9.

Ça n'avait pas l'air d'un interrogatoire. Ça ressemblait même à une discussion normale. Il ignorait si c'était Hotchner qui le mettait à l'aise naturellement, ou bien s'il usait de méthodes psychologiques indétectables.

Fallait dire qu'il avait un certain charme. Wesley craquait toujours pour des hommes plus mûrs que lui, la plupart du temps hétéros. Comme cet agent fédéral.

Avec quelqu'un comme lui, il n'aurait plus rien à craindre...

Mais ces pensées se volatilisèrent bientôt, comme souvent.

« J'ai vu la conférence de presse à la télé. Ma soeur aussi. Elle m'a appelé pour me dire que je correspondais à la description des victimes. Elle a peur pour moi. »

« Et vous ? »

Wesley haussa les épaules.

Assis sur un banc en face du bâtiment qu'ils venaient de quitter, les deux hommes ne prêtaient guère attention à ce qui les entourait. Wesley avait joint ses mains entre ses jambes tendues, et regardait ses chaussures, tandis que Hotch ne le quittait pas des yeux.

« Vous avez une piste ? C'est des gens choisis au hasard ? »

« Nous avons effectivement une piste. »

C'est des gens choisis au hasard? Se répéta mentalement Wesley. Il ne veut pas répondre à ça. Il n'a pas le droit, c'est une enquête fédérale. Enfin je crois.

Il se risqua à lui jeter un coup d'oeil. Hotchner avait le regard insistant. C'était un homme autoritaire, sans le moindre doute. Et il ne comprenait pas tellement l'intérêt qu'il lui portait. Du moins à lui plus qu'à un autre. Songeur, il retourna à la contemplation de ses chaussures. Il ne connaissait qu'un être au monde capable de telles violences mais pourquoi s'en serait-il pris à tous ces gens ? Pourquoi pas à lui, directement ? Il avait accepté ses excuses, présentées dans une longue lettre, parce qu'il l'avait cru sincère. Mais maintenant...

« Wesley, parlez-moi. Qu'est-ce que vous perdez à écarter vos doutes ? »

celui-ci haussa les épaules et admit qu'il n'avait effectivement rien à perdre, si ce n'est son temps est celui de ces agents du FBI.

« J'ai vécu avec quelqu'un, il y a une dizaine d'années. Je l'ai aimé. Pendant deux ans, c'était le bonheur. Et puis il est devenu jaloux, et violent. Je savais pas quoi faire, et un jour j'ai croisé quelqu'un qui avait vécu le même enfer que moi. Elle m'a fait comprendre que je devais le quitter, si je voulais m'en sortir. Et c'est ce que je voulais, alors je suis rentré pour faire mes valises. Mais quand je lui ai annoncé que je voulais plus le revoir, il m'a cogné et m'a poussé dans les escaliers de notre immeuble. Des voisins ont tout vu, ils ont témoigné contre lui et il a pris cinq ans pour coups et blessures et tentative d'homicide. Depuis qu'il est sorti de prison, j'ai aucune nouvelle. »

« C'est à cause de lui que vous vivez dans la peur ? »

« Il s'est excusé. »

« Ça ne suffit pas. »

Wesley leva la tête, regarda les passants et les véhicules se croiser. Mine de rien, il ne s'était pas dévoilé ainsi depuis longtemps. Jamais, en réalité. Pas depuis le procès.

« Son nom. »

Il tourna la tête vers le flic, horrifié: « Hey, je veux pas lui créer d'ennuis, je sais même pas pourquoi je vous ai parlé de ça. J'aurais pas dû venir... »

« Wesley », le retint Hotchner alors qu'il s'apprêtait à se lever pour s'éloigner. (s'enfuir)

« Je vous promets qu'il ne saura rien. Je veux seulement vérifier qu'il ne vous veut aucun mal, et qu'il n'en a fait à personne d'autre. »

C'était sérieux. Il lui avait donné un suspect vraiment sérieux. Ce qui faisait donc de lui... Une victime très sérieuse.

« Alex Tierney. »

« Bien... Excusez-moi », dit alors Hotch en décrochant son portable.

Il écouta, et quelques secondes plus tard, annonça qu'il arrivait. Au même moment, une jeune femme brune sortit du poste de police en raccrochant son appareil, et en lui faisant un signe de la main. Elle était accompagnée d'un inspecteur en civil, et de deux agents de police en uniforme. Ils rejoignirent rapidement leurs véhicules, tandis que Hotchner reprit, à l'adresse de Wesley :

« Retournez au poste et demandez l'agent Jarreau, d'accord ? »

Wesley acquiesça. Plus par politesse qu'obéissance, cela dit. Parce que faire attendre le FBI, ça ne se faisait pas.

« Je vais l'appeler et lui expliquer la situation, elle va s'occuper de vous. »

« Comment ? »

« En se renseignant sur Alex. Discrètement, vous avez ma parole. Vous ne partirez pas d'ici tant qu'on n'aura pas écarté son implication dans ces meurtres. »

C'était un peu effrayant, mais ça arracha tout de même un sourire à Wesley. Finalement, c'était un très bon deal. Une très bonne idée qu'il avait eue de venir ici. Il allait enfin savoir où se trouvait son pire ennemi et s'il avait raison de psychoter.

Pourvu qu'il ne soit pas ce tueur en série qu'ils recherchaient...

Il fit un pas en avant quand Hotchner posa une main sur son épaule, puis ils traversèrent ensemble la chaussée.

Wesley le remercia, puis Hotch rejoignit la voiture dans laquelle sa collègue du FBI l'attendait. Il avait déjà l'agent Jarreau en ligne.