Hermione attrapa la main de Ron sans songer un seul instant qu'elle abandonnait Drago, Blaise et Astoria dans son propre appartement. Ils sautèrent dans la cheminée et atterrirent dans le bureau de Ron où Harry les attendait, jouant distraitement avec un balais miniature qu'il faisait tourner entre ses doigts.

« Herm' ! Tu es en pyjama ? hoqueta Harry, choqué. »

Hermione baissa les yeux sur son sweat défraîchi, passa rapidement sur son jean troué au genou droit, se rappela qu'elle avait pleuré une bonne partie de la journée, et rougi.

« Je n'avais pas exactement prévu de sortir aujourd'hui.

- Peu importe, tu seras derrière une vitre. Personne ne te verra, la rassura Harry, reposant le petit balais.

- Sauf Rogue, pouffa Ron. »

Hermione le fusilla du regard, angoissée à l'idée d'affronter le regard moqueur de la vieille chauve-souris, et reprit :

« J'ai pas abandonné un truc important pour venir ici et me faire charrier. Vous avez attrapé mon agresseur ?

- Un truc important avec Malefoy, précisa Ron sur un ton de conspirateur.

- On ne l'a pas vraiment attrapé. Techniquement, il s'est rendu, rectifia Harry, sans lui prêter plus d'attention.

- T'as entendu Harry ? Un truc avec MALEFOY, insista Ron.

- RENDU ? Mais pourquoi ? s'étonna Hermione en se laissant tomber sur un des fauteuils défoncés de Ron, écrasant au passage un paquet de biscuits.

- Il avait un trou de mémoire important, il se sentait confus, il portait des traces de coups – probablement dues à sa chute quand tu l'as stupéfixié. Sa femme a fini par le pousser à venir parler à un auror, au cas où.

- Pourquoi personne ne me...

- Ron, grandis un peu, le rabroua Hermione. Donc... c'était l'imperium, pas vrai ?

- Exactement. Le créneau horaire et les lieux de sa perte de mémoire correspondaient à ton agression, alors on a pu faire le lien.

- Le type qui lui a jeté le sort n'est pas très malin, intervint Ron. Il a probablement choisi sa cible au hasard, sans réfléchir. Parce que ce mec n'a rien d'une brute, pas étonnant qu'il n'ait pas réussi à te voler ton sac, et qu'il n'ait pas su se défendre.

- Il avait l'air assez costaud, pourtant, le contredit Hermione.

- C'est un secrétaire. Dans une entreprise d'assurances. Il portait une cravate avec des flocons de neige dessus. Et c'est un Poufsouffle ! »

Harry ricana en donnant une tape amicale dans le dos de Ron et Hermione souffla, offusquée.

« Qu'est-ce que vous avez tous avec les Poufsouffles ?

- Oh, c'est vrai ! Ils ont déjà créé des groupes de soutien contre les discriminations à cause de Malefoy. Sa petite remarque sur ta terrasse ne les a pas fait rire apparemment.

- Moi si !

- Pas toi Ron, ne me dit pas que tu es fan de Drago ? »

Ron haussa les épaules et alla s'asseoir derrière son bureau, préférant sans doute ne pas répondre. Il se sentait déjà assez confus d'éprouver autre chose que de la haine pour Malefoy, il n'allait pas en plus verbaliser.

« On y va ? s'impatienta Harry."

Les trois amis s'élancèrent alors dans les couloirs, saluant au passage quelques personnes. Lorsqu'ils approchèrent du bureau de Rogue, Ron commença à rentrer la tête dans les épaules et à se déporter vers le côté opposé du couloir, ce qui n'échappa pas à Hermione. En d'autres circonstances elle aurait ri, mais elle se sentait autant en danger que lui à ce moment là.

La masse de cheveux luisants de leur ancien professeur apparut soudain et, sans les saluer, il leur emboîta le pas d'un air impénétrable. Aucun d'entre eux ne broncha et leur petit convoi poursuivi sa route jusqu'à la salle de confrontation, sans oser vraiment respirer.

Harry entra le premier, et leur fit signe de prendre place derrière une vitre sans tain.

