Chapitre 6: Briques et Noyade

Durant les semaines qui suivirent, Elana se mit à se servir de plus en plus de la Force durant ses entrainements. D'abord timidement, mais de plus en plus fréquemment au fur et à mesure qu'elle vit que les autres loin d'être jaloux semblaient galvanisés par ses nouvelles habilités. Ils observaient chaque virage qu'elle prenait, tout comme le regard attentif de maître Windu la suivait, et eux-mêmes tentaient de se servir de la Force comme ils le pouvaient. Elana espérait juste qu'elle ne s'était pas trompée, lorsqu'elle les avait rejoints après l'entrainement dans leur exaltante jubilation. Elle aurait put prétendre que c'était parce qu'elle adorait prouver que Mace avait eut tord, mais en réalité elle se servait de la Force surtout pour recevoir ses louanges, qu'il offrit tout d'abord avec réticence, mais avec de plus en plus de sincérité au fil de ses progrès.

Il avait toujours autant de réserves à son égard, les poussaient toujours aussi durement au bout de leurs limites, mais elle avait l'impression qu'il était plus heureux maintenant qu'il obtenait des résultats. Le moral des conscrits remonta tandis que ses compliments se faisaient de plus en plus fréquents, et le meilleur dans tout ça, c'est qu'elle trouvait la vie beaucoup plus simple avec la Force. Lorsqu'ils couraient en soulevant de lourds sacs à dos,ou faisaient des haltères, elle pouvait les soulever aussi facilement avec la Force. Et quand une des recrues bougonnait qu'elle trichait, maître Windu lui faisait remarquer qu'il aurait à se servir très bientôt de ces mêmes pouvoirs sur un champ de bataille, et passait ensuite les dix minutes suivantes à donner des explications sur les liens de Force avec le garçon.

Elle avait terminé la course de cross et reprenait son souffle, lorsqu'elle découvrit une autre fonctionnalité à la Force. Elle prit conscience d'une présence derrière elle et par réflexe donna un coup de coude en arrière, une prise que leur avait apprise maître Windu, frappant du même bord Yannec à l'estomac.

« Tu voulais quelque chose? » l'interrogea t-elle tandis qu'il se laissait tomber au sol en poussant un grognement théâtral.

« OK, ok, tu as gagné! ouch! »

Plusieurs recrues s'approchèrent d'eux précipitamment.

« Hé les gars, Caleb peut voir derrière lui grâce à la Force. » les informa t-il alors qu'il se trouvait toujours à terre.

« Quoi, c'est vrai? »

« Son estomac peut en témoigner. » se moqua Elana.

« Recrues! » La voix de Mace Windu interrompit leur discussion. Elana essaya de conserver un visage impassible tandis qu'il fronçait les sourcils en sa direction, mais elle était bien consciente de l'expression contrariée qui barrait son visage et de ses yeux noirs qui étaient posés sur elle. Se pouvait-il qu'il soit un peu plus séduisant en souriant au moins une fois pour changer? Qu'avait-elle fait pour qu'il la déteste autant?

« Je ne veux pas que vous vous amusiez à vous frappez tous les deux, » dit-il sévèrement « j'ai besoin de vous avoir tous en pleine forme. »

« Il a commencé, » marmonna Elana.

« Je m'adresse à vous deux, » répondit-il, se détournant. « Rapportez ces sacs. »

« Nous sommes des combattants, pas des mules, maître. » se plaignit Elana devant la corvée; bien qu'elle sache que ça ne changerait rien, elle avait appris qu'il était coutumier aux garçons de se plaindre. Cependant cette fois, il semblait que ça n'en valait pas la peine...

A sa surprise, au lieu de leur ordonner de porter chacun un sac supplémentaire, Mace parut presque esquisser un sourire. « Peut-être, mais un bon soldat doit d'être capable d'être les deux. Vous les portez, pas de discussion. » Mace se retourna et s'éloigna à grands pas.

« Tu sais, je crois qu'il s'améliore. » déclara Yannec tandis qu'ils soulevaient les énormes sacs. « Portes-ça pour moi, tu veux? »

« Tu n'auras pas Sango pour t'aider sur le champ de bataille, portes-le toi-même! » hurla Mace Windu par dessus son épaule, si soudainement que Elana faillit laisser tomber le sac sur son pied.

