Salut tout le monde ! Pour commencer, pardonnez-moi pour ce retard d'un mois. L'écriture de ce deuxième bonus m'a pris beaucoup plus de temps que prévu mais j'en suis finalement arrivé au bout.
Comme je le disais dans le précédent chapitre, ce bonus traitera du POV d'Himchan, de quelqu'un en plus héhé, de Jongup et enfin de Youngjae. J'espère que le changement des différents points de vue ne vous paraîtront pas trop brusque. Si c'est le cas, faites-m'en part, pour les prochaines fictions je ferais attention. :) Ah oui, cette fois-ci ce bonus est une suite directe au 5e chapitre. (eh oui, je n'ai pas pu m'empêcher de faire une suite.)
Sinon...enjoyez ce dernier chapitre de De la trahison à la haine. Je le reconnais j'ai jamais été très bonne pour trouver des titres.
OS 2 – De la trahison à la haine
« Adieu Channie »
Je le vis partir, sans un regard vers moi. Il fit claquer la porte de la cage d'escalier sans que je ne puisse réagir. Je l'entendais descendre et plus le bruit de ses pas devenait murmure plus je me rendais compte que je l'avais perdu. Je n'aurais jamais cru que ces deux petits mots puissent me faire aussi mal. Je ne pourrais jamais les oublier. C'était comme si Yongguk me les avait gravé à l'esprit. Son intonation, sa voix rauque et ses yeux glacés par l'irritation qu'il devait ressentir en me voyant pour la première fois en quatre ans… Je ne pourrais jamais les effacer de mes souvenirs. Je maudissais presque ma mémoire photographique. Tous ces détails allaient me poursuivre sans cesse, m'empêchant d'atteindre le bonheur. Oublier ne m'était pas permis. Être heureux encore moins. Lui devait l'être. Pour lui, tout était fini. Pour lui, cela appartenait au passé. Il avait réussi à m'évincer de ses souvenirs. A quoi bon lutter ? Je ne serais plus rien pour lui. Je pouvais toujours essayer de faire partie de sa vie mais je savais que c'était chose vaine. Yongguk ne me laisserait jamais venir vers lui. Mes espoirs de réconciliation venaient de partir en fumée au moment même où il m'avait laissé sur le perron. A quoi bon me tourmenter l'esprit ? C'était inutile...
Je fermai la porte à mon tour, amenant Junhong dans sa chambre, sur son lit. Il rebondit légèrement mais ne se réveilla pas. Je lui enlevai délicatement sa veste et ses chaussures. Je me sentirai coupable de le déranger dans son sommeil. Personnellement, je savais qu'après ça, je ne pourrais pas fermer l'œil de la nuit. Yongguk m'avait beaucoup trop bouleversé pour que je dorme.
Après m'être assuré que Junhong n'aurait pas trop chaud cette nuit, je me levai en direction de la cuisine récupérant ma tasse de café fumante. J'avais attendu que Junhong revienne pour lui poser des questions sur sa soirée. Seulement en ouvrant la porte, Yongguk m'avait surpris. Heureusement que je n'avais pas emporté ma tasse avec moi. Elle se serait fracassée sur le sol. J'en étais certain. Je l'emportai avec moi en direction de la chambre de Junhong. Je ne voulais pas le laisser seul. Je n'avais pas grand-chose à faire après tout. Veiller sur lui me paraissait bien plus bénéfique. Je m'assis sur la chaise en face du lit de Junhong jouant maladroitement avec ma tasse de café. Au moins j'avais toute la nuit pour réfléchir posément à ce que m'avait dit Yongguk. Ses gestes. Son ton. Ses émotions.
Je me torturais. Oui c'était de la pure torture d'analyser toute cette situation avec du recul et de se rendre compte que c'était assurément perdu. En vérité, cela l'était depuis bien longtemps... Depuis cette journée où dans un élan de courage (ou de bêtise je ne saurais le dire) je lui avais tout avoué.
Je posais ma tasse brulante sur la table basse de la chambre. Pourquoi n'arrivais-je pas à oublier cette maudite journée ? Elle me hantait jour et nuit. À croire que mon destin avait complètement basculé il y avait quatre ans de cela. Je me frottai les yeux essayant de me réhabituer à l'obscurité de la chambre. C'était sûrement ça...
Lassé et harassé par les évènements, je reportai mon attention sur l'autre occupant de la pièce : Junhong. Il était toujours aussi profondément endormi. Il semblait si paisible dans son sommeil. Si jeune. Quoi qu'il pût en dire, il restait le jeune Junhong que je me devais de protéger, peu importe ce que cela m'en coûte. C'était pour cette raison que je l'avais attendu, c'était pour cette raison que j'avais veillé pour lui. S'il avait eu besoin de moi, s'il m'avait appelé durant la soirée pour quoi que ce soit, j'aurais accouru pour lui. Je m'étais enfilé un nombre assez conséquent de tasse en attendant qu'il revienne. Et depuis qu'il était revenu avec Yongguk j'étais relativement curieux. Comment avait-il bien pu entrer en contact avec lui ? Serait-ce dû au hasard ? Je ricanais, je croyais difficilement au hasard. En vérité, je pourrais presque croire que c'était le destin. Junhong devait rencontrer Yongguk, se faire raccompagner par celui-ci et enfin je devais me faire rembarrer pour la deuxième fois par la personne que j'aimais. Tout ça me paraissait beaucoup trop bien planifié pour que ce ne soit qu'une coïncidence. J'attendais impatiemment son réveil pour lui poser des questions. Après tout, ne m'avait-il pas dit qu'il allait voir les autres membres des B.A.P ? Junhong, dépêche-toi de dessouler. Je continuerai à veiller sur lui, bien que ma curiosité ait été titillée. C'était mon rôle de veiller sur lui, même si ces derniers temps c'était plutôt l'inverse qui se produisait. J'avais failli à ma tâche cette nuit. Comme l'avait si bien dit Yongguk, je n'avais pu le protéger. Je ne pouvais me pardonner de l'avoir laissé tout seul. J'aurais dû me douter qu'il fuirait, qu'il avait vraisemblablement inventé cette histoire de rendez-vous avec les autres pour pouvoir boire tout seul. Ou plutôt pour déprimer tout seul. Je ne savais pas comment il en avait fini par boire dans le bar de Yongguk seulement je savais une chose, que cela n'arriverait plus. Il ne serait plus jamais seul, livré à lui-même. Du moins, pas de mon vivant.
Je soupirais lourdement. Allais-je seulement y arriver ? Pendant toutes ces années, ce n'était pas moi qui m'occupais de Junhong. Au contraire, c'était lui prenait soin de moi. C'était lui qui essayait de me sortir de mon silence. C'était lui qui calmait mes brusques colères. Qui essayait de taire cette culpabilité qui me rongeait de l'intérieur. Yongguk avait vu juste. J'étais incapable de m'occuper de qui que ce soit. C'était au-dessus de mes forces. Je n'arrivais même pas à m'occuper de moi-même. À arriver à redevenir ce "Himchan", celui que tous appréciaient.
Impossible, c'était impossible.
Il n'y avait qu'à voir la manière dont j'avais parlé à Yongguk. Ce que je lui avais avoué sur un coup de tête. C'était bien la première fois que mon esprit m'avait fait faux bonds. J'avais été dans l'impossibilité de réagir convenablement. J'avais voulu me racheter auprès de lui. Lui dire tout ce que j'avais sur le cœur. Prêt à lui montrer ma plus grande sincérité... Lui montrer que j'avais changé. Pourtant, la seule chose qui était sorti avait été une stupide invitation à boire...puis l'aveu des sentiments qui m'avaient tant pourris la vie, qu'il connaissait déjà... J'avais à nouveau fait une erreur. Une terrible erreur. Et à nouveau, cela avait éloigné Yongguk de moi. J'étais maudit. J'étais stupide. Le ciel semblait enfin m'accorder une nouvelle chance, après toutes ces nuits à me remémorer encore et encore cette soirée qui avait tout basculé. Mais j'avais tout foutu en l'air. Ou plutôt comme d'habitude, j'avais tout foutu en l'air. Je n'étais bon qu'à pourrir la vie des autres. Voilà mon don pensais-je amer. Je savais détruire la vie des gens qui m'entouraient. Détruire le bonheur des gens que j'aimais. C'était impensable mais je l'avais fait. Et ce, quasiment en toute connaissance de cause. Nous aurions pu nous expliquer comme les adultes que nous étions censés être, nous étions censés mettre un terme à cette histoire avec tact et diplomatie mais non, il avait fallu qu'une fois de plus je gâche tout. J'avais presque envie de me taper la tête contre un mur, ce n'était pas possible d'être aussi stupide. A quoi bon être intelligent si c'était pour faire l'imbécile une fois devant Yongguk ? À quoi bon ? C'était une très bonne question. Je soupirai. Je n'en pouvais plus. Supporter tous ces sentiments, toutes ces pensées m'était ardu. J'avais naïvement espéré pouvoir mettre de côté cet épisode de ma vie. Et puis peut-être l'oublier. Pourtant, pas un seul jour ne passait sans que je n'y pense. En vivant avec Zelo, pas un jour ne passait sans que je ne sois assailli par le remords. Oui, je saisissais parfaitement la mesure de mes actes à chaque fois que je posais les yeux sur Junhong revenant un peu plus abattu d'une de ses visites quotidiennes chez Youngjae et Daehyun. J'étais loin d'être dupe, je savais que Daehyun continuait d'aller mal. Que ce serait bien long avant que je ne puisse le revoir un jour.
Contre toute attente, j'avais pourtant envie de revoir Daehyun. Je me moquai de moi-même. C'était risible non ? J'avais tout fait pour qu'il s'éloigne de moi par le passé et à présent je voulais le revoir une dernière fois. Pour m'excuser. Sincèrement. Quatre ans plus tôt je l'avais jeté comme un déchet. Pourtant aujourd'hui je regrettai mon geste. Aujourd'hui, je paierais tellement cher pour remonter dans le temps et changer ce passage de ma vie. Comment avais-je pu blesser Daehyun ? Un être aussi adorable et dévoué que lui ? Comment avais-je pu détruire ce pourquoi nous étions si fiers ? Comment pouvais-je me regarder encore dans la glace ? Je me mis à ricaner amèrement, je n'y arrivais plus justement. Ce que j'étais devenu me répugnait. Je me dégoutais. Et si je jettais un œil à mon apparence, je le serais encore plus. J'avais tout bonnement arrêté de prendre soin de moi comme je le faisais avant. À quoi bon ? Ma vie n'avait plus aucun sens. Je n'étais rien de plus qu'un monstre, que ce soit physiquement ou mentalement. Je ne valais pas mieux qu'un monstre. C'était la seule conclusion sur laquelle je m'étais arrêté. J'avais voulu jouer et contrôler les autres, je m'en étais brûlé les doigts. Yongguk avait eu raison, c'était ma vraie nature, Youngjae avait eu raison cette fois-là aussi, j'étais un démon aux allures d'ange. Et ma punition était amplement méritée. Après tout, les montres on les évitait. On les enfermait jusqu'à ce qu'ils disparaissent. Jusqu'à ce que plus personne n'entende leurs plaintes, leurs cris…
Je me levais, me faisant craquer les jambes, ne lâchant pas une seule seconde Junhong des yeux. Si cela pouvait les aider, si cela pouvait l'aider lui, j'étais prêt à disparaître. Cela enleverait un fardeau des épaules de Junhong, il ne méritait pas ça... Je ne le méritais pas...
OoO
Ce fut frissonnant que je sortis de mon sommeil. Des bribes de souvenirs revenaient mais le tout me semblait tellement flou que je ne comprenais pas. Que s'était-il passé hier ? Je me rappelais être entré dans le bar et avoir vu Yongguk sur scène, toutefois, cela s'arrêtait là. De plus, mon mal de crâne ne facilitait pas le processus. Je me retournai souhaitant regagner les doux rêves que je faisais avant de me réveiller. Un bruit attira mon attention. Cela devait très certainement être Himchan hyung qui se lavait. Après tout, qui d'autre cela pourrait-il être ? Je me frottai les yeux essayant de repérer mon portable. Quelle heure était-il ? J'abandonnai très vite ma recherche, il devait se trouver dans une poche de ma veste. Je soupirai de paresse, je devais me lever pour le chercher. Je ne voulais pas rater un appel important. Mon estomac se mit subitement à grogner. J'allais très certainement devoir passer par la cuisine avant. Je mourrais tout bonnement de faim. Avais-je mangé hier en rentrant ? Je ne m'en rappelais pas non plus. Peu m'importait. La couette qui me couvrait fit un vol plané jusqu'à l'autre bout de ma chambre tandis que je me levai, chancelant. La nourriture m'appelait. Et j'avais réellement besoin de boire quelque chose. Cet arrière-goût amer dans la bouche m'embêtait. C'était tout bonnement insupportable. Plus jamais je ne boirais un verre d'alcool. En parlant d'alcool, combien de verres avais-je bien pu boire pour me retrouver dans le coaltar ? Je n'arrivais plus à me souvenir de quoi que ce soit. Il me restait des trous noirs. De très gros trous noirs. . Je devais retrouver mes souvenirs. Pour résoudre le problème Yongguk. Seulement, avant toute chose, de quoi me souvenais-je ? J'avais cette étrange impression d'avoir échoué ma mission. Comme si toute la soirée n'avait servi à rien. Je ne comprenais pas. J'avais rencontré Yongguk n'est-ce pas ? Cela avait forcément abouti à quelque chose non ? Alors pourquoi est-ce que je n'arrivais pas à me rappeler de ces moments ? Avais-je vraiment échoué ? Yongguk m'avait-il repoussé ? Ou alors…avais-je fui ? Yongguk ne m'aurait jamais ignoré. Je savais qu'il tenait beaucoup trop à moi. Alors quel avait été le problème ? Que s'était-il passé ? Les ramyuns que j'avais mises à bouillir se rappelèrent à mon bon souvenir. Merde. Un peu plus et je faisais cramer mon repas. Je nettoyai l'eau qui avait débordé de ma casserole tandis que je versais le reste dans un bol. Je m'assis en soupirant lourdement. Evidemment, il avait fallu que je loupe mon déjeuner, parfait.
