Résumé du précédent chapitre: le mois d'octobre est passé comme un ouragan, portant en son sein des énigmes à priori insondables, à savoir l'origine de la maladie, la mort du médecin, le suicide d'un elfe, la réjouissance de cet inconnu démoniaque et tant d'autres encore…Harry, Ron et Hermione sauront-ils percer à temps tous ces mystères et retrouver la clé manquante du puzzle?
Parole de l'auteur:je tiens à remercier carole pour sa review, d'ailleurs qu'est-ce que ça a donné ce bac de français? Tiens-moi au courant! Je t'avoue qu'au début, je n'ai pas été tout de suite interpellée par Camus. Ce n'est que tout récemment qu'il revenu en tête et que je me suis rendue à quel point son oeuvre est remarquable.
Ce chapitre-là est nettement plus intéressant, j'adore tourmenter mes chers héros. Je signale au passage que je ne suis PAS «anti-Ron», ni «anti-qui-que-ce-soit-d'autre»! Donc attention aux contre-sens que vous pourriez faire, et mort aux préjugés antiques!
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Chapitre 7: Novembre ou les querelles
Synonymes du mot querelle: accrochage, altercation, bagarre, brouille, chicane, conflit, désaccord, difficulté, discorde, dispute, échauffourée, empoignade, heurt, polémique, rixe, scène.
«…Je te hais Malefoy!…Croyez-vous que ce soit plus facile pour nous…Oh toi! Ce n'est pas le moment de crâner…Sois mille fois maudit…»
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L'homme en blouse blanche sortait de son lieu de travail: un cabinet dentaire, épuisé après une longue journée de travail. Il avait dû extraire des dents de sagesse, réconforter des adolescents terrifiés (Nda: Ça, c'est du vécu! Et allez, quatre d'un coup! Dzzzzzz, schlak-schlak! ^^), et soigner quelques caries, rien d'exceptionnel en somme. Il avait hâte de retrouvé sa femme et sa maison.
Soupirant d'aise, il s'installa au volant, attacha sa ceinture et démarra comme d'habitude. Il connaissait la route par coeur, c'est pourquoi il ne fit pas attention tout de suite au danger qui déboucha de la rue à droite. Lorsqu'il s'en rendit compte, il freina brusquement…trop tard, la voiture percuta violemment le camion.
Le cinq novembre, à vingt heures trente, le docteur H. Granger décéda dans un banal accident de voiture.
Sa mort aussi tragique que brutale, entraîna celle de sa femme peu de jours après. Ivre de douleur, celle-ci absorba trop de cachets, largement au-dessus de la dose prescrite; elle mourut sans rémission d'une overdose de médicaments.
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Hermione était extatique, elle venait de recevoir le colis de ses parents, son contenu dépassait toutes ses espérances: médicaments, livres, recherches sur internet…tout y était, c'était fantastique! Elle constata que le courrier avait tout de même trois jours de retard, mais elle s'en moqua; tant qu'elle avait des nouvelles de ses parents, elle se moquait bien du temps que cela pouvait prendre.
Elle aurait bien voulu tester les antibiotiques sur les patients, malheureusement ce n'était pas envisageable: d'une part à cause du risque de la contagion, d'autre part jamais les médicomages ne la laisserait administrer des médicaments moldus à leurs précieux malades sorciers.
Hermione croyait qu'il s'agissait uniquement d'une question d'amour-propre et d'obstination imbécile de la part des médicomages…en quoi elle avait tort. Car comme tout être humain, elle avait aussi des préjugés et des idées fausses au sujet de certains domaines: la médicomagie, le ministère de la magie, les serpentards…
Il y avait autre chose qui inquiétait la jeune fille: c'était les ragots qui circulaient dans les couloirs depuis environ une semaine: les enfants de moldus seraient responsable de l'avènement de la peste à Poudlard. Hermione n'aimait pas du tout ça, mais elle était malheureusement trop intelligente et trop naïve pour imaginer qu'il eût des élèves assez stupides dans ce château capables de prêter l'oreille à de telles bêtises.
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Au même moment:
«Tu crois qu'il s'est laissé embobiné par ces rumeurs?» Demanda Théodore Nott à voix basse.
Assis en tailleur dans un des fauteuils de la salle commune, juste en face de son ami, Blaise Zabinni tourna la tête en direction de Drago Malefoy. Celui-ci discutait avec une charmante Serpentard de septième année; ils ne semblaient pas encore très proches, mais ni Blaise, ni Théo n'étaient dupes. Zabini hocha la tête et répondit:
«Franchement je ne sais pas. Il n'a pas encore dit ce qu'il pensait de ces bruits de fonds.
-Mais il n'est pas du genre à croire de telles salades, n'est-ce pas! Insista Théo avec fougue.
-Comment veux-tu que je le sache? Je ne suis pas son confident. S'emporta Blaise. Il n'a pas prononcé un mot au sujet de la maladie.
-Je le croyais que tu le connaissais.
-Oui certes…enfin, c'est plus compliqué que ça. Oui, c'est un ami, j'apprécie sa compagnie. Mais…je…j'ai honte de l'avouer, au fond, je ne le connais pas vraiment: il se livre peu, il est méfiant et il pense bien plus qu'il ne parle.
-Enfin, il doit bien émettre un avis personnel de temps en temps quand même.
-Bien sûr, quand il s'agit de régler des problèmes qui ne le concernent pas. Mais par exemple, il ne m'a jamais parlé de sa famille, il ne me révélera pas ses convictions, ni son camp par rapport à la guerre, et bien entendu, je ne sais rien quant à ses éventuelles conquêtes amoureuses, grimaça Blaise.
-D'accord, mais il est intelligent, non?
-Évidemment, ça c'est une chose que personne ne peut contester, mais…
-Parfait! S'extasia le serpentard volubile. Par conséquent, il ne peut pas croire de telles inepties, s'entêta Théodore.