« Oh Force, c'est bon je le reprends » bougonna Yannec, hissant le sac sur son épaule. Dans un élan de solidarité Elana porta aussi le sien à l'aide de ses bras, ce qui au final aboutit à ce que durant tout le trajet où ils se rendirent jusqu'au temple principal, elle se retrouva autant que lui à ruisseler de sueur et à arborer un air maussade. Lorsqu'ils firent le chemin inverse en direction de leurs quartiers, Yannec grogna comment il trouvait leur maître agaçant, usant de termes tout aussi flatteurs les uns que les autres. Elana était effaré de voir jusqu'à quel limites les garçons pouvaient jurer; elle avait apprit plus d'obscénités lors de ces trois dernières semaines, que pendant le reste sa vie passée.

Cependant, quelques minutes plus tard, la conversation devint tout à coup beaucoup plus épineuse. Yannec tourna son regard vers elle, interrogateur.

« Cal? »

Elana se mit à nouveau sur la défensive. « Hum... quoi? »

« Ce n'est pas pour te blesser, ni sans arrière pensée que je te dis ça, Cal mais, tu n'es pas très fort, pas vrai? Physiquement j'veux dire. »

Elle soupira; il était la deuxième personne à en avoir fait l'observation. « Non, effectivement. » répondit-elle prudemment.

« Alors pourquoi est-ce que tu peux faire ce truc avec la Force, alors que nous on ne peut pas? » grommela Yannec, tandis qu'ils pénétraient dans le dortoir. « Ce n'est pas juste. Ce que j'veux dire c'est, quelle différence il y a pour que tu y arrives, et pas moi? » Yannec l'examina avec une expression réellement perplexe sur le visage.

Heu, parce que je suis une fille, et que j'ai un taux de midi-chlorien qui est supérieur au tiens d'au moins 10 000. Cela doit avoir aussi à faire avec le fait que je me donne à fond, parce que j'ai un gros béguin pour maître Windu, aussi... peut-être que la vérité n'était pas la meilleure réponse à révéler dans cette situation.

« J'en sais rien... peut-être parce que mon taux est plus élevé que le tiens, qui sait. » Elana fit mine de paraître détendue, faisant comme si cette certitude était une évidence. Sans attendre de réponse, elle haussa les épaules et se dirigea vers la porte.

« Je vais me chercher quelque chose à manger, sinon je crois que je vais y rester cette nuit. On se vois plus tard! »

Aussitôt qu'elle fut hors de la pièce, Elana ralentit le pas, et laissa échapper un soupir soulagé. Mener une double vie n'était pas aussi simple que ce que ça en avait l'air.


Le matin suivant, les recrues rejoignirent la salle où ils patientaient chaque matin. La sonnerie signala que la première heure avait déjà commencé; mais curieusement, maître Windu ne déboula pas aussitôt dans la salle comme à son habitude. Ils attendirent pendant au moins quinze bonnes minutes, se plaignant et se bousculant les uns les autres, lorsque Elana le sentit approcher... mais il n'était pas seul; Ki-Adi Mundi était avec lui.

« Mais où est-ce qu'il est? » râla Yannec à ses côtés, se dandinant d'un pied sur l'autre. « Mes jambes me font un mal de chien... »

« Il va entrer... » Elana ferma les yeux, sentant les présences à l'extérieur dans le corridor. « dans trois... deux... une... »

La porte de la salle d'entrainement s'ouvrit brusquement, et tous les initiés sauf elle sursautèrent.

« Tu es vraiment flippant. » Les recrues marmonnèrent autour d'elle.

« Silence! » ordonna Mace. « As-tu anticipé mon arrivée, Sango? »

Il ne peut pas m'en vouloir pour ça! « Oui maître. »

Mace sembla quelque peu déconcerté, mais ne fit aucun commentaire. « Alors tu seras le premier à nous montrer comment la Force peut s'utiliser pour la vision, en remontant un bloc au fond de la piscine. Nous allons aller dans la salle des bassins aujourd'hui, et maître Mundi sera là pour observer. » Mace ne semblait pas très satisfait avec ce dernier point.

