Disclaimer: Ni l'auteure ni moi ne possédons House.
Auteure : Cardio Necrosis.
Traductrice : Saturne.
A New Divide
Chapitre Sept
Je n'avais pas dormi. Ou en tout cas, pas longtemps. Je m'étais un peu assoupi pendant quelques minutes vers minuit, mais je m'étais réveillé lorsqu'une infirmière était entrée pour vérifier son état. Ma tête s'était posée sur le matelas dans un sale angle, alors quand je me rassis j'avais affreusement mal à la nuque. En revanche, j'avais téléphoné pour dire que je ne pouvais pas venir travailler et House non plus. Je me demandais si on avait déjà pensé à le signaler avant moi, parce que Cuddy se serait probablement montrée si elle avait su.
A chaque fois que je m'absentais (pour aller aux toilettes ou parce que l'infirmière m'avait demandé d'aller me prendre un petit café) je revenais aussi vite que possible. Personne ne me fit la moindre remarque sur le fait que je lui caressais le visage ou lui tenais la main. S'ils ne m'avaient pas cru la première fois que je leur avais dit qu'on sortait ensemble, maintenant ils devaient probablement me croire. Ils s'échangeaient des sourires d'un air entendu quand je dégageais une mèche de cheveux de son front, et ça n'avait pas l'air de les déranger quand ils me surprenaient à vérifier ses statistiques et ses graphiques.
Il m'avait semblé voir ses yeux s'ouvrir une ou deux fois, mais à chaque fois que je vérifiais ils étaient clos et sa respiration était régulière et cadencée, il devait donc probablement dormir.
Quand je vis sur l'horloge qu'il était quatre heures du matin, je ne pus plus m'empêcher de poser mon front sur le matelas. Je serrai sa main dans la mienne et fermai les yeux en me promettant de juste reposer ma tête pendant quelques secondes.
Il me sembla sentir quelqu'un toucher mes cheveux, mais je l'avais peut-être imaginé. Ou bien c'était peut-être le début d'un rêve, puisque c'est la dernière chose dont je me souviens.
Le bip strident de la machine me réveilla en sursaut le cœur au bord des lèvres, suffoquant. Son cœur ne battait plus, il était en train de mourir, il faisait un arrêt, il fallait que quelqu'un-
Je jetai un coup d'œil à l'écran de contrôle et vis ses battements de cœur réguliers ponctués par des bips paisibles.
Ce n'était qu'un cauchemar. Il se portait très bien.
J'avais mal au dos, mais la douleur aiguë dans ma nuque était pire. Mes paupières étaient lourdes, mais je n'étais pas dans les vapes. Ma main était toujours accrochée à la sienne, sa respiration était toujours régulière et tout était... normal. Il avait un peu repris des couleurs mais je ne savais pas s'il avait repris toutes ses couleurs ou s'il avait toujours été toujours aussi pâle. Par contre il ne transpirait plus et semblait plus paisible, c'était donc sûrement bon signe.
Je me levai et fis quelques pas dans la pièce, ne serait-ce que pour ne plus avoir les jambes en compote. Je massai ma nuque pour en chasser la douleur et me craquai le dos. Je n'avais pas assez faim pour me rendre jusqu'au distributeur automatique, et le cauchemar avait envoyé assez d'adrénaline dans mes veines pour m'empêcher de me rendormir, alors je me rassis sur la chaise et chassai les mèches de cheveux de son front, mes doigts se glissant dans ses cheveux et effleurant ses pommettes et ses lèvres, avant de vérifier son pouls bien que ce ne soit pas nécessaire.
Je jetai un œil à l'horloge – pile six heures du matin.
Est-ce que les gens trouveraient ça bizarre que je prenne un congé en même temps que House ? Enfin, je suppose que ça n'aurait aucune importance – j'avais dit au docteur que je sortais avec lui juste pour pouvoir rester dans sa chambre toute la nuit. Je savais à quel point les rumeurs se répandent vite dans l'hôpital, alors d'ici la fin de la journée, tout le monde en aurait entendu parler. Ce qui était amusant, c'est que de là où je venais, plus de la moitié du personnel pensait que nous sortions ensemble, et dans le cas contraire ils savaient que nous étions plus proches l'un de l'autre que nous ne l'avions été avec quiconque dans nos vies, alors même si nous nous mettions à sortir ensemble, ils n'auraient probablement pas trouvé ça bizarre. Par contre, maintenant, je me doutais bien que c'était le ragot le plus chaud et juteux qui soit. Tout le monde serait dérouté et surpris mais n'hésiterait pas à ruminer les signes révélateurs même s'il n'y en avait eu aucun.
Presque une heure plus tard les portes s'ouvrirent et je m'attendais à voir entrer une infirmière ou un docteur, au lieu de quoi je vis Cuddy. Elle n'avait pas de cernes sous les yeux mais elle avait l'air coupable. "Il a tenté de se suicider ?" demanda-t-elle très vite en se rendant à l'extrémité du lit pour examiner son graphique.
"Il a fait une overdose. Un mauvais mélange d'alcool, de Vicodin et de morphine, apparemment." Mon ton calme démentait ce que je ressentais à propos de cette situation. Je serrai sa main, comme pour le rassurer de ma présence, même s'il dormait – donc en fait je ne faisais que me rassurer moi-même.