-Eh! Attends un peu, laisse-moi finir! J'ai dit qu'il était intelligent, mais il est également cynique! S'il ne croit pas à ces ragots, il est probable qu'il s'en fiche. Et ça, ce serait tout à fait son «genre», comme tu dit.
-Alors il faut le convaincre de parler, de mettre fin à ces rumeurs débiles!» S'enflamma Théodore.
Blaise réprima l'envie de rouler des yeux, son ami était parfois si étrange! Il jeta un coup d'oeil ironique à Drago Malefoy, ce dernier souriait à la jeune fille de tout à l'heure qui paraissait très à son aise, elle avait des cheveux bruns qui retombaient gracieusement en masse bouclée sur ces épaules. Le feu dans la cheminée jetaient des reflets soyeux dans sa chevelure, qui semblait danser avec les mouvements de sa tête. Blaise s'arracha un peu à regret de sa rêverie et demanda brusquement à Théodore:
«Mais au fait Théo, pourquoi cela te préoccupe-t-il tant?
-Parce que la vérité doit éclater! Scanda son ami théâtralement.
-D'accord! Et mis à part le côté tragique, pourquoi est-ce que tu tiens spécialement à ce que Drago la sache, lui plutôt qu'un autre? Il n'est pas le seul Serpentard influent de cette tour, loin de là.»
Nott rougit mais ne répondit pas, il tourna la tête. Pris de soupçon, Blaise suivit son regard, tomba sur la jeune fille qui conversait avec le jeune Malefoy, et comprit en un éclair. Son ami recommençait à délirer! Agacé, Zabinni lui demanda:
«Ne me dis pas que c'est à cause de…
Hélas, l'insupportable Serpentard hocha la tête, visiblement content de lui. «Et c'est reparti!» songea Blaise à mi-chemin entre l'humour et l'impatience. Il reprit d'un ton ton où perçait une certaine irritation:
-Encore cette histoire débile! Tu n'arrêtes jamais, hein?
-Je ne vois pas pourquoi je devrais arrêter alors que ça n'a même pas commencé! Rétorqua Théodore.
-Tu me fatigues Nott, vraiment!» Soupira le Serpentard.
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Assis dans un fauteuil, le dos bien droit, dans une attitude de rigidité qui n'avait rien à envier d'une bigotte, le directeur de la maison de Serpentard attendait patiemment et impassible que le grand Albus Dumbledore, ami et confident de feu Nicolas Flamel, vainqueur de Grindelwald, détenteur de l'ordre de Merlin première classe, sorcier reconnu comme étant le plus puissant de son époque et chef du Magenmagot, eût terminé son babillage à propos de recette de tarte au citron meringuée. Comment pouvait-on être aussi léger dans un moment aussi grave?
Au grand soulagement du professeur Rogue, le directeur de Poudlard cessa de débattre au sujet du meilleur type de sucre à employer pour le glaçage du gâteau, et daigna enfin s'intéresser à son interlocuteur (qui n'avait pas prononcé un mot tout au long de ce monologue).
«…mais je papote, je papote, j'en oublie le sujet principal! Voyons Sévérus, où en étions-nous? Je crains d'être sujet à des trous de mémoires.
-Oui, j'en ai peur, confirma le sombre professeur, car je ne vous ai pas encore exposé la raison de ma venue.
-Oh! Veuillez m'excuser, répondit le vieil homme pas du tout gêné.
-Je vous en prie, soupira le maître des potions. Mais venons-en au fait. Albus, je vous présente ma démission.
L'effet fut radical: le visage d'Albus se décomposa, il eut l'air abattu. Sévérus fut légèrement déstabilisé de constater à quel point il était vieux. Enfin, Dumbledore annonça sans fard:
-Severus, j'ai besoin de vous, vous ne pouvez pas nous abandonner. Il faut que vous continuiez à donner des cours à ces pauvres petits. L'école doit tenir à peu près normalement le plus longtemps possible. Minerva est malade…
-Justement, c'est à cause d'elle que je m'arrête Albus.
-Severus…
-Écoutez-moi je vous prie: je refuse d'attendre que la mort nous emporte tous. Je ne veux plus assurer les cours parce que maintenant, je vais moi aussi travailler sur le virus. Je suis maître des potions, et la conception de nouveaux remèdes est tout à fait de ma compétence.
Le vieillard savait qu'il ne pourrait le faire changer d'avis. Accablé, il déclara:
-Très bien Severus, je respecte votre décision et j'accepte votre démission. Je suppose que vous allez travailler avec l'équipe dès aujourd'hui.
-Non, je dois d'abord faire des recherches sur la maladie, comme pour la lycanthropie, avant de pouvoir commencer les essais.
-Ah! C'est bien, approuva faiblement Dumbledore. Alors je vous souhaite bonne chance Severus.
-Merci Monsieur.»
Et le professeur Rogue repartit dans un tourbillon de cape, le regard mélancolique de Dumbledore pesant sur sa nuque. Il y avait une autre raison pour laquelle Rogue ne voulait pas travailler avec les médicomages: le maître des potions estimait en son for que d'ici peu de temps, la fameuse équipe serait entièrement décimée par la peste, et il ne tenait pas spécialement à s'exposer tout de suite au danger.
Le neuf novembre, on annonça l'annulation des cours de potions aux élèves, il y eut peu de regrets.
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Deux jours plus tard, on recensa deux morts supplémentaires: le professeur McGonagall et un élève de Griffondor. Ce jour-là, Ron prit une décision qui jouerait plus tard un grand rôle dans la vie de ses amis. Les trois amis étaient assis dans le parc, le ciel était gris, l'atmosphère lourde, comme avant un orage. Un vent désagréable décoiffait les élèves qui se trouvaient à l'extérieur.
