CHAPITRE VII : Sans marque

La nuit s'était évaporée à l'instant où j'ouvrais mes yeux. Le jour était de retour, une énième fois, et l'ennui quotidien viendra me sortir de mon lit. Les restes du cauchemar de ma nuit s'effaçait peu à peu, je l'avais tellement fais que la peur que j'avais ressenti la première fois ne me touchait plus. Je me sentais vide. Dans le rêve, j'avais hurlé de terreur, pleuré de désespoir, mais la réalité... Était bien différente. Je ne ressentais plus rien, et le sourire que j'arborais devant mes ''amis'' était un masque de verre, tout comme ma vois enjouée n'était qu'un refrain entêtant que j'avais appris par cœur s'en en avoir envie.

Tous autour de moi paraissaient si heureux... Tout allait pour le mieux, pourtant d'énigmatiques pressentiments venaient troubler mon esprit tranquille. Ils me rendaient sombre, glacée. Je ne sentais plus le vent contre ma peau de la même manière, ne regardais plus le petit olivier avec tendresse : j'avais arraché ses racines. Mes pouvoirs de guérison s'émiettaient alors que mes mains tenaient avec plus de ferveur la poignée d'une épée. C'était un secret, mais il m'arrivait de couper quelques herbes en maniant une lame aiguisée, discrète, dans un recoin de jardin du palais.

Chaque soirs, les vaillants veilleurs étaient conviés à partager le repas de leur de roi. Chansons, danses et festins s'étalaient jusqu'au bout de la nuit. Alors je riais, un peu, et on me parlait, parfois. Mais si peu... Je restais dans un coin de la table, là où les solitaires comme Lon'zu, Libra et Mirielle échappaient au vacarme mais restaient par politesse. Nous échangions quelques paroles, mais le brouhaha qui nous entourait coupait vite nos discussions. Moi, je partais, feignant que le sommeil ne l'emportait sur ma bonne humeur. Ce n'était bien évidemment pas la raison.

Hier soir encore, Libra me suivit dans les couloirs et m'arrêta un instant pour demander ce qui n'allait pas chez moi. Il voyait quelque chose que d'autres ne voyaient pas. L'envie me prenait alors de pleurer dans ses bras pour qu'il me console, je lui aurais alors révéler chacune de mes noires pensées, toutes mes horribles idées... Mais la fierté glacée qui avait conquit mon cœur depuis peu m'en empêcha, et puisqu'il n'était pas dupe, j'eus pour la première fois la possibilité de ne pas sourire. Je le dévisagea d'un regard que l'on eut pas soupçonné venant de moi, aucun besoin de mot : c'était clair. « Et alors ? » Disait mon regard. Quelle répartie !

Je lui tournai le dos, traversant les couloirs qui ne me faisait plus peur à présent. L'atmosphère tendre et douce qui régnait glissait, disparaissait alors que mes pas frappaient sur le sol. Un puissant sentiment de supériorité s'emparait alors de moi, faisait rugir mon cœur en silence et esquissait un sourire vrai sur mes lèvres. Et me revoilà, encore une fois allongée dans mes draps chauds, fixant le plafond traversé de rayons de lumière zébrant les murs. Je levai ma main, pointait la fenêtre. Les rideaux s'ouvrirent, la fenêtre puis les volets. Une rafale de vent entra dans ma chambre, offrant à mon visage un rafraîchissement bénéfique.

Dehors résonnaient des rires, bien loin des cris de ma nuit. Je lançai un regard par le fenêtre, toujours allongée, et découvris un attroupement. Des enfants et des adultes formaient un cercle, tous assis, et au centre sautillait avec grâce, douceur et beauté une danseuse aux pieds fins, et aux doigts élégants. Elle tournoyait, virevoltait avec aisance. Tous restaient émerveillés. Moi aussi, un peu. Ses cheveux roses bouclés se balançaient, à droite, à gauche. Olivia la timide. Pas très utile, pourtant elle faisait partie des Veilleurs.

Je me levai, poussant d'un revers de la main ma couette et posant mes pieds sur le sol glacé. D'un autre geste, furtif et simple, la fenêtre se ferma en claquant, les rideaux fins glissèrent devant les vitres. Que faisaient tous ces gens dehors ? Un écho de musique venait encore de l'extérieur. C'était embarrassant. Très embarrassant. Encore enveloppée dans ma chemise de nuit blanche et légère, je m'arrêtai devant le seul et unique miroir de ma chambre. Je fixai mon reflet, examinai la longueur de mes cheveux, ma taille, mes yeux, mon visage... Je fis un tour sur moi même, regardant mon dos, mes jambes, mon cou et mes épaules...

Rien. Encore et toujours : rien. Pas de marque.

