Chemistry 7

Holà les gens ! Encore une fois désolée, désolée, désolée de mon retard ! Vous commencez à être habitués… Malheureusement. Je ne vais pas m'éterniser (désormais je réponds aux reviews non-anonymes en PM)

Personne inconnu : Merci ! C'est vraiment gentil de ta part, ça me touche beaucoup ! Oui tu es récompensée par ton attente : le chapitre est là !

Caliste : En effet


Après avoir frappé à la porte, Sherlock et John entendirent des pas s'approcher, puis la porte s'ouvrit sur la vieille dame. Elle sembla les reconnaître tout de suite, et déglutit.

- Entrez.


Pendant que John parlait, expliquant la raison de leur venue, Sherlock observait attentivement autour de lui. L'appartement était petit, sombre, humide, capiteux, étouffant. Une odeur de renfermé s'accrochait partout, écœurant le bouclé.

- Quel type de relation votre fille entretenait-elle avec James Hooper ? Entendit-il John demander.

- Ils étaient mariés, répondit-elle doucement, évitant le regard de John.

- Savez-vous si leur relation était bonne ?

La vieille femme hésita, les mains sur les genoux. En un coup d'œil, Sherlock détecta ses doigts crispés, son corps tendu et ses yeux fuyants. Tout transpirait le mensonge.

- Je ne sais pas. Je ne me mêlais pas de leurs affaires.

- Où est votre fille à présent ? Demanda doucement John, croisant rapidement le regard de Sherlock.

La vieille femme était crispée, et ne croisa pas le regard de John en articulant d'une voix tremblotante :

- Ma fille s'est suicidée.

- Oh.

John papillonna des yeux, échangeant un regard avec Sherlock. Le brun semblait relativement désintéressé, son nez froncé et ses yeux plissés, probablement frustré du manque d'information que leur seule suspecte leur fournissait, et préférait chercher discrètement des éléments à relever. John étouffa un soupir, et se retourna vers la femme.

- Je suis profondément navré, répondit doucement John. Toutes mes condoléances.

Elle leva enfin ses yeux vers lui. Le jeune homme fronça les sourcils en plongeant dans son regard, déstabilisé. Elle semblait totalement perdue et paniquée. Qu'est-ce que cette affaire cachait ?

- Merci, répondit-elle finalement, brisant le moment. Avez-vous fini ?

- Euh…

- Non, coupa Sherlock. Quand est-ce que votre fille s'est-elle suicidée ?

- Sherlock ! S'insurgea à voix basse John, se tournant vers lui, mais fut ignoré.

La femme grabataire se tendit, hésita, puis se racla la gorge.

- Le 20 juillet, articula-t-elle. Pouvez-vous partir ? Je ne supporte plus de parler de ça.

- Où étiez-vous le-, commença Sherlock.

- Bien sûr, merci, interrompit fortement John en se levant, poussant légèrement Sherlock pour qu'il bouge à son tour.

Ils saluèrent la vieille dame, puis sortirent, s'éloignant un peu de la maison crasseuse.

- Oh merde, j'allais étouffer dans ce truc, grogna John en inspirant longuement l'air froid de Londres.

Sherlock marmonna, semblant mécontent.

- Pourquoi tu m'as empêché de lui demander où est-ce qu'elle était le jour du crime ?!

- Parce que ce n'est pas elle ! Tu l'as vu ?!

- Je ne me fie pas à l'apparence, seulement au mobile, rétorqua Sherlock. Et elle en a un qui tient la route.

- Lequel ?

- Utilise ton cerveau, John ! S'impatienta Sherlock. C'est évident !

- Pas pour tout le monde, Sherlock, s'agaça le blond.

- Sa fille s'est suicidée le 20 juillet. Le meurtre a eu lieu début septembre. Tu ne fais pas le lien ? Elle en voulait au mari, tout simplement !

- Tu ne vas pas me faire croire qu'une petite vieille comme elle va étrangler un grand homme en pleine santé, soupira John.

- La rage peut faire faire des choses insoupçonnées, ou l'adrénaline, répondit calmement Sherlock.

John l'observa, puis souffla.

- Sherlock, je ne peux pas croire ça. Tu ne l'as pas vue comme moi. Tu aurais vu son regard… Ce n'est pas elle, je le sens.

- Je me base sur les faits, pas sur les sensations.

Le blond leva les yeux au ciel, replaçant la lanière de son sac sur son épaule, et se plongea dans le regard bleu de son vis-à-vis.

- Alors quoi ? Demanda-t-il. Tu vas aller livrer cette mamie à la police ?

- Non, non, je ne peux pas me baser uniquement sur des suppositions, marmonna le brun en passant une main frustrée dans ses boucles. Réfléchis, réfléchis, s'intima-t-il plus bas.

- Sherlock, elle avait vraiment l'air… Affectée, tenta John.

- Sa fille s'est suicidée. Je suppose que c'est comme ça que les gens réagissent à la perte d'un proche.

Le génie ne vit pas John se tendre, occupé à trier les informations, son regard vitreux. Le blond l'arrêta alors qu'ils marchaient dans la petite ruelle mal famée.

- Non. C'était différent, différent du simple chagrin ou de la souffrance. Tu n'es pas doué pour analyser les sentiments humains, Sherlock.

Le brun grogna, mais accepta de se concentrer sur John. Il avait raison. Celui-ci en profita, et enchaîna sur son idée.

- Ce n'était pas seulement du chagrin et de la souffrance. Cette femme est perdue dans quelque chose, elle est paniquée, elle fuit le regard, donc elle se sent coupable… Cela dépasse les sentiments habituels du deuil. Elle cache quelque chose.

Les yeux clairs de Sherlock étincelèrent d'intelligence alors qu'il réfléchissait rapidement, fixés sur le blond, et John dut se rappeler que, eh, respirer, c'était pas mal pour vivre. Il se reconcentra quand la voix grave de Sherlock commença à parler, un peu plus doucement alors qu'ils allaient croiser quelqu'un dans la ruelle.