« Toi. » Il se tourna vers le garçon qui avait adressé la parole à Elana. « Portes ça. » Il fourra un sac plein de briques écrasantes dans les bras de Yannec et se mit en route en direction des bassins, ses longues robes tourbillonnants derrière lui.

L'esprit d'Elana se paralysa soudainement d'une peur panique. Nager? Nager? Ça voulait donc dire... ça signifiait...

… qu'en l'espace de quelques secondes tout le monde pourrait voir ce qu'il y avait en dessous des couches de tissus de sa tunique, la voir comme elle l'était vraiment, et elle serait sans doute expulsée du temple, une disgrâce. Mais pire encore, d'abord elle devrait affronter Mace Windu et rester de marbre lorsqu'il poserait un regard brûlant sur son corps.

Ils entrèrent dans la salle des bassins, et s'alignèrent le long du bord. Ki-Adi Mundi était assit dans un angle opposé, griffonnant quelques notes qui les concernait probablement. Comment peux t-on écrire autant en ne voyant que des garçons marcher dans une pièce? se demanda t-elle brièvement. Aussitôt, Mace Windu souleva l'un des blocs de briques ce qui attira son attention, puis le soupesa sur son épaule, et l'envoya valser dans l'eau. Il frappa la surface au centre de la piscine.

« Mets-le, » dit-il en lui tendant un bandeau pour les yeux. « Je veux que tu plonges, et que tu ramènes la brique. Sers-toi de la Force. » Il lui fit un signe de tête, et recula. Elana serra le bandeau autour de ses yeux, puis commença à déboutonner sa veste.

« Tout de suite! » la voix de Mace Windu sembla claquer contre les murs de tous les côtés. « Tu penses que tu auras le temps de te déshabiller dans une urgence? Retires ta cape et plonges! »

Elana qui était terrifiée, fut soulagée. Elle devait remercier la Force d'avoir rendu son maître aussi intransigeant! Elana jeta sa lourde cape énergiquement (elle entendit s'élever derrière elle des cris de protestation, et elle se demanda un instant si elle ne s'en était pas débarrassé avec un peu trop d'enthousiasme) puis plongea dans l'eau. Nager n'avait jamais vraiment été sa discipline favorite; le combat au sabre avait occupé la plupart de son temps libre. Mais elle connaissait les bases, et avait appris à plonger. Et maintenant, à toi de retrouver cette brique.

Sous l'eau, dans le silence étourdissant, la voie menant à la Force était toute tracée. Elle pouvait presque voir le sol de la piscine... il n'y avait pas de couleurs, mais en réalité des formes. Elle plongea plus profondément encore, se dirigeant directement vers la brique. Sa main se referma triomphalement sur celle-ci. Je l'ai!

Brusquement, Elana se demanda depuis combien de temps elle se trouvait sous l'eau. Ses poumons la serrait. Quand elle avait ressentit la Force, elle avait en même temps perdue toute notion de temps. Elle essaya de nager jusqu'à la surface, mais l'un de ses bras était entrainé vers le fond par la brique, et l'autre s'était empêtré dans sa tunique... cette même tunique qu'elle avait si anxieusement souhaité garder. Poisse!

Peu importe ce qu'il en pense, songea t-elle sauvagement, si je dois plonger dans l'urgence pour une brique, je me déshabille en premier. Une de ses prérogatives lui restait à son esprit (autre que celle de rester en vie): celle de remonter la brique à la surface et de prouver qu'elle l'avait bien fait. Elle tendit la main vers la surface et fit remonter la brique, mais une partie de son corps se trouvait toujours en dessous de la surface, désespérément empêtrée dans les couches sa tunique. Son poignet la lança et elle hoqueta, buvant la tasse par la même occasion.

« Il l'a! » s'écria admirativement un des garçons.

« Attendez... il se noie! » dit quelqu'un d'autre.

« Hé, Caleb, tout va bien? Oh mon dieu, Caleb! »

Juste ensuite, un éclaboussement terrifiant retentit non loin d'elle, puis un bras solide entoura sa poitrine.