"Tu es sûr qu'il n'a pas tenté de se suicider ?"
Je la quittai des yeux pour regarder fixement le visage de House tout en caressant sa joue avec la jointure de mes doigts. "Il avait de la morphine à sa disposition, Lisa. Et c'est de House qu'on parle. S'il voulait se suicider, il ne se serait pas raté." Je reportai mon regard sur elle et elle me fixait étrangement, mais dès que nos yeux se croisèrent elle détourna les yeux pour regarder le graphique.
Elle hocha de la tête, les lèvres pincées et les yeux plissés. Elle reposa le graphique, puis le regarda. "Tu en es sûr ?"
"J'en suis certain. J'étais là. C'est moi qui ai appelé l'ambulance."
Elle poussa un long soupir et baissa la tête. "C'est de ma faute."
"En quoi est-ce de ta faute ? Tu n'as pas..." Les mots que House avait bredouillés avant de perdre connaissance se répétèrent sourdement dans mon esprit, et je repensai à ce que House avait dit à Cuddy la veille dans son bureau. "Tu l'as licencié," réalisai-je tout haut.
Elle regarda le sol et je me levai de ma chaise, ma main effleurant les cheveux de House malgré moi.
"Tu as entendu ce qu'il m'a dit dans son bureau," marmonna-t-elle.
"Il parle comme ça à tout le monde !" m'écriai-je, peut-être un peu plus fort que je ne l'aurais voulu.
Elle me lança un regard furieux. "Je suis sa patronne."
"Quand tu l'as engagé, tu savais exactement à quoi t'attendre. Tu sais très bien que personne d'autre ne l'engagera – déjà à l'époque personne ne voulait l'engager ! Tu ne peux pas le licencier."
"Je suis la Doyenne de Médecine, ne me dis pas ce que je peux faire ou non," dit-elle brusquement, mais ça manquait de puissance. J'avais déjà vu Cuddy être inflexible sur une décision, et ce n'était pas le cas à présent.
"Ce qu'il a dit était déplacé, je suis d'accord. Mais il est comme ça. Tu ne peux pas t'attendre à ce qu'il te donne un traitement de faveur juste parce que tu es sa chef."
"Je subis ce comportement depuis trop longtemps, Wilson. J'en ai assez. Sais-tu combien il coûte à cet hôpital ?"
"Le licencier coûtera encore plus – ça coûtera les vies que lui seul peut sauver. Tu sais qu'il est le meilleur docteur dans ce foutu hôpital. Il réussit dans ce qu'il fait, et tu le sais. Ce qu'il a dit était impoli et il a dépassé les limites de – de ce qu'il devrait dire, mais tu ne peux pas le licencier."
Elle secoua la tête. "A part toi, personne ne regrettera son départ. Je ne comprends même pas pourquoi toi tu t'en soucies."
"Parce que c'est un excellent docteur ! Personne d'autre ne pourrait faire ce qu'il fait ! Il vaut bien plus que tous les autres que tu as employés."
Ses yeux bleus me scrutèrent de la tête aux pieds, puis elle croisa les bras. "C'est pour ça que tu as pris un congé ? C'est pour ça que tu es resté ici toute la nuit ? Parce que c'est un bon docteur ?"
"Ce n'est pas ce que je dis. Tu m'as dit toi-même que si je voulais entretenir une relation avec lui, quelle qu'elle soit, il faudrait que j'accepte de me faire brûler. Et pourtant, te voilà en train de faire exactement ce contre quoi tu m'avais mis en garde."
"Tu le supportes depuis quelques jours, et moi depuis deux décennies, il y a une différence."
J'eus un rire agressif et posai mes mains sur mes hanches. J'avançai d'un pas en secouant la tête, toujours en ricanant d'un air sombre. "Est-ce que je t'ai déjà raconté la fois où mon frère Peter et moi sommes allés camper ?" demandai-je.
"Je ne vois pas en quoi -"
"J'étais descendu de McGill pour l'été pour passer du temps avec Daniel et lui," interrompis-je. Elle eut l'air d'être sur le point de me couper la parole, mais finalement elle ferma sa bouche et haussa très haut les deux sourcils. "Daniel et Peter étaient ivres et utilisaient du feu pour allumer des fusées fabriquées à partir de bouteilles. L'un d'eux a pensé qu'elles voleraient plus haut si on les recouvraient de kérosène. Un peu de kérosène a éclaboussé la manche de Peter, et quand il s'est approché du feu, son bras a pris feu. On a réussit à étouffer le feu, mais il était affreusement brûlé – sa chemise avait littéralement fondu dans sa peau, et la peau était noircie et carbonisée. On l'a amené d'urgence à l'hôpital le plus proche. L'infirmière qui s'occupait de lui avait de la peine pour lui et a passé plus de temps que nécessaire à s'occuper de lui. Un an et demi plus tard, ils étaient mariés."
Ses sourcils étaient redescendus dans leur position initiale et elle décroisa les bras. "Y a-t-il quelque chose à comprendre dans cette histoire, ou tu espérais juste m'embrouiller pour que je sois d'accord avec toi ?"
"C'est comme ce que tu m'as dit hier. Si tu joues avec le feu, tu vas te faire brûler. Mais parfois ça vaut la peine de se faire brûler."