- Tu as raison. Quelque chose nous échappe… Je suis quand même persuadé qu'elle reste étroitement liée au meurtre, mais il est possible qu'elle se fasse manipuler, ou... Aïe !

John réagit en un quart de tour en voyant un homme agripper violemment le bras de Sherlock, et fit une rapide prise sur lui pour le faire lâcher. Il attrapa son col avec force, et siffla :

- T'auras pas de fric. Dégage.

Il le repoussa, et l'homme s'éloigna rapidement. John le surveilla quelques secondes pour vérifier qu'il s'éloignait, puis alla voir Sherlock.

- Tout va bien ? Montre-moi ton bras.

Encore un peu choqué, Sherlock se laissa faire, et John remonta les manches de sa veste et de sa chemise. La peau normalement blanche était rouge vive, mais ce n'est pas ce qui interpella John.

- Tu… Dis-moi que ce n'est pas ce que je crois, murmura-t-il d'une voix blanche en passant son pouce sur les petites marques au creux de son coude.

- Je… Hésita Sherlock.

John le lâcha, et se recula légèrement, les yeux vaguement vitreux.

- Cocaïne ? De la putain de cocaïne ?

Tendu, Sherlock baissa sa manche, puis se mit sur la défensive.

- C'est bon, John. Je crois que ça ne te regarde pas.

La respiration du blond se coupa un court instant. Il ne lui répondit pas, mais avança vers lui, attrapant fermement son bras, remontant de nouveau les manches. Sherlock se tendit, mais laissa le blond observer les multiples marques de piqures. Il pouvait sentir la colère qui affluait par vagues du plus petit, et se dégagea finalement. John le regarda d'une façon qui lui fit ressentir bien trop de choses, et ça le paniqua.

- Pourquoi ça t'importerait, de toute façon ? Cracha-t-il presque.

Cette phrase sembla comme frapper John dans le ventre, et Sherlock sentit son cœur se serrer. Merde. Le blond ouvrit la bouche, et une centaine de choses parurent se bousculer pour sortir, mais il la referma finalement. Il raffermit sa prise sur ses sacs, et tourna les talons.

- John ? L'appela Sherlock, essayant de rester calme et maîtrisé.

- J'ai des choses à gérer, marmonna John. Amuse-toi bien avec ton meurtre.

Il s'éloigna sans laisser à Sherlock le temps de dire quoi que ce soit, disparaissant rapidement. Merde. Merde. Putain. Quelque chose avait foiré. Merde ! Comment les choses liées aux émotions pouvaient changer si vite ? Être si puissantes ? Sherlock était totalement perdu, et il n'avait personne à qui parler. Il était seul. Encore.


John avait passé le trajet de métro à fixer ses chaussures. Il pouvait entendre son pouls pulser, sa respiration irrégulière, son esprit embrouillé. Ok. Ok. Sherlock était un drogué à la drogue dure. Il consommait. Sherlock consommait de la putain de cocaïne.

Pourquoi tous les gens à qu'il s'attachait était atteint ?! Il jeta un coup d'œil à sa montre : 18:04. Déjà. Il monta lentement les escaliers, le ventre noué. Il déglutit, chassa Sherlock et ses addictions de ses pensées, puis tourna la poignée prudemment.

- Tu l'as contaminé ! Accusa sa mère alors qu'il entrait silencieusement.

- Je te déteste ! Je te déteste ! Je me barre ! S'écria Harry en balançant une de ses bouteilles vides par terre.

Choqué, John contempla le chaos. Le verre volait partout, sa mère hurlait des insanités qu'il ne comprenait même pas, et sa sœur s'était enfermée dans sa chambre. Hésitant, le blond posa ses sacs et commença à ramasser le verre sans un bruit, pour que personne ne se blesse. Il sursauta en entendant Harry ressortir, marchant d'un pas vif.

- Harry ? Appela-t-il. Qu'est-ce que tu fais ?

La blonde l'ignora, et alla ouvrir le frigo violemment, ignorant sa mère qui parlait sans s'arrêter, d'homosexualité, de déshonneur, de contamination, de discipline militaire, de leur père…

- Harry ? Répéta-t-il, effrayé.

La respiration de John se perdit, revint, plus instable. Il savait ce qu'Harry faisait.

- Ne pars pas, articula-t-il difficilement.

La blonde ne le regarda pas. C'était comme s'il n'existait pas. Elle enfouit deux bouteilles dans un sac de voyage, puis le ferma. Tout se passait trop vite. John la vit enfiler rapidement son manteau et ses chaussures, son esprit s'éteignant sous le stress.

- Harry, appela-t-il de nouveau, faiblement, sa voix noyée sous les reproches de sa mère. S'il te plait.

Rien. Pas un regard, pas un marmonnement. La blonde ouvrit brutalement la porte. Sortit. La claqua derrière elle. Puis plus rien.

Respirer. Inspirer. Expirer. Inspirer. Inspirer. Sa tête tournait, son ventre était plus noué que jamais, son cœur tentait de briser sa cage thoracique. Le temps se dilata. Il devait faire quelque chose, autre que de rester bloqué là, perdu, les mains pleines de verre et de sang. Il se força à respirer correctement, lâcha les bouts de verre, et se précipita vers la sortie. Il ouvrit la porte en trombe, dévalant les escaliers. Personne dans le hall. Il sortit dans la rue froide et déjà sombre, mais personne. Rien d'autre que les passants étouffants et le trafic assourdissant.

Volatilisée.

Le froid mordait ses mains, qu'il serra, ignorant le sang. Quelqu'un le bouscula, et il prit une inspiration paniquée. Il devait faire quelque chose. Ne pas craquer. Gérer.

L'esprit absent, John remonta plus lentement dans l'immeuble, puis dans l'appartement. Sa mère marmonnait des choses incompréhensibles, des larmes inondant son visage. John aurait été incapable de dire si elle avait conscience de ce qu'il venait de se passer, mais c'était sans aucun doute un nouveau choc terriblement violent pour elle, un nouveau deuil. Il n'avait pas le droit de l'abandonner. Il prit sur lui, et, silencieux, alla ramasser le reste des bouts de verre.


