Bureau de recrutement de l'USMC, 3280 Russell Rd, Quantico, Virginie. 11:00

Le Lieutenant-Colonel Roswell avait été très clair. Tout le service devait collaborer sans réticence, avec le maximum de zèle. Le NCIS avait demandé à vérifier toutes les candidatures rejetées ainsi que tous les renvois des Marines sur au moins trois ans. Il y avait peut-être un cinglé qui avait assassiné le Caporal Queen. Ce dernier était très apprécié de ses camarades et il venait de se marier. Le contingent qui partait pour le Golfe et dont il devait faire partie était très remonté. Les Marines affectés au service administratif se montraient particulièrement consciencieux et désireux d'aider le NCIS. Aussi l'Agent DiNozzo et l'Officier David qui s'étaient déplacés depuis Washington étaient installés assez confortablement dans le bureau du Sergent Ribeiro. Ce dernier sous des dehors un peu raides - après tout c'était un Sergent des Marines, pas un collaborateur de Condoleezza Rice aux Affaires Étrangères - leur apportait une aide efficace, comblant les blancs dans les rapports. Son sens de l'observation, sa prodigieuse capacité à recouper les informations, et ses manières rugueuses n'étaient pas sans leur rappeler leur patron. Pour l'heure il leur détaillait un dossier récent. Un candidat qu'il avait lui-même reçu, un mois plus tôt.

- Ce type là avait une araignée au plafond, si me permettez l'expression, Madame.

- Sergent, l'Officier David a horreur qu'on l'appelle Madame.

- Ne l'écoutez pas Sergent. Continuez, s'il vous plaît.

- Physiquement, il a passé tous les tests. Bon niveau en sport, bons réflexes, tireur tout à fait honnête. Mais une approche comment dire ? Un peu trop nerveuse.

- Nerveuse ?

- Exaltée si vous préférez, Agent DiNozzo. Un goût du sang un peu trop prononcé.

Ziva David cacha précipitamment un sourire derrière sa main. Tony était vraiment trop drôle avec son air surpris. Mais le Sergent, s'il était d'un abord un peu rêche, était loin de manquer de subtilité.

- Vous croyez que les Marines sont des tueurs assoiffés de sang ?

Sa voix était mi-ironique, mi- sérieuse.

- Loin de moi cette idée, Sergent. Vous savez notre patron est un ancien Marine. Et il est ... euh, comment dire. Ziva ?

- Alors ce jeune excédé, Sergent ?

- Exalté, Ziva !

- La ferme, DiNozzo. Ne faites pas attention à lui, Sergent. Parlez-moi de ce jeune homme.

- David Parton, 21 ans, né à Oklahoma City, famille nombreuse et modeste. Cinq frères et soeurs. Père mort pendant "Tempête du désert" en 91. Bien que très jeune à sa mort, il a apparemment développé un culte pour son père.

- C'était un Marine ?

- Non, pas du tout. Il était dans l'Infanterie. Le garçon collectionnait tout un tas d'objets sur les Marines. Blasons, tenues, ce genre de choses. Il a paru gêné de m'en parler et ne s'est pas étendu. J'en savais assez de toutes façons.

- Dites-moi, Sergent, est-ce que les recrues passent un examen médical ?

- Oui, Officier David, et aussi un entretien avec un psychiatre.

- Je pensais plutôt à des analyses, comme une prise de sang par exemple.

- Oui, ça fait partie des examens de base pour repérer les maladies standards incompatibles avec le service, ainsi que les éventuels problèmes de drogue.

- Je suppose qu'il faut un mandat pour les obtenir ?

- Oui, Agent DiNozzo. Mais le Colonel Roswell tient beaucoup à ce que vous trouviez cet enfant de salaud. Excusez-moi, Madame.

- Je me demande si votre Colonel est gris, Sergent. Gris Roswell... Quoi vous ne connaissez pas Roswell et la Zone 51 ? Toi non plus Ziva ?

- Sergent, continuons nos recherches voulez-vous ? Et ne faites pas attention à mon collègue, il est un peu...

- Cinéphile ?

Bureau de l'Agent Gibbs, 14:00

Ses doigts tambourinaient impatiemment sur son bureau. Il y avait quelque chose qui lui échappait. Et pourtant, c'était juste là devant son nez, il en était certain.

Il reprit les dossiers un par un. Deuxième Classe Parker, Motel Arapaho, Montezuma. première Classe Fredericks, Hôtel Bradford, Tripoli. Vice Caporal Murdoc Northern Lands Hôtel, Jacksonville. Caporal Queen, Sunny Tropics Inn, Washington. Nom de nom !

- McGee !

Le jeune homme sursauta.

- Patron ?

- La femme de chambre du Sunny Tropics, c'est vous qui l'avez interrogée n'est-ce pas ?