Maussade, je commençai à manger. Impossible de me souvenir de quoi que ce soit. Comment allais-je venir à bout de ce problème si je ne gardais aucun souvenir ? Je me le demandais bien. Si je suivais mon ressenti, tous mes efforts avaient donc été inutiles. Comme l'avait sans doute pressenti Youngjae, Yongguk nous avait oubliés. Et quoi que je fasse, cela n'allait rien changer. Youngjae avait eu raison depuis le début. Il valait mieux que je reste loin de lui… Assez loin de lui jusqu'au jour où Youngjae jugerait que Daehyun pouvait le voir. A nouveau, j'allais devoir suivre à la lettre les directives de Youngjae. Cela avait été totalement égoïste de ma part d'avoir voulu forcer les choses avec Yongguk. D'avoir voulu le forcer à revoir des personnes qui lui avaient fait du mal auparavant.
Je me levai après avoir fini de manger, plaçant mes couverts et mon bol dans l'évier. Avant de retourner dans ma chambre, je me dirigeai vers la boite à pharmacie à la recherche d'un antidouleur. Cette migraine lancinante m'empêchait de réfléchir correctement. Il me fallait quelque chose d'assez puissant pour l'éradiquer, c'était déjà assez pénible comme ça. Je farfouillai quelques minutes écartant d'un geste désinvolte la boite ouverte de somnifères et les pommades contre les brûlures pour me jeter sur mon Saint Graal. Je retins un cri de joie. Je ne pouvais supporter cet horrible mal de crâne une seconde de plus. A croire que quelqu'un s'amusait à me frapper avec un marteau. C'était une sensation horrible. J'étais content d'avoir pris la décision de ne plus boire une goutte d'alcool. J'avalai ainsi rapidement deux comprimés avant de me jeter dans le canapé du salon, soupirant d'aise. Les bruits d'eau venant de la salle de bain me bordèrent presque. J'avais tellement envie de retourner dormir. Pourquoi était-ce aussi compliqué ? Tout allait de travers. C'était semblable à une malédiction. Chaque jour me montrait qu'il y avait toujours un détail –aussi insignifiant soit-il- qui pouvait partir en cacahuètes. Pourtant, j'avais l'intime conviction d'avoir atteint le fond. J'avais la douloureuse impression que ma vie ne pouvait pas être pire. Non, définitivement pas.
Je me frottai les yeux me demandant si la journée d'aujourd'hui allait me prouver le contraire. Restait-il encore un élément qui allait m'achever plus que je ne l'étais déjà ?
J'avais encore du temps devant moi après tout, à moins que les dés ne soient déjà jetés. Mais j'en doutais, la journée ne faisait que commencer. Je laissai traîner mon regard sur la pendule du salon. Je sursautai soudainement. L'heure tournait et j'avais complètement oublié que je devais passer voir Daehyun comme je le faisais tous les jours pour discuter avec lui. Ensuite, je devais m'entraîner avec Jongup bien que quelque chose me disait que nous n'allions pas nous entraîner aujourd'hui. Pas après le lapin que j'avais posé à lui et à Youngjae hier. Ils allaient me trucider.
D'autant plus que je gardais un très vague souvenir de la soirée. Leur curiosité n'allait pas être satisfaite. J'étais un homme mort. Je ricanai malicieusement. Ils n'allaient pas me rater.
Toutefois, avant de creuser ma tombe, j'allais devoir prendre une douche. J'empestais l'alcool. Heureusement l'arrière-goût amer que j'avais plus tôt avait disparu. Je me dirigeai tranquillement vers la salle de bain entendant toujours l'eau qui s'écoulait. Intrigué, je regardai l'horloge mural du couloir, cela faisait bien vingt minutes qu'Himchan se lavait. Avait-il passé une nuit tellement arrosé qu'il devait prendre un temps fou à faire partir l'odeur ? Ou peut-être qu'en me ramenant, je lui avais vomi dessus ? Cela expliquerait l'arrière-gout que j'avais eu dans la bouche en me réveillant. A vrai dire, je me souvenais à peine du retour. Je ne me souvenais de rien. Mais puisque j'étais ici, cela signifiait donc qu'Himchan était passé me chercher. Non, ce n'était pas possible puisque je ne connaissais pas l'adresse et que je ne me souvenais pas lui avoir donné le nom du bar…
Quelque chose ne tournait pas rond dans cette histoire. Comment avais-je bien pu rentrer ? Je me giflai mentalement. Ce n'était plus l'heure des questions, je devais me préparer. Mettant ceci dans un coin de mon esprit, je frappai sur la porte en hurlant :
« Hyung ! Ce n'est pas que ça me dérange de devoir payer la facture d'eau mais je tiens à te rappeler que j'ai des obligations aujourd'hui ! »
J'attendais quelques minutes cependant la douche ne s'arrêtait pas. M'avait-il entendu ? Peut-être pas. Je toquai beaucoup plus fort en augmentant d'un ton.
« Hyung dépêche-toi ! Tu sais très bien que je risque d'être en retard ! »
Himchan ne me répondit toujours pas. Vexé d'avoir été ignoré, je pris la décision de choisir mes vêtements en attendant. D'ici-là, Himchan aurait sans doute terminé son rituel du matin qui commençait étrangement à s'éterniser. Dix minutes passèrent et je revins chargé de ma tenue de la journée. Je finis même par le menacer gentiment :
« Hyung, si dans dix secondes, tu ne sors pas, j'enfonce la porte et je te jure qu'après t'avoir pris en photo je les poste sur les réseaux sociaux que tu sois nu ou pas ! »
Mais très vite, l'agacement prit le dessus. Je ne pouvais plus attendre plus longtemps et son manque de réaction commençait à me mettre les nerfs à vifs.
« Mais qu'est-ce que tu fais depuis tout ce temps hyung ? T'inquiète, là, tu dois être plus propre que n'importe qui sur cette Terre. » Une pointe d'inquiétude me troua le cœur. Que se passait-il ? Himchan m'ignorait-il délibérément ? Non, Himchan ne m'avait jamais ignoré. Au début de sa dépression, il avait bien pu tenter de s'isoler dans son monde empli de regret et de culpabilité néanmoins je ne l'avais jamais lâché, le poussant toujours plus dans ses retranchements de sorte à ce qu'il reste conscient avec moi. Ainsi j'avais approfondi les liens que j'avais avec lui, ce serait étonnant qu'il choisisse de m'ignorer pour une broutille. D'autant plus que je ne voyais pas ce que j'avais bien pu faire de mal. Même en cherchant, rien ne me venait à l'esprit. Qu'avais-je bien pu faire pour le contrarier ?
Je fronçai les sourcils, inquiet.
Dans ce cas-là, pourquoi ne me répondait-il pas ? Avait-il fait un malaise dans la baignoire ? Quelle qu'en soit la raison le fait qu'il ne me donnait pas de signe de vie me faisait peur. Je laissai tomber mes vêtements sur le sol avant d'essayer d'ouvrir la porte. Fermée à clef. Evidemment. J'aurais dû me douter qu'elle serait fermée. Je pris la peine de toquer et déclarai, alarmé.
« Hyung, si tu ne me réponds pas, je vais enfoncer la porte. » Toujours aucune réponse si ce n'était le son de l'eau. Ce bruit qui me faisait craindre le pire. A bout de nerf et après avoir laissé dix secondes à Himchan pour se manifester, je me mis à enfoncer la porte. Il me semblait qu'une de mes côtés se brisa sous l'effort cependant je n'y prêtai guère attention, j'avais mieux à faire. Une sourde angoisse me faisait trembler des pieds à la tête. Himchan se foutrait très certainement de moi si cela se révélait être un gros malentendu mais j'avais peur. Jamais Himchan ne m'avait fait ce coup-là et j'osais espérer n'être que trop parano. Que rien de grave n'allait arriver. Pas à Himchan.
Après m'être acharné comme un forcené sur cette pauvre porte, je finis par en venir à bout, essoufflé, les yeux affolés. Je fonçai aussitôt en direction de la baignoire, remarquant à peine les taches rouges qui trainaient sur le sol. J'écartai le rideau qui cachait le corps allongé et plongé sous une eau rougeoyante d'Himchan. Mes jambes déjà vacillantes me lâchèrent. Je m'écroulai de tout mon poids sur le carrelage. Je baissai les yeux en ressentant une petite douleur à la main. Une lame de rasoir. Je l'attrapai en dépit de ma blessure au doigt et la fixai incapable de revenir à moi-même.
C'était un cauchemar n'est-ce pas ? Himchan allait dans très peu de temps ressortir de mon sommeil en me hurlant que la grasse matinée était terminée. Pourtant rien ne vint. Personne ne me réveilla. Personne. Tout ceci était bien réel. La douleur que je ressentais était réelle. Les battements de mon cœur l'étaient également. Et si je ne faisais rien, Himchan allait peut-être… Je sursautai violemment me cognant mon genou sur la paroi de la baignoire. Qu'est-ce que j'attendais pour agir ? Passé le choc, je me relevai essayant de reprendre mon sang-froid. Je pouvais encore le sauver. Il ne me restait que la foi…
Je lachai la lame de rasoir comme si elle m'avait brûlé, me jetai dans la baignoire arrêtant le débit de l'eau. Après m'être assuré que plus aucune goutte d'eau n'allait sortir de cette foutue douche, je sortis Himchan de là. A cet instant, je ne pus que bénir le ciel de m'avoir donné une aussi grande taille. Dans ce cas-là, c'était on ne peut plus utile. Je déposai délicatement le corps frigorifié de mon aîné, ne sachant pas quoi faire. Je paniquai. Que pouvais-je bien faire ? Je ne savais même pas pour quelles raisons Himchan s'était retrouvé là. De plus, il portait encore son pyjama sur lui, cela voulait-il dire qu'Himchan avait essayé..avait tenté de mettre fin à ses jours ? Et ce sang…. Tout ce sang…
A cette pensée, mon cœur rata un battement. Je n'en pouvais plus, c'était beaucoup trop à supporter pour mes frêles épaules. Pourquoi ? Comment ? Etait-ce un ultime appel à l'aide ? Ou au contraire était-ce les adieux d'Himchan ? J'étais perdu. Je relevai la tête, croisant mon regard dans un miroir. J'étais pâle tout comme lui sauf que lui était allongé sur le sol. Un peu comme un cadavre.
Un cadavre…
Et très vite je finis par me traiter de con. Qu'importe qu'Himchan ait voulu se- je refusais même d'y penser- ma mission c'était qu'il aille mieux. Je me relevai alors une nouvelle fois pour me précipiter sur mon téléphone. J'avais failli me manger la porte du salon et mes côtes me faisaient souffrir mais je m'en balançais, je devais appeler les urgences. Malheureusement, je ne maîtrisais pas les gestes d'urgences. J'en profitais pour attraper un torchon qui traînait dans l'optique de l'appuyer sur la plaie. Ce sang…je devais arrêter l'écoulement en attendant les urgences. Je composai maladroitement le numéro des ambulances revenant dans la salle de bain rapidement. Il était hors de question que je le laisse un instant seul. S'il mourait alors que j'étais éloigné, occupé à téléphoner, je ne pourrais jamais me le pardonner.
OoO
Des erreurs. Encore et toujours ces grossières erreurs. Que m'arrivait-il depuis hier ? Depuis que j'avais revu Youngjae je ne pouvais m'empêcher de me sentir coupable. Je regrettais tellement de m'être éloigné de tous les autres. Mais je n'avais pas eu le choix. La trahison avait été trop brutale pour que je continue à côtoyer Daehyun et Himchan. Et bien que Junhong ait toujours été là pour moi, je me sentais affreusement seul. Sans Yongguk, sans Youngjae et même si je refusais parfois de me l'avouer sans Daehyun et sans Himchan. Nous étions promis à faire de belles choses tous ensemble mais il avait fallu que tout se termine. Une décision, plusieurs mauvais choix nous avaient conduits là où nous étions. Et revoir Youngjae après tout ce temps séparé l'un de l'autre m'avait fait un choc. Les retrouvailles avaient été plus embarrassantes qu'autre chose. Nous avions passé du temps à attendre Junhong mais nous nous étions rapidement avoués vaincus. Junhong nous avait posé un lapin et n'allait pas nous rejoindre. L'atmosphère s'était heureusement détendue après quelques verres et nous avions même fini par échanger quelques anecdotes évitant les sujets qui fâchaient. En partant, je n'avais pu m'empêcher de demander pardon à Youngjae pour la fois où j'avais littéralement pété les plombs. J'avais craqué ce jour-là et n'avais pu retenir mon flot de reproche. Cela avait été plus fort que moi. Toutefois Youngjae, après m'avoir longuement observé m'avait tout simplement conseillé de dire à Daehyun et non à lui. Coupable, j'avais acquiescé le laissant prendre le taxi qui le ramènerait chez lui tandis que je partais à pieds. Le retour s'était fait dans les vapes. Peut-être était-ce lié au fait que j'avais bu. Oui peut-être.
Mes pensées furent coupées par la sonnerie de mon portable qui sonnait depuis quelques temps déjà. J'avais encore été perdu dans mes pensées… Je regardai l'heure qu'il était, cela ne pouvait être que Junhong. Après tout, cela faisait un beau moment que je l'attendais. J'arrêtai donc la musique et décrochai. Alors que je m'apprêtais à engueuler copieusement mon cadet, je fus coupé par la voix de Junhong, ou plutôt par les sanglots que je percevais à l'autre bout du fil.
« H-hyung ? Allo ? » Commença-t-il.
