Note de l'auteur : Voilà enfin le chapitre VII ! Je suis désolée pour le retard, mais j'ai vraiment eu du mal à l'écrire celui-là, de même que le chapitre VIII. C'est un chapitre assez sombre, qui correspondait avec mon humeur quand je l'ai écrit (je venais juste de perdre mon chien et mon chat, et ce dernier est mort dans mes bras, donc je vous laisse imaginer mon état d'esprit à ce moment-là). C'est un chapitre assez court, donc personnellement je le considère surtout comme une sorte d'interlude entre avant la mort de Lily et après la mort de Lily, pour Harry.
C'est également un chapitre très important pour Harry, qui marque un tournant dans sa vie. Mais je ne vous en dis pas plus, vous verrez tout ça par vous même ! À savoir également que Draco ne reviendra que dans le chapitre suivant !
Réponse au(x) review(s) : Guest, merci pour ton gentil review, et ne t'en fais pas, il n'y en aura pas, finalement ! (: J'espère que ce chapitre te plaira autant que les précédents !
Bonne lecture à tous !
CHAPITRE VII
Il n'y a rien de beau, rien de doux, rien de tendre dans la mort. Rien de digne. C'est sûrement la raison pourquoi nous en avons tous peur. La mort est un combat. Ça me fait rire lorsque les gens disent « il est parti doucement dans son sommeil, il n'a rien senti ». Sincèrement. Ces putains d'hypocrites sont-ils sérieux ? Bien sûr que l'on se sent mourir. Notre cœur ralentit, on a plus de mal à respirer. Nos pupilles se dilatent. Nos membres sont agités de soubresauts, nos pensées s'égarent. Avez-vous déjà contemplé l'horrible spectacle qu'offre l'homme en mourant ? Il n'y a rien de beau, rien de poétique là-dedans. Tous les muscles se tendent, le regard se perd dans le vide, dans le néant qui s'ouvre devant le mourant. L'agonie est souvent longue, elle dure plusieurs heures. Un coup, la respiration est si faible qu'on le croit sur le point de rendre son dernier souffle, puis l'instinct reprend le dessus. La volonté de se battre, de survivre, empêche tout abandon. Ignorant les spasmes, l'homme essaie alors de s'en sortir – de se relever, d'aspirer une goulée d'air plus profonde. On sent sa détresse, sa douleur, quand bien même lui-même ne ressent plus rien. Rien d'autre que la volonté animale de ne pas mourir, de ne pas se laisser aller. Il n'y a rien de plus éloigné de l'humanité qu'un mourant se battant contre l'agonie. Rien de plus inhumain. À ce stade-là, nous nous ressemblons tous, hommes et bêtes.
Et puis, lorsque les forces l'abandonnent pour de bon – souvent après plusieurs heures à se battre férocement, à offrir un tel spectacle que même les proches souhaitent qu'il se laisse enfin aller, qu'ils les soulagent de ce spectacle horrible, de ce supplice, qu'est l'agonie –, il ouvre grand la bouche, émettant souvent des bruits de gorge complètement disgracieux, se yeux grand ouverts, cherchant désespérément quelque chose qui pourrait maintenir la mort à distance. Puis, ce sont les derniers spasmes, la langue qui sort de la bouche, pendant mollement sur le côté, souvent accompagnée d'une bonne dose de bave moussante. C'est à ce moment-là, en règle générale, que le corps rend ses derniers excréments – au lieu des derniers sacrements – et que l'odeur nauséabonde de la mort envahit l'espace autour de lui. Puis, les spasmes s'arrêtent, et le corps s'affaisse, pour un temps seulement. Lorsque la rigor mortis reprend ses droits, lorsque le cadavre devient plus dur que le bois, plus glacé que la neige, il est à nouveau agité de soubresauts : les gaz emmagasinés dans ce qui n'est guère plus qu'un amas de chair se libèrent, accompagnant de leur odeur putride les larmes des vivants – larmes de peine, mais larmes de soulagement inconscient que ce ne soit pas, pas encore du moins, leur tour.