Parfois ça payait d'être ami avec House – surtout dans des situations dans ce genre. J'avais toujours été un bon manipulateur – j'avais compris quand j'étais petit que si je souriais d'une certaine manière, ma mère céderait – mais il avait amélioré mes talents de manipulateur.
Elle leva les yeux au ciel et poussa un soupir. Elle regarda le sol et secoua légèrement la tête avant de me regarder à nouveau dans les yeux. "Très bien. Je retire ce que j'ai dit – il n'est pas viré." Elle tourna les talons et se dirigea vers la porte, puis se retourna pour me regarder fixement. "Je ne sais pas ce que vous fabriquez tous les deux, mais c'est la dernière fois que je fais ça, compris ? La prochaine fois que je le vire, ça sera définitif." Sur ces mots elle quitta la chambre en claquant la porte derrière elle.
"Est-ce qu'il y a du vrai dans cette histoire au moins ?"
Je me retournai lentement pour le voir me regarder avec un rictus. Je me grattai la nuque en gardant une main sur ma hanche. "Hum... Mes frères s'appellent Peter et Daniel."
Il eut un demi-sourire. "Je n'aurais pas mieux fait moi-même."
Je remis la chaise qui était à côté du lit à sa place initiale contre le mur. "Depuis combien de temps tu es réveillé ?" demandai-je en me retournant vers lui.
"Je me suis réveillé par moments pendant la nuit. Mais sinon, euh... depuis une demi-heure."
Je me rappelai toutes les fois où j'avais serré sa main dans la mienne et lui avais touché le visage et les cheveux. Je sentis mes joues s'enflammer et l'air suffisant qu'il afficha me débecta. Il détourna les yeux et regarda fixement le plafond. "Je ne pensais pas que tu viendrais," admit-il d'une petite voix, presque enfantine.
"Tu aurais préféré que je ne vienne pas ?"
Il changea de position sur son lit puis soupira. "Allez, on se barre d'ici, hein ? J'en ai marre."
Je souris, sachant ce que cela signifiait dans le langage de House, même s'il ignorait que je le connaissais.
Cinq ans, ça faisait cinq ans qu'il était marié avec Bonnie – alors pourquoi donc avait-il l'impression que ça faisait vingt ans ? Il l'aimait... Ou du moins, il avait cru l'aimer. En tout cas, il l'avait aimée autrefois. Il se rappelait avoir aimé rentrer à la maison auprès d'elle après une longue journée de travail et puis s'allonger à côté d'elle dans le lit, humant sa chevelure et lui embrassant le visage. Mais maintenant il commençait à en avoir marre de ces disputes constantes.
Bonnie avait fini par détester ses horaires tardifs. Au début ça ne la dérangeait pas – en fait, il avait cru qu'elle appréciait d'avoir du temps pour elle-même. Elle avait un travail elle aussi, même si elle n'y était pas particulièrement douée. Ils n'avaient pas besoin de passer tout leur temps ensemble. Ils avaient eu des disputes, bien sûr, mais alors que les mois s'écoulaient, ça s'empirait au lieu de s'améliorer.
Il supposait que cette fois-ci c'était bien de sa faute. Il avait réussi à oublier son propre anniversaire. Pour sa défense, la semaine avait été longue – House avait un patient particulièrement difficile, ce qui signifiait qu'il menait la vie dure à sa nouvelle équipe et à tout le monde dans l'hôpital. Pour empirer encore les choses, trois des patients de Wilson étaient morts et il avait dû annoncer à deux autres qu'il ne leur restait que quelques mois à vivre. Avec toute la paperasse, les patients, et la merde que House foutait, ça n'avait rien de surprenant qu'il ait cru qu'on était jeudi au lieu de vendredi. Il n'avait pas oublié son anniversaire – il était juste en retard d'un jour entier.
Bonnie ne l'avait pas vu de cette façon, bien entendu. Elle n'avait pas constamment l'impression qu'il avait une maîtresse, mais de temps en temps elle l'accusait de la tromper, et pendant plusieurs jours, soit elle se disputait avec lui, soit elle lui faisait la gueule. A chaque dispute, il regrettait de plus en plus de lui avoir raconté qu'il avait couché avec sa camarade de classe et se demandait s'il n'aurait pas mieux fait de lui mentir à propos de son divorce.
Quand il rentra tard pour le dîner qu'elle avait préparé depuis des semaines, et qu'il n'avait même pas su quel jour on était, il avait pu voir son cœur se briser rien qu'à l'expression de son visage. Il avait compris quelques secondes trop tard, et elle en avait déduit qu'il venait de la tromper. Ça avait provoqué encore une nouvelle dispute, et il s'était surpris à se demander s'il aimait encore sa femme, parce que franchement à ce moment, il avait plutôt l'impression qu'elle était sa colocataire.
"Dure journée ?" Il regarda la jolie brune qui se glissait sur le tabouret de bar à côté de lui, son fard à paupières d'un noir brumeux faisant ressortir ses yeux verts.
Il esquissa son fin sourire plein d'auto-dérision dont Bonnie avait dit qu'il était la raison pour laquelle elle était tombée amoureuse de lui, et remarqua qu'il ne portait pas son alliance. Beaucoup de docteurs avaient l'habitude de retirer leur alliance afin de ne pas la perdre dans un patient, ce n'était donc pas si étrange, mais il eut soudain l'impression qu'il devrait remarquer ce genre de chose.
