Chapitre 6 :

Le jour était enfin arrivé : le prince Logan était à Millfields, et son escorte entrerait à Bowerstone par la porte est. Comme il y aurait une parade militaire juste après l'entrée du prince dans la capitale, les troupes stationnées à Millfields passaient en revues leur équipement : ont polissait les cuirasses, ont nettoyait les fusils et les pistolets, ont aiguisait les sabres et les baïonnettes, et une armée de membre de l'Intendance avait pris en charge tous les uniformes pour veiller à ce qu'il n'y ait aucun accroc.

Le sergent Andrew Finn était justement en train d'astiquer ses pistolets lorsqu'un membre du service de l'intendance, portant un uniforme bleu clair, arriva devant les deux tentes qu'occupait la section du sergent.

- Sergent Finn ? Demanda l'intendant.

- Oui ? Répondit Andrew, en relevant les yeux de ses pistolets. Vous désirez ?

- Votre affectation à enfin été trouvée... votre section rejoindra le dernier rang du Premier Bataillon d'Infanterie du Troisième Régiment. Vous ferrez donc partie du dernier groupe qui passera devant leurs Majestés.

- Ah... merci monsieur.

H -1h50

Pendant ce temps, près du camp, une autre personne se préparait. C'était un homme qui avait jeté sa tenue débraillée et qui revêtait à présent l'uniforme de l'Infanterie du Troisième Régiment de Ligne, avec quelques difficultés parce que cet uniforme n'était pas exactement à sa taille.

Dans sa poche, l'homme venait de glisser un objet rond, alors qu'un autre homme portant une tenue de mercenaire lui parlait :

- Le plan est simple, Bill, tu seras sur la dernière ligne d'infanterie qui passera devant l'estrade royale. Là, tu n'auras qu'a laisser tomber discrètement, et vers l'estrade, ton colis, qui explosera quelques minutes plus tard... Une fois que ça aura explosé, tu pourras profiter de la confusion pour t'enfuir et pour rejoindre la planque, dans le quartier industriel, et de là tu n'auras qu'a reprendre tes vêtements pour quitter la ville.

- Et après, je ferrais quoi ?

- Après, tu te tireras n'importe où : Eastpeak, Brightwall, Mourningwood ou Pins d'Argent... Si tu te fais chopper, tu peux être sûr que même le boss ne pourra pas te couvrir avant que les soldats ne te lynchent.

- Et si ça rate ? S'ils survivent ? Si j'arrive pas a envoyer la bombe au bon moment ? Je fais quoi moi, à ce moment ?

- À ce moment, c'est pareil : je te conseille de te tirer vite fais, parce que sinon tu ferras pas long feu.

- Tu me rassures pas là, Henry...

- Je me fiches de te rassurer, comme je me fiches que tu t'en sortes où pas... ce que je veux, c'est que tu réussisses et qu'ont soit payés.

H -1h40

Une heure plus tard, le prince Logan faisait, accompagné de la nouvelle délégation du Vuyaze, entrais dans Bowerstone. Le prince était un grand homme, le visage rasé de frais aux cheveux bruns courts et aux yeux verts, portant la tenue militaire vert claire de l'escadron des Hussards de la Garde.

Le jeune prince montait un grand étalon alezan, alors que derrière lui une compagnie de l'escadron des Cuirassiers de la garde, avec pour uniforme une tunique rouge - avec une aiguillette d'or sur l'épaule droite pour le capitaine -, une culotte blanche, une cuirasse, un casque à crinière de cheval blanche et des bottes hautes de couleur noire accompagné de gants blancs, arrivait derrière lui, encadrant les diligences qui transportaient les membres de la nouvelle délégation Vuyazenaise.

Après plusieurs minutes de chevauchée, le prince arriva devant la grande estrade ou se tenait sa famille : le roi Adam III, portant en plus de sa tenue officielle la couronne royale d'Albion, la reine et sa fille, revêtues de leurs tenues les plus "élégantes", le prince William qui avait également mis sa plus belle tenue, et enfin le Premier ministre Oliver Barton, portant les insignes de sa fonction sur son habit rouge et blanc.