« Arrêtes tes simagrées, je te tiens. » grogna Mace Windu. La brique fut arraché à son emprise, puis enfin, elle fut libérée. Il y eut un bruit retentissant lorsque sa tête percuta la surface, une désagréable sensation de flottement, puis finalement ses pieds heurtèrent un espace dur. Mace Windu les avaient simplement soulevés par la Force; elle, lui-même, et la brique hors de l'eau! Celle-ci heurta bruyamment le sol derrière elle.

Les jambes d'Elana cédèrent et elle s'écroula sur le sol. Mace la retourna sur le dos et appuya plusieurs fois sur sa poitrine, puis elle commença enfin à recracher l'eau en toussant. Il s'agenouilla à côté d'elle, son visage reflétant une colère noire.

« Pourquoi t'es-tu soudainement agité comme ça dans tous les sens? Tu avais bien commencé. Tu as paniqué, c'est ça? »

Elana leva les yeux pour contempler son visage furieux, respirant à grandes bouffées d'air. Elle remarqua vaguement qu'une petite foule s'était formée autour d'eux, mais la majorité de son attention était tournée entièrement vers Mace Windu. Il avait réagit si rapidement, et sans aucune hésitation pour la sauver... elle se souvint combien elle avait sentie autour de sa poitrine que ses bras étaient forts et sécurisant... ses robes humides modelant parfaitement les formes de ses épaules larges, et musclées...

« … nous perdons du temps. Sango! Sango, est-ce que tu m'écoutes? »

« Oui maître! » haleta t-elle, essayant de vider son esprit de toute pensée concernant Mace.

« Enlèves-moi ce sourire de ton visage et retournes dans la file. Il est clair qu'il nous reste beaucoup de travail à faire ici. Yannec, à tu es le suivant! »

Les garçons retournèrent dans la rangée en trainant des pieds, discutant en murmurant d'un ton badin ce qui venait de mettre l'enseignant de mauvaise humeur. Elana se tourna et lança un regard noir à la brique. Tout ça était de sa faute.


Elana remonta le long corridor en direction de la cantina. C'était la fin de la journée, et elle était épuisée et affamée. La nourriture Jedi était saine et nourrissante, mais un peu insipide.

Soudainement, elle entendit une voix derrière elle. « Caleb! » Une seconde plus tard, elle se souvint que Caleb était son prénom, et elle se retourna brusquement pour voir Qui-Gon descendre en courant le corridor, sa tresse fouettant l'air dans son sillage.

« Hé, Qui, » le salua t-elle. « Tu vas diner? »

« Oui. Tu veux te joindre à moi? » En entrant dans le réfectoire, et au fur et à mesure qu'il avançait, Qui-Gon ajouta une quantité incroyable d'aliments à son plateau, s'attirant par la même occasion des regards effarés de plusieurs maîtres, et d'Elana. Il n'y avait seulement que quelques adolescents présents... la plupart étant des Padawans, et des recrues ayant préféré manger plus tôt. Ils occupaient à eux-seuls une table.

Tandis que Elana et Qui-Gon s'asseyaient, Ki-Adi Mundi les dépassa d'un démarche raide. Il regardait droit devant lui, et lançait des regards noirs; ce qui pouvait se comprendre, car il arborait un spectaculaire œil au beurre noir. Elana l'observa avec curiosité.

« Hé, qu'est-il arrivé à maître Mundi? » demanda t-elle. Qui-Gon se mit à rire.

« Il s'est prit une ceinture de sauvetage à la figure pendant la leçon de natation aujourd'hui. » répondit-il de manière incompréhensible, la bouche pleine de nourriture. Il avala, puis se tourna pour la regarder. « Mais... attends pourquoi je te le dis? C'était pendant ton cours! C'est toi qui devrais t'en souvenir, tu es celui qui s'est noyé! Enfin d'après ce que j'ai entendu dire. » se reprit-il.