Il lui offrit un verre ou deux, mais pas suffisamment pour l'enivrer. Il ne fut pas surpris lorsqu'elle lui proposa de passer chez elle 'prendre un café', et il hésita pendant un moment.
Il ne se sentit qu'à moitié coupable lorsqu'ils se laissèrent tomber dans son lit quelques minutes plus tard.
House était parti contre l'avis médical, mais vu qu'il n'était pas suicidaire ils ne pouvaient pas le forcer à rester. Nous avons dû les écouter essayer de le convaincre jusqu'à ce qu'il attrape mon épaule au beau milieu d'une phrase et me traîne dehors.
"J'aurais aimé que tu aies la présence d'esprit de mettre la pizza au frigo avant d'appeler les secours," dit-il en poussant du pied la boîte de pizza. Nous avions pris un taxi pour nous rendre chez lui, surtout parce que j'y avais laissé ma Volvo et que je ne pouvais donc pas rentrer chez moi et me retrouver demain sans moyen de transport pour aller au travail. Et je n'avais pas la moindre envie de prendre le bus.
J'eus un ricanement et mis mes mains sur mes hanches. "A ta prochaine overdose j'y penserai sans faute."
House se pencha et ramassa la boîte de pizza, puis boita (sans canne) en direction de la poubelle. "Alors comme ça, on file le parfait amour ?"
"Quoi ?"
"Bah, tu étais dans ma chambre toute la nuit. Tu as dû leur dire quelque chose, et vu qu'on ne se ressemble pas du tout – bon, et vu aussi que tout le monde dans l'hôpital nous connaît – ça m'étonnerait que tu leur aies dit que tu es mon jumeau maléfique caché. Donc... on sort ensemble ?"
Je me massai la nuque. "C'est ce que je leur ai dit," avouai-je sans trop savoir comment il allait réagir.
"Logique. Tu es conscient que demain on va faire l'objet d'un potin juteux. Plus rien à foutre du Brangelina, désormais ça sera du Hilson. Ils feront même des t-shirts."
"Hilson ? Ça fait nom d'hôtel miteux."
"C'est ce qui est à la mode en ce moment. Faire fusionner les noms. Essaye d'être à la page." Il avança en serrant les dents à chaque pas, jusqu'à ce qu'il se retrouve tout juste dans mon espace personnel. Comme j'avais l'habitude je ne reculai pas, et honnêtement, je pense qu'il fut surpris, puisqu'il plissa les yeux et m'examina de la tête aux pieds. "Pourquoi tu leur as dit que j'étais ton mec ?"
"Ils ne m'auraient pas laissé entrer dans ta chambre si je-"
"Ce n'est pas ce que je veux dire," coupa-t-il en s'approchant encore plus. "Tu savais que j'allais m'en tirer. Tu as appelé l'ambulance, tu y es monté et as fait le chemin jusqu'à l'hôpital, ils t'ont dit qu'ils m'avaient fait un lavage d'estomac – alors pourquoi ? Pourquoi passer la nuit entière dans ma chambre d'hôpital ? Ils ne t'auraient pas pris pour un sale type si tu n'étais pas resté. Je me suis réveillé deux ou trois fois, et à chaque fois, tu étais là."
Heureusement, il ne parla pas du fait que je lui caresse les cheveux et lui tienne la main. Je mis à nouveau mes mains sur mes hanches et traînai mes pieds sur le sol. "J'étais... J'étais inquiet," admis-je en sentant à nouveau mes joues s'enflammer.
"Personne n'est aussi inquiet à moins d'être vraiment amoureux de quelqu'un, ou d'éprouver de la culpabilité."
J'eus un soupir. "Culpabilité ? Je n'y suis pour rien si tu as fait une overdose. Ce n'est de la faute de personne, sauf de la tienne."
"Oh, bon sang, on dirait que c'est l'heure du sermon."
"House, tu t'es injecté de la morphine après avoir gobé une poignée de Vicodin et quelques verres de scotch ! Tu as failli te tuer, et c'est à moi que tu demandes ce qui ne va pas ?" Encore que il avait probablement bu un peu plus que 'quelques' verres.
"Je n'essayais pas de me suicider," dit-il brusquement.
"Non, mais tu te fichais de vivre ou non. Je ne suis pas stupide – tu n'es pas suicidaire. Tu as juste un comportement auto-destructeur."
"Si je dois écouter ces conneries, alors j'aurais bien voulu être suicidaire, parce que ce qui est sûr c'est que tu me donnes envie de me foutre un flingue dans la bouche, là."
Je soupirai et levai les deux mains en signe de capitulation. "Je n'essaye pas de te faire la leçon. Ce n'est pas moi qui ai commencé cette conversation, à la base."
"C'est toi qui n'arrête pas de l'éviter. Les déjeuners, m'amener en pleine nuit dans un restaurant, arrêter de fumer... On t'a greffé une autre personnalité ou quoi ? Ou est-ce que tu as subi une opération chirurgicale pour retirer le balai qui était dans ton cul ?"
Je levai les yeux au ciel avec un soupir. "Ce... ce n'est rien." Il leva bien haut les sourcils visiblement il ne me croyait pas. "Écoute, tu – tu ne me croirais pas si je te racontais."