Je ravalai mes accusations préférant lui demander, inquiet.
« Junhong, que se passe-t-il ? Tu…pleures ? »
« J-je..pardon…j-je ne savais pas qui prévenir et comme je…j-je.. » Il paraissait presque sur le point de s'étouffer. Sa phrase avait été tellement décousue que je dus lui demander de répéter à plusieurs reprises pour la comprendre.
« Junhong ? » tentai-je d'appeler.
« Hyung, je ne c-comprends pas…il…je sais pas comment… Himchan…il… »
« Junhong ! Calme-toi. Respire un bon coup et essaie de reprendre tes idées. Qu'est-ce qui a bien pu te mettre dans cet état ? »
« C'est..hyung…c'est…les médecins disent que c'est ma faute, ils disent que je suis responsable mais pourtant j'ai fait tout ce que j'ai pu pour le sauver, je n'aurais jamais pu me pardonner de l'avoir laissé mourir et. » Je ne le laissai pas aller plus loin, sa tirade m'alarmait de plus en plus.
« Woah, Junhong, calme-toi. Calme-toi. Explique-moi calmement ce qui s'est exactement passé. »
Il inspira bruyamment, hoquetant légèrement mais Junhong finit par calmer ses sanglots. Il reprit la parole, la voix tremblante.
« C-c'est Himchan. Il…il a. » Il s'arrêta ne pouvant aller plus loin. « Hyung, il a essayé de mettre fin à à à-à-à…. Hyung, je...c'est moi qui l'ai retrouvé. »
Abasourdi, je n'arrivais plus à prononcer un mot. Himchan, notre visuel avait essayé de se suicider. Pourquoi ? Et c'était Junhong qui l'avait retrouvé ?
Sans une pensée, je pris mes affaires dispersées aux quatre coins de la salle de danse et partis en catastrophe dans les vestiaires. Si j'en croyais les paroles de Junhong, j'avais été le premier averti. Devrais-je prévenir la famille d'Himchan ? Le label ? Les autres membres des B.A.P ? Que devais-je faire ?
En fermant la porte du vestiaire, je me rendis compte que je n'avais toujours pas répondu à Junhong. Me traitant d'idiot, je tentai de l'appeler afin de vérifier qu'il était toujours là.
« Junhong ? Tu es là ? »
Un reniflement me répondit. Soulagé qu'il soit toujours à l'appareil, je lui demandai.
« Junhong, comment il…attends-moi. J'arrive. Dis-moi dans quel hôpital êtes-vous ? »
Après qu'il m'ait répondu, je raccrochai en lui assurant que je me dépêcherais. Je me maudis un instant. J'avais presque failli lui demander comment Himchan avait tenté de se suicider. Quel con ma parole. Heureusement que j'avais senti qu'il n'était pas en état de me répondre. Et à vrai dire, pour le moment, je préférais ne pas le savoir. Je n'étais pas encore prêt psychologiquement parlant pour connaître tous les détails. Je me précipitai vers la sortie, courant comme jamais je n'avais couru dans ma vie. Junhong avait besoin de moi.
Une seule question flottait dans mon esprit : Himchan hyung, qu'avais-tu fait ?
OoO
Arrivé à l'hôpital, j'accélérai la cadence, déambulant dans les couloirs à la recherche de Junhong. Il n'avait pas été bien au téléphone. Je craignais le pire. Et si Himchan avait succombé de ses blessures le temps que j'arrive ? Je ne voulais pas l'envisager mais je ne pouvais écarter cette possibilité. Junhong serait dévasté. Complètement dévasté.
Esquivant un petit vieux en fauteuil roulant qui bloquait le passage, je finis par apercevoir au loin la haute silhouette de Junhong. Il paraissait parler à quelqu'un, ou plutôt quelqu'un semblait s'adresser à lui bien qu'il ne lui accordait aucune attention. Une fois de plus, j'accélérai mon pas, puisant dans mes dernières forces et me retrouvai très vite devant Junhong. Junhong qui me voyant arriver s'était redressé d'un bond. Je finis presque étouffé par mon cadet qui n'avait pu s'empêcher de m'enlacer. Surpris qu'il s'abandonne dans mon étreinte, je lui murmurai que tout allait finir par s'arranger. Même si mes paroles sonnaient atrocement fausses à mes oreilles. Même si je n'y croyais pas une seule seconde, j'essayai d'apaiser tant bien que mal Junhong. Je l'éloignai doucement souhaitant qu'il se repose un minimum. Je pouvais presque sentir la fatigue sur ses épaules. Alors qu'il s'avachît sur les chaises de part et d'autre du couloir, je me tournai vers l'infirmière qui parlait à Junhong avant que je n'arrive. Elle s'avança vers moi et me demanda en désignant mon cadet :
« Vous êtes son grand frère ? »
Bien que flatté qu'on puisse penser que je sois le grand frère de Junhong, j'eus un léger temps d'hésitation mais je finis par acquiescer. Elle me dit alors que Junhong semblait souffrir d'une côte fêlée mais qu'il refusait de se soigner en attendant les résultats d'Himchan. Elle ajouta que Junhong devrait passer voir un médecin pour sa côte afin d'éviter que cela ne s'aggrave. Je la remerciai avec un petit sourire et la laissai partir tout en me tournant vers Junhong qui avait baissé la tête, fuyant mon regard.
« Junhong, tu as mal quelque part ? »
Il se ratatina sur place en murmurant que ce n'était rien du tout. Je m'approchai d'un pas, m'assis à côté de lui et soudainement, sans qu'il ne s'y attende, je fis pression avec mon doigt sur le côté droit de son torse. En entendant le sifflement de douleur de Junhong qui s'était éloigné de quelques centimètres de moi, je ne pus m'empêcher de lui donner un léger coup sur sa tête.
« Et tu me disais que ce n'était rien ? Junhong, tu n'apprendras jamais. Je parie que tu devrais être dans un lit mais non, tu préfères faire comme si de rien n'était. Tu es blessé Junhong, et je t'assure qu'Himchan ne serait pas content d'apprendre que tu bousilles ta santé. »
Ma voix ne s'était pas faite dure, au contraire. Je l'avais gardé douce et sans jugement de sorte qu'il comprenne que je m'inquiétais pour lui. Peut-être que cela n'était pas important aux yeux de Junhong, mais cela l'était pour moi. Junhong…il était pratiquement tout ce qui me restait de notre ancien groupe. Junhong, qui n'avait pas osé m'affronter du regard se mit à murmurer du bout des lèvres, des sanglots apparaissant dans sa voix. Je n'aurais peut-être pas dû mentionner Himchan.
« Ce n'est rien hyung. Je peux supporter une petite blessure, ça ne va pas me tuer… Et puis, je ne pouvais pas partir d'ici alors qu'Himchan…alors qu'il est encore entre la vie et la mort. »
Je lui caressai le dos, espérant que cela l'apaiserait un minimum. Je n'osais pas lui poser une question. Je craignais la réponse. Junhong se mit à renifler bruyamment et à ma surprise, entama le récit de ce qu'il avait vu. Au fur et à mesure qu'il parlait, mes yeux s'agrandissaient. Je peinais à croire que Junhong avait été témoin d'une chose pareille. Et à son réveil en plus. Mais je fus complètement pris de court quand il me raconta ce que les médecins lui avaient dit quand ils étaient arrivés.
« Hyung, tu sais que je ne pourrais jamais me pardonner quoi que ce soit si Himchan mourait. Si j'avais réagi plus tôt, si j'avais réussi à garder mon sang-froid quand je l'ai découvert, peut-être qu'on n'en serait pas là, à attendre des nouvelles des médecins. Je ne savais pas quoi faire et j'étais beaucoup trop choqué pour arriver à réfléchir posément. J'ai paniqué et…surtout j'ai mis du temps à comprendre qu'Himchan était peut-être toujours en vie… Je…s'il mourait ce serait entièrement ma faute. Comment pourrais-je regarder sa famille droit dans les yeux en leur apprenant que leur fils est mort ? Si Himchan nous quittait…Hein hyung, explique-moi… »
Il se tut, pleurant en silence, la tête baissée, la mort dans l'âme. Sa tirade m'avait empoigné le cœur. Voir Junhong comme ça me faisait mal. Je ne pouvais pas le laisser s'apitoyer plus longtemps. Je fis donc la seule chose qui me sembla pertinente à ce moment-là, je m'approchai de lui et l'enlaçai.
Je ne savais que dire. Et puis Junhong ne m'écouterait sûrement pas. Il était totalement perdu dans ses sombres pensées et son inquiétude pour Himchan. Je le laissai se reposer dans mes bras, conscient que cela allait longuement le hanter, surtout si Himchan comme il le disait ne s'en sortait pas. Dans le pire des cas, je serais là pour lui sortir ces sottises de la tête. Je serais là pour le soutenir dans cette histoire. Et si la moindre personne l'accusait de quoi que ce soit, il aurait affaire à moi. On ne faisait pas souffrir mon maknae impunément. Fort de mes résolutions, je tournais la tête vers la silhouette qui nous observait. Je croisai le regard d'un homme de la trentaine environ, aux yeux ridés par la fatigue sûrement et qui, malgré ses traits avenants, ne m'inspirait pas. Il ne portait pas de blouse donc ce n'était pas un médecin. Quelque chose dans son attitude sûrement, ou sa manière de nous regarder me disait de ne pas lui faire complètement confiance. Ce type ne me disait rien qui vaille. Je tapotai la tête de Junhong le poussant à s'appuyer sur moi et à ne pas me lâcher. Je finis par demander à l'homme en face, sec, un sourire factice placardé sur mon visage.
« Je peux vous aider ? » Ma question était purement et simplement rhétorique, seulement, je devais conserver une certaine politesse avec lui. Certes je me méfiais de cet homme pourtant ce n'était pas en l'agressant que j'allais pouvoir le faire déguerpir. Mon interlocuteur me répondit du même ton, ayant réussi à capter l'hostilité à son égard.
« Pardonnez-moi de vous déranger dans cette épreuve mais je suis venu poser quelques questions à votre ami ici présent sur… » Il consulta son carnet avant de continuer. « Sur Kim Himchan. Serait-il possible de lui parler en privé ? »
Toujours aussi suspicieux, j'ignorai sa question pour lui en poser une autre gardant mon éternel sourire.
« Et pourrais-je savoir à qui je m'adresse ? »
L'homme en face de moi chercha quelque chose dans la poche de sa veste en cuir avant de me la mettre sous le nez. Un badge de policier.
« Kang Namkyu, inspecteur. » Je sentais que cette histoire commençait à prendre des proportions beaucoup trop grandes. Et si mes appréhensions étaient justes, c'était sur Junhong que tout allait retomber. Je resserrai mon emprise sur lui craignant qu'il ne s'envole. Je jetai un regard soutenu à l'inspecteur et lui lançai toujours aussi poliment :
« Et pour quelle raison souhaitez-vous lui parler ? » J'avais déjà une idée de la raison cependant, j'espérais avoir tort.
« Cela ne vous concerne pas Moon Jongup. » Je fus très surpris qu'il m'ait reconnu après tout ce temps passé dans l'ombre des projecteurs mais je ne laissai rien transparaître. Je préférais faire très attention avec des gens comme lui.
« Sûrement, toutefois je connais nos droits et lui a également le droit de ne pas vous répondre. »
« Ne jouez pas à ce petit jeu avec moi. S'il ne répond pas à mes questions maintenant, il le fera tôt ou tard quand je reviendrai cette fois avec un mandat d'arrêt. » Coupa l'inspecteur Kang, intransigeant et toujours aussi dur.
C'était donc bien ce que je pensais. Maintenant la question était pourquoi lui ? Que s'était-il passé pour que Junhong soit suspecté ? Que se tramait-il en coulisse ? Junhong qui avait suivi la conversation depuis le début intervint ahuri :
« Un mandat d'arrêt ? Ne me dites pas… ? »
« Si. Après ce que les médecins ont détecté dans l'estomac de la victime Kim Himchan, vous, monsieur Choi Junhong, êtes devenu notre principal suspect. » Informa-t-il.
« Mais enfin, suspect de quoi ? » S'emporta Junhong, semblant visiblement faire une crise de nerf. « Himchan hyung a tenté de se suicider en se..se..les veines ! Rien ne m'accuse. »
L'inspecteur Kang le regarda dans les yeux avant de sourire satisfait de la tournure des choses.
« Ah vous croyez ? Mais alors, si Kim Himchan avait vraiment voulu se suicider, pour quelle raison n'avait-t-il selon les ambulanciers laissé aucune lettre d'adieu ? De plus, vous semblez ne pas être au courant d'un petit détail monsieur Choi Junhong. » Il fit une pause, fier de son petit effet. « S'il s'était seulement coupé les veines, les médecins ainsi que nous-mêmes aurions conclu à une tentative de suicide, toutefois, n'est-ce pas étrange que nous ayons trouvé une très forte dose de somnifère mélangé à ce qui ressemblait de la caféine ? »
« Des som-somnifères mêlé à de la caféine? Comment est-ce possible ? J-je, Himchan, non ce n'est pas possible ! » bégaya Junhong. Il s'était arraché de mon étreinte faisant face à l'inspecteur. Il ne semblait pas croire ce que nous venions d'apprendre. A vrai dire, moi non plus, je n'y croyais pas. Tout comme le pensait l'inspecteur, c'était louche. Cependant, pas au point d'accuser Junhong.
Je connaissais Junhong presque sur le bout des doigts, il n'aurait jamais pu lever la main sur qui que ce soit et encore moins sur Himchan. Pas après toutes ces années à essayer de l'aider et à l'assister. Et je ne manquais pas de balancer cette information à la figure de cet inspecteur qui décidément me faisait craindre le pire. Il pouvait à tout moment décider que Junhong était un dangereux criminel et en informer les médias qui se feront une joie de traîner à nouveau le nom des B.A.P dans la boue. A l'époque de notre mise en pause, les journalistes n'avaient jamais pu dire une chose sur Junhong, il était resté blanc comme neige dans cette histoire. Si cette histoire éclatait au grand jour, je savais très bien que les journalistes s'en approprieront et n'hésiteront pas à traiter Junhong de tous les noms. Et je doutais que Junhong puisse supporter qu'on pense cela de lui.
