leur appartement » se corrigea-t-elle avec un sourire, l'hébergement temporaire devenant de plus en plus définitif. Elle était arrivée dans le couloir qui menait à la porte, farfouillant dans son sac pour trouver ses clés, de décidant d'un rapide « Accio » pour les sortir de ce fatras lorsqu'elle la vit. L'amie de Tom, Alcyone si elle s'en souvenait bien. Elle regardait la porte comme si elle hésitait à sonner, une valise était posée à côté d'elle. « Chouette » se dit Ambre, « Bon débarras ! ».

« -Heu… je peux vous aider ? proposa la jeune femme.

La femme face à la porte sursauta en se tournant vers elle, comme prise en faute. Ambre eut presque un mouvement de recul tant la Mangemorte faisait peine à voir. On aurait dit une ombre prête à disparaître, mais une ombre au bord de l'hystérie. Pour une raison qui lui était inconnue, un éclat de colère passa dans les yeux d'Alcyone et c'est assez sèchement qu'elle répliqua :

-J'attends Maître Voldemort donc non, vous ne pouvez pas m'aider, mais… je lui dirais que vous êtes passée… Finit-elle avec un sourire moqueur.

Ambre tiqua. Voldemort, ok, elle pouvait se faire à ce surnom débile…Mais « maître » ? Une part d'elle, celle qu'elle avait tendance à museler souvent ces derniers temps tenta de l'avertir une nouvelle fois que tout ça n'était ABSOLUMENT pas normal, mais dans l'immédiat elle avait plus urgent à faire.

-À vrai dire, nous vivons ensemble tous les deux, donc c'est aussi chez moi.

Elle n'y pouvait rien, elle n'avait pas pu s'empêcher de prononcer ces mots de façon claironnante, accompagnée d'un sourire franchement hypocrite, sachant pertinemment que la détestable Alcyone se pâmait d'amour pour Tom. Ca ne lui ressemblait pas de faire mal volontairement à quelqu'un, mais l'autre s'était toujours montrée si impolie qu'elle jugea cela mérité. Jusqu'à la réaction de la Mangemorte : ses épaules s'affaissèrent et elle sembla presque sous le point de s'écrouler.

-Ma parole, vous n'allez quand même pas vous évanouir sur mon paillasson ma vieille ! Venez, rentrez, je vais vous donner un remontant !

Elle poussa sans ménagement la Mangemorte à l'intérieur de l'appartement et la fit asseoir sur le canapé. Celle-ci s'y affaissa dans un soupir. Ambre haussa les épaules à cette vue pathétique et déboucha une bouteille de whisky pur feu, prit deux verres et se posta sur le fauteuil en face de la Mangemorte.

-Tenez, dit-elle en lui tendant le verre. Alcyone le descendit d'un trait sans même regarder le contenu. Et maintenant, dites-moi, ça va mieux ?

-Merci, marmonna de mauvaise grâce Alcyone, reprenant peu à peu ses couleurs habituelles. Alors comme ça, vous êtes avec lui ?

-C'est le cas oui, désolé si cela ne vous convient pas…

-Ho, j'ai bien compris que je n'avais pas mon mot à dire dans les affaires du maître, ria Alcyone, semblant d'un coup totalement remise.

Elle se leva et arpenta la pièce de long en large. Ambre, prudente face à ce changement soudain tenta de la calmer :

-Ecoutez Alcyone

-Ne me parle pas comme si nous étions amies espèce de pétasse !

Ambre accusa le coup, Alcyone était définitivement tarée c'est officiel. Aussi, elle préféra ne pas relever, ne sachant pas de quoi la femme était capable. Elle tâta cependant discrètement sa poche, s'assurant que sa baguette était toujours en place.

Alcyone avait fini d'arpenter la pièce, elle tendait maintenant un index accusateur vers la jeune femme.

-À cause de TOI, je dois partir ! Nous étions proches ! J'étais sa préférée ! Et tu as tout foutu par terre ! Tu me le payeras sache-le ! Et tu sais ce qui est le plus drôle ? C'est que finalement, je n'aurai rien à faire ! J'aurais seulement à regarder te rendre compte de l'homme qu'il est réellement. Tu ne tiendras pas la route et tu t'enfuiras en rampant ! Je reprendrais ma place et alors tout sera comme avant ! Alors ne prend pas trop tes aises et ne t'attends surtout pas à partager le pouvoir avec lui ou à ce que nous autres nous te regardions comme son égal. Tu n'es qu'une raclure!

Ambre ne comprenait pas un traître mot de ce que racontait Alcyone, toujours est-il que celle-ci lui en voulait évidement et se permettait de l'insulter. Aussi s'approcha-t-elle d'Alcyone et se planta devant elle

-Sort tout de suite de chez moi…

Sa propre voix aurait pu l'effrayer si elle n'était pas aussi en colère. À cet instant, elle était extrêmement consciente que tout pouvait basculer, son corps était secoué de tremblements incontrôlables et ses oreilles bourdonnaient. Un geste, une parole de trop et elle n'aurait pas besoin de baguette pour s'occuper du cas Alcyone. Celle-ci sembla hésiter un instant, les poings serrés, mais finalement se détourna vers la porte.

-Une dernière chose Alcyone… La prochaine fois où tu viendras chez moi pour m'insulter sera la dernière. Je te jure que je détruirais jusqu'à ton souvenir si ça se reproduit.

-Vous n'êtes pas si différents que ça finalement… »Maugréa Alcyone avant de sortir.

Une fois l'indésirable partie, Ambre eut toute la peine du monde à retrouver son calme. Les paroles d'Alcyone lui revenaient sans cesse en tête. Elle avait parlé de pouvoir et du regard des « autres ». Quels autres ? Le groupe de Tom ? Mais qu'est-ce qu'ils fabriquaient à la fin ? Plus le temps passait, moins cette histoire lui semblait saine, voire même légale. Mais le whisky aidant, le soir même, elle avait quasi oublié l'incident, le reléguant dans la catégorie des « faits divers qui n'intéresseraient personne et surtout pas Tom » aussi ne lui parla-t-elle pas de la visite qui tomba bien vite dans l'oubli.