C'était le deuxième jour où John était absent. Sherlock vivait la solitude bien plus durement qu'avant, mais plus que tout, il était inquiet. Il n'avait pas osé aller voir John, après leur altercation, mais son inquiétude prenait le dessus. John l'avait bouleversé, changé, il ne se reconnaissait plus. Ressentir lui faisait peur, surtout tous ces sentiments contradictoires.

Toute la journée du Vendredi passa sans l'arrivée de John et de ses cheveux blonds ébouriffés. Les professeurs étaient critiques pour la plupart, voire insultants pour les pires. Sherlock n'en pouvait plus. Le professeur de sciences de la vie n'avait même pas prit la peine d'appeler le nom de John, et le brun avait du se retenir de frapper dans un mur.

- Watson, absent… Marmonna le professeur de mathématiques durant leur avant-dernière heure. C'est de pire en pire… Il ne va pas faire long feu ici, si vous voulez mon avis. Ne vous avisez pas de prendre ce genre d'exemple.

- Oh putain, grogna Sherlock, enfouissant son visage dans ses mains. Mais fermez-la.

- Je vous demande pardon, Mr. Holmes ?! S'indigna-t-il alors que quelques élèves pouffaient, excités à l'idée d'une dispute.

- Vous baissez le niveau de Q.I de la classe quand vous parlez. Fermez-la.

- Holmes ! Cessez ce comportement !

Sherlock laissa échapper un rire froid.

- Je peux vous insulter et m'en tirer mais Watson ne peut pas rater deux cours sans manquer de se faire virer.

- Watson n'est pas un bon élément, rétorqua avec acidité le professeur. Il ne travaille pas, dort en cours et rate ces derniers. Maintenant taisez-vous, assez de ces enfantillages. Nous allons commencer le cours. Holmes, taisez vous ! Répéta-t-il en voyant Sherlock ouvrir la bouche.

Le génie se laissa tomber contre le dossier de la chaise, bouillonnant de colère. Ca ne servait à rien et ne ferait qu'attirer l'attention sur John et lui, quelle que soit leur relation. Les autres élèves se calmèrent aussitôt que le professeur commença à faire cours -il entendit la plupart se moquer de lui, mais les ignora, la gorge serrée. Sherlock enfouit sa tête dans ses bras, refusant de suivre le cours qui ne l'intéressait pas de toute façon. Les deux heures de mathématiques furent longues, pleines d'inquiétude pour Sherlock qui ne savait définitivement pas gérer les émotions.

- Ça va, Holmes ?

Il leva les yeux pour voir Molly Hooper, son sac sur les épaules. Il analysa directement son air concerné, sa moue stressée, ses doigts qui jouaient nerveusement avec la lanière de son sac.

- Ouais. Pas besoin de prétendre que ça t'intéresse, marmonna Sherlock de mauvaise humeur en finissant de ranger son sac.

- Ça m'intéresse, protesta-t-elle. Si tu n'étais pas aussi… Renfermé tu réaliserais peut-être que tu intéresses des gens. Que tu intéresses Watson.

Sherlock se tendit et son regard scanna la classe vide –même le professeur était parti dans une autre salle de cours, aussi ils avaient quelques instants avant qu'un autre ne vienne s'y installer. Il finit par poser ses yeux clairs sur la jeune fille.

- Je ne sais pas d'où tu tires cette idée mais c'est faux.

- Tu analyses tout le monde, mais tu ne penses jamais que les gens peuvent t'analyser aussi, répondit-elle doucement. Tu es persuadé que personne ne s'intéresse à toi, alors tu ne prends même pas la peine de camoufler ce que tu ressens.

- Je suis sociopathe, répliqua-t-il avec acidité.

Elle secoua légèrement la tête, puis soupira.

- Tu n'as pas besoin de repousser tout le monde, Sherlock, dit-elle doucement, presque trop pour être entendue. Les gens ont besoin de toi aussi. Watson a besoin de toi et tu ne le vois même pas.

Sherlock fronça les sourcils, cherchant un mensonge dans ses yeux, mais ne trouva pas. Avant qu'ils n'aient le temps de continuer la conversation, un professeur ouvrit la salle.

- Qu'est-ce que vous faîtes encore là ? Les salles de cours ne sont pas des endroits pour les couples ! S'agaça-t-il. Sortez, coupa-t-il en ne leur laissant pas le temps de répondre.

Sherlock sortit, et Molly se fondit dans la masse d'élèves. Il était perturbé. Qu'est-ce qu'elle avait voulu dire ? L'inquiétude, le manque, le stress, la solitude, la confusion, tout se mélangeait en lui. Il avait besoin d'une pause.

En rentrant chez lui, il commença à fouiller sous son lit pour trouver ses réserves… Illégales, mais s'arrêta avec un froncement de sourcils. C'était une mauvaise idée. Un instinct étrange l'empêcha de continuer, et il attrapa à la place ses écouteurs, lançant ses musiques. Il alluma néanmoins une cigarette pour se calmer un peu, et recommença à bosser sur l'enquête.

Quelque chose n'allait pas, John avait raison. La vieille femme était suspecte, bien sûr, mais il avait besoin d'en savoir plus sur les raisons du suicide de sa fille, de la femme de l'avocat. Il y passa une bonne partie de son week-end, à fouiller un peu partout, interrogeant les voisins, explorant la maison toujours scène de crime. Ca avait le mérite de l'occuper, même s'il se sentait seul et étouffait tout ce qu'il ressentait. Il ne se sentait pas capable d'aller voir John, pas maintenant.