Le calmar géant flottait paresseusement à la surface du lac, ses tentacules glissaient avec une souplesse presque mécanique, passant et repassant sous l'eau. Hermione se sentait apaisée par ce spectacle tranquille et cette vie aquatique, indifférente aux activités des humains. Harry parlait avec animation du prochain match de Quidditch. Une saison avait finalement été organisée, sous l'impulsion du professeur Dumbledore qui voulait que les élèves se changeassent les idées. Inattentif, Ron répondait par monosyllabes; après l'humiliation de l'année précédente, le jeune homme n'avait pas souhaité particulièrement reprendre le poste de Gardien.
-…alors j'espère que vous viendrez, ça me ferait vraiment plaisir que vous soyez là.
Hermione le rassura gentiment:
-Certainement Harry nous viendrons, n'est-ce pas Ron?
Réveillé brusquement, Ron ne répondit pas tout de suite, puis il parut reprendre ses esprits. Il comprit également que c'était le moment de parler, alors il se lança:
-Oui, bien sûr! Euh…les gars, j'ai quelque chose à vous dire, sans rapport avec le Quidditch, mais avec la peste.
Il y eut aussitôt un froid, mais il n'en tint pas compte, il déclara:
-Voilà, j'ai pensé à ce que tu as dit l'autre jour Harry, et…je trouve que tu as raison: il faut faire quelque chose pour combattre la maladie. J'en ai assez de rester là les bras ballants.
-Est-ce que tu as…est-ce que tu en sais plus sur…? Commença Harry.
-Non, non, pas du tout, rectifia Ron. Je veux simplement me rendre utile, prêter main-forte aux médicomages à ma façon.
-Tu veux les aider à concevoir le remède? Demanda Harry d'un ton sceptique.
-Non plus, je vais juste apporter de l'aide à Mme Pomfresh.
-Quelle genre d'aide? Interrogea Hermione suspicieux.
-Je vais me rendre auprès des malades, je m'occuperai d'eux, je les transporterai et les soutiendrai comme je pourrais.
-Quoi? S'étrangla Harry.
-Non! Hurla Hermione.
Ron ne sursauta pas, il s'était préparé aux réactions de ses amis, aussi, il garda son sang-froid, prêt à la confrontation…qui démarra aussitôt:
-Mais tu es complètement fou! S'exclama Harry. Si fais ça, tu…tu vas mourir.
-Que ce soit maintenant ou plus tard, qu'est-ce que ça change? Répliqua Ron.
-Ça change que la menace sera multipliée par dix idiot! Cria Hermione dont les yeux et le nez étaient rouges.
-Écoutez, reprit Ron plus calmement. Je sais que ça vous choque, je sais que je risque d'y laisser la peau à tous les coups. Je connais les dangers, et j'en accepte les conséquences, je ne reculerai pas.
-Je t'en supplie Ron, ne fais pas ça, supplia Hermione. Réfléchis, ce que tu comptes faire c'est du suicide!»
Ses yeux brillants suppliaient, plus sombres que jamais, et avaient une profondeur bouleversante. Ébranlé, Ron se retourna. Et si il renonçait? Il n'était pas trop tard…non! Il ne devait pas se laisser fléchir.
«Ça fait une semaine que j'y pense Hermione, une semaine que ça tourne dans ma tête. Ma décision est prise, il est inutile d'essayer de m'en dissuader.
-Alors pourquoi tu nous en parles si de toutes façons tu ne tiens pas compte de notre avis? Se révolta la jeune fille.
-Parce que je tenais à ce que vous le sachiez! Répondit Ron encore plus fort. Je vous parle à titre informatif, si tu préfères.
-Mais comment peux-tu être aussi égoïste? L'accusa Harry. Enfin quoi! Tu as pensé à ta famille? À ta soeur? À ta mère?»
Ron encaissa le coup. Bien sûr qu'il y avait pensé, et ce problème, à chaque fois, lui enfonçait un lame dans le coeur. Il n'osa soutenir le regard d'Harry, à ce moment, il se sentit atrocement mal pour son ami, lui qui était orphelin, mais il ne pouvait se résoudre à faire marche arrière: il voulait vraiment s'occuper des pestiférés. En fait, il avait un lourd secret dans son coeur, qu'il n'avait jamais confié à ses amis de peur de les inquiéter: il ne s'était jamais remis de la mort du petit garçon. Il s'était en effet passé quelque chose de grave, quelque chose qui le tuait à petit feu et qui avait brisé son coeur. On dit souvent que la mort de l'âme est la pire de toutes.
Il avait assisté lui-même à l'agonie de l'enfant anonyme.
Un mois plus tôt:
Le professeur McGonagall et Ron marchaient dans les couloirs en direction de l'infirmerie. La vieille dame voulait voir Mrs Pomfresh pour que Ron lui répétât directement ce qu'il avait vu sur le corps de la fillette lorsqu'il l'avait découverte: les premiers symptômes en quelque sortes, qui pouvaient aider à la recherche de la maladie. Les deux personnages entrèrent dans l'infirmerie, il y avait deux rangées de lits, quelques uns avaient leurs tirés autour des malades, à l'exception d'un seul, sur lequel l'infirmière était penchée avec toutes sortes d'instruments dans les mains.
Lorsqu'elle entendit les deux personnes arriver, elle se releva et se retourna. Elle avait les traits tirés, les yeux cernés et l'air épuisé, cependant, ce fut un autre détail qui attira l'attention de Ron: le malade étendu sur le lit. Méconnaissable, le visage creusé par le mal étrange, il y avait quelque chose de familier dans le regard fiévreux de la petite personne. Puis brusquement, la lumière se fit: c'était le petit garçon que Ron et ses amis avaient accueilli la nuit dans la grande salle. Choqué, Ron mit plusieurs secondes à réaliser ce qu'il voyait. La vision ne dura presque pas.
Mme Pomfresh entraîna les deux visiteurs dans son bureau, Ron était dans un état second, il se laissa faire. Il comprit à peine les questions qu'on lui posait et répondit machinalement d'un ton monocorde tout le temps que dura l'entretien. Les deux femmes virent bien que le jeune était tout retourné, compatissante, l'infirmière ne posa pas davantage de questions et demanda à fin d'un ton doux:
«Allez-vous bien Mr Weasley?
