J'ai des tas d'excuses pour justifier ma longue absence, mais de toute manière, je suis inexcusable. Aussi je me contente de vous dire que je suis désolée. J'espère qu'une telle attente ne se reproduira plus. :)

CHAPITRE VII

Hermione se retourna lentement.

Face à elle, Drago la dominait de toute sa hauteur. Il avait revêtu une robe de soirée aux reflets bleu nuit et une fine cape noire recouvrait ses épaules. Si tout à l'heure, dans les cachots, ou encore quelques heures auparavant devant la porte de sa chambre, Hermione l'avait cru énervé, ce n'était rien par rapport à la rage qui bouillonnait en lui à cet instant. La colère assombrissait son regard à tel point que ses yeux étaient devenus d'un noir de jais, tandis que son visage au contraire blêmissait d'avantage. Une aura de haine et de violence qu'il parvenait difficilement à maîtriser l'entourait et faisait vaciller les flammes des bougies autour de la tombe.

Hermione balbutia :
-Je... je suis désolée... je ne savais pas que...

-Tu ne savais pas ? Explosa-t-il, et une petite table se renversa avec fracas sur le sol. Tu ne savais pas ??? Je l'avais interdit !!!

Hermione n'aurait voulu pour rien au monde montrer sa peur, mais pour qu'il ne maîtrise plus ses pouvoirs magiques au point de briser des objets sans le vouloir, il fallait que sa colère soit énorme, et ce n'était pas fait pour la rassurer.
La voix de Drago devint cependant plus calme. Tandis que tout son corps reflétait son humeur orageuse, ses muscles tendus, ses mains tremblantes, sa mâchoire crispée, il parlait à voix presque basse, sur un ton glacial, méprisant, et lourd de menaces qui fit rapidement regretter à Hermione les hurlements de tantôt.

-Mais forcément, toi, tu fourres ton nez partout. Parce que toi et tes copains, vous n'avez toujours été que de sales fouineurs, à vous mêler de ce qui ne vous regardait pas...

A l'évocation de Ron et de Harry, Hermione trouva le courage de répliquer :
-Et on apprenait des choses très intéressantes !

-Quoi donc ? Que ma mère est morte ? Dit-il en crachant le dernier mot comme une insulte.

-Que tu projetais de tuer Dumbledore !

Drago haussa les sourcils et plissa les yeux. Ses lèvres avaient blêmi, mais c'est sur le même ton doucereux qu'il répondit :
-Vous le saviez ? Vous le saviez et vous n'avez pas pu m'en empêcher, alors ? Non seulement vous êtes des fouineurs, mais en plus vous êtes des incapables !

-Tu n'as même pas honte de ce que tu as fait ! S'écria Hermione. Tu as assassiné un homme !

-Je ne l'ai pas assassiné ! Hurla-t-il, perdant soudain son sang-froid.

Hermione le poussais à bout et elle y prenait plaisir. Elle voulait lui faire le plus de mal possible, et puisque les seules armes dont elle disposait étaient les mots, elle en userait au mieux.

-Tu as mis tes propres amis en danger en laissant Greyback entrer dans le collège !

-Je ne l'ai pas laissé entrer !

Hermione éclata d'un rire méchant.
-Alors, tu n'as pas tué Dumbledore, tu n'as pas laissé entrer Greyback, et les mangemorts non plus, sans doute ? En somme, tu es tout à fait innocent !

Son sourire s'effaça pour laisser place à une moue de dégoût et elle continua d'une voix stridente :
-Tu ne te rends même pas compte du mal que tu as fait, tu préfères continuer à suivre les ordres de Voldemort comme un esclave, comme un chien, et retenir des innocents prisonniers ici, et moi avec !

-Si tu n'étais pas assez bête pour te jeter dans un piège tête baissée, tu n'en serais pas là ! Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même !

-J'étais venue sauver mes parents ! J'imagine que toi, tu n'aurais pas bougé le petit doigt à ma place !

-Tais-toi, Granger ! Tu ne sais rien de moi !!!

-Tu as laissé mourir ta mère !

-Tais-toi !!!

Des objets volaient en éclat au fur et à mesure que la voix de Drago se faisait plus forte. Il avait saisi Hermione par le poignet, et tentait de la faire taire, mais Hermione se débattait avec force et continuait à hurler tandis qu'autour d'eux les chaises se renversaient, le contenu des armoires se déversait sur le sol, les verres se brisaient, tout cela dans un vacarme assourdissant qui ne suffisait cependant pas à couvrir leurs voix.

-Elle est morte de désespoir à cause de toi !

-Ce n'est pas moi !

-Tu as préféré obéir aux ordres de Voldemort plutôt que de la sauver !

-Tu ne comprends rien ! Il m'aurait tué !

-Alors tu as sauvé ta précieuse personne et tu as tué Dumbledore et tu as laissé mourir ta mère !

-Tais-toi, Granger !!! Tais-toi !!!

-La vérité te fait peur, Malefoy ? Railla Hermione.

