Chapitre 7
Tirer au pistolet fonctionnait à merveille pour ma frustration. Le presque baiser tournait en boucle dans ma tête. Encore et encore, me narguant et se moquant de mon désir d'être plus qu'une simple enfant.
De temps en temps, il tirait avec moi ou étalait quelques-uns de ses talents sur les techniques et autres joyeusetés, mais la plupart du temps, il gardait ses distances et agissait platoniquement avec moi.
Les leçons particulières et intimes de tir faisaient désormais parties du passé. Ça craignait.
Je fermai les yeux et fantasmai sur tous les aspects de son visage, et me rappelai à quel point ses lèvres étaient proche des miennes. Deux centimètres, si ce n'est un peu plus. Avant que tout cela me soit arraché et interrompu par je ne sais quelle espèce de morale qu'il croyait avoir.
Edward, un homme de morale - un code d'éthique à respecter.
Ouais, bien sûr !
C'était un gars qui avait pointé un flingue sur le visage d'un homme juste pour le voir se tortiller. Ce gars était un dealeur de drogue et un criminel fier de l'être. Il avait plus de tatouages que de peau sur son corps - et la liste était encore longue. J'étais sûre que ses infractions allaient bien au-delà.
Mais moi, je n'aurais pas le droit d'être prise par lui ?
C'était des conneries. Toute cette situation menait à une crise psychotique. Tout ce que je voulais c'était qu'il m'embrasse !
Pan.
Je voulais sentir la dureté de ses mains. Je voulais que le piercing de sa bouche roule sur mes lèvres et prendre ce putain de truc entre les dents !
Pan.
Je voulais qu'il m'attrape et me jette contre le capot de sa voiture.
Pan. Pan.
Je voulais qu'il arrache mes vêtements et presse son corps mince et ferme contre le mien, me chuchote à l'oreille pour me dire à quel point il avait envie de moi. Juste là ! Tout de suite !
Pan. Pan. Pan. Pan. Pan.
Fermant les yeux, je continuais de presser cette putain de gâchette, mais rien n'arrivait, cela ne faisait que cliquer. Le chargeur était vide. C'était le troisième chargeur que je vidais dans l'intérêt de la thérapie.
Je me tournai vers Edward.
- Je suis de nouveau à sec.
Il était penché sur sa voiture, m'observant avec une expression amusée. Il était en train de dire quelque chose mais je ne pouvais pas l'entendre.
- Quoi ? criai-je.
Il rit, secouant la tête tout en marchant vers moi. Il me tendit un autre chargeur de sa poche arrière.
- J'ai dit, sa voix était plus grave, mais un bourdonnement dans mes oreilles le fit taire, es-tu déjà sourde ?
C'était la première fois qu'il était aussi près de moi depuis le presque baiser. Je pouvais toujours voir la réticence dans ses yeux et la constante retenue de ses sentiments. Cela me dérangea.
C'était stupide. Pourquoi y apportais-je tant d'importance ? Je ne connaissais pas Edward. Cela faisait, quoi, dix-huit heures que nous nous étions rencontrés ? C'était fou d'avoir de tels sentiments pour lui. Ils étaient forts mais aussi un emmerdement bien trop compliqués. Je savais qu'ils étaient beaucoup plus forts qu'une simple amourette. Je ne comprenais pas pourquoi mais j'avais davantage envie qu'il soit proche de moi que besoin d'air.
- Viens plus près, je ne peux pas t'entendre, dis-je, attrapant sa chemise et tirant dessus.
Il céda et me permit de l'approcher de moi. Nos visages étaient à deux centimètres l'un de l'autre et je fixai sa bouche et l'observai avec beaucoup d'admiration tandis qu'il mâchouillait le piercing de sa lèvre.
- Peux-tu m'entendre ? chuchota-t-il.
J'hochai la tête, hypnotisée par ses mots.
- Bien, dit-il en souriant timidement. Il éloigna son corps, mes doigts perdirent leur emprise, et je fronçai les sourcils. On devrait y aller.
Il me prit le pistolet des mains et l'enveloppa avec précaution dans un tissu blanc. La façon dont il prenait soin de son revolver - son bébé - me rendait jalouse.
- Tu t'es bien tirée, petite, dit-il, me tapotant le dos.
Je roulai des yeux devant lui, n'essayant même pas de retenir le sarcasme de ma voix.
- Tu t'en es bien tirée.
- Quoi ? demanda-t-il, penchant la tête sur le côté avec surprise. Attends... Es-tu en train de corriger ma putain de grammaire ?
- Oublie ça, dis-je, le frôlant et piétinant vers la voiture, marmonnant contre lui.
Il n'avait aucune idée de ce qu'il me faisait. Bien sûr, j'avais été un tantinet impatiente, mais c'était uniquement parce qu'il continuait de jouer avec moi. Une minute il allait m'embrasser et puis celle d'après il me tapait dans le dos comme à un pote.
Si je savais d'une façon ou d'une autre ce qu'il ressentait pour moi, je pourrais au moins agir de façon appropriée avec lui.
Je me retournai pour affronter cet abruti. Seulement, je découvris qu'il se tenait à côté de moi avec un sourire béat sur le visage.
- Pourquoi m'as-tu emmené tirer ? demandai-je, m'éloignant de lui, irritée par sa proximité.