"Tu essayes encore de t'esquiver. On ne devient pas gentil avec les gens qu'on hait sans aucune raison. On n'arrête pas de fumer comme ça et les alcooliques ne s'arrêtent pas non plus de boire après deux verres." Je transférai mon poids sur mon autre jambe, incapable de trouver quelque chose à dire. Je ne pouvais pas lui dire pourquoi je lui avais payé son déjeuner et pourquoi je l'avais amené dîner au restaurant – à ce moment j'ignorais encore que je me trouvais dans une autre réalité. Comment pourrais-je lui expliquer ça, alors que je n'étais pas sûr de le comprendre moi-même ? Étais-je devenu complètement fou, ou Noël avait-elle exaucé le souhait futile que j'avais formulé dans un accès de colère ?
Il se redressa d'un air menaçant devant moi, et je sus qu'il essayait de m'intimider. Ça aurait peut-être marché si je n'avais pas passé autant de temps avec lui.
Je soupirai. "Tu ne pourrais pas juste accepter que j'aie envie... d'aller de l'avant, House ? Est-ce que tout doit cacher des arrière-pensées ?"
"Alors quoi ? Tu t'es réveillé un beau matin et tu t'es dit 'hé, House a l'air d'un gars intéressant... Peut-être que je devrais lui payer le déjeuner, même s'il a tué ma copine' et c'est tout ? Ou est-ce que c'est... autre chose ?" Il prononça ces derniers mots avec prudence en détournant légèrement la tête. Il essayait de me dire quelque chose, mais je n'arrivais pas à comprendre ce à quoi il faisait référence.
Il avait presque l'air vulnérable.
"Tu n'as pas tué Amber," insistai-je. Je ne supportais pas le fait qu'il ignore ce qu'il s'était réellement passé, même si j'imagine que si je ne l'avais pas forcé à profondément stimuler son cerveau avec l'électricité, il n'aurait jamais su les circonstances de sa mort. Je ne le lui aurais jamais demandé si nous n'avions pas été amis, et il ne l'aurait pas fait si je ne comptais pas pour lui. Mais pourquoi n'avait-il pas vérifié le rapport d'autopsie ?
Il plissa légèrement les yeux comme il le faisait toujours quand il comprenait quelque chose, même si je doutais sincèrement qu'il puisse deviner. Il recula d'un pas et fronça les sourcils. "Tu sais quelque chose que j'ignore. A propos d'Amber. Tu n'arrêtes pas de dire que je ne l'ai pas tuée... C'est bien de ça qu'il s'agit, n'est-ce pas ?" Son visage de décomposa et il eut soudain l'air malade. C'était logique, je suppose. Il avait passé tout ce temps à penser à ce qu'il avait bien pu arriver. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il s'était passé cette nuit-là.
J'ouvris la bouche sans trop savoir ce que j'allais dire.
"Qu'est-ce que tu sais ? Dis moi," exigea-t-il. Je regardai le sol et remis mes mains sur mes hanches en raclant le sol de mes pieds. Qu'est-ce que je pouvais lui raconter sans avoir l'air d'en savoir trop ? Et qu'y avait-il eu de différent ici, d'ailleurs ? "Est-ce nous... Est-ce que elle et moi, euh..."
Je me souvins que nous nous étions tous les deux demandés s'ils avaient eu une liaison. Je secouai la tête. "Non. Je, euh... En faisant le ménage, j'ai trouvé un mot. Elle, euh... elle a écrit qu'elle allait te chercher. Dans un bar."
Il me regarda fixement comme pour chercher sur mon visage une preuve que je mentais. Finalement il recula d'un pas et se dirigea vers le canapé. Il s'assit et regarda fixement l'écran noir de la télé en pinçant les lèvres. "J'ai dû l'appeler pour qu'elle vienne me chercher. C'était la seule dans mon équipe à ne pas être complètement stupide." Il se pencha en avant et se couvrit le front avec sa main, comme pour le soutenir.
"Vous n'aviez pas une liaison, et... tu n'étais pas responsable de sa mort. Tu n'aurais pas pu l'éviter. Ses gélules contre la grippe, elles... Ses reins n'ont pas pu... Empoisonnement à l'amantadine." Je me raclai la gorge en essayant de retenir mes larmes. Je pouvais les sentir me brûler les yeux, et je ravalai la boule qui venait d'apparaître dans ma gorge.
"Comment tu sais ça ?"
Ah oui, c'est vrai. Il avait compris ça pendant sa stimulation du cerveau. "J'ai... trouvé une ordonnance pour des gélules contre la grippe."
"Tout s'explique. J'aurais dû..." Il secoua la tête, et lentement il se mit à la hocher à la place. "C'était donc pour ça. Les déjeuners, le dîner au restaurant... Tu savais que nous n'avions pas eu de liaison. Tu m'avais accusé et je n'avais pas pu nier, et alors..." Je n'aurais pas su dire s'il avait l'air déçu ou juste agacé à ce souvenir.
"Je suis désolé," murmurai-je.
Je pouvais très bien l'imaginer. Ne sachant pas pourquoi House et Amber s'étaient trouvés ensemble dans le bus, je m'étais demandé s'ils avaient une liaison. D'un coup, ça expliquait pourquoi toutes les affaires de Amber avaient disparu – pas parce que House s'en était débarrassé, mais parce que j'étais furieux à l'idée qu'elle m'ait trompé avec un homme que, visiblement, je n'avais jamais apprécié.