-Oui!…oui…je voudrais retourner dans mon dortoir s'il-vous-plaît.
-Mais bien sûr mon enfant», s'empressa d'accepter la directrice des Griffondors.
Ron ne releva même pas la marque affective et sortit promptement du bureau, laissant les deux vieilles amies causer à leur aise sur les effets traumatisants que pouvaient produire la proximité de la mort sur un aussi jeune homme. Cependant, Ron n'était nullement remonté, il s'approcha doucement du lit où il avait vu le petit garçon. Les rideaux avaient été tirés, mais Mrs Pomfresh n'avait pas pris le temps de lancer un sortilège de protection. Comment aurait-elle pu prévoir que sa négligence entraînerait tout un tas d'événements qui allaient s'enchaîner en cascade?
Arrivé devant les lourds rideaux pourpres, Ron hésita. Ce qu'il s'apprêtait à faire, c'était mal, il le savait, en plus, cela ne lui apporterait strictement rien…rien du tout. Il aurait dû tourner les talons depuis longtemps, il aurait dû s'éloigner. Son sens du devoir le disputait à la curiosité malsaine que tout être humain renferme en lui en dépit de toute protestation vertueuse. Mais Ron n'avait jamais été habitué à obéir aux règles, il n'était donc préparé à celle-ci, ce fut pourquoi la curiosité fut la plus forte.
Se maudissant à l'avance, il écarta vivement les rideaux.
Le petit garçon était toujours là, il avait les yeux clos, maigre et tremblant, il s'était recroquevillé sur son lit en position foetale. Il semblait torturé par un mal incommensurable car ses traits étaient crispés par la souffrance. Son cou présentait une espèce de poire noirâtre et malodorante, grosse comme une balle de ping-pong. Sa figure était parsemée de petites taches rouges et son corps avait quelques ecchymoses à certains endroits. L'enfant s'agitait et gémissait, la fièvre le faisait délirer et la douleur extrême lui arrachait quelques larmes aux coins des paupières. Soudain, il eut une violente convulsion, s'arqua sur le lit et poussa une plainte rauque et déchirante. Affolé, Ron voulut appeler à l'aide mais le petit garçon aussitôt retomba brutalement sur les draps, les membres écartelés, et fut plongé dans une paralysie alarmante. Il ouvrit brusquement les yeux, fixa Ron de son regard cerné. Celui-ci recula, épouvanté. Pendant une fraction de seconde, l'adolescent se rendit compte que le petit garçon était conscient, et qu'il le voyait vraiment. L'instant d'après, ses yeux glissèrent, roulèrent dans leurs orbites…sa tête s'affaissa de côté, et il ne bougea plus…foudroyé.
Il était mort.
Ron s'aperçut avec un choc qu'il ne connaissait même pas son nom. Et il pressentit ce soir-là que le compte à rebours venait de commencer pour lui aussi. Son âme avait été blessée à mort.
Dire que le jeune Weasley avait été chamboulé sur le champ eût été inexact. Les premiers soirs, il n'avait même pas fait de mauvais rêves, grâce à la présence de ses amis et à la pression qu'exerçait les cours sur son esprit. Mais depuis l'annonce de la peste, les choses avaient changé, les cours annulés avaient laissé des trous, Ron s'était retrouvé seul avec lui-même, il avait commencé ces tête-à-tête redoutables avec lui-même.
Curieusement, l'image de ce petit garçon mourant lui revenait de plus en plus souvent à l'esprit. Ron revoyait nettement le jeune visage ruiné par la souffrance, les signes avant-coureurs de la mort, le regard dément, le corps tremblant de fièvre et le teint cireux. Vinrent alors les premiers cauchemars, les images refoulées et les questions qui n'avaient pas de réponse. Ron se sentait perdu: il ne comprenait pas pourquoi des salopards comme Voldemort survivaient, et pourquoi des innocents mouraient de manière si horrible.
Le pire, c'était qu'il ne pouvait s'empêcher de culpabiliser lui-même: il n'avait rien fait, il était resté bêtement devant le lit, sans réagir, alors qu'un enfant mourrait sous yeux. Au final, il ne valait pas mieux qu'un assassin. Et c'était dans ce climat intérieur, sombre et mortifère, qu'une idée dangereuse naquit dans son coeur meurtri.
Ron secoua la tête, chassant les mauvais souvenirs. Il est inutile de ressasser le passé, si douloureux soit-il, le jeune homme l'avait bien compris. Indécis face à son silence, Harry et Hermione ne savaient quelle attitude adopter, la situation était délicate. Curieusement, ce fut la jeune fille qui sauva Ron par une maladresse:
«Et les cours, Ron? Comment vas-tu les rattraper?
Ronald Weasley eut alors un ricanement amer:
-Les cours…c'est donc la seule chose qui te préoccupe Hermione?
Indignée, la jeune fille voulut protester, mais Ron ne lui en laissa pas le temps:
-Alors si j'ai bien compris, la peste frappe au château, les gens tombent malades par demi-douzaine, les enfants agonisent lentement dans des souffrances inhumaines, il y a déjà une douzaine de morts, et il y en aura davantage dans les prochains mois…et toi, Hermione Granger, tout ce qui t'inquiète, c'est de ne plus pouvoir suivre…les cours!
-Ce n'est pas vrai! Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire! S'écria Hermione d'une voix perçante. Je m'inquiète pour toi. J'ai peur et je tremble pour vous tous: Harry, toi, Ginny, et tous les autres!
Il fut secoué d'un rire sinistre:
-Non Hermione, tu ne trembles pas pour nous. Tout ce qui t'intéresse, c'est les matières scolaires, il en a toujours été ainsi.
Sous le coup d'une telle injustice, Hermione éclata en pleurs.
-Mais enfin Ron, qu'est-ce qui te prends? Tu ne te sens pas bien? S'interposa Harry d'un ton furieux.