H -1h30

Après s'être respectueusement incliné devant l'estrade royale, le prince Logan y entra et vint se placer aux côtés de sa famille, étreignant chaleureusement sa mère, puis son frère et sa sœur avant de sa placer à côté de son père. Pendant ce temps, les nouveaux ambassadeurs du Vuyaze prenait place au côté de leurs collègues actuels dans la foule qui se pressait de chaque côté de la grande rue.

H -1h20

Dix minutes après que le prince ait rejoint la famille royale, un clairon retentit, avant qu'une fanfare militaire ne résonne. L'escadron des Dragons de la Garde, complet pour cette occasion (soit près de 600 hommes), avança le premier, suivit de l'escadron des Cuirassiers, puis de l'escadron des Gardes du Corps dans leurs uniformes rouges sang et sans cuirasses. Chacun des escadrons de cavalerie avançait, les hommes portant leur sabre au clair alors que les chevaux allaient au petit trot, faisant résonner le claquement de leurs sabots ferrés sur les pavés de la grande rue.

H -1h10

Le Régiment d'Infanterie de la Garde défilait à la suite de ses collègues de la cavalerie, marchant au pas en suivant la cadence des tambours qui accompagnait chaque bataillon. Tous les fantassins de la Garde, excepté ceux qui encadrait l'estrade royale, étaient présents, ce qui faisait un total de 5760 hommes, sans compter les officiers. Les lieutenant-colonel des bataillons avançaient à cheval au devant de leurs hommes, présentant eux aussi leurs sabres qui étaient, autant que leur bicorne, le signe distinctif des officiers ayant passé le grade de lieutenant. La foule observait les soldats, tout comme les ambassadeurs étrangers qui voyaient là une démonstration de force rappelant que l'Albion était prêt a se battre s'il le fallait...

H -0h50

Après le Régiment d'Infanterie de la Garde et son Régiment de Cavalerie, c'était au tour de deux batteries d'artillerie de campagne, soit 2160 hommes et 360 pièces, chacune accompagnée de ses six artilleurs dont un capitaine pour chaque pièce... les pièces étaient impeccablement entretenues, et les artilleurs dans leur tenue bleu foncé avec leur képi noir, avançait au pas au côté de leurs fidèles canons, des armes lourdes et parfaites aussi bien pour détruire des murailles que pour réduire des bataillons ennemis en charpie.

H -0h40

Derrière l'artillerie arrivait un bataillon du Corps Royal des Mages de guerre, la troupe la plus atypique que comptait l'armée royale : portant un uniforme bleu ciel et un manteau bleu foncé par dessus, ces hommes et femmes faisaient parti du seul corps d'armée d'Albion dont les membres portaient un tricorne et n'utilisaient, en plus de leurs "gantelets", que des pistolets à tourelles d'acier où de "maître" en ce qui concernait les officiers supérieurs. Le Corps, comptant environ 92160 hommes et femmes, était dispersé au quatre coins d'Albion et d'Aurora, assurant la protection des zones frontalières sensibles et des ambassades royales en dehors du royaume.

H -0h30

Derrière les membres du Corps venait enfin un des bataillons d'infanterie du Régiment de Mourningwood, une troupe spéciale portant un uniforme vert feuille et plusieurs branches accrochés aux shako réglementaire, et toutes les parties métalliques de leur équipement, armes et morceau d'uniforme confondus, étaient noircis pour ne pas provoquer de reflet. La particularité de l'uniforme de cette troupe venait de sa spécialisation de combat en milieu forestier ou marécageux, ce qui faisait de ce régiment une force spéciale particulièrement déployée à Eastpeak pour la surveillance du milieu forestier.

