Au creux de la main ensanglantée, reposait tranquillement le bracelet d'or de Belmer.
Nami fixa un moment la main de Luffy, ayant peur de briser l'illusion qui brouillait ses capacités de réflexion. Parce que, aussi bon et gentil que l'on puisse être, on ne va pas porter sur son dos un parfait inconnu, lui donner à manger, s'inquiéter pour lui, remarquer en un coup d'œil qu'un de ses bijou venait d'être volé, et de surcroît, poursuivre le voleur jusqu'au quartier Syrup, qui est tout de même à l'autre côté de la ville, n'est ce pas ?
N'est-ce pas ?
Nami leva vers Luffy des yeux hagards. Il la regardait toujours avec son grand sourire de crétin collé à la face.
- Tu n'en veux pas ? Demanda-t-il, sans se départir de son immense sourire.
- Ah. Si.
Nami reprit le bracelet de ses mains, puis le colla à ses lèvres, en adressant une prière muette au ciel, vivement soulagée de le revoir.
- Merci, souffla-t-elle.
Elle le regarda, baissa la tête vers ses genoux, et des larmes de soulagement lui coulèrent rapidement des yeux.
Décidément, je pleure trop ces derniers temps.
Elle rit, et pleura de plus belle. Elle ne savait pas ce qui lui arrivait, si ce n'est qu'elle pleurait et riait en même temps.
- Eh ! Pourquoi tu pleures ? Demanda Luffy affolé.
- P-Paske !
Des sursauts lui secouaient la poitrine comme un vieux prunier, et elle pleurait, pleurait, pleurait. Elle riait, aussi. D'immenses éclats de rire, mêlés aux larmes qui lui obstruaient la gorge, créant le spectacle troublant d'une folle à lier hystérique.
- Mais arrête, enfin ! Lui dit Luffy, le comportement de Nami lui rappelant étrangement celui d'une sirène aux cheveux roses, qu'il avait surnommée « La pleurnicharde Froussarde » (Je suppose que tout le monde a reconnu Shirahoshi, hein…)
- MAAAIIIIIIIIIIS EEUUUUUUH ! Cria Nami, se remettant à pleurer de plus belle, son poing sur les yeux.
Ce n'était ni des larmes de tristesse, ni de rancœur, ni de tout autre sentiment négatif. Nami pleurait pour pleurer, sans aucune raison. Peut-être de joie, d'incompréhension, ou même de soulagement.
Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle était tellement tellement tellement heureuse que quelqu'un fasse attention à elle, qu'on reconnaisse son existence, qu'on lui donne une valeur, qu'elle soit traitée, elle aussi, comme un être humain. Si Nojiko l'aimait aussi, elle n'avait pas assez de temps pour pouvoir s'occuper de Nami et passer du temps avec elle.
Pourtant, ce que voulait – inconsciemment – Nami, c'était juste une petite, minuscule preuve d'amour.
Et ces larmes furent les dernières que Nami versa avant très très très très longtemps.
Nami s'éveilla lentement, avec la sensation de se réveiller d'un sommeil qui avait duré des années, d'émerger brusquement de l'eau trouble qu'avait été sa vie durant ces quelques dernières années. Qu'un poids qui lui pesait atrocement avait soudainement disparu. Pourtant, elle n'avait pas rêvé, le bracelet tintait joyeusement dans son bras, et du soleil filtrait des rideaux entrouverts. Fin mars, il faisait peut-être un peu froid, mais la chaleur printanière était déjà là. La veille, Luffy, un jeune garçon, était venu lui rendre son bracelet volé, alors qu'ils se connaissaient à peine. Il avait attendu qu'elle ait fini de pleurer pour déguerpir en vitesse. Aujourd'hui, il devait venir la chercher pour faire une sortie avec des amis à lui, dans un restaurant Le Baratie. Pourtant, cette nuit-là, Luffy lui avait offert plus qu'un simple bracelet. Il lui avait donné une nouvelle philosophie de vie.