Je ne voyais plus qu'une solution pour éviter de faire subir cela à Junhong : coopérer et demander de ne pas divulguer cela à la presse. Junhong était beaucoup trop bouleversé pour se rendre compte que ça ne sentait pas bon pour lui, mais moi je le voyais. Et j'allais tout faire pour le protéger en attendant que les soupçons complètement ridicules de l'inspecteur s'estompent. Je plaçai un bras sur le genou de Junhong, lui apportant mon soutien silencieux avant de me tourner vers l'inspecteur qui lui avait gardé un œil sur les réactions de Junhong.
« Très bien. En échange, je vous demanderai de bien éviter de transmettre aux médias vos suspicions en attendant que la vérité soit révélée. » Marchandai-je d'une voix posée malgré mes inquiétudes.
« Bien sûr. Cette enquête restera classée confidentielle. Ou du moins le restera si monsieur Choi Junhong s'avère être innocent. »
« Il l'est. » Assurai-je.
« Eh bien, c'est ce que nous allons voir. »
Son petit ton joueur m'hérissait les poils. Je ne supportais pas ce genre de personne, ni sa manière de pensée. Comme s'il avait déjà une idée de ce qu'il allait faire pour piéger Junhong. Sincèrement, je ne le supportai pas. Il s'approcha de Junhong avant de s'assoir à côté de lui.
Junhong, qui avait suivi toute notre discussion sans intervenir, me jeta un regard interrogateur. Je lui donnai une petite tape sur son genou pour lui donner courage. Il n'était coupable de rien du tout, il pouvait donc répondre aux questions de l'inspecteur sans crainte. De plus, si cela se corsait, j'interviendrai. Les policiers avaient toujours des tours dans leur sac pour pousser à bout leur suspect. Heureusement, ce n'était pas un interrogatoire. Du moins, pas officiel. Junhong se tourna vers l'inspecteur paré à lui raconter sa version des faits.
« Première chose, racontez-moi cette matinée. Comment avez-vous trouvé la victime et dans quelles circonstances ? Je veux tout savoir. » Commença l'inspecteur, professionnel.
Une pensée vint titiller mon esprit. Allait-il endosser le rôle du méchant policier ? Du gentil ? Ou au contraire allait-il le faire le plus sérieusement possible ? Dans tous les cas, je ne lui faisais pas confiance. Junhong prit sa respiration et entama son récit d'une voix claire et précise. Il avait réussi à reprendre une certaine maîtrise de lui-même.
« Je…je me suis réveillé avec une petite gueule de bois. Vous savez la veille c'était le réveillon de Noël et j'avais énormément bu. Le réveil avait été difficile, j'avais mal à la tête. Enfin vous savez, les signes de la gueule de bois. » Il fit une légère pause cherchant ses mots. L'inspecteur en profita pour lui poser une question.
« Quelle heure était-il ? »
Junhong, surpris par la question, chercha dans ses souvenirs avant de lui répondre d'une voix embarrassée.
« J-je ne m'en souviens plus. La seule chose qui avait été important à ce moment-là c'était de manger. Je mourais de faim, de soif et j'avais cette migraine atroce. »
En entendant la confession de Junhong, je levai un sourcil intrigué. Qu'avait-il bien pu faire la veille pour qu'il ait mal à la tête ? Avait-il bu sans nous ? Peut-être avait-il été pris par un soudain coup de blues et il avait préféré passer la soirée seul…ou en compagnie d'Himchan.
« Je vois. » Marmonna l'inspecteur dans ses pensées. « Bien, continuez. »
Junhong n'attendit pas et enchaîna avec la suite.
« Je me suis donc levé de mon lit pour me diriger vers la cuisine. Ensuite, j'ai pioché dans notre réserve de médicament un cachet d'aspirine pour mon mal de crane. Je me suis jeté dans le canapé perdu dans mes pensées. Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé entre mon réveil et le moment où j'ai posé mes yeux sur la pendule du salon. J'allais être en retard, j'avais des choses à faire normalement. Je suis donc allé toquer à la porte de la salle de bain de laquelle j'entendais l'écoulement de l'eau. »
« Il ne vous est pas venu à l'idée que quelque chose de grave se déroulait ? »
« Non. » Confessa Junhong. « Du moins, pas au début. J-j'ai d'abord cru qu'il ne m'avait pas entendu, puis après être reparti une dizaine de minute, je pensais qu'il plaisantait. Qu'il souhaitait me taquiner et me mettre en retard. Mais plus les minutes s'écoulaient, plus je commençai à m'inquiéter. Himchan ne m'avait jamais ignoré de cette manière. Donc j'ai fini par enfoncer la porte et je l'ai…retrouvé dans cette baignoire, le poignet ouv-ouvert. J'ai mis du temps à réagir, j'étais en état de c-choc…mais j'ai fini par appeler les urgences. »
Junhong s'était peu à peu mis à sangloter, semblant revivre la scène. Je me mordis la lèvre. J'étais furieux qu'il doive passer une épreuve pareille. A croire qu'il avait été maudit. Et cet inspecteur qui ne voyait pas que Junhong était innocent.
« Donc, la dernière fois que vous aviez vu Kim Himchan remonte à la veille ? » demanda l'inspecteur.
Junhong s'essuya le nez et ses larmes avant de répondre.
« C'est ça. Je l'ai quitté autour de 23h, et je ne me souviens pas l'avoir vu depuis. »
Il souffla, laissant l'inspecteur se perdre une fois de plus dans ses pensées. De mon côté, j'avais pris la main de Junhong dans la mienne. Je me sentais inutile. Et coupable. Coupable de ne rien pouvoir faire pour le réconforter. D'un autre côté, je me sentais en colère à l'égard de l'inspecteur. C'était stupide, il faisait son boulot après tout, mais je ne pouvais m'en empêcher. Qu'il se dépêche de boucler cette affaire qui n'avait pas lieu d'être et qu'il se concentre sur d'autres choses plus importantes. Il prit la parole, me faisant sursauter.
« Soit, » commença-t-il. « votre témoignage est véridique et dans ce cas, vous êtes innocent. Soit, vous me mentez depuis le début, tout en jouant la comédie et dans ce cas-là, vous êtes le meurtrier le plus abominable que j'ai jamais rencontré. »
Il sonda le regard de Junhong cherchant à savoir laquelle de ces deux théories étaient la bonne. De mon côté, je serrai les poings à m'en faire mal. Il avait osé…il avait osé cracher ces mots à Junhong alors qu'il était innocent. Je me retenais de lui faire entendre ma façon de penser. Il le testait. Il voulait qu'il sorte de ses gonds. Seulement, il ne comprenait pas que cela était inutile. Junhong s'énervait rarement. Et encore moins contre des inconnus. Cette histoire le touchait et même si quelqu'un l'accusait de quoi que ce soit, il serait plus attristé que révolté. En revanche, révolté c'était bien ce que j'étais. Je voulais me jeter à la gorge de cet inspecteur de pacotille mais je me retenais. Cela ne me ressemblait pas de vouloir agresser quelqu'un. Je serrais ainsi les poings, espérant que cela me calmerait. Junhong qui avait été interloqué que l'inspecteur ait pu lui balancer ces mots se contenta de bégayer inutilement.
« Cette histoire est louche et je découvrirais la vérité, ça je peux vous l'assurer. » Coupa l'inspecteur.
Incapable de me retenir plus longtemps, je me relevai en proie à une véritable rage froide.
« Mais quelle vérité ? Vous voulez l'inventer c'est ça ? Junhong est en train de vous dire la vérité. Vous êtes aveugle ou quoi ? Et puis, si vous voulez tout savoir tiens, allez donc la demander au principal concerné non ? Après tout, c'était une tentative et non un suicide ! »
« Hyung, calme-toi, tout le monde nous regarde. » Tempéra Junhong.
« Je ne me calmerai pas tant que cet abruti t'accusera. » Toutefois, Junhong réussit à me rassoir à ses côtés. Je fulminai intérieurement mais je me tenais tranquille. Junhong avait raison, des yeux s'étaient tournés vers nous alors que c'était justement cela que j'évitais : de l'attention.
L'inspecteur qui avait levé les yeux vers moi, observait ma réaction. Puis il sourit avant de me déclarer.
« Vous voyez, j'aurais bien aimé interroger monsieur Kim Himchan, cependant dans l'état où il se trouve, cela est quelque peu délicat. »
« D-délicat ? Comment ça délicat ? Les médecins ne nous ont rien dit… » demanda Junhong, alarmé.
« Justement. Ils ne vous ont rien dit parce que je leur ai expressément demandé. Je tenais à voir votre réaction. Il semblerait que monsieur Kim Himchan ait comme je l'ai dit ingurgité –à son insu ou non- une forte dose de somnifère. Seulement pas assez pour le faire mourir. De plus mêlé à la caféine qu'il semblait avoir bu en grande quantité cela n'a pas eu le moindre effet. Toutefois, les médecins attendent qu'il se réveille pour lui faire passer des examens plus approfondis. Ainsi, je ne peux pas l'interroger. Et les médecins m'ont assuré qu'il ne se réveillerait pas avant demain. Je ne pourrais pas vous croire sur parole tant que la victime ne se sera pas réveillée. »
Je grinçais des dents à ses insinuations. Décidément, je ne pouvais supporter le caractère de ce type. Mais l'attention qu'il me porta soudain me décontenança. Que lui arrivait-il pour m'observer ainsi ?
« J'aurais une question à vous poser monsieur Moon Jongup. »
« Posez la moi. » lui répondis-je sèchement.
« Quand avez-vous vu pour la dernière fois monsieur Kim Himchan ? »
J'ignorai sa question avant de souffler, essayant tant bien que mal de retenir mes pulsions.
« Maintenant vous vous attaquez à moi ? »
« Je néglige aucune piste. Alors ? Votre réponse ? »
« Pour votre information, je l'ai vu pour la dernière fois il y a quatre ans. Depuis, je ne l'ai plus jamais recroisé et je n'ai pas gardé contact avec lui. Et non, je n'ai pas voulu le tuer. Je n'ai jamais voulu tuer qui que ce soit. »
« Bien sûr, bien sûr. » L'inspecteur se perdit une nouvelle fois dans ses pensées avant de murmurer à l'adresse de Junhong.
« Rappelez-moi à quelle heure vous avez vu Kim Himchan pour la dernière fois monsieur Choi Junhong ? »
« J-juste avant de quitter l'appartement, je ne l'ai pas revu depuis…. Ou peut-être que je n'en garde pas le souvenir. » Ajouta mon cadet avec un léger temps d'hésitation.
« Aucun souvenir ? C'est-à-dire ? » Interrogea l'inspecteur paraissant intrigué.
Junhong se tut avant de me jeter un coup d'œil. J'haussai un sourcil lui posant silencieusement la même question. Il se détourna de moi pour affronter les prunelles de l'inspecteur. Il laissa échapper un léger soupir de lassitude avant de se mettre à raconter.
« J'étais dans un bar ce soir-là et j'ai passé ma soirée –ou ma nuit je ne saurais le dire- à boire. »
L'inspecteur sortit un carnet de sa poche en demandant désinvolte.
« Quelqu'un du bar pourrait le confirmer ? » Après que Junhong ait acquiescé avec réluctance, il demanda un nom. Junhong se mordit la lèvre en baissant sensiblement la tête. Cela m'intrigua. Pourquoi hésitait-il tout d'un coup ? Je l'observai et tout dans son attitude montrait qu'il réfléchissait à un échappatoire. Il sembla n'en trouver aucune quand il inspira profondément et qu'il se jeta à l'eau.
« Yongguk, Bang Yongguk. C'était le patron du bar où j'ai passé Noël. »
Ce fut comme un coup de massue que je reçus. Yongguk, le Bang Yongguk que j'ai côtoyé pendant trois bonnes années avait ouvert un bar ? Et Junhong était tombé sur lui ? C'était quoi cette histoire ? J'étais incapable de questionner Junhong, la surprise m'avait cloué le bec. L'inspecteur quant à lui n'avait levé qu'un sourcil à l'entente du nom de notre ancien leader. Il nous laissa en précisant qu'il reviendrait nous voir s'il y avait du nouveau. Après nous avoir serré la main, il emprunta le couloir de l'hôpital, les épaules voutées, pensif. Je poussai un soupir de soulagement le semblant d'interrogatoire avait enfin pris terme. J'attendis que l'inspecteur se soit suffisamment éloigné pour poser une question qui me trottait dans la tête depuis ces quelques minutes d'une voix blanche.
« Junhong-ah, pourquoi as-tu passé Noël avec Yongguk hyung ? »
Junhong se frotta les yeux essayant d'effacer discrètement les traces de ses pleurs.
« Je…hyung, tu sais, ça fait des mois et des mois que je cherche Yongguk. J'ai entendu des rumeurs qui disaient qu'il tenait un bar mais je ne savais pas si c'était vrai ou non. J'y suis donc allé et contre toute attente, je l'ai vu. Je l'ai vu hyung, il était là sur cette petite scène. Plaisantant. Discutant. Je ne croyais pas ma chance hyung, je l'avais devant moi. Après qu'il nous ait quittés aussi soudainement, j'avais enfin la possibilité de lui parler. »
Junhong s'arrêta de parler semblant se remémorer un souvenir désagréable. Ne pouvant supporter cette attente, je le sortis de ses pensées.
« Et ? Tu as pu lui discuter avec lui ? Je pensais que tu ne te souvenais de rien… »
« Justement, c'est bien ça le problème. J'ai beaucoup trop bu pour m'en souvenir. » Déclara-t-il avec une moue abattue.