Drago la lâcha soudain. Son poignet était devenu écarlate et lui faisait mal. Elle releva le menton, prête à se battre à nouveau, mais Drago ne lui en laissa pas le loisir. Il la poussa violemment vers la porte, et hurla de toutes ses forces :

-Sors d'ici !!! Sors !!!

Il attrapa une des chaises qui jonchaient le sol et l'envoya s'écraser contre le mur au-dessus de la tête d'Hermione. Celle-ci ne se fit pas répéter l'ordre deux fois et s'enfuit en courant, tachant de mettre le plus de distance possible entre elle et le maître des lieux.

Resté seul dans le sanctuaire de sa mère, Drago tremblait de tous ses membres. Insensible au désordre qui régnait à présent autour de lui, il dut s'asseoir car ses jambes ne le portaient plus. Il enfouit sa tête entre ses mains et éclata en sanglots de rage. Comment osait-elle le juger ? Elle ne savait rien de lui, elle ne pouvait même pas s'imaginer par quelles épreuves il était passé ! Jamais elle n'aurait pu tenir le coup face à tout ce qui lui était arrivé, à lui ! Elle qui vivait, entourée d'amis et de gens qui l'aimaient ! Peu à peu, les larmes du jeune homme devinrent de véritables larmes, des larmes de tristesse et de désespoir. Son coeur et son âme à la fois pleuraient leur douleur sans que rien ne puisse les arrêter...

Pendant ce temps, Hermione courait à toute allure dans les couloirs et dès qu'elle rencontrait une porte dans sa course effrénée, celle-ci s'ouvrait avec violence, comme pour la laisser passer, comme si elle l'incitait à aller encore plus loin... Malefoy la laissait-il réellement s'en aller, tant sa rage était grande ?
Elle déboula dans le hall du manoir, haletante et terrifiée, et les grandes portes sculptées de la demeure s'ouvrirent à leur tour.

Hermione s'élança dehors, et le froid nocturne lui fit mal. Elle voyait au bout du chemin dallé le grand portail de fer forgé qui s'était ouvert lui aussi et derrière lequel elle pouvait transplaner, libérée de la protection qui entourait le Manoir Malefoy.
Elle courait à perdre haleine, lorsqu'elle entendit au loin des aboiements féroces qui semblaient se rapprocher dangereusement. Risquant un regard en arrière, elle aperçut avec horreur une demie-douzaine de créatures lancées à sa poursuite. Des Brordoks ! Elle avait déjà lu de nombreux textes sur eux, lorsqu'elle tentait de combler les lacunes du cours de Soins Aux Créatures Magiques.
Ces monstres, mi-loups, mi-taureaux, servaient très bien à défendre un domaine, sachant qu'ils étaient très protecteurs et possessifs envers le territoire qui leur était confié. L'inconvénient, c'est qu'il était quasiment impossible de les maîtriser tout à fait.

« Ça m'avance bien de savoir tout ça... » se dit Hermione terrorisée tandis qu'elle sentait la meute la rattraper. Elle accéléra encore, mais bientôt les Brordoks furent assez près pour qu'elle entende leur souffle rauque dans son dos. Soudain, l'un d'eux bondit et renversa Hermione. Celle-ci se retrouva face contre terre et en un instant, toute la meute l'entourait, prête à la dévorer. Hermione asséna un coup de pied à l'une des bêtes qui commençait à déchirer sa robe. Elle saisit une branche morte qui encombrait le chemin et se redressa. Les grognements des Brordoks se faisaient de plus en plus menaçants. Celui qui semblait le plus gros sauta à la gorge d'Hermione, mais celle-ci parvint à le repousser grâce à son arme de fortune. Pendant ce temps, le reste de la meute s'était attaqué à ses jambes. Hermione envoyait des coups de pied à tout va, mais elle atteignait rarement son but et elle sentit bientôt des dents se refermer sur sa robe, et des griffes lui lacérer les mollets.
« Si seulement j'avais une baguette ! » se dit-elle à bout de force. Mais elle continuait inlassablement à se défendre à l'aide de son bout de bois qui lui paraissait ridicule face aux énormes crocs et aux griffes acérées de ses adversaires.

A ce moment, un grand froid envahit son coeur, et elle eut l'impression soudaine qu'elle ne rirait plus jamais.
Elle les avait sentis avant de les voir.
Deux ombres vêtues de capes s'avançaient vers elle comme en flottant, et lui ôtaient toute sensation de bonheur. Dans sa panique, Hermione cherchait un moyen de se sauver. « Si j'avais une baguette ! » ragea-t-elle pour la centième fois.
Il ne fallait pas qu'ils l'approchent... Elle sentait ses forces la quitter lentement... Les Brordoks se faisaient plus féroces et elle devenait de plus en plus faible, assénant des coups sans conviction. Ils ne devaient pas venir si près... Des larmes roulèrent sur ses joues sans qu'elle les remarque. « Pense à quelque chose d'heureux ! » Se dit-elle. « Pense à quelque chose d'heureux ! » Mais elle avait beau fouiller dans ses souvenirs, il semblait qu'elle n'avait vécu que le malheur et la souffrance.