"Il va arriver dans quelques minutes, mais avec cinq autres personnes. Il faudra que tu le reconnaisses, lui expliqua Ron d'un air un peu craintif, se tassant le plus possible contre elle.

- Aucun problème, répondit Hermione.

- Weasley, cessez de haleter comme un phoque. Cette pollution sonore est insupportable, asséna Rogue de sa voix traînante."

Ron dégluti bruyamment et se tassa encore plus sur lui-même.

"Les voilà, les averti Harry, imperturbable.

- C'est lui, annonça aussitôt Hermione en pointant du doigt le deuxième homme qui était entré."

Harry et Ron s'entre-regardèrent et hochèrent la tête.

"Le numéro du suspect, Miss Granger, s'il vous plait ? siffla Rogue sans même la regarder.

- Deux. C'est le numéro deux."

Rogue toqua à la vitre d'un mouvement sec, ce qui devait être le signal que l'entrevue était terminée, et il sorti d'un mouvement gracieux de cape. Et ce fut tout. Ron respira à nouveau normalement et ils regagnèrent son bureau en silence, suivant de loin l'ombre de Rogue qui faisait s'écarter tous les gens qu'il croisait.

"Cet homme est un pervers. Un tortionnaire manipulateur et vicieux, marmonnait Ron.

- Tu te laisses marcher sur les pieds Ron, il est très gentil avec ses autres collègues... Bon, peut-être pas gentil. Mais disons, moins... agressif ?

- Harry a raison. On sait tous qu'au fond Rogue est une bonne personne. Il ne sait pas le montrer, voilà tout, expliqua Hermione."

Comme pour illustrer ses propos, lorsqu'ils passèrent devant son bureau, ils aperçurent Rogue en train de les fixer d'un œil mauvais, ses yeux perçants collés à la vitre. Leur pas s'accéléra de lui même et ils ne parlèrent plus jusqu'à ce que la porte du bureau de Ron se soit refermée derrière eux.

"Vous voyez ? C'est un psychopathe. Il est incapable d'éprouver de l'empathie, repris Ron, nerveux.

- Il en a été capable autrefois, rectifia Hermione. Il faut lui tendre la main. Il est seul, c'est tout.

- Tu es trop sentimentale Hermione, la contredis Ron. Il est seul parce qu'il est odieux avec tout le monde. Jamais je ne lui tendrais la main, j'aurais trop peur qu'il me la tranche et la réduise en bouillie pour préparer je ne sais quelle horrible potion !

- Rogue n'est pas le diable, Ron. Je reconnais qu'il fait beaucoup d'efforts pour lui ressembler, cependant. Bref. Hermione, tu peux rentrer chez toi ! conclus Harry en récupérant ses dossiers, époussetant les miettes de chips qui les recouvraient.

- C'est tout ?

- Tu l'as identifié. C'est tout ce qu'on attendait de toi. Ses interrogatoires ne donneront rien de plus, il n'a aucun souvenir... C'est une impasse."

Hermione hocha la tête, dépitée, et embrassa ses deux amis.

"Bien, je vais rentrer alors...

- Retrouver Malefoy pour faire des choses importantes ! lança Ron d'un air malicieux.

- La ferme, Ron. Tenez moi au courant !"

Harry hocha la tête et elle s'engouffra dans la cheminée.

Ce qu'elle vit en ouvrant les yeux dans son salon était encore plus bizarre que d'imaginer Rogue sourire : Astoria était aux fourneaux avec Pansy (depuis quand était-elle là ?), assistées par Blaise et Drago qui buvaient une biéraubeurre en les regardant. Tous tournèrent la tête vers elle et Pansy lui sauta dessus en pépiant.

"Herm', je passais par hasard et je me suis dit que puisqu'on était tous là, autant faire un bon repas. J'ai bien fait ?"

Hermione éclata de rire.

"Par hasard Pansy, vraiment ?

- Elle ment, elle est arrivée avec un poulet et deux kilos de pommes de terre ! lança Drago.

- Balance ! rétorqua Pansy tout en prenant le manteau d'Hermione pour aller l'accrocher, comme si c'était elle la maîtresse de maison.

- C'est bientôt prêt, j'espère que vous avez très faim parce que Pansy a vu large... annonça Astoria en tendant à Blaise une pile d'assiettes."