H -0h20

Alors que l'escadron du 1er régiment de cavalerie de Millfields passait devant l'estrade royale, le Premier Régiment commençait son avancée, le sergent Andrew Finn fermait la marche avec ses neuf hommes, plus un autre homme, qui semblait bizarre : il semblait avoir du mal a suivre le rythme des autres soldats, et en plus il avait l'air de se sentir mal à l'aise dans son uniforme, qui portait les insignes du Premier Régiment de ligne...

Mais le jeune sergent se soucia peu de ces détails, car il était occupé à tenir le même rythme de marche que ses hommes, alors que la foule semblait comblée par ce spectacle... et par le fait que ce jour, ainsi que le suivant, avait été déclaré spécialement jour férié par la Couronne.

H -0h10

Bill avançait en tenant, tant bien que mal, le même rythme que ses "camarades". Il n'était pas habitué à porter son fusil comme un militaire, ni a marcher au pas, et plusieurs parties de son uniforme le dérangeait à des endroits particulièrement sensibles... mais il était enfin en vue de l'estrade, et dans quelques instants il pourrait se libérer de son "colis" pour accomplir sa mission.

Alors que la troupe passait enfin devant l'estrade, Andrew y jeta un coup d'œil, pour voir la princesse Élisabeth... lorsque son regard tomba, non pas sur son amie, mais sur la main sortant de la poche du fantassin qu'il tenait à l'œil depuis un long moment. Ce dernier sortait un objet de forme sphérique... et surtout, il portait un tatouage en forme de x sur le dos de sa main, le genre de tatouage que porterait un mercenaire... et qui étaient totalement interdit dans les rangs de l'Armée Royale !

- Eh, toi ! Hurla Andrew à l'intention de l'étrange soldat. Lâche ce que tu as en main !

En même temps, il mit en joue le soldat, alors que le reste de sa section s'était arrêté, comme le rang qui les précédait et alors que la famille royale observait, sidérée, ce qui se passait juste devant elle.

William, en particulier, observa le sergent Finn. Il ne comprenait pas ce que signifiait ce comportement, avant d'observer le soldat interpellé et de se rendre compte que ce dernier tenait dans sa main quelque chose de sphérique, et qui visiblement commençait à vibrer...

- Attention ! Il a une bombe ! Cria le prince en se jetant devant sa sœur et sa mère.

Les membres de la Garde qui se trouvaient sur l'estrade réagirent immédiatement en entourant le roi et le Premier ministre, faisant un barrage de leurs corps au deux membres les plus important du gouvernement.

H -0h03

Bill paniquait complètement... comment cet homme avait pût s'apercevoir de ce qu'il faisait et comment ce sale marmot de prince avait vu la bombe ?! Il pouvait encore s'enfuir... et s'occuper de ce connard de sergent !

D'un geste simple et ample, il lança enfin sa bombe, droit sur le sergent Finn. Mais ce dernier avait de réflexe, et saisissant son fusil comme une batte de croquet (le croquet c'est anglais, et Albion est d'inspiration anglaise, donc ça me paraît être une référence appropriée), frappa de toutes ses forces dans la bombe qui fonçait sur lui.

H -0h02

La bombe fila vers la droite de Andrew, sur la rue pavée qui était désormais vide, la "bombe" ressemblait à une petite sphère, dotée d'un cadran d'horloge sur une de ses faces. Les gardes qui cernait la rue, le long des barrières de sécurité installées pour empêcher aux civils de s'approcher des soldats, pressèrent ces mêmes civils de s'éloigner alors qu'un fort "Tic-tac" se faisait entendre.

H -0h01

Alors que le caporal Brennan tenait Bill en joue, ce sortit d'une poche cachée dans sa manche un pistolet miniature et tira... le coup atteignit le caporal Henry Brennan au ras de l'épaule. Les autres membres de la section allaient faire feu, ils visaient et armaient... Bill savait qu'il mourrait à coup sûr lorsqu'un cri vint du colonel James Moran, le commandant du Régiment d'infanterie de la Garde qui se tenait à côté de l'estrade royale :

- Ne tirez pas ! Il nous le faut vivant !

Le cri fût entendu, les hommes hésitèrent à tirer... et le "Tic-tac" s'arrêta.