Le lundi matin, la respiration de Sherlock se bloqua lorsqu'il vit le blond entrer en cours, en dernier, le visage fermé et des cernes sous les yeux. Il nota rapidement les bandages sur ses mains, sa pâleur. Il s'assit et n'ouvrit pas la bouche de l'heure, mais ne dormit pas malgré sa fatigue évidente. De toute la journée, John fut impossible à aborder. Il sortait le premier de la classe, arrivait en dernier, ne s'était pas montré au restaurant scolaire, était introuvable aux pauses. Sherlock se sentait plus abandonné que jamais. John le détestait parce qu'il n'était qu'un drogué, il était faible et John l'avait enfin compris. Il rentra chez lui le cœur lourd, et n'eut même pas envie de se droguer pour se soulager de tout ça après tout c'est ce qui avait fait fuir John. Il s'enfouit sous sa couette, et laissa la chaleur l'endormir. Il sentit vaguement une main douce contre lui durant sa somnolence, et devina que c'était sa mère, grâce à son parfum. Il la sentit inquiète, mais ne laissa rien transparaître. Il aurait juste voulu que ce soit la main de John à la place, et ce constat le blessa encore plus. Il s'était fait avoir en beauté.

Il sortit de sa somnolence à peu près deux heures plus tard, se sentant toujours mal. Il se concentra sur son affaire. Il refusa de venir manger, absorbé dans son enquête. Il était apparu évident que l'épouse était en effet battue, grâce aux témoignages des voisins. L'ADN retrouvé dans les plaies de la gorge du cadavre correspondait au sien. Tout la désignait comme coupable, alors ? C'était trop simple. Ca cachait quelque chose. Sherlock utilisa sa mémoire et se rappela du corps qu'il avait étudié rapidement. Les traces de doigts étaient trop épaisses, ça ne fonctionnait pas. De toute façon, si la femme s'était suicidée le 20 juillet, comment aurait-elle pu tuer l'avocat ?

Sherlock sortit de son palais mental en entendant des petits coups à sa fenêtre. Il tourna la tête, et sa respiration se coupa. John. Il se dépêcha d'aller lui ouvrir, et le blond escalada sans peine jusqu'à l'intérieur, puisque la chambre de Sherlock était au rez-de-chaussée. Le brun referma rapidement la fenêtre et se tourna aussitôt vers John. Ses cernes, la détresse et la tension qui se dégageait de lui par vagues le submergea brutalement. Sans réfléchir, Sherlock tira John vers lui, l'entraînant dans une étreinte serrée.

Le blond resta tendu quelques instants, puis se détendit peu à peu, avant de finalement lui retourner l'étreinte, s'accrochant presque désespérément à lui. Sherlock sentit son cœur se serrer en entendant les sanglots de John contre sa peau.

- Elle est partie, articula-t-il difficilement. Elle est partie.

- Qui ? Murmura Sherlock, frottant doucement le dos de John, hésitant du comportement à adopter.

- H… Harry. Ma sœur.

Merde. Sherlock resserra l'étreinte, perdu. Il ne savait pas gérer ce genre de choses, il n'était pas la personne pour John, il ne servait à rien… Les émotions, les sentiments, ce n'était pas pour lui. Pire qu'une machine. Le cœur lourd, il enfouit son visage dans l'épaule de John, et trébucha sans réfléchir vers son lit. Il garda John fermement dans ses bras, souffrant de ses sanglots déchirants qui ne semblaient pas s'arrêter. Ils restèrent comme ça un certain temps, Sherlock perdu et John à bout.

Sherlock sentit quelque chose se nouer dans sa gorge, et appuya son menton contre les cheveux ébouriffés de John, avant de bouger légèrement pour y enfouir le nez, inspirant longuement son odeur, entre shampoing à la pomme et autre chose, indescriptible. Ca n'allait pas du tout, et il ne l'avait pas réalisé, n'avait rien fait, s'était juste imposé et avait accaparé John qui avait pourtant déjà tellement à gérer… La culpabilité l'envahit, et il caressa légèrement la nuque du blond, qui sembla se calmer un petit peu à ce geste. Hooper avait raison, il aurait dû faire plus attention à John, mieux gérer sa situation… Le ventre de John gronda, et Sherlock réalisa que le blond n'avait probablement pas mangé correctement depuis un bout de temps, et fuirais le lendemain matin sans en avoir le temps non plus.

Très lentement, il se dégagea, lançant un regard triste à John recroquevillé sur son lit, dans un piètre état. Il sortit discrètement de la chambre pour aller farfouiller dans la cuisine à la recherche de quelque chose de nutritif. Il fit réchauffer les restes du diner, se promettant de consacrer un autel à son micro-onde silencieux, et ramena l'assiette et les couverts jusqu'à sa chambre.

- John, il faut vraiment que tu manges, appela Sherlock en s'asseyant à côté de lui.

Le blond secoua la tête pour refuser, mais Sherlock insista, tant et si bien que John se redressa lentement, semblant ailleurs alors que Sherlock lui tendait la nourriture. Il pleurait toujours, silencieusement, les yeux vides.

Un silence douloureux s'installa, puis John cessa de manger, avant de poser l'assiette à moitié vide sur la table de nuit à côté du lit. Sherlock les allongea de nouveau, prudemment, et le blond se laissa faire, quelques hoquets l'agitant. Le brun éteignit la lumière puis serra John contre lui, avec force. C'est tout ce à quoi il pouvait penser pour l'instant – étreindre John, jusqu'à ce qu'il ne pleure plus. Sherlock avait compris que John ne voulait pas parler pour l'instant, aussi il se contenta de se mettre en boxer, mouvement suivi par John un peu plus tard. Les hoquets se calmèrent après de longues, interminables minutes. Les larmes ne se tarirent que quand le blond sombra dans le sommeil, de toute évidence épuisé.

Le plus jeune inspira longuement, comme s'il sortait enfin la tête de l'eau. Son ventre n'était plus noué, son cœur n'était plus lourd, même s'il se sentait toujours triste et inquiet à propos de l'état de John. Avec un soupir, Sherlock serra le blond accroché à lui, sa respiration se faisant plus profonde alors qu'il enfouissait sa tête dans le cou du sportif. Entouré et réchauffé, il ne se sentit même pas s'endormir.