Celui-ci la regarda comme s'il était profondément choqué qu'on lui donne, à lui, une tâche ménagère à exécuter.

"Met-les sur la table, nigaud, râla Pansy.

- C'est un moment solennel les amis, pour la première fois de sa vie Blaise Zabini va mettre le couvert ! lança Drago d'un ton très officiel.

- La ferme Malefoy, je suis sûr que tu en es au même point que moi.

- Ah, ces sangs-purs, quelle bande d'empotés ! se moqua Hermione en mettant le couvert d'un coup de baguette.

- En parlant d'empoté, Ron ne vient pas manger ?"

Tous les regards se tournèrent vers Pansy, qui disposait précautionneusement les couverts de part et d'autre des assiettes.

"Puisque Astoria estime qu'il y a trop de nourriture, un ventre sur pattes comme Weasley permettrait de finir les restes, se justifia-t-elle.

- Oh je peux lui envoyer un hibou, déclara Hermione d'un ton évasif, en s'asseyant à table.

- Ah oui ? répondit Pansy en cognant dans sa précipitation un des couverts contre une assiette.

- C'est envisageable. Mais bon...

- Mais bon ?

- C'est à dire que... s'interrompit Hermione en regardant les autres s'installer autour de la table, se retenant de sourire.

- Que ? Accouche !

- Seulement je ne voudrais pas gâcher l'ambiance, comme il ne s'entend pas très bien avec Drago...

- Mais si ils s'entendent bien ! Hein Drago ? Comme il me le disait justement tout à l'heure, et bien, Drago trouve que Ron a beaucoup d'humour. N'est-ce pas, Drago ?

- Ce n'est pas exactement ce que...

- Tu vois ! Drago et Ron, ce n'est pas un problème. Ils sont amis ! Alors, Herm' ?

- Et bien, je pourrais oui... Mais Ron a beaucoup de travail avec Harry ce soir, je crois...

- Hermione, cesse de la torturer, s'exclama Blaise, hilare."

Pansy, le poing sur la hanche, le foudroya du regard, ce qui fit rire tous les autres également.

"Qu'est ce que tu insinues, Zabini ?

- Rien du tout.

- On a tous compris Pans'. Inutile de devenir toute rouge et de nous faire le coup de la cocotte-minute, on te connait. Plus tu t'énerves et plus tu nous prouves qu'on a raison, résuma Drago.

- Vous faites to-ta-le-ment fausse route, hahaha ! grimaça Pansy en simulant un éclat de rire.

- Crois moi Pansy, c'est un conseil amical : ne fais pas ce rire là. Tu as l'air cinglée.

- La ferme, la star de télé-réalité !"

Drago pris un air faussement choqué en posant sa main sur son cœur dans un geste théâtral.

"Tu me brises le cœur !

- Depuis quand tu en as un ? gloussa Hermione.

- J'essaie de ramener Pansy à la raison, ne te rallie pas de son côté Granger, rétorqua Drago en la menaçant du doigt.

- Je ne suis pas folle ! s'énerva Pansy.

- Tu éprouves de l'attirance pour Weasley, nota Blaise d'un air dégagé.

- Ron est plutôt mignon, je trouve, intervint Astoria qui jusque là les avait écoutés sans rien dire."

Tous se tournèrent vers elle, cherchant à comprendre si elle était sérieuse. Elle haussa les épaules et repris, souriante :

"Quoi, il est pas mal dans le genre choupi-trognon un peu maladroit qu'on a envie de papouiller.

- Trop de langage de bébé dans cette phrase, lança Blaise d'un ton dégoûté.

- Arrêtez, Ron n'est pas repoussant, tempéra Hermione.

- Si, totalement ! Il est roux... Quand même ! Je ne sais pas ce qu'il vous faut. Il porte des cols roulés que sa maman lui tricote. Ses chaussettes dépassent de son pantalon. Il a un mono-sourcil ! énuméra Drago en comptant sur ses doigts.

- Drago, tu parles comme une gonzesse là, ricana Blaise.