H -0h00

L'explosion fût a la fois bruyante et puissante... des pavés en furent arrachés du sol de la rue, projeté en un grand cercle tout autour du lieu ou la bombe avait atterrit. Des shrapnels d'une taille minuscule partirent également dans ces directions, touchant plusieurs des gardes qui assuraient la sécurité de la foule, de même que le sergent Andrew Finn, qui fût touché à l'épaule droite... son second, le caporal Brennan, fût également touché à l'épaule droite alors qu'il s'effondrait au sol en se tenant son épaule blessée.

Le souffle de l'explosion mis a terre les autres soldats qui se trouvait devant le sergent Finn et ses hommes. Et Bill en profita : arrachant sa tunique rouge et jetant son fusil ainsi que son shako, il se jeta vers la foule, qui était complètement paniquée après l'explosion alors que les pavés arraché au sol avaient touchés plusieurs civils. La confusion était totale, et donna assez de temps à Bill pour qu'il s'échappe.

Dans le même temps, William se releva sur l'estrade... il avait été touché à l'épaule gauche par un pavé, mais il avait eut le temps de plaquer sa mère et Élisabeth à terre avant que les shrapnels et les pavés n'atteignent les spectateurs.

Une fois que le bruit de l'explosion se fût tût, le colonel James Moran, qui avait lui aussi été touché par un pavé et se tenait l'épaule gauche, qui avait été brisée, s'approcha du roi, qui lui n'avait pas été touché car les gardes qui l'entourait avait pris l'unique pavé qui aurait pût le toucher... le colonel Moran s'approcha du roi, que les membres de la Garde encadrait, jetant des coups d'œil méfiant tout autour d'eux.

- Votre Majesté, demanda le colonel, vous allez bien ?

- Oui, oui, colonel... répondit Adam III en se relevant, ses hommes l'ayant plaqué lui aussi a terre. Vous avez pût prendre ce terroriste ?

- Non, votre Majesté, ce gredin est parvenu à s'enfuir.

- Alors faites immédiatement envoyé les pelotons canins... Ce gredin a dût abandonner quelque chose, avant de se sauver... retrouver le, et amener le au palais pour un interrogatoire.

- A vos ordres, votre Majesté !

Une heure plus tard, Andrew Finn était conduit dans un hôpital civil de Bowerstone, aux côtés de son caporal et du reste des personnes qui avaient été blessées par l'explosion. Et une trentaine d'hommes se déployait dans les bas quartier de Bowerstone, se divisant en dix équipe de trois hommes, chacune accompagnée d'un chien auquel ont avait fait flairer la tunique rouge retrouvée sur les lieu de l'attentat.

Pendant ce temps, Bill avait réussit a rejoindre le quartier industriel, et passait par une porte rongée d'humidité dans les égouts de la ville. Il savait bien que les gardes allaient le retrouver, c'était inéluctable, mais il espérait qu'Henry et leur "employeur" trouverait un moyen pour lui donné le temps de quitter la ville...

Il arriva enfin dans la salle où s'était déroulé leur "entrevue" avec leur commanditaire, elle était complètement et la seul lampe à huile présente n'éclairait pas le fond de la salle ronde. Lorsqu'il entra dans la salle, il buta contre quelque chose qui traînait au sol, et s'y étala de tout son long.

C'est alors qu'il entendit une voix, glaciale :

- Vous avez échoué, monsieur "Bill"... et de façon lamentable, qui plus est...

- Monsieur Blades ? Dit Bill en se redressant. C'est vous ? Je croyais que c'était Henry qui m'attendrait ici...

- Henry ne vous attendra plus, monsieur Bill... tout comme vous n'attendrez plus personne...

Il y eut un crépitement, pareil à celui que provoquerait un éclair, la lampe à huile explosa en projetant le contenu de son réservoir partout sur le sol, et un terrible cri de douleur se fit entendre.

Lorsque le cri se fût éteint, la sombre pièce ne résonna plus d'aucun bruit...