-Il me prends que j'en ai assez d'agir avec insouciance alors que la peste est à nos portes. Je ne supporte plus de faire semblant de vivre alors qu'il est clair que nous allons tous mourir!
-Non! Nous n'allons pas mourir, les médicomages trouveront une solution! Contra Hermione avec force.
-S'il ne meurent pas avant eux aussi, dénigra Ron avec cynisme. J'ai entendu dire qu'il n'étaient plus très nombreux maintenant.
-Tu es injuste Ron! L'accusa alors Hermione. Injuste et sans coeur! Tu ne penses qu'à toi dans cette affaire.»
Ron ne put en souffrir davantage, qu'on le taxât d'injustice ne l'indignait pas car c'était sans doute vrai, qu'on traitât de sans-coeur le dérangeait parce qu'il était sincèrement désolé de la peine qu'il infligeait à ses amis. Mais il ne supportait pas qu'on prétendît qu'il ne pensait qu'à lui, alors que la vision du petit garçon mourant hantait en permanence ses pensées, le jour et la nuit.
Il crut que la bile lui remontait à la bouche, ses oreilles étaient rouge écrevisse. Et devant cette fille, qu'il ne reconnaissait plus, mais qui affirmait toujours savoir mieux que les autres, il ressentit une bouffée de rancoeur l'envahir. Ce fut sans doute pour toutes ses raisons que Ronald Weasley s'oublia pendant un court instant et prononça ces paroles cruelles qui dépassèrent sa pensée:
«Injuste? Moi? Tu peux parler Hermione! Tu veux que je te dise ce dont tu as vraiment peur?…La vérité, c'est que tu frémis à l'idée que la peste t'arrache les personnes qui sont moins intelligentes que toi, et qui te permettaient justement de te rehausser dans ton estime personnelle!
CLAC!
La gifle fusa, spontanée. Aussitôt après, malgré la douleur cuisante, Ron se maudit pour les horreurs qu'il venait de prononcer, et Hermione regretta son geste impulsif. Hagards, ils se regardèrent les deux, contemplant les débris de leur amitié brisée. Harry lui-même n'osait se mêler à la querelle. Avec consternation, Ron s'aperçut que pour la première fois, il avait remporté la dispute…mais qu'il avait aussi sans doute perdu pour toujours une amie chère.
Les trois personnages se fixaient toujours sans parler, trop abasourdis par ce qu'il venait de se passer. Brusquement, Hermione fit volte-face et s'enfuit en courant vers le château. Incapable de réconforter Ronald comme il le fallait, Harry partit à son tour et le laissa seul. Après ce que son ami venait de dire, le survivant ne pouvait pas le soutenir, c'était impossible et ce serait irrespectueux vis-à-vis d'Hermione. Ron comprit. Il ne tenta pas de suivre ses compagnons et resta sur place, le coeur gros. Épuisé, il se laissa lourdement tomber sur une pierre.
Alors il se prit la tête entre les mains et pleura.
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Assise par terre, Hermione resserrait ses jambes l'une contre l'autre, et avait entouré ses genoux de ses deux bras. Ses mains se crispaient instinctivement sur le tissus de sa robe de sorcière, et sa tête était calée sur ses avants-bras. Malgré la raideur de la position, ses épaules tressautaient et elle semblait parcourue de frissons. Elle pleurait aussi. Après la dispute épouvantable qu'elle venait d'avoir avec Ron, elle voulait à tout prix être seule. Elle avait conservé assez de lucidité pour se diriger vers un passage secret menant à la bibliothèque, jamais fréquenté. Il devait sûrement être répertorié sur la carte du Maraudeur, mais Harry avait bien d'autres scroutts à fouetter que de visiter l'intégralité des cachettes de Poudlard.
Le couloir mystérieux partait d'un tableau situé dans un recoin de couloir quelconque, non loin de la Salle-sur-Demande. Une fenêtre donnait sur le lac de Poudlard bordé par la Forêt Interdite. Malgré sa largeur et étant située au Nord, elle laissait entrer peu de lumière la journée. Hermione l'avait beaucoup utilisé en troisième année avec le retourneur de temps pour éviter de parcourir le château entier (et risquer de se faire voir par des témoins gênants) lorsqu'il fallait rejoindre une salle de cours, située le plus souvent à moitié chemin du ciel. C'était le professeur McGonagall elle-même qui le lui avait montrée…paix à son âme.
«Ron, tu n'es qu'un abruti!» Lâcha-t-elle entre deux sanglots. Au souvenir de sa troisième année, s'ajouta celui de la première grave dispute qu'elle avait eu avec son ami à propos de chats et de rats. Sa bouche laissa échapper un gémissement étranglé, comme elle regrettait ce temps-là! Le temps des bagarres enfantines, des bouderies, mais aussi des réconciliations. Aujourd'hui, Hermione ne savait pas si elle pourrait pardonner à Ron les reproches abominables qu'il venait de lui jeter à la figure.
«Et bien Granger! Qu'est-ce qui se passe? On craque? Moi qui te croyais plus résistante que ça.
Hermione crut suffoquer en entendant cette voix traînante. «Je dois être maudite», pensa-t-elle. Ivre de douleur, elle fut incapable de se modérer et aboya:
-Dégage Malefoy! Pour une fois laisse-moi en paix!
-Et pourquoi serait-ce à moi de partir? Ce couloir n'est pas ta propriété aux dernières nouvelles.»
Excédée, Hermione n'avait pas la moindre envie de se prendre la tête avec l'infect Serpentard. Rassemblant toute la dignité dont elle était capable, elle se redressa et voulut partir en direction des escaliers, sans un mot ni regard pour Malefoy. Cependant, ce dernier ne l'entendait pas de cette oreille. Il lui attrapa brutalement le bras pour la forcer à s'arrêter. Il s'enquit alors en fronçant les sourcils:
«Héla! Attends un peu Granger! Depuis quand tu te comportes comme un elfe de maison soumis? Tu nous fais quoi là, une dépression?»