- Ses défauts le rendent attirant, je trouve. Enfin, je veux dire, si il me plaisait, c'est ce que je penserais. Mais ce n'est pas le cas, enfin, c'est amical... Non, pas amical, on ne s'entend pas très bien, s'embrouilla Pansy."

Elle était devenue toute rouge et se mit à touiller le plat de pomme de terres frénétiquement pour se donner une contenance.

"Vous savez, on ne dirait pas comme ça, mais Ron a des abdos, lança Hermione l'air de rien, en regardant ses ongles.

- J'en étais sûre ! s'exclama Astoria. C'est un auror.

- Il te plait ? Tu peux totalement nous le dire, tu sais ! fit Pansy, alors que son regard disait clairement le contraire.

- Des abdos, vraiment ? Avec tout ce qu'il mange toute la journée ?

- Comment tu le sais, Granger ? demanda Malefoy d'une voix traînante.

- Harry et Ron sont là, les informa Astoria en pointant du doigt la cheminée.

- Ton hibou est supersonique ou quoi ? sursauta Drago.

- Transmission de pensée, expliqua Hermione en lui donnant un coup de serviette. On se connait depuis 15 ans, ça permet de développer tout un tas de connaissances.

- Y compris des connaissances corporelles, pas vrai ? rétorqua Drago en lui faisant un clin d'œil.

- Qu'est ce qui se passe ici ? demanda Ron en louchant sur le poulet.

- On vous attendait pour passer à table, leur indiqua Hermione qui venait d'ajouter deux couverts d'un coup de baguette."

Ron se précipita en face de l'assiette la plus remplie et Harry se laissa tomber sur une chaise, un peu confus.

"On passait juste pour te confirmer que l'interrogatoire n'avait rien donné... C'était prévu, ce repas ? Parce que j'ai totalement oublié de prévenir Ginny.

- Je lui envoie un hibou ! annonça Pansy d'une voix suraiguë.

- Qu'est ce qu'elle a ? demanda Ron.

- Rien du tout, répondirent les autres en cœur."

Pour mettre fin au malaise, Hermione ouvrit une bouteille d'un coup de baguette et la fit tourner au dessus des verres. Cette journée si morose au départ semblait enfin s'éclaircir ! Même si Pansy se comportait vraiment bizarrement tout à coup. Elle et Ron ? Hermione secoua la tête pour chasser cette pensée saugrenue. Ce n'était pas que ça la gênerait, mais la situation avait de quoi surprendre.

Elle regarda Pansy intensément pour essayer de la visualiser avec Ron, et la surprit en train de le couver du regard, un doigt dans la bouche. Ce qui n'était absolument pas son genre. Avait-elle bu un filtre d'amour par mégarde ?

Son regard poursuivi son chemin autour de la table et se posa sur Astoria, qui portait gracieusement sa fourchette à sa bouche tout en écoutant Blaise déblatérer sur un de leurs collègues. Elle avait malgré tout l'air un peu tendue, probablement du fait de la présence de Drago. Ils ne s'était ni parlé, ni adressé un regard depuis le début de la soirée.

"Granger, tu as renversé du vin sur ton pantalon, l'informa en chuchotant Malefoy, assis juste à sa droite.

- Où ça ? s'étonna Hermione, en baissant les yeux."

Et Malefoy posa son doigt sur sa cuisse, à l'endroit où le jean était troué et révélait la peau d'Hermione. Il essuya la goutte de vin et, sous les yeux éberlués de la jeune femme, la porta à sa bouche. Sous le coup de l'émotion, le rouge lui montant aux joues, elle ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit.

"Faut pas gaspiller, lui expliqua t-il avec un clin d'œil".

Hermione cacha son trouble en engloutissant une bouchée de poulet et se mit à la mastiquer avec concentration. Les conversations allaient bon train autour de la table, les bouteilles de vin se vidaient - d'autant plus vite maintenant que Ginny les avait rejoints.

"Eh, vous savez ce qu'on a oublié de faire ? intervint soudain Ron. On a pas regardé Les Serpentards à Mykonos !

- Weasley, je vais finir par croire que tu es fan de moi.

- On peut le regarder en replay, coupa Hermione. En replay, elle reprit à l'intention de Blaise, ça veut dire qu'on peut le regarder en différé.