"Ne sois pas désolé. Si elle l'avait voulu, je n'aurais pas dit non," me dit-il.
"Tu avais des sentiments pour elle." J'avais bien essayé de le formuler comme une question, mais ça avait sonné comme un constat.
Il redressa sa tête après avoir retiré sa main de son front et me lança un regard, avant de baisser les yeux vers le sol. "Elle était la seule personne de mon équipe à ne pas être une demeurée," éluda-t-il, et je n'avais pas besoin de plus. Il avait bien eu des sentiments pour elle – ou du moins, il avait eu du respect pour elle. Et apparemment elle avait fait partie de son équipe. Ça expliquait pourquoi Numéro Treize n'était pas venue travailler depuis que je m'étais retrouvé dans cet étrange univers.
Je marchai jusqu'au canapé et m'assis à côté de lui. Il me regarda, fronça les sourcils, puis se décala de quelques centimètres pour s'éloigner de moi. Je n'avais pas réalisé à quel point nous étions proches. Je m'éloignai moi aussi de quelques centimètres, et me grattai la tempe en détournant les yeux. Au fil des années nous nous sommes assis de plus en plus près l'un de l'autre, et je n'avais pas pensé à ça.
"C'était injuste de ma part d'avoir... réagi de la sorte après sa mort," lui dis-je, et étrangement, je n'avais pas besoin de mentir à ce sujet. J'avais peut-être réagi différemment, mais j'avais quand même été injuste. Je suppose que ma psychiatre aurait pensé le contraire, mais elle ne pouvait pas tout comprendre. Bordel, jamais personne ne comprendrait vraiment comment nous nous comportions ensemble – parfois, moi-même je n'y comprenais rien. Tout ce que je savais c'est que sans lui, j'étais malheureux, et que quand j'étais avec lui, je ne l'étais pas.
"Bien sûr que non. Tu pensais que je sautais ta copine. Tu l'aimais."
"Oui, je l'aimais vraiment."
"Bordel, si ça se trouve y aurait eu du mariage dans l'air plus tard. Tu penses que la troisième fois est la bonne ?"
Troisième fois ? Donc quoi, je n'avais jamais épousé Julie ? Bon, je suppose que ça paraît logique, vu qu'elle avait été la kinésithérapeute de House. Si je n'avais pas passé autant de temps chez lui, je ne serais jamais tombé amoureux d'elle. Quant à épouser Amber... je n'avais pas voulu me jeter dans ce genre de relation avec elle, et je ne crois pas qu'elle en ait eu envie non plus, alors aucun de nous deux n'avait parlé de mariage. Mais quelques mois plus tard, un an plus tard, qui sait ? Peut-être qu'on se serait fiancés. Toutefois, comme je l'apprenais à mes dépens en ce moment même, il valait mieux ne pas ruminer sur ce qui aurait pu être.
"Elle était exactement ce dont j'avais besoin, et tout ce que je voulais." Je fronçai les sourcils en me souvenant de House qui me disait qu'on couchait ensemble. C'était logique. Bien sûr que j'étais attiré par elle – elle était tout ce que mon meilleur ami était, enveloppé dans un corps de femme. Je l'avais aimée pour elle-même, bien entendu, mais j'avais aussi aimé House. C'était toujours douloureux de penser à elle et au fait que de toutes mes relations, elle avait été celle qui avait eu le plus de chances de réussir.
"Ouais, uniquement parce qu'elle était moi," me taquina House, et je le regardai bouche bée. Ici aussi ? "Oh, ne le nie pas."
"Je n'allais pas nier," me dépêchai-je de dire, juste surpris que même dans cette réalité il ait réalisé ça.
"Bien. C'était une abominable sorcière, mais je suppose que ça lui convenait. Ça te convenait à toi aussi, apparemment."
Il ne me regardait pas. Il regardait fixement l'écran éteint de la télévision, blême et les lèvres pincées en une fine ligne, et j'aurais voulu qu'il n'ait pas l'air aussi malade.
"Je devrais peut-être rentrer chez moi," décidai-je en réalisant que si dans ma réalité House aurait été plus que ravi que je squatte toute la journée, ce House-ci ne me connaissait même pas. Et puis évoquer Amber avait jeté un froid.
Il posa sa main sur mon genou et appuya dessus pour m'empêcher de me lever. "Tu n'as pas du tout dormi la nuit dernière," fit-il remarquer avec raison, et je me détendis, m'affalant davantage dans les coussins en réalisant à quel point j'étais fatigué.
Mon sommeil avait été interrompu par de brefs cauchemars où il mourrait, ou à cause de la douleur dans ma nuque à force de poser mon front contre son matelas. Son pouce caressa mon genou si brièvement et si légèrement que je crus presque l'avoir imaginé. J'ouvris mes yeux et le regardai. Il fixait sa main, mais comme s'il pouvait sentir que je le regardais, il leva la tête et plongea ses yeux dans les miens.
Il s'appuya sur ma jambe pour s'aider à se lever en vacillant très légèrement. J'amorçai un mouvement pour le soutenir, mais une seconde plus tard il semblait avoir retrouvé son équilibre et je me réinstallai dans les coussins. "Bonne nuit," murmura-t-il, et je le regardai partir vers sa chambre en attrapant sa canne au passage.
Je ravalai la boule dans ma gorge, avant de m'allonger, appuyé contre le bord du canapé en fermant les yeux.