« Ah oui c'est vrai, je me suis 'noyé'... je me suis empêtré dans ma tunique, mais heureusement qu'on en porte. Je ne pouvais plus bouger, et puis j'ai commencé à couler. Ensuite maître Windu a réussit à me ramener hors de l'eau. » répondit Elana, mais peu après, se repassant inlassablement la phrase dans la tête, elle réalisa son erreur... non, ses erreurs. Elle avait donné des indices sur ses deux plus grands secrets dans une même phrase! Elle espérait vraiment que sa voix ne l'avait pas trahie lorsqu'elle avait prononcée le nom de Mace... pourquoi l'avait-elle introduit dans la conversation?

Qui-Gon ne semblait n'avoir rien remarqué pour l'instant. « Ça a dut être vraiment marrant... j'aurais tellement aimé à ce moment être là pour voir ça. » dit-il d'un air triste et rêveur. Mais aussitôt ses yeux revinrent se braquer sur Elana. « Comment as-tu fais pour rater le truc le plus drôle du siècle? »

Elle rougit inconsciemment. Oh Force, il doit se douter de quelque chose maintenant. « Euh, j'étais... distrait... » elle réalisa trop tard comment sa phrase résonnait, et tenta de faire marche arrière. « Ce que je veux dire, c'est que... comme je me suis noyé... »

« Comme tu t'es noyé? Je vois... » Un sourire bête s'était étiré sur le visage de Qui-Gon.

« Ben oui, se noyer ça distrait, tu vois. » dit-elle d'un ton léger, prenant une énorme bouchée de nourriture et s'étouffant avec, détournant par la même occasion les interrogations dérangeantes.

« Je suppose... enfin, je ne peux pas vraiment le savoir, je n'ai jamais essayé auparavant. »


Après avoir dînée, Elana alla dans la salle d'entrainement. Elle avait convenue, après la conversation qu'elle avait eut avec Qui-Gon, qu'elle avait grand besoin de se changer les idées; pratiquer quelques Katas basiques allaient certainement lui vider l'esprit.

Elana répéta le premier mouvement défensif que Mace leur avait montré avant de juger qu'ils n'étaient pas assez bons. Puis, elle se mit dans une position basique d'attaque; en partie des enchainements dont Mace leur avait fait la démonstration le premier jour, mais la plupart étaient seulement des mouvements d'escrime, adaptés en moins agressif. Quelques minutes plus tard, elle se dit qu'avoir un bâton pour s'exercer pourrait l'aider... elle avait besoin de quelque chose pour équilibrer ses mouvements. Elana se dirigea vers la réserve, et prit un bâton, muni d'un poids à l'extrémité de chacun des deux bouts. Puis elle reprit ce qu'elle était en train de faire, essayant de garder le bâton en équilibre dans chaque main au fur et à mesure qu'elle franchissait les étapes. Elle esquissa un sourire; pour la première fois aujourd'hui, elle put enfin se concentrer sur autre chose.


Mace Windu était soumit à divers sentiments. Il ne savait pas s'il devait être satisfait, ou mécontent du dénouement de la leçon de ce matin. Car d'un côté, il s'avérait que Ki-Adi devait être peu ravi de son œil au beurre noir, et le parfait fiasco qui avait eut lieu au début de la séance était... eh bien, un fiasco. Il était évident que Ki-Adi n'omettrait pas ce détail sur son rapport.

Mais Mace devait l'admettre, jusqu'à ce que... une certaine recrue... ait commencé à paniquer et à se noyer, le cours se déroulait plutôt bien. La... recrue avait manifesté une bonne maîtrise de la Force; Maître Mundi ne pouvait tout simplement pas l'ignorer. Bien qu'il savait qu'il ne devait pas rire, Mace ne pouvait à présent s'en empêcher à chaque fois qu'il voyait le coquart de maître Mundi.

Ce qui était d'autant plus désavantageux pour lui, bien entendu.

Il s'était dit qu'il serait mieux dans son état, de trouver refuge dans la salle d'entrainement. Ainsi il pourrait, pour un moment, oublier seulement cette matinée et se vider l'esprit. Il n'y avait rien de tel que les exercices pour vous enlever à l'esprit les pro...

Oh, Force!

Pourquoi Sango devait-il pratiquer ses Katas là maintenant?