- Merci, fais moi passer pour un attardé ! Je sais parfaitement me servir d'une télévision."

Comme pour le prouver, il se leva et alluma la télévision d'Hermione comme s'il était un expert en la matière. Triomphant, il se retourna vers les autres.

"Vous voyez !"

Tous se crurent obligés d'applaudir et Blaise se renfrogna, avant de rejoindre sa place à table. Hermione lança discrètement le replay pour ne pas l'embarrasser un peu plus et le générique de l'émission commença.

"Dis Drago, je me suis toujours demandée... Ils t'ont suggéré de jouer les surfers amoureux des palmiers ou c'est ta décision ? lui demanda Pansy.

- Il ne faut pas croire que c'est vraiment de la réalité, hein. En fait ils nous dirigent plus ou moins. Pourquoi, vous trouvez que j'ai l'air ridicule ? s'inquiéta-t-il soudain."

Les autres garçons se raclèrent la gorge d'un air entendu, alors que les filles ne disaient rien.

"Allons, ne prétendez pas que vous mordez à l'hameçon ! s'offusqua Harry. Ginny ?

- Oh regardez, ça commence ! coupa Hermione."

En effet, les Serpentards étaient réunis dans leur gigantesque salon plein de miroirs et de meubles design et semblaient se disputer violemment. Au sujet de l'organisation d'une fête pour accueillir une personne mystérieuse. Sujet qui, il est vrai, était hautement dramatique.

"C'est qui, la personne qui arrive ? demanda Ron, la bouche pleine.

- Vous n'allez pas en revenir, les gars, ricana Drago d'un air entendu.

- Pourquoi les gars ? C'est une bonnasse ?

- Pansy, comment tu parles ! pouffa Astoria."

Le plan suivant était consacré à l'arrivée d'une limousine rose bonbon, et une créature parfaitement proportionnée en descendit, cheveux au vent.

"CALISTA LAURENT ! s'exclamèrent les garçons de concert.

- C'est quoi, ça ? demanda Ginny, les lèvres pincées.

- Une vélane cinglée. Elle s'est mariée 7 fois. Je croyais qu'elle était en cure de désintoxication ? grogna Pansy.

- La ferme, tu nous gâches le spectacle ! trancha Ron."

Pansy se renfrogna et croisa les bras contre sa poitrine, vexée. Ladite Calista Laurent, juchée sur des talons aiguilles qui défiaient les lois de la gravité, s'avançait vers la maison. Puis sans raison apparente, elle poussa la porte et se mit à hurler d'une voix de crécelle :

"NICE TO MEEEEET YOU !"

S'en suivit un moment de frénésie, tous les serpentards se jetant sur elle en pépiant. Sauf Drago, qui les regardait avec son habituel air blasé et légèrement condescendant. La vélane dû sentir son hostilité puisqu'elle s'avança vers lui en lui tendant sa main parfaitement manucurée :

"Drago Malefoy ! Je suis...

- Je sais qui tu es. Tu as été mariée à mon cousin Antonn, tu te souviens ?

- Oh ! Oui ! Hahaha ! répondit-elle en s'empourprant sous sa couche de fond de teint."

Les filles éclatèrent de rire dans le salon, surtout Hermione même si elle était incapable d'expliquer pourquoi. Drago ne s'était pas (encore) laissé embobiner par cette folle.

"Je suis venue pour vous donner des conseils pour réussir ! lança Calista."

Hermione se remit à rire de manière hystérique :

"Elle appelle ça réussir ?

- CHUT."

Elle foudroya Ron du regard et se replongea dans l'émission.

"Pour réussir dans le monde des sorciers célèbres, il faut...

- Avoir du talent ? proposa le Drago de la télévision, qui la regardait d'un air narquois.

- Non. Enfin, si, évidemment, se reprit-elle. Mais avant tout, les clefs du succès sont les suivantes : avoir une super attitude, travailler dur, et ne jamais abandonner !

- Elle confond avec le monde des bisounours, non ? marmonna une serpentard au physique peu avantageux."

La publicité interrompit la dispute qui menaçait d'éclore dans l'émission. Pansy, très satisfaite par la dernière réplique, prit la parole :

"Elle est moche mais elle a raison ! indiqua-t-elle en pointant l'écran du doigt.