Si Wilson avait su que voter pour garder House dans l'hôpital lui coûterait sa place au conseil d'administration, il ne l'aurait pas fait. Il avait été surpris de voir Cuddy lever la main après tous les efforts qu'elle avait faits depuis des années pour l'y garder. Il avait pensé que peut-être que c'était l'argent de Vogler qui motivait ses décisions, et Wilson ne pouvait pas lui en vouloir – c'était une grosse quantité d'argent qu'elle pourrait utiliser pour plein de choses.
Il savait que tout le monde avait été surpris de le voir regarder Vogler dans les yeux et lui dire "Contre." De tout le personnel de l'hôpital, c'était Wilson qui s'était le plus disputé avec House (à part Cuddy, bien évidemment). Son bureau était juste à côté de celui de House, et ils n'avaient jamais pu se blairer, même pas une fois. Néanmoins, pourquoi devraient-ils être surpris ? Il avait pris les cas et les heures de consultation de House, même si ce dernier l'avait appelé pendant sa lune de miel et s'était introduit chez lui par effraction. Pourquoi ? Parce que House était un excellent docteur.
Son bureau étant juste à côté de celui de House, seulement séparé par la salle de diagnostic, il avait été aux premières loges pour voir à quel point il pouvait se montrer obsessionnel avec ses patients. Il avait vu de nombreuses de fois, alors qu'il était en pleine conversation avec un membre de son équipe, ou avec Cuddy, ou même avec lui, House se précipiter hors de la pièce (aussi vite qu'il le pouvait en boitant) pour sauver le patient avec un diagnostic de dernière minute. Il diagnostiquait et sauvait des patients que nul autre n'aurait pu sauver.
Il avait même dit ceci à Vogler. "Il diagnostique des cas que nul autre ne pourrait élucider – peut-être qu'il ne prend pas tous les cas qu'il devrait prendre, mais ceux qu'il ne prend pas peuvent aisément être diagnostiqués par n'importe qui d'autre. Mais pour ceux qu'il prend ? Personne d'autre ne pourrait faire ce qu'il fait."
Il avait eu envie de dire à cet enfoiré avide de pouvoir que la seule raison pour laquelle House lui posait problème, c'était parce qu'il ne portait pas de blouse blanche. Que si le sort de l'hôpital et des patients lui importait vraiment, alors il aurait été heureux de garder House. Il voulait dire à Vogler qu'il s'évertuait à gérer l'hôpital comme si c'était une entreprise ou une espère de business, alors que ce n'était pas que ça. Gérer l'argent comme un business était une chose – gérer des centaines de personnes malades et mourantes comme si elles n'étaient que des chiffres en était une autre. Mais il ne dit rien. Et il n'évoqua que des raisons complètement diplomatiques.
Wilson avait toujours été quelqu'un de compatissant. Il faisait partie de ceux qui deviennent docteur pour aider les gens, et non pour l'argent. Quand il voyait un sourire sur le visage d'un patient, ça lui rappelait pourquoi il avait suivi des études aussi longues pourquoi il avait supporté l'école de médecine pendant des années. Et il avait beau haïr House, ils avaient beau se disputer, et le diagnosticien avait beau lui faire perdre son temps, il ne pouvait pas nier que House était de très loin un meilleur docteur que lui – il n'avait pas honte de l'admettre. Même si ce connard gobait ses gélules comme des bonbons et venait le plus souvent défoncé au boulot, il parvenait tout de même à sauver presque tous les cas qu'il prenait, et s'il ne les sauvait pas, il trouvait ce qui les avait tués, ce qui était bien plus que ce dont auraient été capables la majorité des docteurs. Wilson le respectait en tant que docteur, et respectait ce qu'il faisait pour ses patients – voilà tout. Ce n'était pas juste parce qu'il n'aimait pas le personnage qu'il ne pouvait pas réfléchir objectivement à la décision que lui présentait Vogler.
Mais s'il avait su que Vogler se retournerait contre lui et qu'il deviendrait sa cible, il aurait levé la main comme tous les autres. Il savait que tout le monde dans le conseil l'appréciait – mais pas autant qu'ils ne détestaient House. Et aucun d'entre eux n'était assez objectif pour penser comme l'avait fait Wilson, en prenant les patients en compte. Non, ils ne penseraient qu'à se débarrasser du connard à la canne, et à obtenir l'argent. Maintenant qu'ils savaient quel sort leur réserverait Vogler s'ils votaient contre ses attentes, la peur entrait aussi en compte. La peur de perdre leur propre travail.
"Si j'avais su que vous alliez me renvoyer, j'aurais voté autrement," lui avait rapidement dit Wilson.
"Donc vous voterez différemment demain, alors ?" lui avait demandé Vogler, et Wilson, ne voulant pas être licencié pour House (il ne le respectait pas à ce point), accepta.
Maintenant Wilson faisait les cent pas dans son bureau, glissant alternativement ses mains dans ses cheveux, puis les posant sur ses hanches. Il avait envie d'un verre, mais contrairement à certains autres docteurs dans l'hôpital, il ne planquait pas de drogue ou d'alcool dans son bureau. Par contre, dès qu'il sortait du travail, il se rendait directement dans un bar.