Mace eut l'envie soudaine de sortir en courant de la salle, et de claquer sa tête contre un mur ou n'importe quoi d'autre. Ce n'était pas juste! Dés lors, si seulement il pouvait essayer de sortir silencieusement, fermer la porte derrière lui et...

Pas question. Supposons que Caleb ait détecté malgré tout sa présence? Bien que le garçon n'ait fait aucune pause dans ses enchainements continuels et mécaniques, avec ses habilités à la Force, il devait déjà avoir ressentit la présence de Mace. Mace ne pouvait pas risquer de passer pour un imbécile. Maintenant qu'il était là, il était obligé de rester un peu plus longtemps. Brusquement, il se sentit envahit par la culpabilité. Il était injuste de rejeter la faute sur un étudiant sans aucune bonne raison. Il resterait là, et s'efforcerait d'être social.

« Bonsoir, Sango. » dit-il cordialement.

Sango, semblait-il, n'avait pas été averti de sa présence. Au son de la voix de Mace, il sursauta, laissa tomber le bâton qu'il utilisait sur ses pieds, et poussa un juron dans un langage extrêmement fleuri.

Sa réaction rassura Mace. Cela faisait du bien de voir que le garçon n'était pas une simple mauviette. Il s'immobilisa brutalement et porta une main à sa bouche, le visage pétrifié d'horreur. Mais Mace en fut plus amusé que choqué. De plus, il voulait mettre Sango à l'aise. Il doit réellement penser que je suis un monstre, pensa t-il. Il a dut faire un bond de six mètres en m'entendant. Je n'ai jamais été vraiment été très juste avec lui.

« Si tu veux vraiment devenir un soldat, il est nécessaire que tu apprennes à jurer comme ça plus souvent, » affirma t-il en souriant.

« Pardon, maître, je ne vous avait pas vu. » dit Sango, se baissant pour ramasser son bâton. La tension que Mace avait ressentit plus tôt en entrant dans la salle s'était évanouit. Maintenant qu'il l'observait, le visage de Sango n'avait rien de si criminel et terrible en soit. Il avait un visage plutôt plaisant en fait, honnête et gentil. Et même avenant. Mace se mit un peu plus loin pour lui laisser de la place et commença un exercice de méditation, conservant en même temps une part de son attention sur les progrès de Sango.

Il avait l'air de les faire correctement, mais Mace put sentir chez lui une frustration, ainsi qu'une certaine nostalgie. Le mal du pays, peut-être? Un soupir exaspéré se fit entendre derrière lui. Il se souvenait combien il avait été dur avec lui-même, quand il avait encore cet âge...

Tout à coup Caleb jeta violemment le bâton de l'autre côté de la salle. Il se précipita aussitôt pour le ramasser avec un murmure d'excuse avant même que Mace n'ait eut le temps de réagir, puis ensuite se tourna vers lui, le tenant soigneusement en équilibre entre ses mains.

« Je suis désolé, maître. » soupira Caleb. « Il me semble juste que je n'arrive pas à me concentrer. » ce que le garçon disait était vrai, mais il paraissait y avoir derrière ses mots un sens caché.

« Cela a t-il un rapport avec ce qui s'est passé ce matin, Sango? » devina Mace.

« En parti. » marmonna Caleb. Il avait un air si malheureux que Mace se dit que, bien que le lieu et le moment semblaient opportuns pour faire un exposé à Caleb, de ne pas paniquer lorsqu'il n'avait plus d'air pour respirer, à cet instant ça ne l'était pas.

Au l'inverse, il tenta de se montrer encourageant. « Tu as paniqué, c'est un fait; mais tu te débrouillais plutôt bien jusque-là. »

Cela parut rassurer Caleb car son visage s'éclaira. « Vraiment? J'avais le sentiment de... eh bien, d'utiliser la Force comme il le fallait, mais on dirait juste que je n'arrive pas à exécuter correctement ces Katas. C'est tellement épuisant... » La colère était revenue.