- C'est deux notions contradictoires pour toi ? Je veux dire, on ne peut pas être moche et avoir raison, d'après toi ? l'interrompit Ron, goguenard.

- Tu te sens visé Weasley ?

- Drago, la ramène pas, tu vois pas qu'ils sont en train d'avoir un moment ? le coupa Blaise.

- Un moment ? Ça veut dire quoi ? demanda Ron.

- C'est un truc que les nanas disent, l'informa Drago.

- Les nanas ? Mais d'où tu sors toi avec tes expressions moyenâgeuses ? s'offusqua Ginny, qui ne supportait décidément pas les propos misogynes.

- J'aurais jamais pensé assister à des disputes de vocabulaire ce soir. C'est rafraichissant ! ricana Harry.

- Nous prend pas de haut, ministre de mes deux ! rugit Pansy.

- Harry n'y est pour rien, arrêtez... tenta Astoria.

- Ouais c'est la faute de Blaise tout ça ! le dénonça Drago, qui contenait difficilement son envie de rire.

- C'est Ron qui comprend rien ! se défendit-il.

- C'est Pansy, avec ses préjugés, elle m'énerve ! se justifia Ron."

Et Pansy fondit en larmes. Comme ça, d'un coup, elle écrasa son visage contre ses deux mains et se mit à sangloter en faisant trembler la table. Tout le monde s'arrêta aussitôt de parler. Ron ouvrait la bouche d'un air stupide, Drago fronçait les sourcils, Blaise et Astoria avaient porté une main devant leur bouche (leur éducation, sans aucun doute) et Harry secouait la tête, désabusé.

"J'étais sûr que ça allait finir comme ça, dit-il laconiquement."

Hermione et Ginny se levèrent toutes les deux pour aller apporter un peu de réconfort à Pansy, lui prodiguant des petites caresses dans le dos.

"Ça va aller, Pans', ça va aller. Ron ne voulait pas dire ça, commença Ginny.

- Pourquoi "Ron" ? Qu'est ce que j'ai fait ?

- Voyons Ron, tu l'as blessée. Tu as dit qu'elle t'énervait, lui expliqua Hermione comme si elle parlait à un attardé mental.

- Mais... C'est une des choses les plus gentilles que je lui ai jamais dite ! marmonna Ron."

Les épaules de Pansy se mirent à trembler d'autant plus fort. Elle n'avait visiblement pas supporté cette ultime attaque.

"Ça suffit Ron, tu ne dis plus un mot, lui ordonna Hermione.

- Euh... Je ne veux pas briser cet instant d'amitié, de réconfort et de kleenex, mais je suis pratiquement sûr que Pansy est en train de rire, intervint Drago."

Aussitôt, Pansy redressa un visage hilare et balança sa serviette à la tête de Drago.

"TRAITRE ! T'as détruit ma vengeance !"

Ron leva aussitôt les bras au ciel, soulagé.

"Je savais bien que tu m'en voulais pas !"

Hermione et Ginny, qui se sentaient un peu bête d'avoir plongé tête la première dans le petit jeu de leur amie, retournèrent à leur place. Même si Pansy avait fini par rire, Hermione était persuadée qu'elle avait réellement éclaté en sanglots au début. Elle devait être drôlement tendue.

"Détrompe-toi Weasley, je t'en veux beaucoup, repris Pansy après avoir bu un grand verre de vin cul sec, sous le regard réprobateur d'Astoria.

- Tu vas devoir te faire pardonner Ron, gloussa Harry, qui décidément s'amusait beaucoup de tout ça.

- Potter a raison sur ce coup là, va falloir être à la hauteur mon vieux, insista Drago.

- Me faire pardonner de quoi ? sursauta Ron."

Hermione lui mit un coup de pied sous la table et le foudroya discrètement du regard. Il ne comprenait vraiment rien dès qu'il était question d'émotions. Pansy lui ouvrait les bras à sa manière, et il continuait à essayer de se justifier d'un crime que tout le monde, autour de la table, savait imaginaire.

Pansy regardait Ron par dessus son verre de vin, attendant qu'il fasse un pas vers elle.