Sherlock ouvrit un œil, puis deux, embrouillé. Il avait chaud. Humidifiant ses lèvres sèches, il se redressa légèrement, sortant d'une étreinte lâche. Le soleil illuminait sa chambre. Il jeta un regard à son réveil : bientôt dix heures. Ils avaient ratés des cours –mais Sherlock ne pouvait pas s'en préoccuper moins alors qu'il baissait les yeux sur le blond étendu dans son lit.

Le visage de John était détendu, ses cheveux tout ébouriffés, ses joues rosées. Sa peau semblait douce et chaude, et avec un petit soupir, Sherlock laissa son regard errer sur John. Il avait un nez retroussé, des lèvres roses, une mâchoire bien dessinée, un début de barbe. Son torse était musclé, sa peau légèrement hâlée, et le plus jeune sentit son corps se réchauffer en observant le bas ventre ferme de John. En voyant un frisson parcourir le blond, il se rapprocha de nouveau, laissant les draps retomber sur eux, les recouvrir entièrement alors qu'il se collait de nouveau à lui. Sa chaleur l'envahit et le brun enfouit sa tête dans son cou, entremêlant leurs jambes. La jambe de John entre les siennes, Sherlock respirait lentement dans le cou de John, ses boucles effleurant la joue du blond. La lumière tamisée par les draps, la chaleur qu'ils partageaient, leurs souffles comme seule musique. Le plus jeune bougea lentement pour se rapprocher encore, et sa respiration s'essouffla légèrement à la sensation de plaisir qu'il ressentit à la friction entre la jambe de John et son entrejambe. Un peu hésitant, il déposa dans le cou du blond quelques baisers timides, qui se réchauffèrent avec les gémissements graves de John, très bas au début. La jambe entre les siennes bougea un peu, John s'éveillant doucement, et Sherlock haleta dans le cou du blond, entendant un petit rire rauque se perdre dans leurs respirations de plus en plus courtes. Une main chaude vint serrer une des fesses du brun, qui retint difficilement un gémissement. Le plus vieux commença à bouger sa jambe lascivement entre celles du brun, se réveillant au son des gémissements graves de Sherlock. Ils bougèrent ainsi quelques temps, déposant des baisers un peu partout sur la peau de l'autre, leur timidité quelque peu étouffée dans l'ambiance intime et douce.

Haletant, le blond attrapa finalement le visage de Sherlock et l'embrassa, chaudement et un peu maladroitement à cause de leurs mouvements. Les mains de John descendirent vers son boxer, qu'il enleva rapidement, avant de replacer sa jambe entre celles de Sherlock qui gémit bruyamment contre sa joue, les lèvres entrouvertes et ses propres joues brûlantes.

- Sherlock, haleta John d'une voix rauque alors que ses mains descendaient vers le boxer du brun. Je peux ?

Une de ses mains passa sur la bosse encore cachée par le tissu, geste accueilli par un gémissement grave et un « oui » haleté. Lentement, le blond retira le sous-vêtement puis, d'un coup de hanche, fit basculer l'autre sur le dos, les deux riant un peu, essoufflés.

Après quelques interminables secondes, un sourire mutin aux lèvres, John pressa son bassin contre celui du brun, lascivement. Sherlock gémit avec force, s'accrochant à son dos en écartant les jambes instinctivement. John enfouit sa tête dans son cou pâle, s'appliquant à le rougir de baisers pendant que son bassin se mouvait lentement contre celui de Sherlock, qui se perdait dans toutes les nouvelles sensations. Mais John allait lentement. Trop lentement. Avec un grognement de frustration, Sherlock leva le bassin pour qu'il rencontre plus vite celui de John, plus fort. Haletant, John laissa échapper un rire, et alla embrasser Sherlock profondément. Une des mains de Sherlock alla s'enfouir dans les cheveux doux du blond, l'autre toujours accrochée à son dos pour garder leurs corps brûlants proches l'un de l'autre. Il bougea les hanches un peu plus vite, frustré –il avait trop chaud, il y avait trop de plaisir, mais il en voulait toujours plus.

- Impatient, souffla John contre ses lèvres chaudes et humides, se détachant de quelques millimètres pour respirer.

Sherlock voulut répondre, mais le blond recommença à l'embrasser, passionnément, longtemps, assez pour lui faire oublier ce qu'il voulait dire. Ses mains descendirent contre les hanches brûlantes, étroites du plus jeune, et rapprochèrent encore leurs bassins. Ses mouvements se firent plus fermes, forts, rapides. Le brun gémit longuement contre ses lèvres, la respiration erratique, s'accrochant un peu plus au dos de John alors que leurs érections se frottaient activement. La chaleur et le plaisir envahirent leur ventre, leurs souffles se firent très courts alors que le baiser devenait brouillon et brûlant. Les boucles légèrement humides de Sherlock bougeaient contre son front, se collaient à sa peau –John, en brisant quelques instants le baiser, monta une main pour dégager son front, passa son pouce contre la joue rougie. Sherlock était à court de souffle, les yeux fermés, les lèvres gonflées, rouges, humides et entrouvertes qui laissaient passer des gémissements réguliers, à chaque mouvement. Les yeux fixés sur lui, John sentit la chaleur monter un peu plus.

Un peu incertain, le blond descendit sa main entre leurs corps et empoigna leurs membres tendus, commençant des mouvements. Sherlock lâcha un fort gémissement, plus aigu que les autres, et s'arqua contre la main chaude de John. Avec un juron étouffé, John appuya son front contre l'épaule de Sherlock, la respiration haletante alors qu'il accélérait peu à peu, se guidant avec les soupirs et gémissements du plus jeune.

Leurs respirations se raccourcissaient de plus en plus, sifflantes, la chaleur était partout, le plaisir les submergeait- le point de non-retour était proche. Sherlock fut le premier à atteindre le septième ciel, gémissant bruyamment en s'accrochant un peu plus à John qui continuait ses mouvements rapides.

- Sherlock, gémit longuement le blond en le suivant dans l'orgasme.