Il me traqua comme si j'étais sa proie et nous commençâmes à tourner autour de sa voiture.
- Parce que... tu en avais envie.
Je me moquai.
- C'est la seule raison ? Il n'y a rien d'autre ?
Nous avions fait un tour complet et étions de retour à ma porte, côté passager. Edward prit cette opportunité pour me piéger, pressant son corps contre le mien et mettant ses mains au-dessus de la voiture. J'étais cernée. Je pouvais sentir la poudre à canon et la saleté, mais entre tout cela se trouvait Edward-et il sentait... incroyablement bon. C'était déroutant et enivrant. Je devins immédiatement accro.
- Demande-moi ce que tu veux vraiment me demander, dit-il, me scrutant de ses yeux verts foncés et inquisiteurs.
Tout mon courage se fit la malle et je bataillai pour garder ma respiration sous contrôle. Il me consumait maintenant plus que jamais. Je ne pouvais penser, ou parler, ou n'importe quoi. Je le fixai juste.
- Demande-moi juste, dit-il fermement, remarquant ma réticence.
Quelque part dans ces profondeurs, je réussis à rassembler un peu de courage et à le faire sortir.
- Pourquoi ne m'as-tu pas embrassé ?
Je le choquai.
- Quoi ?
- Tu allais m'embrasser mais à la dernière minute tu ne l'as pas fait, pourquoi ? Est-ce le truc de l'âge ? Parce que si ça t'inquiète, tu dois savoir que j'aurai dix-huit ans dans moins de deux mois - quarante-quatre jours pour être exacte.
Le barrage avait été brisé et la vérité déborda, nous engloutissant.
- Je ferai attention à le marquer sur mon calendrier.
- Je me fiche que tu sois vieux.
Il plissa les yeux, me regardant.
- Je ne suis pas vieux.
- Tu as vingt-huit ans. C'est à deux années de trente ans. C'est vieux.
- Alors, pourquoi voudrais-tu être embrassé par un vieil homme comme moi, hmm ? demanda-t-il, se penchant et survolant mes lèvres des siennes.
- J'ai le complexe d'Œdipe ?
Il rit.
- Putain, petite, qu'est-ce que je vais faire de toi ?
Eh bien, j'ai quelques idées à ce sujet, Edward, et vu la façon dont tu me prends actuellement sur cette voiture, je dirai que nous sommes sur le bon chemin.
C'est ce que j'aurais dû dire, mais à la place, je me dégonflai et laissai mon insécurité prendre le dessus.
- C'est vraiment à propos de mon âge ou c'est quelque chose d'autre ?
Il gémit, penchant son front contre le mien.
- Tu ne veux pas être mêlée à des gens comme moi, Bella.
- Je le suis déjà, en quelque sorte.
Sa tête se releva et il me jeta un regard noir.
- Non, tu ne l'es pas. Je ne veux pas détruire cela.
- Je ne suis pas aussi bonne que tu le penses, dis-je, le repoussant.
Il trébucha en arrière.
- Non, je suis sûr que tu l'es.
- Vraiment ? Eh bien, je pense pourtant qu'hier soir tu m'as surprise en train de voler ta voiture, Edward. Les bonnes filles ne volent pas de voitures.
- Ouais, mais tu t'es servie de techniques que tu as vu dans des films, pas à partir de ton expérience.
- Et ? Quelle différence ça fait ? Si tu es si préoccupé par mes compétences d'amatrice, pourquoi ne m'apprends-tu pas ?
Il se pinça l'arête du nez, signe d'évidente frustration.
- Voler des voitures n'est pas quelque chose que tu peux mettre dans ton CV, petite.
Je reniflai.
- Je crois vraiment que tu as raté ton coup.
Ses yeux s'écarquillèrent.
- Tu choisis une vie de crime, maintenant ? Sais-tu à quel point ça sonne fou ? Personne ne choisit cette putain de vie, Bella, d'accord ? Elle te choisit.
- Ah ouais ?
- Ouais.
- Dis-moi, pourquoi t'a-t-elle choisi ?
- Elle ne l'a pas fait. Il sourit. Je suis l'exception.
Quel que soit les circonstances qui l'avaient mené ici, elles n'étaient pas liées au fait qu'il n'avait pas eu le choix. Apparemment il l'avait eu, et c'est à ce moment que je réalisai que j'avais fait les mêmes choix - partir de chez moi, vivre dans les rues, me mêler avec les mauvaises personnes, prendre le job de Jake, et décider de faire confiance à un criminel.
- Je la choisis, dis-je avec un hochement de tête ferme. Donc, j'imagine que ça fait de moi une exception aussi.
Ma décision était prise. Il n'y avait aucun retour possible pour moi et il pouvait argumenter et me fixer avec un regard sévère et tout ce qu'il voulait, je ne changerais pas d'avis.
Et je pensais qu'il le savait.
- Très bien ! Il grogna fortement, cédant à mes demandes. Il recula tout en me regardant. As-tu faim ?
J'essayai de cacher mon sourire victorieux et haussai les épaules avec une moue qui feignait l'indifférence.
- Un peu.
- Eh bien, je meurs complètement de faim. Foutons le camp d'ici avant que quelqu'un appelle la police et allons chercher quelque chose à manger. Et puis, petite courageuse, dit-il, m'ouvrant la portière, je t'emmène rencontrer ma famille.