C'était maintenant ou jamais. Et Ron continuait à la fixer sans dire un mot, analysant sans nul doute le coup de pied d'Hermione et les railleries des autres garçons.

Hermione décida qu'il était temps d'agir et profita d'être dans l'angle mort de Pansy pour faire le signe "trois" à Ron avec ses doigts. Ils jouaient très souvent à mimer des choses lorsqu'ils étaient à Poudlard, et elle espérait qu'il avait gardé les réflexes. Ron fini par hocher la tête en signe de compréhension, ce qui eut le mérite de faire retourner Pansy.

Hermione prit aussitôt un air dégagé.

Heureusement Drago, par un heureux hasard, décida d'emmener la conversation vers la publication de son livre, ce qui eut pour effet d'attirer l'attention vers lui. Hermione en profita pour refaire son signe "trois".

Trois mots. Ron avait compris.

Hermione pointa Pansy du doigt, ce qui n'était pas vraiment discret mais eut le mérite d'être compréhensible.

Pansy.

Hermione fit ensuite mine de manger en soulevant à plusieurs reprises sa fourchette vide. Astoria la regardait en coin, mais elle continua malgré tout. Ron avait saisit ! Pansy, manger.

Hermione attrapa ensuite un magazine et fit semblant de le lire avec application, suivant les lignes du doigt, relevant la tête de temps en temps comme pour réfléchir. Elle faisait semblant de lire le menu, mais Ron avait beaucoup de mal à suivre. Et soudain, il eut une illumination.

"Pansy, tu veux que je t'achète un livre de cuisine ?"

Le silence se fit de nouveau autour de la table.

"C'est si mauvais que ça, le repas ? s'étrangla Pansy.

- Non, non, pas du tout, c'est très bon, je voulais pas dire ça ! répondit Ron en agitant les mains, cherchant une solution dans le regard d'Hermione."

Celle-ci luttait pour ne pas éclater de rire, et le fait que Drago la fixe de cette manière n'arrangeait pas les choses.

"T'es nulle comme mime, lui chuchota-t-il à l'oreille.

- C'était délicieux Pansy ! dit Harry pour apaiser les tensions.

- Oui, tu es digne d'un chef Pansy, ajouta Drago en regardant Ron fixement. On s'est bien restaurés. Merci de nous avoir invités !"

Comme tout le monde dans la pièce, Hermione avait commencé par prendre Drago pour un fou et s'était demandé ce qu'il essayait de faire. Puis elle avait compris. C'était brillant ! Il donnait les réponses du jeu de mime.

"Euh... De rien Drago... lui répondit la jeune femme, un peu perdue.

- Bon, je vais chercher de l'eau à la cuisine. Ron, tu viens m'aider à porter ? coupa Hermione, agacée de voir que Ron ne comprenait toujours pas où ils voulaient en venir."

Ron ne se fit pas prier et la suivit prestement dans la cuisine. Hermione aurait pu utiliser un sortilège pour apporter de l'eau, si elle l'avait invité à la suivre ce n'était pas par hasard. Ron n'était pas si bête. Il était juste nul en fille, et nul en mime. Le fait que la cuisine ne soit pas séparée de la salle à manger par un mur mais simplement par un bar ne leur facilitait pas la tâche pour communiquer discrètement...

"Ron, tu...

- PANSY RESTAURANT INVITER ! beugla soudain Ron en se frappant le crâne."

Hermione le bâillonna aussitôt et, heureusement, Drago avait monté le son de la télévision puisque l'émission reprenait. Personne n'entendit rien. D'autant plus qu'ils étaient occupés à quitter la table pour rejoindre le salon.

"Enfin ! Ron, pour une raison inexpliquée, elle est folle de toi, alors saisis ta chance !

- Tu es complètement cinglée Mione.

- TU es cinglé, c'est une fille super !

- Je sais qu'elle est super.

- C'est quoi le problème alors ?

- Elle me déteste.

- Je te dis que non.

- Mais pourquoi ?

- Fais ce que je te dis. Invite là."

Hermione regagna la table et remarqua avec une certaine satisfaction que Ron allait s'asseoir à côté de Pansy sur le canapé.