Les détraqueurs, insensibles à la meute déchaînée qui grondait autour d'Hermione, étaient très près maintenant, trop près.
L'un d'eux entoura le visage d'Hermione de ses mains visqueuses, et Hermione s'affaissa lentement, fermant les yeux, comme si elle avait voulu s'endormir. Il allait lui prendre son âme...

A des kilomètres de là -ou du moins c'est l'impression qu'elle avait- elle entendit une voix hurler : « Spero Patronum ! » et les doigts glacés sur sa joue se retirèrent, la créature de l'horreur se redressa brusquement, et un peu de chaleur revint dans le corps d'Hermione. Affaiblie, elle ne put tout d'abord se relever. Elle sentit seulement que les détraqueurs s'éloignaient d'elle. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle aperçut la forme fantomatique aux reflets d'argent qui était à l'origine de leur fuite. Un renard... à qui pouvait appartenir ce Patronus ?

Hermione fut violemment tirée de sa contemplation par une sensation plus que désagréable. Les mâchoires d'un des Brordoks s'étaient refermées sur sa chevelure et la bête entreprenait de la traîner sur le sol pour aller sans doute la dévorer plus loin. Hermione n'avait pas la force de se débattre ni même de crier, mais elle vit brusquement devant elle une paire de pieds dont l'un d'eux alla frapper la créature en pleine tête.
Le monstre la relâcha et bondit sur la personne qui l'avait sauvée. Hermione entendit les cris des bêtes, les aboiements, les grondements, mais aussi une voix humaine, une voix d'homme.

Lorsqu'elle retrouva enfin la force de se redresser, ce fut pour voir, à une dizaine de mètres d'elle, Drago Malefoy, le visage ensanglanté, en prise avec quatre Brordoks. Deux autres gisaient à terre, immobiles. Soudain, un Brordok bondit, et avant que Drago n'ait pu jeter un sort pour le repousser, ses mâchoires se refermèrent sur le bras du jeune homme. Ce dernier poussa un cri de rage. Il pointa sa baguette sur les quatre monstres et un jet de flammes en sortit. L'une des bêtes fut touchée et s'embrasa rapidement avant de s'effondrer dans un dernier gémissement. Les autres, s'inquiétant de leur sécurité, s'enfuirent alors sans demander leur reste, terrifiés par le feu et la puissance de leur nouvel adversaire.

Quand les aboiements des Brordoks eurent disparu, un long silence s'installa. Hermione s'était relevée, encore un peu chancelante, et faisait face à Malefoy. Celui-ci, le regard perdu dans le vide, voulut faire un pas vers elle, mais il s'effondra comme une masse à ses pieds, laissant tomber sa baguette magique.
Hermione se précipita sur celle-ci et la ramassa. Le grand portail était toujours béant. Derrière lui s'étendait une forêt sombre et touffue qui n'attendait qu'elle. Les détraqueurs avaient disparus et les Brordoks n'étaient pas près de revenir. Hermione regarda une dernière fois le corps étendu devant elle et se détourna, marchant le plus vite possible vers la sortie.
Il devrait s'en sortir, ses blessures ne pouvaient pas être bien graves.
Mais il est seul. Il aura du mal à se soigner...
Peuh ! C'est un grand garçon, non ?
Oui mais ses blessures n'ont pas l'air superficielles...
C'est vrai que les Brordoks sont féroces. Et puis celui qui lui avait mordu le bras...
Oh et puis après tout, c'était entièrement sa faute, ce qui lui arrivait !
Oui, mais il l'avait sauvée, alors qu'elle allait sans doute mourir.
Bon d'accord, d'accord !!!

Hermione avait atteint la grille, mais elle s'arrêta et se retourna. Malefoy gisait toujours, immobile, sa poitrine se soulevant tellement lentement faiblement qu'on aurait pu le croire mort. Sa robe était déchiquetée, maculée de terre et de sang. De minces filets de sang sillonnaient encore son visage et la tache écarlate qui s'était formée sur son bras droit ne cessait de s'agrandir, mortellement envahissante.

Hermione jeta un coup d'oeil vers la forêt, et soupira. Dire qu'il lui suffisait de faire un pas pour pouvoir transplaner, rentrer chez elle, retrouver ses parents, retrouver Harry, retrouver Ron...
Mais elle rebroussa chemin, et pointa sa baguette sur Drago.
Il n'avait plus ses airs de châtelains maintenant. Il n'avait plus l'air arrogant, ni prétentieux, ni cruel, ni méchant. Il semblait seulement souffrir. Finalement, peut-être n'était-il pas aussi lâche que ce que l'on pensait... Il était venu à son aide, en risquant sa propre vie, alors qu'elle-même l'insultait quelques minutes plus tôt...
Et avec ses vêtements en lambeaux, ses cheveux poisseux de sueur et de sang, il inspirait bien plus de confiance et de pitié à Hermione que jamais.

« Levicorpus » prononça-t-elle doucement.