Hermione le fixa d'un oeil vitreux, attendant simplement qu'il se lassât et qu'il lui lâchât le bras. Incrédule, Malefoy la secoua comme un prunier, dans l'espoir de la faire réagir, lui tirer une exclamation, une larme…n'importe quoi en dehors de cette passivité qui n'allait pas du tout avec son caractère! Mais cette idiote se laissait faire, amorphe et indifférente. Le visage de Drago Malefoy prit alors une expression terrible et il tonna:
«Ah non! Pas de ça Granger! Pas question! Je te sauverai malgré toi! Je refuse de laisser une vulgaire maladie moldue réussir là où moi, j'ai échoué tant de fois! Enfin…petite Granger, tu ne vas quand même pas te laisser abattre maintenant alors qu'on n'est qu'au début…tu imagines ce que ça va donner dans six mois? Et puis que penseraient tes moldus de parents s'ils te voyaient dans cet état?»
Ce fut le mot magique: à l'évocation de ses parents qui lui manquaient cruellement, Hermione fut incapable de soutenir davantage la tension émotionnelle qui l'oppressait depuis plusieurs jours. Elle renifla, son visage se plissa en une expression douloureuse, puis les larmes jaillirent de ses yeux clos, la jeune fille ne pouvait plus les contenir. Sans un mot Drago sortit un bout de tissus blanc et le lui tendit. Au même moment, Hermione ressentit une curieuse sensation: Malefoy avait relâché son bras et avait posé sa main près de son épaule gauche. Il maintenait une légère pression, presque tendre.
«C'est bon Granger, prends ce mouchoir, pas la peine de salir mon pull. Tu verras, dans quelques minutes, tu auras le visage sec et le nez léger. Mais en attendant, je préfère que tu épanches ta peine ailleurs que sur mes vêtements.»
Hermione se dit que Malefoy était l'homme le plus grossier qu'elle eût rencontré, mais qu'il avait une merveilleuse façon de réconforter les gens: prononcer des paroles bourrues tout en maintenant un contact physique doux. Malgré le chagrin qu'elle éprouvait encore, les paroles du garçon la firent sourire car l'humour pouvait naître même au sein de la tristesse.
«Ah, tu vois quand tu veux! C'était pas plus dur que ça, je ne veux plus jamais te revoir comme aujourd'hui. Personne, pas même la peste, n'a le droit de te faire pleurer, tu m'entends?
-Je ne te comprends pas Malefoy, souffla Hermione en hochant la tête. Depuis quand tu consoles les gens?
À ces mots, Malefoy prit un air froissé comme si elle venait de prononcer une énormité. Hermione le regarda, interloquée. Enfin, il répondit d'un ton hautain:
-Je ne console pas les gens, Granger, je te console toi, ce n'est pas pareil.
À l'entente de ces mots, Hermione ressentit une sensation singulière dans son ventre, qu'elle n'avait jamais éprouvée et ses joues reprirent des couleurs. Puis elle se rappela quel genre d'homme se trouvait devant elle.
-Mais pourquoi? Pourquoi tu fais ça?» Demanda-t-elle d'un ton méfiant.
Drago lui lança un regard étrange, puis sans crier gare, il se pencha vers elle et s'approcha prestement de son visage. Sous le coup de la surprise, Hermione ne pensa pas à le repousser, et les émotions de journée l'avaient tant éprouvées qu'elle ne sentit pas le danger imminent. Drago susurra à son oreille d'un ton sournois:
«Je veux que tu sois forte, petite Sang-de-Bourbe. Je veux que tu te débattes un peu. Tu crois peut-être que je vais laisser la peste te ravager maintenant?…Non, non! Ce serait trop facile. Qu'elle te massacre le corps, je m'en moque, mais moi seul ai le droit de détruire ton âme! Et je ne laisserai personne s'arroger ce pouvoir.»
À ces mots, il lui embrassa la tempe, presque amoureusement. Douceur et violence réunies, délectable poison, exquise pouriture…Hermione avait les yeux écarquillés et nageait en pleine confusion. La situation la dépassait, jamais un homme ne l'avait traitée de manière aussi étrange. Drago s'écarta légèrement et se prépara.
«Mais avant toute chose Granger…»
Il laissa sa phrase en suspens, la fixait toujours droit dans les yeux, d'un regard intense et indéchiffrable, tel un hypnotiseur devant un serpent, ou bien était-ce le serpent, qui charmait le magicien? Bien que le haïssant, Hermione n'était qu'une femme, et en cet instant, elle ne pouvait résister au pouvoir de ces yeux brûlant de séduction démoniaque. Puis…
«Aïe!»
Tout se passa très vite, en une seconde, Hermione se retrouva par terre, la main sur sa joue brûlante, les yeux étincelants de fureur. Elle ne s'était pas du tout attendu à ce que Malefoy la frappe. Celui-ci se tenait devant elle, debout et impassible, tel un juge devant une criminelle. Son regard avait changé: il était devenu métallique et impitoyable. Il déclara d'un ton glacial:
«Ça Granger, c'est pour le vilain tour que tu m'as jouée l'autre jour près de la bibliothèque. Et comme tu n'es qu'une Sang-de-Bourbe, je n'ai pas jugé opportun de me servir de ma baguette.
Hors d'elle-même, Hermione rugit:
-Salopard!
-Que de distinction, ironisa le fourbe. Bon, j'ai à faire, et puis tiens, rends-toi utile pour une fois: transmets donc mes…amitiés à ton grand ami, ce cher Weasley!»
L'expression de colère qui marquait son visage fut remplacé par de la stupéfaction. Comment pouvait-il savoir…? De son côté, Malefoy analysait attentivement les expressions sur le visage de Granger. Désarroi, désespoir et…peur? Il n'en fallait pas plus au jeune Malefoy: il avait visé juste! Extatique, il poussa le bouchon:
«Je savais depuis le début que Weasley ne tiendrait pas parmi vous, il a toujours été faible.