Je soupirais. Il était idiot de penser que la marque de la Sainte Lignée puisse se manifester si longtemps après ma naissance, mais j'espérais toujours. Petite, j'en étais venue à douter de mon sang royal... Qui suis-je alors ? Qui suis-je, encore ? Toutes ces questions stupides finirons par me rendre folle. Je détournai le regard de mon reflet, allant m'habiller. Blanc. Cette couleur envahissait mes pensées. C'était le jour blanc, en effet. Un jour spécialement dédié à la petite Lucina, alors je porterais des vêtements blancs. Elle, avait la marque dans son œil, et les cheveux bleu de son père. J'aurais au moins pu avoir les cheveux bleus !... Je me figeai un instant, m'imaginant avec des cheveux d'une couleur si... ? Non. Tant mieux pour les cheveux.

Dehors, le soleil brillait avec intensité. Ce matin là était beau, calme et tout ce qu'il y a de chaleureux. Des banquets étaient installés dans divers endroit du jardin. Les nappes blanches des tables tremblaient doucement au grès du vent, et des enfants attrapaient des gâteaux de leurs mains trop petites. Des inconnus, anonymes de la cités d'Ylisse parlaient tranquillement entre eux. Des nobles, de simples citadins... Et les portes du palais étaient grandes ouvertes. Je regardais dans cette direction, et voyais la ville en contre-bas qui m'appelait, indéfiniment et sans un bruit.

« Lissa ! »
M'appela une autre voix.

Je me tournai, découvrant mon frère qui arrivait et me prit dans ses bras. Heureux comme un roi. Il souriait, rayonnant, comme d'habitude depuis quelques mois. Derrière lui arrivait Daeren, toujours si belle, et mystérieuse, sa fille dans ses bras.

« Bonjour Lissa. »

Me dit-elle de son regard doux et lointain semblable à celui de ma sœur.

« Bonjour Daeren. »

Ai-je souris, et elle me tendit doucement Lucina pour que je la prenne. Je l'attrapa délicatement, l'installant dans mes bras. Je m'étais habituée à présent, et la peur de la faire tombée n'existait plus que dans des souvenirs flous. Le bébé souriait insouciant, beau. Elle avait bien grandit.

« Toujours aussi belle... Comme sa mère ! »

Ai-je dis. Daeren rit doucement, avec retenue, posant le bout de ses doigts sur sa bouche. Chrom aussi souriait.

« Nous te la laissons quelques instant, cela ne te dérange pas ? »

Demanda mon frère.

« Pas de problème. » Ai-je répondu avec un ton joyeux et satisfait. « Allez vous amuser, je m'occupe d'elle. Après tout... Je suis sa tante... Non ? »

Ai-je murmuré en regardant la fillette, le regard un peu plus sombre mais sans perdre mon sourire. Repensant aux paroles de Daeren qui m'avaient poursuivie toute la nuit. Celle-ci me souriait avec une étrange naïveté qui ne lui allait pas. Depuis l'accouchement, elle avait retrouvé sa taille fine, pourtant ses mouvements étaient lents, presque las... Mon grand-frère ne semblait pas s'en rendre compte. Les amants royaux s'éloignèrent. Chrom tenait sa femme doucement par la taille, et Daeren posa sa tête sur l'épaule de son mari. Je la regardais sans pouvoir voir son visage, mais j'y décelais la fatigue... Malgré la joie qui nous entourait, quelque chose n'allait pas.

Je me retrouvai seule avec la petite qui me fixait de ses pupilles bleutées. Dans l'une d'elle : un seau sacré que je n'aurais jamais. J'ai souris et commençai à avancer en dorlotant la petite, la faisant sursauter dans mes bras et lui offrant les plus belles grimaces que j'avais en réserve. Alors elle riait, et j'ai ris aussi. Ses petits doigts se tortillaient joyeusement, elle prenaient sa main l'une d'en l'autre, les rapprochaient de son visage crispé par le rire, comme si elle cherchait à cacher son petit sourir. Ce rire clair résonnait, joyeux, qui dissipait mes problèmes, ma froideur et me faisais redevenir moi-même.

« Gilli gilli gilli ! »

Ai-je chuchoter en frottant le bout de mon nez sur son petit ventre rond. Un rire, encore. Toujours plus beau.

Le cœur léger, je la levai vers le ciel en continuant ma route dans le jardin, oubliant l'agitation qui m'environnais. Cette enfant était solaire et si jolie !

« Ma petite Lucina... »

Lui dis-je alors que nous étions installée sur l'herbe. Je l'avais assise devant moi et m'étais allongée pour que nous visage se fassent face.