Cette vague de plaisir qui surplombait l'esprit et le corps, c'était tout nouveau pour Sherlock, et… Wow. Haletant, il papillonna les yeux, le poids et la chaleur de John contre lui alors qu'il tentait de se remettre de son premier orgasme. Ce n'était pas si effrayant qu'il l'avait pensé. Il se sentait bien, et son esprit était plus calme.

John se laissa tomber à côté pour reprendre sa respiration, étendu sur le dos, le regard vitreux. D'un geste machinal, il attrapa un mouchoir sur la table de nuit, les nettoya rapidement avant de retomber, épuisé. Quelques minutes plus tard, la respiration de nouveau normale, Sherlock osa un regard vers John, qui le remarqua et lui sourit.

- Ça va ? Demanda-t-il doucement, la voix rauque.

- Très bien, et toi, ça va mieux ? Réplique Sherlock avec une voix plus rauque encore que d'habitude, les sourcils légèrement froncés d'inquiétude.

- J'ai eu un bon réveil, répond le blond avec un petit clin d'œil qui fait rire Sherlock.

- Je ne veux pas te gâcher l'humeur, mais on a raté les cours, grimaça le brun.

John soupira, jeta un coup d'œil à l'heure, puis posa de nouveau les yeux sur Sherlock.

- Une raison de plus pour eux pour me virer, sourit-il dans une tentative d'humour, mais le brun pouvait voir le stress dans ses yeux.

- Ils ne te vireront pas, protesta Sherlock.

Le blond se tendit et Sherlock vit sa mâchoire se contracter légèrement, ses yeux fuyants. Le brun ne comprenait pas. Il avait dit quelque chose qui était censé être réconfortant, alors pourquoi cette réaction ? Ca ne coïncidait pas.

- John ? Appela-t-il, hésitant.

Silence. Le blond évitait son regard, et comme pour fuir la conversation, chercha son boxer dans les draps puis l'enfila. Son regard était occupé, sombre, et Sherlock craignit qu'il ne retombe dans son mutisme. Il était novice dans toutes ces histoires d'émotions, de sentiments, il apprenait tout.

- John, qu'est-ce qu'il y'a ? demanda-il en passant une main sur l'épaule de John.

- Rien. Il faut aller en cours, répondit le blond simplement en se dégageant doucement.

Il se leva, et commença à mettre son uniforme, dos à Sherlock. Inquiet, celui-ci enfila son boxer, puis se rapprocha, à genoux, du bord du lit. Ses mains se faufilèrent sous la chemise à moitié fermée, et Sherlock sentit un frisson parcourir John alors qu'il caressait doucement sa peau. Le front appuyé contre son dos, le brun pouvait sentir toute la tension de John –pas aussi forte qu'hier, mais bien là- dans ses muscles. Sherlock réfléchit rapidement. S'il laissait John s'enfermer dans ses problèmes, sa souffrance et les non-dits, cela pouvait très mal finir. Les sanglots douloureux du blond lui revinrent tristement en mémoire, ainsi que les paroles de Molly Hooper. Qu'il comprenne pourquoi ou non, John avait besoin de lui.

- Tu t'es tendu lorsque j'ai évoqué le renvoi. J'ai affirmé qu'ils ne te renverraient pas, mais lors de ta convocation dans le bureau du directeur l'autre jour…

Sherlock n'avait même pas besoin d'attendre une réponse ou même de finir sa phrase pour avoir la confirmation de ce qu'il pensait. John s'était un peu plus tendu, nerveux.

- Le directeur t'a menacé de renvoi, c'est ça ?

Très lentement, John hocha la tête, toujours de dos. Sherlock sentit une grande colère l'envahir, et serra les dents.

- Il n'a pas le droit.

- Ca ne l'empêchera pas, Sherlock, murmura enfin John.

- Je l'empêcherais.

Il y eut un moment de flottement, puis John se retourna et Sherlock n'eut pas le temps de réaliser que déjà leurs lèvres étaient liées. Il hésita, toujours surpris au début, mais enfouit finalement ses mains dans les cheveux de John en répondant au baiser. Ils s'embrassèrent passionnément quelques temps et, lorsque le blond ralentit peu à peu le baiser pour commencer à s'éloigner à contrecœur, Sherlock mit ses mains dans le dos de John, l'attira vers lui en relançant le baiser. Il s'assit sur le lit et plaça ses jambes derrière John, de façon à le faire basculer sur le lit avec lui, ses mains froissant sa chemise en caressant sa peau douce et chaude. Le blond brisa finalement le baiser, souriant au marmonnement mécontent de Sherlock.

- On ne peut pas faire ça toute la journée, le réprimanda-t-il, amusé.

- Techniquement, si, répliqua le brun, les yeux pétillants.

Il ne lui laissa pas le temps de protester et attira encore John contre lui, retrouvant la chaleur de ses lèvres. Ses mains allèrent s'égarer sur ses fesses, et le blond retint un bruit, surpris. Sherlock apprenait vite, et il savait qu'il ne résisterait pas longtemps si ça continuait. Lorsque des baisers chauds commencèrent à couvrir la peau de son cou, John se força à réagir – il les fit tourner, se redressa, puis s'assit au bord du lit, le brun sur ses cuisses.

- Il faut aller en cours, dit finalement John, après un baiser rapide.

Sherlock soupira, ses doigts passant sur l'épaule tendue de John. Tristement, le blond l'éloigna, et sortit définitivement du lit, du cocon de sécurité et de chaleur loin des problèmes qui l'oppressaient.

Pendant un gros petit déjeuner, ils s'étaient mis d'accord sur le fait de ne pas arriver en même temps –déjà qu'ils avaient manqué les mêmes cours... Sherlock prendrait un taxi, John le métro.


Sherlock lança un petit regard à John qui prenait le cours, mais détourna rapidement les yeux. Molly Hooper avait déjà compris –et rien ne garantissait son silence. Ils devaient être prudents, quoi que soit leur relation. Le brun redirigea son esprit sur-vitaminé sur l'affaire en cours, retardée par toutes ces émotions extérieures –la police allait finir par le rattraper !