-Ne l'insulte pas, avertit Hermione.
-Et tu l'aimes encore? Railla Drago. Tu ne cesseras jamais de m'étonner, petite Sang-de-Bourbe! Enfin, j'espère alors que tu as eu le temps de lui faire tes adieux! Si jamais vous ne vous réconciliez pas à temps…»
Hermione eut un hoquet à la pensée d'une alternative aussi monstrueuse. Mais Ron l'avait injuriée et blessée, ce n'était pas à elle de supplier son pardon. Profitant de son silence et faisant comme s'il était parfaitement au courant de ses problèmes personnels, il tira sa dernière flèche:
«Quoique…vu ce qu'il a fait, ce n'est certainement pas lui qui le regrettera.»
Trop c'était trop! En temps normal, Hermione se serait défendue vertement, mais là, elle avait atteint la limite de sa résistance nerveuse. Elle releva la tête, ses yeux lançait des éclairs et son visage ruisselait de larmes rageuses, qu'elle essuya d'un geste colérique. Malefoy sourit, à la fois frustré et amusé. Hermione Granger était bien la seule fille dans ce château capable de relever la tête dans les pires déchéances. Il en faudrait beaucoup, semblait-il, pour la briser.
«Et bien voilà, c'est beaucoup mieux quand tu pleures à cause de moi!
-Tu n'es vraiment qu'un monstre sans coeur. Ça ne m'étonne pas que tu n'aies aucun ami.
-Je te signale Granger, que tu es plutôt mal placée pour dire ça: ce n'est pas moi qui vient de me faire rejeté comme une pauvre fille.
-Je te hais Malefoy!
-Tant mieux, ça n'en sera que plus amusant!»
Hermione était à bout d'arguments et à bout de force. Elle tourna derechef les talons et partit très dignement rejoindre son dortoir sous le regard moqueur de Malefoy.
Elle n'était pas encore au bout de ses peines.
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Le soir même, la tempête éclata avec une violence digne des titans. Les éclairs, qui projetaient leur flash jusque dans le dortoir des Serpentard, étaient de plus en plus rapprochés, les craquements du tonnerre étaient de plus en plus assourdissants. La foudre n'était plus très loin. Pourtant, malgré le vacarme impressionnant de cette nuit, dans une antichambre non loin de la salle-de-bains des préfets, un homme, torse nu, se prélassait dans un lit aux dimensions prodigieuses et aux draps blancs. De temps en temps, un éclair venait illuminer la pièce, et on pouvait voir que cet homme à la peau blanche et aux cheveux clairs abordait un léger sourire victorieux.
Drago Malefoy était incroyablement satisfait. D'une part, il n'avait pas peur de l'orage, d'autre part, il avait eu une journée particulièrement réjouissante.
Il avait fait pleurer Hermione Granger, mais ce n'était que le début, un avant-goût. Il lui avait remonter le moral pour mieux la redescendre après. En la voyant en larmes par son fait, il avait réellement éprouvé un plaisir cruel, cela faisait plusieurs jours qu'il ruminait sa rancune envers la jeune fille, pas seulement à cause de «l'accrochage» près de la bibliothèque, mais aussi pour les réactions étranges qu'elle éveillait en lui.
Chaque fois fois qu'il pensait à elle ou bien qu'il la croisait, une sorte de fureur passionnée s'éveillait aussitôt en lui. Drago souffrait alors un désir farouche de la broyer, de l'humilier et de la vaincre, la seule femme qui ne s'était jamais pliée devant lui, qui l'affrontait comme un ennemi, un égal. Le jeune Malefoy rejetait ces sentiments qu'il estimait triviaux et méprisables. Pour ne rien arranger, c'était la première fois dans sa vie qu'il ressentait de telles choses, et il ne savait pas du tout quoi faire pour s'en libérer. Cerise sur le gâteau, le jeune homme sentait qu'avec le temps, c'était de plus en plus difficile à gérer.
Du coup, il en arrivait à se détester pour être aussi faible et même temps, il en voulait férocement à la jeune fille pour l'emprise qu'elle exerçait sur lui. Il voulait se venger de ce supplice qu'elle lui infligeait. Ainsi, lorsqu'il l'avait brutalisée, pendant un instant il s'était maudit pour avoir eu un geste aussi animal, mais cette impression s'était immédiatement envolée lorsqu'il l'avait vu pleurer de rage et de douleur. La voir souffrir compensait tout le reste. Cela lui donnait l'illusion d'avoir triomphé de sa vulgaire obsession et de Hermione Granger à la fois.
Sans cesser de sourire, il se pencha sur les lèvres de sa conquête.
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Le lendemain, une grave dispute éclata entre un médicomage et un médecin de l'équipe (qui ne comptait plus que trois personnes). Le médecin voulait intégrer un antibiotique dans l'antidote, et le médicomage ne voulait pas en entendre parler. Le problème fut réglé très rapidement et de façon très simple: le médecin tomba malade le soir même; les médicaments moldus furent finalement laissés de côté.
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Un incident significatif éclata au matin du quinze novembre. Harry courrait aussi vite qu'il en était capable. Lorsqu'il avait entendu les cris appelant à l'aide, il n'avait pas réfléchi et fonçait pour secourir la ou les personnes en danger. Il descendait d'un cours de sortilège et les appels provenaient de la droite. Il déboucha enfin dans le couloir où était source du bruit, et le spectacle qu'il vit le pétrifia: trois élèves, manifestement devenus fous passaient deux autres à tabac. L'un des deux était inconscient sur le sol, et l'autre se protégeait tant bien que mal des coups qui pleuvaient sur lui. Le sang du Griffondor ne fit qu'un tour, sortant sa baguette, il expulsa contre le mur l'une des trois brutes.