« D'accord. Tu peux donc m'expliquer l'intérêt d'organiser une rencontre si c'était pour ne rien garder comme souvenir ? » Soupirai-je.
Il baissa la tête, encore plus démoralisé par ma question. Je m'excusai auprès de lui. C'était sorti tout seul. Il m'assura que ce n'était rien, cela allait lui apprendre à boire autant. Je le frappai amicalement sur l'épaule. Un détail me revint en mémoire. Je fis partager mon inquiétude à Junhong.
« En parlant de Yongguk, tu ne penses pas qu'il faudrait peut-être prévenir toutes les personnes qui étaient proches d'Himchan ? »
Junhong releva la tête et me répondit par la négative.
« Ce n'est pas la peine. Les médecins ont déjà prévenu la famille d'Himchan. En revanche, je n'ai pas eu le courage d'appeler le label. Et les autres…j'estimais que cela ne les concernait pas. Himchan n'aurait sans doute pas voulu que je leur dise qu'il avait voulu se…enfin tu vois hyung. »
« Je vois. » Concluais-je n'ayant rien d'autre à lui dire. Il avait bien fait. Dans un instant de pure panique, il avait su réagir posément et appeler les bonnes personnes. J'étais fier de lui. Et j'étais convaincu qu'Himchan le serait également à son réveil.
« Hyung. » M'appela Junhong d'une voix douce, presque enfantine. Je me tournais vers lui attendant qu'il daigne me dire ce qu'il avait sur le cœur.
« Si je suis arrêté, est-ce que tu pourrais prendre soin de Daehyun et de Youngjae pour moi ? »
Interloqué, je lui demandai pourquoi il me confiait cette tâche.
« Parce que tout est contre moi hyung. Tant qu'Himchan hyung ne se réveillera pas, l'inspecteur pourra m'arrêter pour tentative de meurtre. La seule chose qui pourrait me disculper à ses yeux c'est le témoignage d'Himchan hyung. »
« Ne dis pas ça Junhong ! Au contraire tu es totalement innocent aux yeux de la loi. Mis à part les soupçons stupides de l'inspecteur, rien ne converge vers toi. » Le rassurai-je.
« Tu ne comprend pas hyung. Ce matin en cherchant la boite d'aspirine, j'ai touché celle des somnifères. Et cette lame de rasoir…je l'ai ramassé. Je l'ai ramassé hyung ! S-si l'inspecteur se décidait à fouiller l'appartement, il trouverait tout ça. Il finirait par avoir des preuves qui étayent ses suppositions. Je suis fini hyung. Et si Himchan ne se réveillait pas…s'il succombait je… »
« Junhong, il se réveillera ! N'en doute pas. »
« Oui mais s'il ne se réveille pas hyung, tu comprends, je ne peux pas exclure cette possibilité. Et l'inspecteur semble tellement vouloir m'écrouer derrière les barreaux. Je préfère régler certaines choses, au cas où. »
« Mais Junhong ! »
« Promets-le-moi. »
« Je ne vais pas te promettre quelque chose qui n'arrivera pas. » Expliquai-je.
« S'il te plaît hyung. Promets-le. »
Je soupirai avant de lui donner ma parole. Quand il s'y mettait, peu de choses pouvaient le faire changer d'avis. Junhong jeta un coup d'œil à sa montre avant de me déclarer.
« Je pense que tu devrais prévenir le label hyung. Ils apprécieraient qu'on les tienne au courant le plus vite possible. »
« D'accord. Je reviendrai aussi vite que possible. Tiens-moi au courant si Himchan se réveille. » Je lui ébouriffai les cheveux avant de le quitter. Je ne savais pas combien de temps cela allait me prendre pour joindre notre manageur mais j'espérais qu'il arriverait à me prendre un rendez-vous avec le Président.
OoO
« Je m'occupe de tout Jongup. En attendant que l'histoire se tasse, va t'entraîner, je te tiens au courant si quelque chose arrive. » Me congédia le Président.
Je le remerciai et m'inclinai avant de prendre la porte. J'étais soulagé. Tout allait bien se passer surtout si le Président prenait cette histoire en main. Je pouvais souffler. J'empruntai le couloir afin de sortir des locaux de l'agence, je voulais rejoindre Junhong et lui annoncer la bonne nouvelle.
18h sonna. La journée était passée tellement rapidement. Avec la tentative de suicide d'Himchan, je n'avais pas eu une seconde à moi n'ayant cessé de demander un rendez-vous avec le Président. Quand je l'ai finalement dégoté, l'après-midi se terminait déjà. Lui raconter tout ce qui s'était déroulé m'avait pris ainsi une bonne heure. Heureusement, le Président m'avait écouté attentivement, réfléchissant sans doute à un moyen de ne pas attirer l'attention des médias à propos d'Himchan. Si par hasard l'info était divulguée à la presse, c'en était fini de nous.
Des voix à l'entrée de l'agence me sortirent de mes pensées. Que se passait-il ? Je ne pus aller plus loin, la sonnerie de mon portable retentit soudainement. Je m'arrêtai en plein couloir sortant mon portable. Levant un sourcil intrigué, je décrochai :
« Allo ? Président, je viens tout juste de vous quitter, il y a un problème ? »
« Oui, un très gros même. Tout d'abord quand j'aurai raccroché, j'aimerai bien que tu préviennes Daehyun et Youngjae de ne surtout pas répondre aux questions des journalistes s'ils les croisaient et de rentrer de toute urgence. »
« Mais Président, que se passe-t-il ? Pourquoi prévenir Daehyun et Youngjae ? Ils n'ont rien à voir là-dedans ! »
« Jongup, nous n'avons pas le temps pour discuter, tu dois absolument les prévenir. Ah et si tu arrives à sortir du bâtiment j'aimerai que tu contactes Junhong et que tu lui dises également de rentrer à l'agence immédiatement. »
« Dites-moi au moins ce qui se passe bon sang ?! » m'emportai-je oubliant que je parlai à un supérieur. La tension qui émanait de la voix me laissait craindre le pire. Lui qui avait été si calme pendant notre entrevue semblait avoir perdu les pédales. Il souffla à l'autre bout de l'appareil.
« Jongup, tu n'as pas vu les informations ? Quelqu'un a vendu la mèche aux journalistes. Ils sont en ce moment-même devant l'hôpital d'Himchan espérant avoir des nouvelles des médecins ou des policiers. Cela ne m'étonnerait pas que d'ici quelques minutes ils apprennent que Junhong est soupçonné par les autorités. Quoi qu'il en soit, nous ne devons pas paniquer et nous préparer à toute éventualité. Jongup, fais ce que je t'ai dit et surtout, ne va pas provoquer les journalistes. Essaie de sortir discrètement de l'agence. »
« Très bien. Et monsieur, pardonnez-moi pour mon éclat, j'ai…cette histoire est en train de me rendre fou. »
« Ce n'est pas grave, cela arrive au meilleur d'entre nous. Toutefois que cela soit la dernière fois. »
« Bien sûr. Pardon. Je raccroche monsieur, je dois appeler Youngjae. Ah, est-ce qu'il serait possible que vous m'envoyiez l'adresse du bar de Bang Yongguk ? Vous allez sûrement me traiter de fou mais je suis persuadé qu'il doit savoir quelque chose dans cette affaire. Quelque chose qui pourrait nous aider à disculper Junhong. »
Il y eut un silence au bout du fil. Et alors que je pensais que le Président allait refuser, il accepta. Il me rappela une nouvelle fois de me faire discret en ville. Je raccrochai en me mordant les lèvres. Ce n'était pas possible. Moi qui espérais que tout allait bien se finir, voilà que la presse apprenait ce qui était arrivé à Himchan. Qui avait bien pu le leur dire ? En dehors de moi, seul Junhong était au courant et cela m'étonnerait grandement qu'il aille dire aux médias qu'Himchan avait tenté de se suicider. Non, ça n'allait pas. Mais alors qui ? Les médecins ? Les infirmières ? Non, le secret médical leur interdisait de divulguer la moindre information sur les patients. Et encore moins aux journalistes. Cela allait à l'encontre de leur règlement. C'était à plus rien ni comprendre. Qui avait bien pu leur dire ?
Je me giflai mentalement, ce n'était pas l'heure d'y réfléchir. Je me devais de prévenir les autres. Je composai le numéro de Youngjae qu'il m'avait redonné hier. Heureusement. Je croisai les doigts pour qu'il décroche. S'il croisait les journalistes en chemin et qu'ils lui racontaient une version déformée de ce qu'il se passait, ce serait mauvais. Je finis par tomber sur sa messagerie vocale.
Bon sang ! Pourquoi ne décrochais-tu pas Youngjae ? Pourquoi alors que j'ai besoin de toi ? Je pris mon visage entre mes mains. Il fallait que je me calme. S'énerver ne servait à rien. Je soufflai un coup avant de prendre une des sorties de secours. Je devais prévenir Youngjae certes, mais il fallait également que je rejoigne Junhong au plus vite. Ma priorité pour l'instant c'était lui. Je fis demi-tour appelant mon manageur lui demandant de l'aide pour sortir de l'agence. Si mes pensées s'avéraient vrai, les voix que j'avais entendues plus tôt appartenaient aux journalistes planquées devant le bâtiment. J'en mettrai ma main à couper. Il me répondit qu'il serait prêt de la sortie de secours dans cinq minutes. Je le remerciai infiniment avant de raccrocher. J'essayai à nouveau de joindre Youngjae, en vain. J'abandonnai en arrivant devant le van du manageur, jurant dans ma barbe. Ce silence radio m'inquiétait. Avait-il été mis au courant ? J'espérais sincèrement que non. Et si Daehyun l'apprenait…
Je refusais d'y penser. J'avais autre chose à m'occuper. Le manageur m'invita à entrer à l'arrière me cachant ainsi des journalistes. Il démarra et sortit à toute vitesse, ne laissant pas le temps aux journalistes de réagir. Il prit le chemin de l'hôpital tandis que je m'autorisai une pause de cinq minutes pour me remettre les idées en place. Je me demandais bien qui avait bien pu vendre les informations ? Je ne voyais personne capable de le faire. Ou même ayant une raison de le faire. Cela n'avait pas de logique. Le manageur me prévint que nous étions bientôt arrivés mais qu'il fallait impérativement qu'il se gare à l'écart. Un van attirerait beaucoup trop l'attention des journalistes postés à l'entrée de l'hôpital. Je le remerciai à nouveau pour son aide lui disant que j'y allai seul. Toutefois, j'allais revenir avec Junhong. Il fallait impérativement que je le sorte de là. Et le tout sans que personne ne l'aperçoive. Allais-je y arriver ? Je m'inclinai avant de me tourner vers l'hôpital qui se tenait à dix minutes de marche. J'avais de la chance, je pourrais sans doute me faufiler. Encore fallait-il que les journalistes soient trop distraits pour me voir passer les portes de l'entrée. Je tentais d'appeler Youngjae une nouvelle fois. Il allait finir par décrocher. Je continuai d'espérer. Il allait décrocher. N'est-ce pas ?
En tombant sur sa messagerie vocale pour la dixième fois, je m'avouais vaincu. S'il ne décrochait pas maintenant, il allait forcément voir tous ces appels manqués. Je soufflais bruyamment essayant d'analyser les dernières possibilités qui me restaient. Je ne pouvais pas appeler Daehyun, j'avais malheureusement supprimé son numéro sur un coup de tête il y a quelques temps. Je me traitai de crétin, pourquoi ne l'avais-je pas gardé ? Pourquoi ?
J'avais été trop en colère pour réfléchir rationnellement. Et voilà ce que j'en gagnais. J'étais stupide. Si je ne pouvais appeler Daehyun et que Youngjae ne décrochait pas, je pouvais toujours lui laisser un message vocal. Je regardai autour de moi, mauvaise idée. J'approchai de l'hôpital et il valait mieux que je parle le moins possible. Le Président m'avait intimé à la discrétion. Je devais ainsi faire profil bas. Si quelqu'un me reconnaissait, tout tombait à l'eau. Les journalistes avaient des oreilles et des yeux partout. Dans un soupir de dépit, je finis par écrire un message à Youngjae. C'était la seule option. Je ne pouvais rien faire d'autre si celui-ci ne décrochait pas d'autant plus que je ne savais pas où ils se trouvaient. Je lui ordonnai de ne surtout pas sortir s'ils étaient chez eux et de ne pas se connecter sur les réseaux sociaux. Je terminai mon message en lui demandant de m'appeler après avoir lu ce message, c'était urgent. Cela nous concernait tous. Alors que j'arrivais, je pus remarquer d'effectivement j'avais bien fait de mettre ma capuche. Une horde de journaliste était dispatchée tout autour de l'hôpital empêchant ainsi quiconque de sortir. Entrer serait facile mais comment sortir s'ils nous bloquaient le passage. Allais-je devoir passer par l'entrée des ambulanciers ? Je me doutais que je n'allais pas y arriver. J'observai les environs cherchant un moyen d'entrer sans attirer l'attention de qui que ce soit. Cela allait être difficile. Mais j'allais passer. Fort de mes convictions, j'entendis à peine un grondement sourd. Seulement, je remarquai que de la grêle s'était mise à tomber. Un orage éclata alors à ma plus grande surprise. Je sursautai. Un orage ? En hiver ? Voilà qui était bien inhabituel. En voyant les journalistes aller se réfugier dans leurs voitures ou courir afin de pouvoir s'abriter et de protéger les caméras, je retins un cri de victoire. Je ne pouvais croire en ma chance. Voilà la diversion adéquate. J'allais pouvoir non seulement entrer mais peut-être même sortir sans qu'on ne nous remarque. Je remontai ma capuche de sorte à cacher mon visage et baissai la tête. La nervosité me rendait fébrile. Faites que personne ne me remarque. Faites que per-
Je fus coupé dans mon mantra en entrant en collision avec un torse à quelques mètres de l'entrée de l'hôpital. Non. Pas maintenant. Faites qu'il passe son chemin sans faire d'histoire. Faites que personne ne me voie. Je sentais mon vis-à-vis baisser la tête attendant certainement des excuses. Je me mordais les lèvres. Si je levai la tête, je prenais le risque de me faire reconnaître, d'un autre côté, si je ne le faisais pas, cela allait attirer l'attention des autres si l'homme se mettait à faire un scandale. Je pesai le pour et le contre serrant les poings. Il valait mieux qu'une personne me reconnaisse qu'une bande de journalistes. Avec un peu de chance, il ne connaissait pas mon visage et j'allais pouvoir passer sans problème. Je levai la tête, rencontrant les prunelles de la personne que j'avais heurtée et ne pus ouvrir la bouche. J'étais surpris. Non, que faisait-il ici ? Dehors ? Et pourquoi portait-il des menottes au poignet ? Ce n'était pas possible. Il allait être embarqué. Junhong avait été arrêté. Je ne pus me résoudre à le laisser passer. Je ne pouvais pas l'abandonner à son sort alors qu'il était innocent.