- Oui

- Bon, prenez vos notes. Est-ce qu'elle a remarqué quelque chose après la mort du Caporal.

- Elle n'était pas de service à cette heure-là, patron, elle commence à 6h. Et la mort est survenue beaucoup plus tôt.

- Il faut interroger le personnel de service de nuit. Appelez-les !

- Ziva l'a fait ce matin, patron. Je peux prendre ses notes.

- Très bien. Allez-y !

McGee, installé au terminal de sa collègue, lisait à toute allure les comptes-rendus.

- Je ne vois rien de particulier, patron.

- Est-ce que quelqu'un a entendu ...

Gibbs s'interrompit. C'est si incroyable, si ... fou.

- Patron ?

- A-t-on entendu chanter ou siffloter, McGee ?

- Fermez la bouche McGee ! Alors ?

Le jeune Agent chercha fébrilement dans les notes de Ziva et leva soudain son visage ébahi.

- Le veilleur de nuit a entendu chantonner près de la chambre de la victime vers 2h30. Comment le saviez-vous, patron ?

- La petite amie de Fredericks a entendu siffloter au téléphone. Vous allez reprendre tous les rapports et cherchez si ça revient dans les autres affaires. Si ce n'est pas le cas, rappelez les témoins. Et surtout, demandez-leur s'ils ont identifié l'air. Mais il se peut aussi que personne n'ai rien entendu.

- Tout de suite, patron. Est-ce que ... ?

- C'est tellement dingue que je préfère que vous vérifiez d'abord. Moi j'appelle l'amie de Fredericks.

Ils s'attelèrent à la tâche. À un moment, McGee s'interrompit au milieu d'une phrase, déconcentré : Gibbs sifflait doucement dans le téléphone.

Laboratoire d' Abby Sciuto, 17:00

Abby avait fait des recherches ADN sur les analyses de sang rapportées par Ziva et Tony ainsi que sur toutes celles que le Directeur avait récupérées. Elle était épuisée. Mais elle adorait être débordée de travail, sous pression et au bord de la crise de nerfs. Sinon, elle s'ennuyait à mourir. La seule chose qui la terrorrisait vraiment, c'était de décevoir Gibbs. Et égarer ou abîmer un indice. L'un engendrant l'autre. Elle en aurait un ulcère.

Un bip la tira de ses pensées. Toute excitée par ce qu'elle voyait sur un de ses écrans, elle se mit à sautiller en agitant les bras. Puis elle effectua une roue parfaite qui la conduisit pratiquement dans les bras de Gibbs. Le précieux café et le Caf'Pow survécurent de justesse à la collision, grâce aux réflexes de l'ancien Marine qui esquiva la tornade gothique.

- Gibbs ! Tu as encore lu dans mes pensées !

- Quelque chose pour moi, Abby ?

- Un concordance entre l'ADNmt du cheveu et une analyse de sang que Tony et Ziva ont ramené de Quantico ! Cent pour cent de concordance !

- Ca prouve que c'est le même type ?

- Non, Gibbs, mais ils ont la même lignée maternelle. Alors les risques pour que ce soit pas le même gars sont infimes.

- Mais un bon avocat pourrait tirer profit de ça ?

- Ouais. mais c'est lui, c'est sûr ! David Parton.

- Bon boulot, Abby.

Le téléphone sonna.

- Analyses criminologiques, Abby Sciuto.

- Ok, merci.

Elle se précipita sur son ordinateur, releva son courrier électronique. Son cri de victoire arrêta Gibbs qui, impatient, avait pratiquement déjà gagné l'ascenseur !

- Gibbs, Gibbs, Gibbs !

- Ne crie pas pas, je suis là, Abby.

- Tu ne vas pas le croire, c'est génial, et presque incroyable ! L'ADNmt figure dans une des bases de données dont se sert l'étudiant du copain de Ducky ! Tu sais celui qui bosse sur les maladies génétiques...

- ... Mitochondriales, oui ! Et alors ?

- Une base de données de malades, Gibbs. Le gène mutant en question est le MTTL1, et la maladie génétique est un diabète mitochondrial.

- Et qu'est-ce que ça nous donne ?

- Une enquête est menée dans les familles, Gibbs ! Avec des prises de sang, des analyses pour dépister le diabète chez tous les membres de la famille. Ca veut dire qu'on a des chances d'avoir le sang de Parton, Gibbs ! Si on a accès à cette base, on peut prouver que c'est bien son ADNmt. La science, Gibbs !

Elle rayonnait littéralement, toute fatigue envolée. Elle se jeta sur sur lui dans une étreinte fougueuse qu'il accueilli les pieds solidement plantés au sol. Il l'embrassa gentiment sur le front. Restée, seule, elle sourait aux anges.

- J'adore mon boulot.