Et la capacité de penser que : « La vie est belle ».
Nami s'étira longuement dans son lit. Elle était d'excellente humeur. Elle se leva, regarda son réveil en forme d'orange, et constata qu'il était à peine six heures du matin. Ensuite, elle examina sa chambre comme si c'était la première fois qu'elle la voyait. Elle fronça les sourcils en voyant sa commode poussiéreuse, son ordinateur portable, tellement inutilisé qu'on remarquait des toiles d'araignées entre les touches, son iPod orange, dont les musiques n'étaient plus au goût du jour depuis belle lurette, ses murs triste, dont la couleur orange était devenue terne et défraîchie. Elle se leva, attrapa ses rideaux immaculés, et les ouvrit brusquement. La grande fenêtre révélait un paysage paradisiaque en direction de la mer. Elle se retourna vers sa chambre, sourit, puis descendit prendre de quoi redonner un peu de vie à son antre.
Nami poussa un soupir de contentement. Après avoir astiqué ses murs, son bureau, allumé son ordinateur pour vérifier qu'il était encore de ce monde, sa chambre avait à présent l'air plus vivante, et éclatante. Et pourtant, elle avait réalisé cet exploit en un temps record, de sorte qu'elle avait même eu le temps de préparer des pancakes pour le petit déjeuner. Elle posa sur la table de la cuisine de verres de jus de mandarine fraîchement pressés, deux assiettes, une tasse de café pour Nojiko, le sirop d'érable, et s'affairait à présent à mettre les pancakes dans une grande assiette, tandis qu'une odeur alléchante embaumait la cuisine. Une fois sa besogne terminée, elle retira son tablier et monta réveiller Nojiko.
- Nojiko ! S'écria-t-elle en ouvrant bruyamment la porte de sa chambre.
Seul le silence lui répondit. Nami avisa d'un air blasé les murs bleus clairs de la chambre de Nojiko. Cette dernière, roulée dans sa couverture, livrait un combat terrible, effroyable et sans merci contre le rayon de soleil qui s'échappait d'un espace entre les rideaux et lui éclairait le visage. Effectivement, pas de bol pour cette lève tard de Nojiko, mais la fenêtre de sa chambre était dirigée vers l'est, c'est à dire le levant du soleil, ce qui n'enchantait absolument pas la propriétaire de ladite chambre, contrairement à sa sœur, qui avait mieux choisi sa chambre, optant pour une vue magnifique et inédite sur la mer, et en passant, sur les couchers de soleils.
- Nojiko ! Cria soudainement Nami, d'une voix affolée. Il est midi, tu es super en retard !
- QUOI ? Se releva brusquement Nojiko, avant de foncer vers son armoire, et de jeter quelques vêtement pêle-mêle sur son lit. Tu aurais du me prévenir ! C'est pas vrai le patron va me faire ma fête ! Et dire qu'il m'avait dit qu'il allait peut-être me donner une promotion ! J'y crois pas !
Nojiko interrompit sa tirade sans queue ni tête pour lancer un coup d'œil vers son réveil, en forme d'orange bleue, qu'il lui annonçait qu'il n'était que huit heures moins cinq. Elle leva ensuite ses yeux bleu marine vers Nami qui partit d'un fou rire incontrôlable devant le spectacle de sa sœur complètement affolée. Elle pleurait presque en voyant le comportement burlesque de Nojiko.
Pourtant, la bleue ne put se résoudre à se mettre en colère. Après tout, elle allait être vraiment en retard si elle ne sortait pas de la maison avant huit heures trente. Plus important, elle était heureuse que la masse sombre, triste et dépressive qui habitait avec elle se soit transformée et revenue à la normale, une Nami rieuse, blagueuse, sournoise, drôle, et un tantinet colérique. Nojiko s'approcha de sa sœur, l'enlaça fortement.
- Tu t'es réveillée ? Lui dit-elle simplement.
Nami, se doutant bien que c'était là une question à double sens, répondit avec un immense sourire.
- Oui.