Junhong qui m'avait reconnu malgré la grêle qui ne cessait de tomber et ma capuche sur la tête, semblait presque s'excuser du regard. Il détourna les yeux puis me poussa sur le côté. Il me murmura un faible « Va-t-en » avant de m'écarter. A mon tour, je lui envoyai un doux « Pardon. » J'étais impuissant. Junhong était arrêté sans que je ne puisse faire quoi que ce soit pour l'aider. J'étais arrivé trop tard. J'avais juré de tout faire pour le protéger et j'avais failli. En tant que hyung, je ne valais rien. Junhong ne méritait pas qu'on l'arrête publiquement. Il ne méritait pas toute cette attention alors qu'il était innocent. Je me mordis les lèvres jusqu'au sang. Je ne pouvais l'accepter. Junhong, celui qui n'avait jamais rien fait de mal était arrêté. C'était un complot ? Quelqu'un voulait-il piéger Junhong ? A mes yeux, cela y ressemblait. C'était comme si tout avait été orchestré depuis le début pour faire tomber Junhong. Je levai la tête que j'avais gardée baissée ne pouvant supporter la scène qui se déroulait plus loin. Les journalistes bombardaient Junhong de question. Ils ne semblaient lui laisser aucun répit. Et de ce que je pouvais entendre de ma place, certains étaient très durs. Une rage sourde semblable à l'orage qui continuait de gronder me rongeait. Je ne supportais plus cette histoire. Personne ne voyait donc que Junhong n'avait rien à voir là-dedans ? Pourquoi l'arrêter alors qu'ils n'avaient pas de preuves ? Je savais que les enquêteurs n'avaient pas eu assez de temps pour demander un mandat afin de faire une perquisition chez Junhong et Himchan. En quelques heures, ce n'était pas suffisant pour en récolter un. Alors pourquoi l'arrêter aussi vite ?
Et si…et si c'était pour « rassurer » les gens ? Pour leur faire croire que la police agissait ? Non, c'était beaucoup trop tiré par les cheveux… et pourtant c'était la seule raison qui me semblait pertinente. De plus…en dehors de Junhong et de moi-même, seule une personne aurait pu nous trahir. Je refusai d'y croire mais c'était l'unique personne qui avait accès aux moindres détails de l'affaire. Je relevai la tête, totalement furieux. L'inspecteur Kang nous avait trahis. Il avait brisé la promesse qu'il nous avait faite. Ma colère augmenta d'un cran quand je vis la voiture embarquant Junhong s'éloigner.
C'était de sa faute. Tout était de sa faute. Si-
La sonnerie de mon portable me fit revenir sur Terre. Je sursautai et sortis précipitamment mon portable de ma poche. En voyant que Youngjae m'appelait je repris un semblant de calme. Ou plutôt, je fis ce que je pus pour éviter de hurler sur Youngjae. Ce n'était pas de sa faute si tout nous tombait dessus d'un coup. Je soufflai un bon coup.
« Allo ? Jongup ? C'est quoi tous ces appels ? Que se passe-t-il ? »
J'essayai tant bien que mal de lui expliquer clairement ce qu'il se passait mais je ne pus aller très loin dans les détails quand j'aperçus l'inspecteur Kang. Celui-ci répondait aux questions que les journalistes lui posaient. Je pus remarquer que les caméras essayaient de rester à l'écart pour ne pas les endommager. Soudainement, sans que je ne pus me retenir, je vis rouge. L'inspecteur, celui qui avait vendu Junhong à la presse était devant moi. Il nous avait promis que tout serait confidentiel en attendant des preuves pourtant il avait menti. Il nous avait menti. Il avait profité de l'état de choc de Junhong pour lui faire passer un interrogatoire et ainsi vendre toutes ces informations à la presse. Je m'élançai sans attendre une minute de plus, laissant tomber mon portable par terre. Je n'entendis pas les appels désespérés de Youngjae qui me demandait ce qui m'arrivait. J'ignorai les cris des journalistes tandis que je les écartais brutalement, me souciant guère si je les blessai ou non. Une seule chose m'importait, éclater la gueule de ce cher inspecteur Kang. Je lui donnai un très violent coup de poing au visage, l'interrompant en pleine phrase. Il tomba au sol, j'en profitais pour me mettre au-dessus de lui et le marteler de coup. Peu m'importait qu'il souffre. A vrai dire, cela me faisait affreusement plaisir qu'il souffre. Qu'il souffre autant que Junhong devait souffrir. Je vengerais cette trahison. Je vengerais Junhong. Je continuai à lui donner des coups tout en hurlant qu'il nous avait promis. Il nous avait promis de ne rien dire. Je lui crachai à la figure me relevant avant de lui murmurer tout bas : « Ça c'est pour Junhong. » Mais je ne pus m'enfuir. Les policiers s'étaient très vite ressaisis et s'étaient jetés sur moi.
Je fus maîtrisé par des policiers qui me mirent au sol. Seulement, je n'en démordais pas, c'était un traître. Un sale traître. Il ne méritait rien de plus que mon dégoût. Il pouvait courir pour que je m'excuse. Il pouvait courir s'il espérait que je l'aide dans son « enquête ». J'étais même persuadé qu'il avait été payé pour arrêter Junhong sans raison. Cela ne m'étonnerait même pas. Cette société était pourrie depuis des lustres. Des pots-de-vin par-ci, par-là et on pouvait arrêter n'importe qui sous couvert de pseudo accusation et de preuves crées. Les policiers qui m'avaient maîtrisé me passèrent les menottes, cela ne m'empêcha d'insulter copieusement l'inspecteur. A ce moment-là, je ne faisais pas attention aux journalistes qui s'étaient empressés d'écrire et de filmer à l'aide de leur téléphone portable ce qui venait de se passer sous leurs yeux. Cela allait me poursuivre pendant le restant de ma carrière…en supposant que ma carrière continue après ça. J'en doutais grandement. Je m'en fichais, à l'heure actuelle, j'exprimais toute la rancune que j'éprouvais à l'égard de l'inspecteur. Je vis que l'inspecteur s'était relevé et qu'il essuyait le sang qui coulait de sa lèvre fendue, de sa tempe et de son nez. Il se tourna vers moi, me regarda franchement avant d'ordonner à un de ses subordonnés de m'emmener en garde à vue. Je lui montrai les dents, l'assassinant du regard. Il ne paierait rien pour attendre.
Les policiers à mes côtés qui me maintenaient au sol me relevèrent et me firent entrer dans une de leur voiture. Je gardai un œil sur l'inspecteur le voyant prendre un mouchoir et refusant certainement de passer à l'hôpital. Bien sûr, joue donc au martyre sale traître ne puis-je m'empêcher de murmurer. Au moment même où j'aperçus les caméras s'approcher de ma vitre, je fis ce que je pus pour remettre en place la capuche qui était tombée pendant le passage à tabac de l'inspecteur. Je m'étais beaucoup trop affiché devant les caméras. Le Président n'allait pas laisser passer ça. J'étais un homme mort. Je le savais pertinemment toutefois j'étais ravi d'avoir pu venger un minimum Junhong et surtout pour avoir libéré cette colère qui m'habitait depuis que le Président m'avait appris la nouvelle. Quelque part, ça m'avait fait du bien.
Je sursautai violemment en entendant la porte du conducteur s'ouvrir. Je le reconnus aussitôt. L'inspecteur Kang. Cet enfoiré. Je ne pus que frissonner d'irritation alors qu'il commentait sarcastiquement : « Ça, c'est pour les coups de poing. Dites bonjour aux journalistes Moon Jongup. »
Je lui répliquai à la limite de la crise de nerf : « Vous paierez. Soyez-en sûr. » Il ricana avant de me mettre la clef sur le contact. Alors qu'il m'emmenait vers le commissariat, j'espérais que Junhong allait bien. Il devait être totalement dévasté par tout ce qui lui tombait dessus. Mais la vérité finirait par éclater. J'en étais sûr. J'espérais juste qu'elle ne tarderait pas à arriver. Le restant de notre groupe en dépendait.
OoO
Ahuri. J'étais tout bonnement ahuri de ce qui se déroulait devant mes yeux. J'avais allumé la télé suite à l'appel de Jongup intrigué. Et ce que je venais de voir m'avait laissé sur le cul. Jongup avait tout simplement cédé à la panique. Assister à l'arrestation de Junhong devait l'avoir pas mal retourné pour qu'il s'attaque à l'inspecteur en charge de l'enquête. Lui qui arrivait à garder son calme en pratiquement toutes circonstances. Je ne pouvais détacher mes yeux de la télé qui repassait en boucle la scène. Les journalistes la commentaient en faisant passer Jongup pour un malade mental. Certes c'était totalement stupéfiant, pourtant il devait bien y avoir une raison derrière son comportement. Si Jongup avait roué de coup l'inspecteur, c'était qu'il y avait quelque chose. Mais je ne voyais pas quoi. Peut-être que les journalistes avaient raison, peut-être qu'il cherchait quelque chose qui puisse lui permettre d'évacuer sa colère. Sa tristesse. C'était le Président qui allait être ravi de tous ses problèmes. Décidément.
Je sursautai violemment en entendant la remarque de Daehyun dans mon dos. « J'espère que ça ira pour ces trois-là. »
Je me retournai vers lui ne m'attendant pas à le retrouver derrière moi. N'était-il pas censé s'entraîner en danse ? Ou peut-être qu'il avait entendu des personnes en parler et il avait préféré rebrousser chemin. Cela ne m'aurait pas étonné. Toutefois, je ne voulais pas qu'il se concentre sur cette histoire. Il allait mieux. Comme je l'avais dit hier à Junhong, il avait repris des couleurs, je refusais qu'il fasse une rechute à cause de la tentative de suicide d'Himchan. Je m'avançai vers la télécommande, prêt à appuyer sur le bouton mais Daehyun m'arrêta d'un geste.
« Youngjae, non…laisse. »
J'hésitais. Devais-je la laisser allumée ou bien fallait-il que je l'éteigne ? Daehyun choisit pour moi en me prenant la télécommande des mains. Je l'observai. Il semblait abattu par les nouvelles mais ne paraissait pas broyer du noir. C'était plutôt positif. Comparé à il y a quelques années évidemment.
Devais-je le laisser regarder les news ? Pourquoi n'arrivais-je pas à analyser Daehyun ? Il devait sans doute me cacher son état d'esprit. Je soupirais, s'il se mettait à me cacher des choses, je ne pourrais rien y faire. Il fallait que je me décide. Je pris rapidement une décision. Si je voyais la moindre lueur de culpabilité dans son regard, j'éteindrais. Peu importe ses lamentations. Il en allait de son bien-être mental.
Je me détournai de lui et m'approchai de la télé écoutant les remarques outrées des journalistes qui ne cessaient de répéter les mêmes informations. Ils attendaient certainement un scoop, quelque chose venant des policiers en charge de l'enquête. Pourtant rien ne filtrait depuis que Jongup et Junhong avaient été embarqués. Ils devraient vraisemblablement se faire interroger.
« Tu penses que nous devrions rendre visite à Himchan ? » intervint subitement Daehyun.
Je lui répondis posément, totalement à l'opposé de ce que je ressentais au fond de moi. Je ne savais plus qui croire, quoi faire. Je n'avais pas vu venir cette histoire, je ne l'avais pas anticipé et maintenant j'en payais le prix. Je ne savais pas comment réagir.
« Avec tous les journalistes qui doivent traîner dans les parages, je pense que c'est une très mauvaise idée. »
« Si tu dis ça pour que j'évite Himchan, c'est inutile j'irai le voir dans tous les cas. »
« Ce n'est pas ça Daehyun. Je… je préfèrerais te tenir éloigné des journalistes. Ces vautours ne tarderont pas à se tourner vers nous puisque la moitié des B.A.P semble être impliquée. »
« Youngjae » me coupa Daehyun.
« Non laisse-moi finir. Cependant, si tu veux vraiment y aller, nous pouvons lui rendre visite demain à la première heure. Aujourd'hui ce serait tout simplement impossible de passer. »
Daehyun se tourna vers moi avant de murmurer un « D'accord. Demain alors. » avant de retourner son attention sur la télé. Oui demain. Demain j'espérais qu'Himchan allait se réveiller. Au rythme où allaient les choses, si Himchan ne se réveillait pas, cela allait très mal se passer pour Junhong. Je me levai, ébouriffai les cheveux de Daehyun au passage et fit sembler d'aller préparer à manger. Je devais prévenir le Président. Il devait avoir un conseil à me donner sur la manière d'agir à présent que Jongup était hors-course. Je m'éloignai le plus possible de Daehyun en prenant mon portable. Je composai rapidement le numéro ne perdant pas une minute. A mon plus grand soulagement, le Président décrocha.