Il jeta un œil à sa main gauche pour voir s'il avait mis ou non son alliance. Il ne l'avait pas mise, et il ne se souvenait vraiment pas de quand est-ce qu'il l'avait portée pour la dernière fois. Il avait tenu cinq ans sans déraper, mais une fois le mal fait, c'était comme si quelque chose en lui s'était déchaîné. Il n'aimait même pas les femmes avec qui il couchait plus qu'il n'aimait Bonnie – il savait juste comment jouer à ce jeu. Il savait quelles questions poser, combien de temps maintenir le contact visuel, si la fille était intéressée ou non par un coup d'un soir, et tout ce qu'il y avait à savoir d'autre pour se retrouver ivre dans sa chambre une heure plus tard.
Il se détestait toujours le lendemain matin, et lorsque la culpabilité le consumait, il couvrait Bonnie de cadeaux, trop effrayé pour avouer la vérité, mais uniquement parce que ça avait causé son divorce la dernière fois. Mais il sentait la culpabilité bouillir sous la surface et il n'y avait pas à se demander si oui ou non il avouerait, mais quand.
Il se disait qu'il ne la tromperait pas ce soir – que s'il allait dans ce bar, il prendrait un taxi pour rentrer à la maison et dormirait à côté de sa femme. Il se demandait si au bout d'un moment il finirait par ne plus se dire ça, ou s'il trouverait un moyen de contrôler sa libido.
Bonnie et lui ne se parlaient que rarement, et il pouvait s'écouler des semaines sans qu'ils ne fassent l'amour. Et quand ils le faisaient, il s'assurait de la satisfaire, mais sans l'être vraiment lui-même. Le sexe n'avait jamais été un problème pour eux, mais à présent ça se faisait de plus en plus rare. Elle était tellement calme et sans intérêt. Elle s'était trouvée dans une situation difficile quand ils s'étaient rencontrés, et il avait été attiré par son attitude discrète, mais maintenant il avait besoin d'autre chose – quelqu'un de plus enflammé, de plus dominateur, peut-être...
Il marchait constamment sur des œufs quand il était avec elle, de peur qu'elle ne le quitte si elle apercevait une autre facette de lui. Il ne voulait pas hausser le ton – ça pourrait la briser. Il commença à se demander si elle l'avait vraiment connu et si elle avait seulement épousé celui qu'elle avait cru voir en lui. Puis il se mit à se demander si au moins il se connaissait lui-même.
La porte s'ouvrit sans que personne n'ait frappé, et il fit volte-face pour se trouver face à House, sans avoir eu à se demander de qui il s'agissait. House referma la porte derrière lui tout en examinant Wilson de la tête aux pieds. "J'ai appris ce qu'il s'est passé à la réunion du conseil d'administration."
"Comment t-tu as pu savoir ça ? Peu importe, je m'en fous de savoir comment tu l'as appris."
House reporta son poids sur son autre pied, mais Wilson ignorait si c'était pour faire circuler le sang dans la jambe et éviter la douleur, ou parce que la situation le mettait mal à l'aise. "Ça fait plaisir de voir qu'au moins une personne dans l'hôpital a la tête bien ancrée sur les épaules. Je ne m'attendais pas à ce que tu sois cette personne, mais hé, je me contente de peu."
Wilson eut un rire sans joie, et d'un ton si sombre et mauvais qu'il en fut lui-même choqué. "Je ne le faisais pas pour toi."
"Je sais."
"Et j'ai failli perdre mon boulot à cause de ça. La seule raison pour laquelle je suis encore ici c'est parce que j'ai promis de voter différemment demain."
Leurs yeux se croisèrent et la pièce se chargea d'électricité autour d'eux. Wilson avait déjà vu ses yeux auparavant, mais ils n'avaient jamais échangé un tel regard. C'était troublant, et sans qu'il ne sache pourquoi, il y avait dans son estomac comme une palpitation qu'il ne pouvait expliquer. House tapa le sol de sa canne et se mordit la lèvre. Après une seconde, il esquissa un rictus. "Tu voteras la même chose," promit-il sombrement avant de se glisser hors de son bureau, comme s'il n'avait jamais été là.
Cette nuit-là, Wilson se soûla, mais il déclina l'offre de la beauté décolorée aux yeux marrons assise à côté de lui qui lui avait proposé d'aller chez elle. Il rentra heureux chez lui et embrassa Bonnie jusqu'à ce qu'elle soit essoufflée, qu'elle se mette à califourchon sur lui en se rappelant soudain pourquoi elle était encore mariée avec lui.
Le lendemain, Cuddy refusa de voter contre House, et Wilson ne fut qu'à moitié choqué de se rendre compte qu'il n'avait pas tenu sa promesse faite à Vogler et avait voté à nouveau pour garder House. Vogler partit, emportant avec lui son argent. Plus tard, alors que Wilson était dans son bureau à faire de la paperasse, House glissa sa tête par la porte juste pour lui dire : "Je te l'avais bien dit" et Wilson jeta sa boîte à crayons sur la porte lorsqu'il la referma derrière lui.
Le soir-même, il n'était même pas ivre lorsqu'il entra à tâtons dans un étrange appartement en embrassant une femme dont le nom n'avait aucune importance. Il tenta de ne pas se focaliser sur le fait que ses yeux étaient presque de la même nuance de bleu que ceux de House.
(Je pars en vacances pour les fêtes de fin d'année, la suite en 2012 !)