Non, vraiment, il n'y a rien de beau dans la mort. Rien de mystique. C'est une horrible chose, cruellement dépourvue de sens et de logique, à laquelle on tente d'assimiler quelque chose de plus grand pour repousser l'idée de notre propre déchéance. L'idée que l'on est aussi pathétiquement voué à devenir un simple cadavre. Que toute notre vie, toute notre âme, tout ce que l'on est, finira dans le néant. Que rien ne dure, ici bas, et que non, définitivement, il n'y a rien après la vie. Rien que le néant.
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J'observe le petit corps pâle sur le lit de l'infirmerie, transformée pour l'occasion en morgue, avec une impression de morbide détachement. Certes, je ne connaissais pas beaucoup Lily, mais j'avais déjà été à plusieurs reprises impressionné par sa joie de vivre. Elle était jeune, certes, et sûrement inconsciente, et c'est certainement ce qui rend ce crime encore plus horrible. Elle avait toute la vie devant elle. S'en prendre à une enfant pour atteindre de son père est un acte atroce. Je le lui ferai payer. Qui que ce soit qui ait ôté la vie à un être si fragile et si innocent, je me jure de le lui faire payer. J'aperçois vaguement du coin de l'œil Shannen se rapprocher de moi, glissant tendrement sa main douce dans la mienne, cherchant autant à me donner du réconfort qu'à en recevoir. C'est un coup dur pour la meute toute entière.
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Audric est de loin le plus dévasté. Cela devrait vous paraître logique, vu que c'est sa fille qui est décédée, horriblement mutilée. Mais il faut savoir que dans une meute, tous les lycans s'occupent des enfants des autres. C'est notre côté loup qui ressurgit à ce moment-là. Chaque femme s'occupera de l'enfant d'une autre comme si c'était le sien. C'est la raison pour laquelle il n'y a pas de notion de « nourrice » ou de toute autre « mère de substitution ». Chaque femme est l'une des nombreuses mères d'un enfant. Cette notion est un peu moins présente parmi les mâles, bien que nous ressentions tous le besoin de protéger un enfant de la meute comme si c'était le nôtre.
C'est certainement ce qui explique que durant toute la nuit, le silence a été brisé par les sanglots des femmes accablées de chagrin, et par les hurlements d'Audric. Celui-ci s'est transformé après que sa fille ait été emmenée à l'infirmerie et que Shannen ait refusé de le laisser rentrer. Le trop-plein d'émotions – colère, abattement, tristesse infinie et impuissance – a poussé son lycan à reprendre le dessus, et il a disparu depuis. Nous entendons parfois ses hurlements venir d'une forêt, puis d'une autre. Il extériorise sa douleur, criant à la lune presque ronde toute sa souffrance d'avoir perdu son seul et unique enfant, longtemps après avoir perdu sa femme.
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Je n'ai pas réussi à fermer l'œil de la nuit. Cet état de deuil me rappelle trop bien mes jeunes années, et le retour dans le passé m'empêche de dormir. J'ai trop peur qu'en me réveillant, je me retrouve de nouveau en esclavage.
En arrivant à l'infirmerie, je me rends compte que Shannen est déjà levée, alors même qu'il fait encore nuit. Je doute qu'elle ait même réussi à dormir. Penchée sur le corps désormais dénudé de Lily, elle est occupée à extraire les morceaux d'argent de son petit corps. Arrivant par derrière, je l'enlace doucement, déposant un baiser sur sa nuque, faisant semblant de ne pas sentir son brusque sursaut. Elle ne m'a pas entendu arriver.
« Tu veux que je le fasse ? » Je murmure doucement, comme si j'avais peur de briser ce silence trop oppressant. Et peut-être est-ce le cas.
Elle soupire doucement, se laissant aller contre mon torse, tandis que j'enroule mes bras autour de son corps mince, ressentant sa détresse. Je sens mon lycan s'agiter en moi, ressentant le besoin de la protéger, d'empêcher quiconque de la mettre dans un tel état.
« Je veux bien », finit-elle par avouer, passant une main lasse sur son visage. « Mes mains tremblent, et je ne fais que me brûler avec l'argent. »
Je souris doucement, prenant l'une de ses mains pour venir en embrasser la paume, là où une petite cicatrice blanche a déjà fait son apparition, avant de la relâcher. Je la décale doucement, de façon à avoir un meilleur accès au corps étendu devant moi, et m'empare de la pince, retirant avec la précision d'un chirurgien chaque fragment d'argent présent dans ses blessures. Ce sont des gestes que j'ai exécuté plus d'une fois alors que j'étais en cavale, et c'est très certainement ce qui m'a sauvé la vie alors.