« Oui, un problème Youngjae ? »
« Je vous dérange monsieur le Président ? »
« Pour tout te dire Youngjae, je suis très occupé. Le téléphone n'arrête pas de sonner et avec l'affaire d'Himchan, je n'ai pas beaucoup de temps à vous accorder. »
« Veuillez m'excuser. Mais je vous appelle justement pour vous demander si je pouvais vous aider d'une manière ou d'une autre ? Je ne voudrais pas reproduire les mêmes erreurs que Jongup vous voyez. »
« Je lui avais pourtant recommandé de se tenir tranquille... En ce qui le concerne, je ne peux malheureusement pas faire grand-chose. Jongup devra assumer seul ses actes. En revanche, pour Junhong je pourrais peut-être faire quelque chose. J'attends des nouvelles des avocats avant d'agir. Mais ça ne saurait tarder. Pour te répondre Youngjae, si j'avais un seul conseil à te donner ce serait de faire profil bas jusqu'à ce que la presse ait quelque chose d'autre à se mettre sous la dent. Cela prendra un certain temps mais d'ici-là tenez-vous tranquille. »
« Entendu monsieur le Président. Je transmettrai ces mots à Daehyun. »
« Très bien. Je dois raccrocher Youngjae. J'ai une montagne de chose à faire. Faites attention aux journalistes si vous sortez. »
« Ne vous inquiétez pas, nous le serons. » Dis-je en raccrochant.
Je soupirai. Le Président ne m'avait pas beaucoup aidé. Il m'avait plutôt répété des choses que je savais déjà. D'autant plus si demain nous devions aller voir Himchan. Cela allait être difficile de rester discret. Demain il y aurait certainement d'autres journalistes devant l'hôpital. Y entrer ne serait pas une partie de plaisir et sortir serait bien plus compliqué. Surtout à deux. Ou peut-être à trois…
J'allais devoir échafauder un plan B au cas où les journalistes nous repéraient. Et je ne savais même pas comment était l'hôpital. Super. Mon cerveau tournait à plein régime en vain.
Comment allions-nous bien pouvoir y entrer ?
OoO
« Alors prêt Youngjae ? »
Je me redressai vers Daehyun qui m'attendait sur le palier de la porte. Je secouai la tête avant de mettre ma deuxième chaussure.
« Pars devant, je te rejoindrai. J'ai une petite course à faire avant. »
Il me regarda suspicieusement avant de me demander :
« Et si ce n'est pas indiscret, je peux savoir où est-ce que tu vas ? »
Je l'ignorai en terminant de lacer mes chaussures. Il insista, toujours aussi suspicieux. Il fallait dire que mon silence était suspect.
« Youngjae, où est-ce que tu vas ? »
Je finis par lui révéler où je comptais aller.
« Rendre visite à Junhong. Pour voir où en est l'affaire. »
Il s'arrêta une seconde pour vérifier si je lui mentais. Il chercha longuement dans mon regard toute trace de mensonge mais abandonna quand il sembla n'en trouver aucun. Il acquiesça et me laissa passer. Je l'attrapai par l'épaule.
« Je te rejoins dès que j'ai terminé. Fais attention aux journalistes, ne commets pas la même erreur que Jongup. »
J'attendis qu'il me fit un signe de la tête pour passer le pas de la porte. Je devais me dépêcher. Il était vrai que je voulais savoir si les inspecteurs avaient eu du nouveau depuis hier toutefois je voulais également discuter avec Jongup. Quelque chose me disait qu'il avait été mis en garde à vue depuis hier et je voulais savoir pourquoi il s'était mis dans un état pareil. J'étais inquiet pour Junhong et le comportement de Jongup m'intriguait. Un détail ne collait pas et je voulais savoir lequel. Je partis donc en direction du commissariat où ils avaient été placés.
Je voulus entrer mais une voix ainsi qu'une main à mon épaule m'arrêtèrent. Ne me dites pas qu'un journaliste traînait dans les parages du commissariat ?
Heureusement, ce n'était que Jongup qui me retourna, tout sourire de me rencontrer. Curieux de le voir sortir maintenant, je lui demandais ce qu'il faisait encore là.
« Rien, je partais justement. Ils m'ont relâché après m'avoir collé un avertissement. Ils estiment qu'avec la « mauvaise publicité » que j'ai eue hier, j'avais déjà bien assez payé mon éclat de fureur. Enfin c'était ce que l'inspecteur Kang leur avait dit. »
Je le vis serrer les poings mais toute trace de colère disparut aussi vite qu'elle était montée. L'inspecteur Kang lui avait-il dit autre chose pour le mettre dans cet état ? Peut-être. Du moins, cela ne me concernait pas. Qui plus est, si Jongup ne me disait rien, ce ne devait pas être important. J'acquiesçai comptant lui demander si l'affaire avec Junhong avançait. Jongup ne m'en laissa pas le temps.
« Ce serait possible de t'emprunter ton portable ? Je dois appeler quelqu'un et malheureusement j'ai perdu mon portable hier. »
Je lui passais tout en lui disant que j'allais à la pêche aux infos. J'espérais que les policiers n'allaient pas être réticents à partager l'avancée de l'enquête. Après tout pourquoi ne pouvaient-ils pas m'en parler ?
Dix minutes plus tard, je revenais bredouille et irrité de ne pas avoir pu discuter avec Junhong. Ces satanés agents de l'ordre m'en avaient empêché. Je fulminais. Je finirais par trouver un moyen de parler avec Junhong. Je devais le rassurer, il devait être dans un tel état de panique. Se faire accuser de tentative de meurtre, n'importe quoi.
Je revins vers Jongup qui m'attendait accoudé à un muret. Il semblait plongé dans ses pensées. Je m'avançai vers lui, faisant du bruit pour lui signaler ma présence. Il me rendit mon téléphone en murmurant un remerciement. Je le rangeai tandis qu'il se mit à marcher.
« Jongup ? Hey, où tu vas ? Tu ne vas pas voir Himchan ? »
« Je te rejoindrai là-bas. Je dois faire quelque chose avant. »
« D'accord. A plus tard alors. » Je le laissai filer me demandant où pouvait-il bien aller. Après tout, c'était bien la première fois que je le voyais aussi pensif après un appel. Je jetai un coup d'œil dans mon journal d'appel. Il avait appelé le Président. Pourquoi ? Qu'y avait-il de si urgent à lui dire ? Je me le demandais bien. Ou peut-être avait-il voulu s'excuser en personne auprès du Président. Cela ne m'étonnerait pas venant de lui.
Quoi qu'il en soit, j'avais promis de rejoindre Daehyun dès que j'avais terminé ce que j'avais à faire. Cela me tuait le cœur de devoir laisser Junhong ici, seul, sans contact avec le monde extérieur. Je croisai les doigts pour que cette situation se termine au plus vite. Je doutais qu'il puisse supporter une telle attente. Un jour ou l'autre, il finirait par craquer et ça c'était une chose que je voulais éviter.
Ce fut donc la mort dans l'âme que j'empruntais le chemin pour aller à l'hôpital. J'espérais que Daehyun s'était montré relativement discret. Pour nous comme pour Junhong. Cela était si facile de construire une histoire sur des mensonges qui paraissaient être réels.
OoO
Pendant tout le long du trajet, je m'étais assuré que je n'étais pas suivi. Je me l'avouais, je devenais de plus en plus paranoïaque. Il fallait dire que les journalistes pouvaient se retrouver pratiquement partout. Les journalistes comme les « fans ». Elles étaient autant à craindre que les journalistes. Elles récoltaient toujours des informations sans que personne ne sachent comment. Elles parviennent à retrouver nos traces, à croire qu'elles détenaient un réseau immense qui les renseignaient sur nos faits et gestes. Heureusement ou malheureusement pour nous, depuis le départ de notre leader, notre popularité a fortement baissé. Quelque part, c'était réjouissant, les fans un peu extrêmes nous fichaient désormais la paix. Nous pouvions faire notre vie. D'un autre côté, étant donné que nous souhaitions remonter sur la scène, c'était démoralisant de se dire que plus beaucoup de personnes nous accordaient de leur attention. Mais nous allons redoubler d'effort. Nos efforts pour se faire connaître à nouveau allaient être récompensés. Il ne nous restait plus qu'à régler nos querelles internes. Ça ira. Le bien être de chacun – et surtout celui de Daehyun- passait avant notre notoriété.
Ce fut donc sur ses pensées que j'arrivais devant la porte de la chambre d'Himchan. A ma grande surprise, Daehyun était posté devant, la main sur la poignée, semblant incapable d'y entrer.
« Daehyun ? »
Il ne sursauta pas m'ayant surement entendu arriver. A la place de me répondre, il me posa une question.
« Tu penses qu'il s'est réveillé depuis Youngjae ? »
Je m'appuyai sur le mur à côté de lui. Je connaissais la réponse mais je préférai rester évasif.
« Si tu entrais, tu le saurais. »
Daehyun déglutit. Il devait sans doute se demander comment Himchan allait l'accueillir. A vrai dire, je savais qu'il n'était pas réveillé. Les infirmières nous auraient –du moins je pense- avertis et bien évidemment la presse l'aurait su. Daehyun pouvait donc se détendre un minimum. Toutefois, je voulais que Daehyun entre de son plein gré et non parce qu'il savait Himchan endormi. C'était d'ailleurs pour cette raison que je le poussais à entrer. Parce que je le savais inconscient. S'il avait été conscient, je pense que j'aurais défendu à Daehyun d'entrer. Je l'avais dit à Junhong avant-hier, je refusais que les efforts pour redonner le sourire à Daehyun soient gâchés. J'avais passé trop de temps pour.
Daehyun prit une inspiration et tenta de tourner la poignée. Seulement, il la retira aussitôt comme s'il avait été brûlé.
« Non, je ne peux pas. » Il recula d'un pas. « Il…il souhaiterait sans doute que je m'en aille. Je n'ai rien à faire ici. »
Je poussai un soupir. S'il n'entrait pas de lui-même, j'allais lui forcer un peu la main. C'était peut-être en totale contradiction avec ce que je pensais il y a quelques minutes mais Daehyun avait besoin de voir Himchan. De voir qu'il était toujours vivant. Je le décalai ainsi légèrement pour prendre sa place mais je fus coupé par la voix de Jongup qui cette fois-ci fit sursauter Daehyun.
« Qu'est-ce que..vous faites plantés là ? Vous n'entrez pas ? »
« C'est ce que je comptais faire si Daehyun ne tremblait pas de peur. »
« Je n'ai pas peur. J'ai juste…besoin de temps avant d'entrer. »
Traduction, il avait bel et bien peur. Je reportai mon attention sur Jongup qui semblait hésiter. Je le pris de court en lui demandant : « Et ta course Jongup ? »
Il mordit ses lèvres mais finit par me répondre. « Rien de bien important hyung. Du moins plus maintenant hyung. »
Je levai un sourcil dubitatif. Quelque chose me disait que c'était bien plus important qu'il ne le disait. En mon fort intérieur, j'étais curieux mais je ne pouvais pas savoir de quoi il en retournait. S'il voulait garder le silence, soit. Je n'allais pas le forcer, après tout, j'avais bien à faire avec Daehyun. J'acquiesçai alors entrant dans la chambre d'Himchan, prenant la décision de choisir pour ces deux-là. Je m'arrêtai soudainement sur le pas de la porte, je ne m'attendais pas à être aussi surpris par l'allure d'Himchan. Il était pâle comme un linge. Si je ne savais pas qu'il était vivant, je l'aurais pris pour un cadavre. Cette pâleur faisait ressortir la sombre couleur de ses cheveux et celle de ses cernes. Pendant combien de temps n'avait-il pas dormi ? Je ne saurais le dire, cela faisait bien trop longtemps que je ne l'avais pas vu. En le voyant ainsi, j'étais prêt à lui pardonner n'importe quoi. Personne ne devrait se sentir aussi délaissé au point de tenter de se suicider. Son poignet blessé était enroulé dans une bandelette qui avait pris une couleur rougeâtre. Noir, rouge et blanc. Telles étaient les trois couleurs dominantes. Les couleurs de la mort. Et cette machine qui n'arrêtait pas de faire sonner un bip. Seul ce son pouvait nous renseigner sur le fait qu'Himchan était toujours en vie. J'en frissonnais. L'atmosphère de cette chambre me dérangeait. Cela me semblait si glauque. Daehyun n'était peut-être pas si prêt à affronter cette vision d'Himchan. Moi-même je commençais à me sentir nauséeux.
Je devais rester fort. Pour les deux personnes derrière moi. Après tout, c'était moi qui avais voulu prendre la tête. Je soufflai avant de laisser le passage à Daehyun derrière moi. Je m'approchai du lit en observant attentivement le visage d'Himchan. Tout ça me semblait tellement irréel. Qui aurait cru qu'Himchan, ce bon vivant, souhaiterait disparaître ? Qui aurait cru que celui qui nous faisait si rire il y a si longtemps puisse se retrouver dans cette chambre d'hôpital ? Cette chambre froide. Glaciale même. Impersonnelle. Totalement à l'opposé de ce qu'avait été Himchan. Une main vint prendre la mienne et ce fut alors que je me rendis compte que je pleurais. Je pleurais la mort de cet Himchan qui m'avait tellement appris par le passé. Je pleurais cette disparition. Le Himchan que j'avais connu n'aurait jamais fait ça. Et encore moins à Junhong. A…nous. Je reniflai m'écartant du lit. Je ne pouvais afficher cette faiblesse devant Daehyun alors que je souhaitais qu'il reste fort. Mais la main qui me tenait ne me laissa pas tranquille. Elle tint bon. Elle me tint très fortement me donnant silencieusement son soutien. J'essuyai les quelques traînées d'eau sur ma joue et me laissai faire quand Daehyun- le propriétaire de la main- m'enlaça. Il me chuchota des choses que je ne compris pas. J'avais l'impression que tout autour de moi était flou. Je me laissai aller. Et c'était bien trop horrible pour moi. C'était la deuxième fois que je craquais en deux jours et cette fois-ci c'était en présence de Daehyun. Je ne voulais pas qu'il me voit comme ça. Je voulais qu'il continue à penser que j'étais assez fort pour supporter sa tristesse. Daehyun continuait pourtant à me chuchoter des paroles que je pensais réconfortantes. Je me délogeai de son étreinte et lui dis que tout allait bien. Que j'allais bien. Il m'observa tendrement, les larmes aux yeux, ne se souciant guère de me tenir à nouveau la main. Son attention me toucha bien que j'aurais préféré que ce soit moi qui le réconforte et non l'inverse. Je posais les yeux sur Jongup qui s'était tenu silencieux pendant toute la durée de notre échange. Il s'était posé à côté d'Himchan, les yeux dans le vague. Je me demandais bien à quoi il devait penser. Regrettait-il de nous avoir mis à l'écart pendant ces quatre années ? Peut-être se repassait-il les bons moments que nous avions vécus pendant nos premières années en tant que B.A.P. Je soufflais chassant l'émotion qui m'avait envahi soudainement. J'entendis à peine la voix tremblante de Daehyun.