L'avocat battait sa femme, ce qui faisait d'elle la coupable toute désignée. Après tout, son ADN était sur les marques de strangulation ! Mais comment est-ce que son ADN pouvait se trouver sur les marques, si elle était morte depuis des semaines le jour du crime ? Sherlock ferma les yeux et réfléchit, ne pouvant pas vraiment accéder à son palais mental dans ce bruit.

L'image des doigts de la vieille femme et celle des marques sur le cou de l'avocat se superposèrent : ça ne correspondait en aucun cas. La personne âgée avait les doigts noueux, fins, presque tremblants, et les marques de strangulation étaient larges. Sherlock se projeta toutes les images, chiffres, informations, témoignages qu'il avait, et souffla, agacé. Un élément manquait. Quelque chose de plus. Quelque chose en plus… –mais oui ! Un élément extérieur, pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Sherlock ouvrit grand les yeux. Tout coïncidait. La grand-mère avait embauché un tueur à gages, avait fourni de l'ADN de sa fille, et l'homme avait terminé le travail. Affaire résolue. Ou presque… Qui était cet homme ? Il n'avait pas trouvé d'ADN différent dans ses prélèvements, ce qui impliquait sûrement que le tueur avait prit ses précautions. Il devait parler à la vieille dame, encore –en sachant cette fois que c'était elle qui avait provoqué le meurtre de l'homme.

La sonnerie le tira de sa réflexion, et il embarqua ses affaires. C'était la fin des cours, alors beaucoup se précipitèrent dehors, ne laissant que quelques élèves dans la classe. Sherlock rejoignit John qui rangeait ses affaires, et le contempla quelques secondes. Ses gestes étaient plus lents que d'habitude. Le génie nota que John ne dormait plus en cours, mais contrairement à ce qu'il avait pensé au départ, cela ne trahissait peut-être pas moins de fatigue. John effaça toutes ses inquiétudes d'un sourire en coin.

- J'ai trouvé la réponse à l'enquête, annonça fièrement Sherlock.

- Quoi ? S'étonna John.

- La vieille dame est la coupable, affirma le brun. Je sais ce que tu vas dire ! Coupa-t-il alors que John ouvrait la bouche. Elle est coupable, mais pas dans le sens où tu l'entends. Elle a le mobile parfait mais pas la force. Alors elle a engagé un homme de main ! Elle a fourni elle-même les empreintes ADN de sa fille, mais a oublié que les empreintes des doigts correspondaient à celles d'un homme.

John haussa les sourcils, semblant réfléchir à la logique de la chose, puis sembla prêt à parler avant que James Moriarty, se détachant des élèves en train de sortir, ne le devance.

- Salut, commença-t-il avec un petit sourire destiné à Sherlock. Ca te dirait de sortir un de ces soirs ?

John serra la mâchoire en observant l'intrus. Il respirait la malhonnêteté et la ruse vile et cruelle. John ne l'aimait pas. Tout son langage corporel lui donnait envie de le frapper : ses yeux s'égarant sur les lèvres de Sherlock, sa main comme par hasard posée sur son bras… Sherlock, lui, semblait égaré.

- Où ? Demanda-t-il.

- Où tu veux, répliqua James avec un sourire. Ça peut être chez moi.

John crut qu'il allait lui sauter dessus. Sérieusement. Sérieusement ?

- Je… Euh, ouais, ok, hésita Sherlock avant de se racler la gorge, reprenant son air fier habituel.

- Ça marche, rit légèrement Moriarty.

En quelques gestes rapides, il sortit un chewing-gum, l'enleva de l'emballage, mit le bonbon dans sa bouche, griffonna quelque chose sur le papier avant de le tendre à Sherlock.

- T'as un téléphone ? Appelle-moi, sourit-il avant de faire un petit clin d'œil. Ok, à plus.

Il partit rapidement, les joues un peu rosées. John, remonté, enfonça les mains dans ses poches et sortit également. Il jeta un coup d'œil au brun qui lui sembla encore plus détestable avec son chewing-gum à l'odeur chimique de fraise. Ouais, c'est ça. Étouffe toi avec.

- John ? L'appela Sherlock en le suivant hors de la classe.

Le brun profita du couloir surpeuplé pour attraper discrètement son bras. John ralentit, puis se dégagea, trop énervé. Il entendit vaguement Sherlock grogner, et la prise sur son bras revint, plus ferme. Il emboîta le mouvement, ne voulant pas se battre avec Sherlock en plein milieu du couloir. Ils se retrouvèrent dans un coin à l'abri des regards. L'ambiance était électrique.

- Qu'est-ce qu'il y'a ? Lâcha finalement Sherlock.

- Rien, marmonna John.

- C'est faux. Ta mâchoire est serrée, tu es tendu, tes sourcils sont froncés, ta…

- Laisse-tomber, ok ? Interrompit John.

Il était blessé, jaloux. Il pensait que… Enfin, que Sherlock et lui avaient un truc, quelque chose de spécial –mais après tout, ils n'avaient rien mis au point, Sherlock pouvait bien aller avec qui il voulait. Mais Moriarty ?

- John… Hésita Sherlock, fronçant les sourcils.

Le brun semblait perdu. Après tout, ce n'était pas étonnant ! Aussi bon en déduction le génie était, il avait énormément de mal à comprendre le fonctionnement des émotions.

- De toute façon tu ne comprendrais pas, lâcha John d'une voix plus en colère qu'il ne l'aurait voulue.

- Je comprends tout, contesta Sherlock.

- Eh bien pas ça, apparemment ! Répliqua John.

Sherlock soupira de frustration, et passa rapidement une main dans ses boucles. John suivit ce geste, sa détermination prenant un sacré coup. Il tint bon, toujours énervé et blessé. Il savait que Sherlock n'admettrait pas son erreur, ne se résoudrait pas à dire qu'il ne comprenait pas.

- Si c'est pour l'histoire de la vieille dame, tu ne devrais pas te sentir vexé de t'être trompé. Tout le monde n'a pas mon intellect, avança Sherlock.