J'entends Shannen tirer une chaise près de moi et s'y asseoir, un lourd soupire triste franchissant ses lèvres. « Elle était si jeune... »
J'achève finalement mon opération, me tournant vers elle. « Les monstres qui lui ont fait ça l'ont précisément choisie parce qu'elle était jeune », répondis-je, un grognement sourd m'échappant. Toute cette histoire me révulse. Elle heurte profondément mon sens de la justice. Je ne comprends pas.
« Je ne pensais pas qu'ils nous retrouveraient aussi vite », m'avoue-t-elle à mi-voix, et sa confidence me fait hausser un sourcil.
« Tu sais de qui il s'agit ? »
Elle esquisse un sourire fatigué, me regardant tendrement. « Toutes ces années d'exil te font parfois agir comme un enfant ignorant, Harry », commente-t-elle d'une voix douce. « Tu ressembles à un nouveau-né ignorant tout de la vie. Mais oui, je sais de qui il s'agit. Ce sont les chasseurs. C'est leur marque de fabrique. Ils ne savent pas exactement où nous sommes, mais ils savent que notre meute existe. Le... » Elle marque une hésitation, fermant brièvement ses yeux brillants de larmes en inspirant profondément pour se donner du courage. « Le meurtre de Lily est une mise en garde. Ils sont sur nos traces. »
« Alors il faut les en détourner ! », m'exclamai-je peut-être un peu trop fort, me redressant vivement.
Elle m'adresse un regard indéchiffrable sous ses longs cils noirs, un sourire triste recourbant ses lèvres pleines. « Je savais que tu finirais par prendre cette place. Audric n'est plus capable de diriger la meute pour l'instant, Harry. Il est aveuglé par le chagrin. Il ne pense qu'à sa vengeance, et n'envisage même pas l'idée de protéger la meute. C'est à présent à toi qu'incombe notre sécurité. »
Sa déclaration me fait l'effet d'une gifle. Je reste un instant à la regarder, hébété, peinant à comprendre le sens de ses paroles. Moi ? Le lycan solitaire, le gamin immature qui n'a jamais pensé qu'à sa propre sécurité ? Je suis parfaitement incapable de prendre en compte la volonté des autres, incapable de penser à quelqu'un d'autre qu'à moi-même. C'est la raison pour laquelle j'ai toujours fuit les meutes, la raison pour laquelle la solitude me va mieux. Je suis parfaitement incapable de diriger une meute, parfaitement incapable de comprendre les besoins des uns et des autres. Je ne suis qu'un gamin égoïste !
« Je... Je ne sais pas, Shannen... Je suis parfaitement incapable de diriger une meute... »
Elle esquisse ce même sourire mystérieux, me regardant tendrement. « Si, tu sais. Ta réaction précédente vient juste de le montrer. Je ne te dis pas de prendre éternellement la place d'Audric. Mais, en tant que deuxième mâle alpha, c'est à toi qu'incombe la tâche de protéger cette meute, si Audric n'en est pas capable. Et il est très clair qu'il n'en est pas capable. »
Voyant certainement mon désarroi et ma panique atteindre un tout nouveau stade, elle se relève, venant poser une main fraîche sur ma joue, apaisant le feu qui semble m'avoir pris tout entier. « Le moment venu, tu sauras quoi faire, Harry. J'ai toute confiance en toi. »
Je crois bien que c'est justement ce qui me fait peur.
Note de l'auteur : Et voilà, Harry se retrouve face à un choix draconien (sans mauvais jeu de mots!). Reste à savoir s'il fera le bon choix.
Au fait, j'avais une petite question à vous poser : que pensez-vous de Shannen ? C'est le deuxième chapitre où elle apparaît, et je souhaiterais avoir vos retours sur ce personnage (ou sur un autre, tel que Josh ou Audric, bien qu'on les ait moins vu, comme vous voulez!).
A très bientôt !