« Ça ira. Tout s'arrangera, je vous le promets. »
Je gardai le silence bien que je pensais le contraire. Au train où allaient les choses, rien ne finirait pas s'arranger. Notre guerre interne faisait toujours rage et personne n'osait aller vers les autres. Résultats nous étions séparés et personne ne voulait se réconcilier. Jongup avait bien tenté un pas vers moi (et donc par extension vers Daehyun.) Seulement, Jongup n'avait jamais rien eu à voir avec l'histoire. Cela concernait principalement Himchan, Daehyun et Yongguk. Autrement dit, si ces trois-là ne se réconciliaient pas, notre pause allait s'éterniser. Invariablement, nous allions devoir faire une croix sur notre carrière en tant que groupe. Je reniflai soudainement bruyamment. A vrai dire, j'y pensais depuis un certain temps maintenant. Etant donné que je refusais toute conversation avec Himchan, il serait très difficile de reprendre notre carrière. Impossible.
Un toc à la porte me fit presque sursauter. Ce devait être une infirmière venue changer les pansements d'Himchan et vérifier son état. Pendant une seconde, je rencontrai le regard interrogatif de Jongup. J'haussai les épaules à sa question silencieuse. Je fis volte-face, me détachant la main de Daehyun allant ouvrir. Un détail me turlupinait. Une infirmière ne se serait pas dérangée pour entrer sans frapper…à moins que ce ne soit quelqu'un d'autre. Les parents d'Himchan peut-être ? Impossible, eux non plus n'auraient pas hésité à entrer directement. Mais alors qui frapperait à la porte en sachant que l'occupant de la pièce serait encore dans les vapes ?
J'ouvris la tête pleine de questions sans réponses. Et je fus stupéfait en découvrant le visiteur.
« Toi ? Hyung.. mais qu'est-ce que…t-t-tu fais-l-là ? » Bégayai-je.
J'en venais à perdre mes mots devant Yongguk. Incroyable. Il fallait dire que je ne m'attendais pas du tout à le rencontrer ici. Yongguk qui en dehors d'avoir pris quelques petites rides n'avait pas changé d'un pouce me regarda de haut en bas.
« Y-Youngjae ? C'est bien toi ? J-je…ne t'ai presque pas reconnu. » Bégaya-t-il à son tour.
Trop surpris pour comprendre quelque chose, je le laissai passer oubliant totalement que derrière moi, il y avait Daehyun. Je fermais la porte la tête toujours pleine de question concernant sa présence entre ces murs. Yongguk alla près de Jongup.
« Jongup, je pensais que tu étais tout seul ici. » Sa voix grave me donna de profonds frissons et en regardant Daehyun, je pus remarquer que je n'étais pas le seul. Cela faisait si longtemps que nous ne l'avions pas vu. Le retrouver en face de nous, comme ça d'un coup me tétanisait. Une fois de plus je n'avais pas anticipé cette situation alors que j'aurais dû m'en douter venant de Jongup. Cette chose à faire dont il m'avait parlé devait sans doute être : retrouver Yongguk. L'amener ici en revanche, ça c'était une surprise.
« Hyung, quand j'avais dit ensemble, je voulais dire ensemble tous les six. Même si en l'occurrence…Junhong n'est pas là. » Souffla-t-il abattu. Et si tout ça avait été le plan de Junhong depuis le début, qu'il en avait parlé à Jongup pendant leur garde à vue respective et que Jongup, sortant le plus tôt, en avait profité pour accomplir le vœu du plus jeune.
Je vis Yongguk lever un sourcil intrigué avant de demander à Jongup pourquoi il n'était pas là, avec eux. Découragé, Jongup garda le silence. Ce ne fut pas le cas de Daehyun qui répondit d'une voix douce et sereine. Chose qui m'étonna, je pensais qu'il allait faire une scène et lui demander pardon encore et encore en sanglotant. Sa maîtrise de lui-même m'épata. Peut-être que j'avais eu tort de vouloir le protéger autant, peut-être qu'il n'avait après tout plus besoin de moi.
« Il est accusé de tentative de meurtre contre Himchan le jour de Noël. »
A nouveau, à mon grand étonnement, Yongguk n'agressa pas Daehyun comme je l'avais imaginé. Il le regarda longuement avant de murmurer un : « C'est complètement stupide. Il n'aurait jamais fait ça. Et encore moins vu son état quand je l'ai ramené pendant le soir du Réveillon. »
Je tournai violemment la tête vers Yongguk, sortant de mon silence en déclarant fortement : « Quand tu l'as ramené ? Tu as passé le Réveillon avec lui ? C'est quoi cette histoire ? »
Yongguk leva un sourcil à ma brusque interruption mais continua toujours aussi calmement.
« Ah, il ne vous l'avait pas dit ? Oui, il a passé sa soirée dans mon bar à picoler. Je l'ai ramené chez lui aux alentours de deux heures du matin. Il était d'ailleurs tellement dans les vapes que j'ai dû le confier à…à Himchan. »
Cette fois-ci, ce fut au tour de Jongup de réagir.
« Attends, tu l'as confié à Himchan ? Vous vous êtes parlés ? »
« Brièvement. En fait, c'est plutôt moi qui lui aie balancé ses quatre vérités avant de partir. Et cela ne m'étonnerait pas que ce soit moi qui l'aie en quelque sorte poussé à…à mettre fin à ses jours. »
Il baissa la tête coupable.
« Je n'y crois pas. Je n'arrive pas à y croire. Junhong est accusé d'une chose alors que la personne responsable c'est toi ? » Je murmurai.
« Nous sommes voués à se faire du mal encore et encore que ce soit directement ou indirectement. » Intervint faiblement Daehyun. « Tant que la hache de guerre ne sera pas enterrée, tout le monde en payera le prix. »
Yongguk releva la tête, les traits crispés par la fureur.
« Dois-je te rappeler qui de nous deux a commencé à jouer avec les autres ? C'est toi et Himchan. Maintenant vous pouvez vous en mordre les doigts, je n'en ai rien à faire ! Démerdez-vous avec vos problèmes ! »
Je m'interposai, furibond qu'il ait pu s'en prendre à Daehyun alors qu'il n'avait fait qu'une simple remarque.
« Ne lui parle pas comme ça ! Il essaie de se faire pardonner et toi tu préfères lui jeter à la figure ce qu'il t'a fait. Et moi qui pensais que tu étais le plus mature de nous six. »
« Ah ben tiens ! Toi tu as le beau rôle après tout Youngjae ! Monsieur je voyais tout, j'étais au courant de tout mais je garde ma gueule fermée. »
Daehyun me retint par la main m'empêchant d'aller lui coller un poing dans la figure, toutefois je continuai à lui cracher ma haine à la figure. Ce que Yongguk me rendait bien de son côté. Daehyun ne cessait de nous ordonner d'arrêter.
« Bordel, nous sommes dans un hôpital et vous, vous préférez vous engueuler devant un Himchan qui doit sûrement mourir ! Vous n'avez pas honte ! »
« Et toi alors Daehyun ? Tu n'as pas honte après ces quatre années de te retrouver devant moi ? »
« Tu vas la fermer oui Yongguk ! Qui es-tu pour t'adresser à lui comme ça ? Daehyun a lui aussi payé le prix de son erreur ! »
« Ta gueule, je ne t'ai pas adressé à la parole ! »
« Quoi ? Répète un peu pour voir ? Tu as de la chance que Daehyun me retienne sinon je t'aurais donné un bon coup de poing ! »
« Mais bien sûr ! » Ricana-t-il sarcastiquement. « Avec ta force de chochotte ? Laisse-moi rire. »
Jongup qui s'était tenu à l'écart de notre dispute donna un violent coup dans le mur, faisant craquer ses phalanges et nous réduisant au silence.
« Non mais vous vous prenez pour qui là ?! On… » Il s'arrêta tentant de contrôler la colère et la violence qui semblait l'inonder puis reprit la parole. « Junhong s'est cassé le cul depuis sa cellule afin d'essayer d'apaiser les tensions entre nous et c'est comme ça que vous le remerciez ? En vous tapant encore plus sur la gueule ? J'y crois pas ! Quand allez-vous gagner en maturité et essayer d'aller au-delà de vos problèmes personnels !? A croire que vous étiez les seuls à souffrir dans cette putain d'histoire ! Himchan a tenté de se suicider bordel ! Se suicider ! Il a failli y passer. De très peu. Si Junhong n'avait pas été là, et dieu merci il l'était, on se serait retrouvé tous les six oui mais au cimetière ! Vous ne voyez pas à quel point cette engueulade vieille de quatre nous pourrit la vie ? Junhong est en ce moment même en train de se faire interroger parce que des connards pensent qu'il est un meurtrier sanguinaire et qu'il a juste raté son coup. J'essaie de faire ce qu'il m'a demandé pendant que j'étais en garde à vue avec lui. Oui car même emprisonné, Junhong pense à vous ! A chacun d'entre vous ! C'est grâce à lui que j'ai finalement pu passer l'éponge. C'est en voyant ses efforts pour nous rabibocher que je me rends compte que c'est complètement stupide. Vous m'avez manqué. Oui, je l'avoue vous m'avez tous affreusement manqué ! Tous ! Alors pour une fois dans votre vie, arrêtez de faire vos têtes de mule. Junhong a assez payé, Himchan a bien assez payé, Youngjae a payé, Yongguk a payé, Daehyun a payé et j'ai bien assez payé de vos erreurs. Réconciliez-vous une bonne fois pour tous et merde à la fin ! »
Jonguop redonna un très violent coup de poing dans le mur et sortit complètement hors de ses gonds de la chambre d'Himchan. Dans la chambre, c'était le silence absolu. Ayant déjà été témoin d'une colère de Jongup, Daehyun me lâcha. Il s'était rendu compte qu'après ce discours accusateur de la part de notre dongsaeng, il n'avait plus à craindre que j'aille régler mes comptes avec Yongguk. Je secouais la tête de gauche à droite. Nous étions stupides pour réagir ainsi. Moi le premier. J'étais censé être réfléchi. Bon sang, j'étais censé incarné le cerveau du groupe et pourtant j'étais il y a quelques minutes en train d'hurler sur notre ancien leader. Je me mis à ricaner, je me moquais de moi-même mais également de toute cette situation qui avait pris des proportions bien trop grandes pour nous six. Je déclarai à la surprise de Yongguk qui me regardait bizarrement depuis que je m'étais mis à rigoler.
« Jongup a raison, on ressemble à des gamins à se jeter la faute les uns sur les autres. »
« Ça, tu peux le dire. Dans un hôpital qui plus est. Je n'ai jamais vu ça. » Déclara Daehyun.
Yongguk finit par ricaner à son tour avant de murmurer. « Je devrais m'excuser auprès de Jongup. C'est ma faute pour garder une certaine rancune contre vous alors que je m'étais décidé à tourner la page. D'autant plus que je suis censé être le plus âgé parmi nous. »
« Censé c'est le…mot. » Intervint presque sarcastiquement une très faible voix. Je baissai la tête vers le lit, ne m'attendant absolument pas à trouver un Himchan, les yeux ouverts sur nous. Il tenta de se redresser mais après avoir grimacé, il se recoucha gémissant faiblement. Son poignet devait lui faire souffrir. Daehyun s'approcha de lui, lui touchant l'épaule en murmurant, ému.
« H-Himchan c'est..c'est toi ? Tu es là ? »
Les épaules d'Himchan tressautèrent comme s'il voulait rigoler mais cela se transforma en une toux. Yongguk s'avança vers Himchan et lui demanda presque inquiet.
« Himchan ? Tu vas bien ? »
Himchan, décontenancé par cette voix grave qui s'adressait à lui, lui répondit d'une voix faible mais enjouée.
« Bien ? Mais je pète la forme dans mon lit d'hôpital. Je ne voudrais échanger ma place contre rien au monde. »
Souriant aux répliques ironiques de Himchan, je commençai à me dire que cette tentative de suicide avait au moins eu un aspect positif : Himchan ne semblait pas broyer du noir. Au contraire, c'était comme s'il avait retrouvé son grain d'énergie qu'il avait avant que toute cette histoire ne se produise. Plus tôt, j'étais sceptique, mais Daehyun avait eu raison. Avec le réveil d'Himchan, tout s'arrangerait.
Tout ira bien.
Et voilà, cette fiction est désormais totalement finie. Ouf, ça fait du bien après tout ce temps passé à bosser dessus. Si vous avez une quelconque remarque à me faire, je serais ravie de la recevoir. (Ceci est censé vous inciter à me laisser une review haha !)
On se dit à une prochaine fiction ?
Baï Baï
- Draconixia