« Je ne suis pas étonné. Il faut de nombreuses semaines d'entrainement pour apprendre à les exécuter sans effort. Observes... » Il tendit le bras, mimant la façon avec laquelle il devait bouger. « Tu vois? »

« Ça m'a l'air plus simple, maître. »

« Oui. » soupira Mace. « Pour être honnête avec toi, Caleb, je pense que tu perds ton temps avec ce programme d'entrainement pour soldats. Tu pourrais faire mieux en tant que Padawan. »

« V-vous le pensez vraiment? » Il semblait énervé tout à coup. Mais en même temps, il ne recevait pas du réconfort de la part de son maître tout les jours, pensa Mace pince-sans-rire.

« Oui je le pense. » répondit-il. « Je vais recommander au Conseil de te choisir lorsqu'ils sélectionneront les recrues pour un entrainement d'un niveau supérieur. » Mace fut surprit de sa réaction. Il n'y a pas quelques secondes encore, la simple vue du garçon suffisait à l'exaspérer, et à présent il était là, à se tenir garant de lui. Bien que Caleb semblait heureux, il paraissait encore plus désarçonné qu'au début.

« Je devrais... y aller... » murmura t-il. Il s'inclina maladroitement. « Bonne journée, maître Windu. »

Mace le regarda s'en aller, les sourcils légèrement froncés. Il devrait vraiment booster plus souvent le moral des recrues, leur donner l'occasion d'en tirer bénéfice. Il se dit que Caleb s'était vraiment bien débrouillé, pour quelqu'un ayant si peu d'entrainement.

Le garçon avait un réel potentiel.


Elana entra dans les vestiaires en un coup de vent et s'effondra sur un banc, fébrile.

Il a dit mon prénom... il a dit mon prénom... Force, il a dit mon prénom.

« Tu es en train de devenir ridicule. »

Il a dit mon prénom... Caleb, il l'a dit.

« Ce n'est même pas ton prénom. »

Le voix de Behra était de retour.

Écoutes, je sais que c'est ridicule, mais c'est juste que... c'est comme si j'étais enfin arrivée à devenir quelqu'un à ses yeux.

« Qu'est ce que je t'avais dis? » La voix qui retentissait était clairement moqueuse. « Tu as un gros béguin, ma fille. »

Oh, Hoth.

Elana espérait de tout son coeur que Behra soit réellement là, à analyser ses émotions et à lui suggérer un plan d'action, même ridicule. Elle avait besoin de dire à quelqu'un à quel point elle trouvait Mace séduisant, comment elle se sentait en le voyant, à quoi il ressemblait lorsqu'il était assit, debout, et lorsqu'il marchait. Quelqu'un qui rirait sottement, et à qui elle ferait rouler des yeux, dirait: ' Je vois très bien ce que tu veux dire, il est si sexy.' Quelle ironie, elle qui voulait échapper aux commérages stupides des filles qui l'avait toujours ennuyée, elle voulait aujourd'hui à tout prix tenir ce genre de conversation.

Comment sommes-nous supposées garder, pour nous-même un truc pareil?

Devait-elle le dire à Qui-Gon?

NON!

Quoi, alors?

Elana enfouit sa tête dans ses mains, et laissa échapper un gémissement. Eh bien, elle s'était mise dans un sacré pétrin. Elle devrait juste faire avec.

« Ca y est. »

Quoi? Qu'est-ce que ça veut dire, 'Ca y est'?

« Maintenant, tu sais au moins qu'il ne te détestes pas. » C'était vrai. Elana s'évertua avec difficulté à ce que cela n'affecte pas son humeur. Après tout, quelle différence cela faisait-il? Ça ne changeait pas pour autant son problème.

Et je suppose que tu savais déjà qu'il ne me détestait pas?

« Ben, » répondit-elle. « J'ai bien ma petite idée sur ce qui est en train de se passer. Ne te tracasses pas la tête à essayer de comprendre ce que je veux dire. »

Elana sortit des vestiaires et se dirigea vers son dortoir, essayant de penser à autre chose qu'à Mace ou aux voix mystérieuses, mais elle échoua lamentablement. Elle se persuada qu'il ne servait à rien d'essayer de comprendre ce que Behra avait voulut dire, mais c'était si compliqué de ne pas examiner chaque mot et chaque geste, de les analyser, et de chercher les réponses dans son subconscient...

Elana s'endormit, perplexe, ses pensées tournées vers Mace; et ses rêves furent tout aussi agités.