« Tu seras une grande, belle princesse, mais par dessus tout, et écoute-moi bien : tu seras forte ma chérie ! Ne sois pas inutile comme moi, tu entends ? Tu seras ensuite reine de ce pays, comme ma sœur ! Mais pour ça te devras être forte. »

Elle me regardait, et je savais parfaitement qu'elle comprenait car son sourire n'était plus là. Elle écoutait avec attention, ses yeux semblaient boire mes paroles et être remplis d'admiration. Elle était adorable, mais un terrible pincement au cœur me surprit. Cette marque dans ses yeux... Je soupirais alors que mon regard s'assombrissait. La petite fit un mouvement de la tête et me lança un regard pleins de question qu'elle ne pouvait poser. Une grande tristesse m'envahissait. Je la rapprochai doucement de moi et la posai sur mes genoux en la serrant contre moi.

« Ne sois pas faible comme moi, petite Lucina... Tu vois comment ton papa me traite à cause de ça ? Hein, princesse ? Moi aussi je suis princesse tu sais... Moi aussi je pourrais devenir reine si je voulais... Mais je... je. Je ne peux pas. Mais toi, ma petite princesse adorée tout à moi... Tu as la marque. Alors tu seras forte, intelligente, belle, invaincue... Merveilleuse ! Tu dois me le promettre !... Mais tu sais, je fais des efforts. J'apprends à me battre à l'épée. Je ne suis peut-être pas très douée, mais au moins je sais me débrouiller ! »

Je souris alors qu'elle me regardait avec tout l'espoir qui existe dans les prunelles des enfants innocents.

« Bah... On verra bien, hein ? »

Ai-je finalement soupiré. La petite eut un hoquet d'approbation alors qu'elle ouvrait grande sa petite bouche sans dents. Elle était si mignonne avec ses petits cheveux balayés par le vent... Je me relevai en la soulevant avec précaution et j'entendis alors, venant de plus loin, des hurlements de colère. Je regardai autour de moi, et découvris Daeren qui s'avançait à grands pas, et Chrom la suivant avec un air nervosité.

« Je n'en peux plus, Chrom, de rester enfermée dans cet endroit ! »

S'écria ma belle-sœur en se dirigeant droit vers moi.

« Daeren, je t'en prie... Calmes-toi... »

« Me calmer ? » S'indigna-t-elle en se retournant vers son mari. « Je ne veux plus que tu m'empêche d'agir comme je le souhaite ! Tu sais que je suis une stratège plus qu'une reine. Ma vie elle est sur le champ de bataille, tout comme toi ! »

« Tu n'es pas encore en état de combattre... Pense à Lucina ! »

La reine se rapprocha encore de moi, son regard était redevenu aussi vif qu'autrefois. Ses yeux pétillaient, sa voix était forte, sans gêne, provocatrice. Je revoyais la stratège que j'admirais tant, le portrait de ma sœur ne se confondait plus avec le sien. Elle me prit Lucina d'un geste froid et doux à la fois puis se retourna une nouvelle fois pour fusiller du regard Chrom.

« Lucina est ma fille, et je pense à son avenir. Je suis la seule à pouvoir préparer des plans d'attaques imprévisibles et pouvant mettre au tapis les Valmiens. C'est aussi simple que ça. Si tu pars seul, tu mourras, alors c'est toi qui ne pense pas à Lucina. »

Je ne suivais plus la conversation. Je comprenais l'essentiel, mais ne voyais pas pourquoi ils en parlait avec, tout à coup, tant d'acharnement... Qu'arrivait-il ? Un très mauvais pressentiment s'empara de moi. Daeren soupira, visiblement calmée et se rapprocha lentement mon frère avant de poser sa main contre la joue du roi.

« Tu te souviens ? Tout les deux on pourra venir à bout de n'importe quelle situation, c'est toi qui l'a dit. C'était valable avant, c'est toujours le cas. Qui t'as toujours soutenu ? Moi. J'ai toujours été a tes côtés, pour chaque bataille. Cela ne doit pas changer. Même si je suis mère, je suis stratège avant tout. Je suis un soldat avant d'être ta femme. Je suis un Veilleurs avant d'être reine. Et j'irais partout où tu iras. »

Le silence s'empara du jardin, et le ciel se couvrait. Lucina, toujours dans les bras de sa mère commença à pleurer. Le père l'embrassa, rendant ses sanglots moins fort, et il regarda sa femme, visiblement vaincu.

« Chrom ?... Qu'est-ce qu'il se passe ? »

Ai-je demandé, craignant sa réponse.

« Nous sommes de nouveau en guerre. »


Voilà ! hahaha ! C'est parti ! Alors comme vous le voyez, je suis exactement l'histoire de jeu avec beaucoup de précision, du moins j'essaye, en y rajoutant plus de détails, de choses qui font parti de l'interprétation. Peu à peu, les choses vont changer !

En espérant que vous aimez toujours ! Laissez votre aviiiiis ! :)