Oh Dieu. John s'empêcha de lever les yeux au ciel, mais haussa les sourcils. Sherlock n'avait vraiment aucun tact. Le brun l'observa avec attention, sondant son visage, puis soupira de frustration.

- Ce n'est pas ça.

Le blond secoua la tête, et, agacé, commença à sortir du coin tranquille qu'ils s'étaient trouvé. Il en avait marre, il était blessé, jaloux, vexé, et fatigué. Après tout, Sherlock n'était pas son petit-ami, il avait le droit de voir qui il voulait. Même Moriarty.


Sherlock ne savait pas quoi faire. Son esprit s'alerta lorsqu'il vit que John commençait à partir et réfléchit en quelques microsecondes. Les mots, qu'il maîtrisait normalement si bien, semblaient n'avoir aucun effet sur la situation. Les gestes toucheraient peut-être John davantage.

Le temps reprit son cours. Sherlock empêcha John de sortir de son bras, gagnant un regard surpris du blond. Il se pencha légèrement sur John, puis sa main s'empara de sa joue, et il l'embrassa. Le sportif le repoussa sans répondre, de la colère dans ses gestes, une flamme au fond des yeux. Les secondes se firent plus longues, l'ambiance plus tendue, l'air plus lourd alors que les yeux bleus soutenaient les marrons. Sherlock se rapprocha de nouveau, plus lentement, et John leva la tête, les yeux brûlants de provocation et de colère. Ils étaient si proches que leurs respirations se mélangeaient, la main de Sherlock de retour sur le mur à côté d'eux.

Le brun hésita quelques secondes, ses lèvres à quelques centimètres de celles de John. Après tout il ne savait toujours pas ce que John avait, et malgré l'envie dévorante qui éteignait une à une ses pensées, l'inquiétude était là, en arrière fond. Et si John lui en voulait pour autre chose, pour la drogue ou-

- Arrête de réfléchir, grogna soudainement John.

Sherlock ouvrit la bouche pour répliquer, mais les mains de John s'étaient agrippées à ses boucles pour l'entraîner dans un baiser passionné. L'esprit de Sherlock clignota avant de s'éteindre, perdant toute notion de continuité lorsque la langue de John se mêla à la sienne. Le brun gémit légèrement, répondant au baiser maladroitement mais avec envie. John les fit tourner, plaquant Sherlock contre le mur avec son corps, étouffant le grognement du brun avec ses lèvres. Il continua à l'embrasser profondément, sa jambe écartant celles de Sherlock alors que ses mains déboutonnaient rapidement sa chemise. Le blond brisa le baiser, et ses lèvres rejoignirent le torse de Sherlock. Le brun, perdu dans toutes ces nouvelles sensations, laissa échapper un gémissement puissant, rapidement étouffé par la main que John plaqua contre sa bouche. John était lui novice dans les relations homosexuelles, mais savait ce qu'il voulait faire. Sherlock eut un petit grognement en sentant le léger pincement sur sa peau, vite compensé par les lèvres chaudes de John de retour contre les siennes. Toutes les sensations stoppèrent soudainement, et Sherlock ouvrit les yeux lentement, perdu. John s'était éloigné, se recoiffant vaguement avant de sortir du coin isolé sans un mot.

Le plus jeune cligna des yeux, essayant de rassembler ses idées. L'air froid fit frissonner sa peau chaude et exposée, et il baissa les yeux pour fermer sa chemise. Juste sous le col, sa peau était rougie. Son esprit lui rappela la sensation des lèvres de John à cet endroit, et il frissonna. Pourquoi ce geste ? Sa logique s'activa finalement alors qu'il se donnait un aspect plus présentable, tentant de penser à autre chose. John l'avait marqué. Cette réalisation manqua de faire échouer la technique du coupe-envie, et il se racla la gorge en redirigeant son esprit vers des images et pensées moins luxurieuses. "Pense à McDuffy qui voudrait te marquer", s'intima-t-il et- ugh, ew, ok, ça allait mieux. Il sortit finalement à son tour, à moitié surpris de voir que John l'avait attendu, nonchalamment adossé contre le mur du couloir.

Leurs regards se croisèrent, et Sherlock tenta de décrypter celui de John. Son ventre se noua légèrement en voyant toutes les émotions contradictoires et négatives qu'il contenait. Le blond détourna finalement le regard, puis soupira légèrement.

- Je suppose que tu veux aller interroger la vieille femme. Je t'accompagne.

- Vraiment ? S'étonna Sherlock.

- Si on suit ton raisonnement, elle a fait tuer son gendre, répondit durement John. Y'a pas moyen que t'y ailles tout seul.

Malgré le ton ferme de John, la poitrine de Sherlock se réchauffa un peu. Il eut une ombre de sourire, et hocha la tête. Ils sortirent puis attrapèrent un taxi, que Sherlock paya. Le ciel était inhabituellement sombre et lourd, un brouillard épais étouffait la ville. Le duo arriva finalement devant la porte abîmée de la maison de la vieille, toqua mais n'obtint pas de réponse. Sherlock fronça imperceptiblement les sourcils, et repéra la fenêtre entrouverte à côté. D'un signe de tête, il incita John à rentrer, puis le suivit. En voyant que la femme grabataire n'était pas dans le salon, ils s'accordèrent d'un regard. Sherlock partit vers la cuisine, appelant son nom d'une voix polie, expliquant qu'ils voulaient lui parler.

John monta silencieusement les quelques marches de bois décrépi pour atteindre l'étage, et fronça le nez à l'odeur désagréable de la maison. Il poussa une des portes, et entra prudemment dans la petite pièce presque noire. Ses yeux trouvèrent un lit, et la forme de la vieille dame allongée. L'odeur était plus forte que jamais, et John fronça les sourcils. Sans réfléchir, il fit quelques pas, son cœur tambourinant dans sa poitrine, son regard fixé sur la forme à peine définie dans le noir. Elle se précisa peu à peu, et bientôt John put distinguer la vieille femme, ses rides marquées, la plaie béante et sanglante trouant son visage.