Les deux autres se retournèrent presque illico, c'était des Serpentard de quatrième année environ, l'un avait l'air bovin et agressif, l'autre paraissait plus intelligent, plus sournois aussi; la version jeune de Crabbe et Goyle en quelque sorte. Harry était sur ses gardes, il avait beau être en sixième année, contre deux personnes le combat était inégal et il avait toutes les chances de perdre. C'est alors que le salut arriva:
«Qu'est-ce qui se passe ici?
C'était le professeur Maugrey. Il arriva de son pas claudiquant et jaugea la scène d'un seul regard. Tétanisés, aucun des protagonistes ne se serait risqué à faire le moindre mouvement. Enfin, la voix du vieux professeur claqua, faisant sursauter les élèves:
-Eh bien? Il me semble vous avoir posé une question messieurs!
L'un des Serpentard, le plus idiot probablement, répondit en premier:
-Nous étions en train d'accomplir notre devoir envers l'école, lorsque Potter nous a interrompu.
Son compagnon blêmit aussitôt et tenta aussitôt de rattraper la bêtise de son ami:
-Non, non! Euh…enfin, si! C'est-à-dire qu'en fait…
-Taisez-vous, coupa le professeur avec un regard calculateur. Laissez donc votre camarade terminer.
Trop contente qu'on prenne sa défense, l'imbécile continua avec arrogance:
-Moi et mon ami, nous avons voulu stopper la peste, et pour ça, il faut d'abord supprimer les coupables: ceux qui l'ont amené dans ce château pour exterminer les vrais sorciers.
-Ce n'est pas vrai, balbutia l'autre d'un ton veule. J'ai tout fait pour t'en empêcher…
-Silence! Mugit le vieil homme. Poursuivez monsieur…
-Mr Fool, répondit obligeamment le Serpentard. Donc, comme la peste est une maladie moldue, les coupables, ce sont ceux qui viennent des moldus, c'est-à-dire les Sang-de-Bourbe et les Sang-Mêlés. Donc, ce sont les Sang-de-Bourbe et les Sang-Mêlés qu'il faut abattre, et c'est ce que nous avons fait ceux-là, dit en désignant les deux corps martyrisés. Malheureusement, Potter est arrivé, il nous a empêcher de terminer notre travail.»
Jamais Harry n'avait entendu autant de stupidité dans sa vie, il se demanda ce qui était le pire: les aberrations qui venait d'être prononcées, ou bien la sincérité avec laquelle le Serpentard les avait décrites? Même chez les Dursley, on sentait une once de mauvaise foi dans leurs propos lorsqu'ils traitaient les sorciers de monstres. Et Voldemort, lorsqu'il massacrait les moldus, le faisait non pas par ignorance, mais par pure cruauté. Lorsque Harry avait entendu un jour sa tante affirmer que la bêtise, c'était plus grave que la méchanceté, il avait haussé les épaules; à présent, il comprenait ce qu'elle avait voulu dire.
Le Griffondor était déchiré entre l'envie de plaindre ce garçon si niais, et le besoin quasi viscérale de le réduire en charpie…l'un des multiples combats intérieurs qui opposaient la raison et l'instinct. Par bonheur, Maugrey mit un terme à sa tourmente:
«Ouais…je vois. Dans mon bureau tous les deux, j'ai à vous parler sérieusement en privé. Et ne songez même pas à vous dérober, autrement je vous le ferai regretter amèrement. Quant à vous Potter, si le système des points existait encore, je vous aurais volontiers accordé quelques dizaines.
-Merci professeur.
-Emmenez ces deux malheureux à l'infirmerie. Je sens que je vais avoir un rude travail pour corriger ces deux crétins, soupira le vieil homme fatigué.
-Il y en a un troisième professeur, que j'ai expulsé, là-bas.
Harry montra le troisième agresseur un peu assommé.
-Ah oui? Et bien, je vais m'en occuper! Oh! Et…une dernière chose Potter: vigilance constante!»
Harry sourit d'un air entendu et se dirigea pour aider les deux blessés inanimés. Il leur lança quelques sorts de premier secours pour nettoyer et bander les blessures. Ils avaient plusieurs hématomes, saignaient relativement peu, mais étaient salement amochés au visage. Soupirant, Harry jeta un simple sort de lévitation aux deux gamins, se releva et partit, non pas à l'infirmerie mais à la Salle-sur-Demandes. Là-bas, ils ne risqueraient pas d'attraper la peste.
La salle apparut, meublée de deux lits simples, Harry déposa les deux enfants, un sur chaque lit et les contempla avec tristesse: il y avait une fille et un garçon, tous deux semblaient très jeunes. Ils se réveillèrent au bout d'une demi-heure en gémissant de douleur. Pauvres petits! Harry leur expliqua brièvement la situation: l'agression, l'intervention du professeur Maugrey, en revanche, il ne leur dit pas la vérité sur la Salle-sur-Demandes: il préféra leur faire croire qu'ils étaient dans une salle quelconque qu'il avait aménagé avec quelques sorts de métamorphose.
À la fin, Harry leur conseilla de ne plus sortir seuls à l'avenir.
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Le soir même, Dumbledore fit une déclaration pour expliquer sommairement aux élèves le mode de transmission de la peste, dans l'espoir de mettre un terme à l'odieuse persécution des nés-moldus. Mais il était trop tard pour intervenir.
Lorsqu'ils sont menacés gravement, les humains ont besoin de boucs émissaires, et dès le moment où ils en trouvent un, il ne sert plus à rien de tenter de les raisonner. La vérité pourrait tout aussi bien danser toute nue devant eux sans aucun effet, simplement parce que personne ne veut l'entendre. On la rejette, on invoque des arguments de toutes pièces, le plus petit exemple est généralisé.
Et à présent, tout ce qu'on pouvait faire, c'était attendre que le danger passât, ou que la masse grouillante et stupide trouvât un autre os à ronger.
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Pas très optimiste tout ça, hein? On se demande comment ça va se terminer toute cette histoire!
Enfin vous vous le demandez, devrais-je dire…moi, je le sais déjà :p
Je vous souhaite de bonnes vacances les amis!
B!zz
