Chapitre 7

Shazé parlait mais Goten n'entendait plus. Il se contentait de hocher la tête en surveillant l'heure affichée au-dessus du bar. Il n'était pas vraiment sûr de ce qu'il était en train de faire. Il évitait Trunks depuis une semaine. Eviter était d'ailleurs un bien grand mot, si on considérait le fait qu'ils vivaient ensemble. Ce qu'il évitait en réalité, c'était de le regarder et d'être trop souvent seul avec lui. Il contrôlait la situation du mieux qu'il pouvait, mais il avait l'impression d'essayer de retenir les murs d'une maison prête à s'effondrer.

Le lendemain de cette foutue soirée pizzas avec lui, il s'était réveillé avec l'odeur de son sperme et l'envie de vomir. Depuis, il n'avait cessé d'essayer de se rassurer et de trouver un sens à ce qui s'était passé, et qui n'arriverait plus jamais. Il ne comprenait rien. Si Kami voulait, il voulait bien se faire des mecs, mais pas Trunks. Mais, de toute façon, les garçons ne l'avaient jamais intéressés et il s'étonnait que ce genre de penchant puisse se réveiller si tard. Il avait été plutôt du genre à courir toutes les filles qui passaient, il n'avait même pas pu s'empêcher de tromper Valèse pour un bon coup torride. Jamais, il n'avait regardé un gars, comme il avait regardé Trunks. Il se demandait si son histoire foireuse avec Valèse n'avait pas, peut-être, anesthésié toutes ses aspirations naturelles. Mais il avait observé les hommes autour de lui, ceux qui correspondaient à peu près au standard de Trunks, et pas un n'avait éveillé l'ombre du désir en lui.

Il avait vaguement espéré que cette attirance subite et embarrassante serait passagère. Il s'était vite rendu à l'évidence que ce n'était pas le cas. La seule proximité de Trunks générait un trouble incontrôlable, son odeur, sa voix, même sa simple présence, chatouillaient son ventre de manière menaçante. Il devait mettre un terme à cette tourmente d'une manière ou d'une autre.

L'option d'en discuter directement avec Trunks était proscrite. Goten se sentait si honteux. Il ne saurait jamais trouver les mots et, surtout, il redoutait la réaction de Trunks. Il visualisait encore son mouvement de recul paniqué, le soir où il était rentré ivre, quand il lui avait confié qu'il le désirait. Il se voyait mal expliquer à son meilleur ami, son seul ami d'enfance, qu'il avait bien envie de baiser avec lui. Son sang se glaçait à cette idée.

Dans un premier temps, Goten avait décidé de se tenir autant que possible à distance. C'était le plus sage quand il pensait qu'il avait failli l'embrasser l'autre soir. Goten pouvait être impulsif et totalement irréfléchi, plus particulièrement quand sa braguette le serrait de trop. Ça lui avait valu quelques mésaventures cuisantes. Mais cette solution était douloureuse et temporaire.

Ce qui le déchirait le plus était de penser à Trunks. Trunks était intelligent et il connaissait Goten par cœur. La froideur de son ami ne lui avait pas échappé longtemps. Il n'avait aucun moyen de la comprendre et Goten ressentait la peine qu'il lui faisait, il la voyait dans ses yeux inquiets, dans ses hésitations timides; ça, plus que tout lui serrait le cœur. Déjà, Trunks lui avait demandé à plusieurs reprises si quelque chose n'allait pas. Trunks savait toujours quand quelque chose n'allait pas, et tous les mensonges de Goten ne pouvaient rien y changer. Et, plus d'une fois, Goten avait failli craquer en acceptant, pour le rassurer, une bouffe entre potes ou un petit entraînement en tête-à-tête au dojo, ce genre de conneries à éviter absolument. Absolument. Ces derniers jours, Goten étaient un peu plus serein: Trunks était parti en voyage d'affaire, et, les démons étaient plus faciles à combattre en son absence, même s'ils ne lâchaient pas vraiment et le mordaient toujours autant.

La seule voie de guérison qui était apparue dans la cervelle de Goten, était un vrai coup, avec une fille. C'était ce qui lui fallait. N'importe quoi, n'importe qui, pourvu que son obsession pour Trunks le laisse respirer. Il avait conscience de s'engager dans une voie scabreuse, certainement source d'ennuis, comme lui seul en avait le secret. Mais comme d'habitude, il avait balayé cette considération d'un haussement d'épaule. On verrait bien comment ça tournerait, de toute façon, il fallait faire quelque chose, sous peine de devenir taré et de bousiller son amitié avec Trunks.

Shazé était brune, elle avait de magnifiques yeux bleus, des jambes à se damner et elle était célibataire. C'était une des réceptionnistes de la Capsule. Elle s'était révélée une évidence pour Goten, le jour où l'un de ses collègues lui avait fait remarquer qu'elle s'intéressait à lui. Il avait pu rapidement vérifier sa théorie, et, en réalité, les choses s'étaient avérées incroyablement simples et rapides, à la mesure de que Goten recherchait. Pour ne rien gâter, Shazé avait un corps vraiment prometteur. Et le fait qu'elle paraisse concentrer tout son potentiel intellectuel sur la façon d'utiliser et de mettre en valeur ce corps de la manière la plus productive possible, ne déplaisait pas à Goten. Il n'était pas vraiment sûr de ce qu'il était en train de faire, mais il n'en était pas vraiment fier non plus. Il n'avait aucune intention d'engager une relation sérieuse avec elle et il doutait qu'elle en recherche une non plus. Tout était pour le mieux, et l'horloge avançait dangereusement vers l'heure de rentrer.

- Il faudrait y aller, Shazé, soupira Goten.

Il fit signe à la serveuse pour avoir l'addition.

- Je vais me repoudrer le nez, dit-elle en se levant timidement.

Goten hocha la tête et l'observa s'éloigner, perchée sur ses talons ultra-sexy, qui faisait paraître ses jambes encore plus longues qu'elles ne l'étaient. Oui, vraiment tout était pour le mieux. Il appela un taxi. Pour éviter que Shazé ne s'étonne qu'il n'ait pas de voiture, et il ne pouvait pas lui expliquer qu'il se déplaçait la plupart du temps en volant, il s'était inventé propriétaire d'un bolide immobilisé au garage. Il savait que c'était une connerie de mentir comme ça, il savait que, comme toujours, il était stupide et impulsif, et que ça allait lui revenir de manière très désagréable, mais pour l'instant, il lui fallait cette fille dans son lit.

- On va où ? susurra Goten à son oreille en repérant le taxi qui arrivait.

Elle cilla un peu et le dévisagea avec des yeux luisants et embarrassés. A cet instant, il soupçonna qu'il avait gagné sa partie.

- On pourrait prendre un dernier verre, marmonna-t-elle avec une moue irrésistible.

- OK.

- Mais, allons plutôt chez toi, j'ai qu'un studio et j'héberge ma sœur pour l'instant.

Goten serra les dents instantanément. Il n'avait pas pensé à ça. Il calcula très rapidement que Trunks n'était pas là, il était en voyage. La maison était très moyennement rangée, mais Goten ne se souvenait de rien de compromettant qui aurait traîné dans le salon. Il sourit mécaniquement.

- C'est parti, répondit-il en dissimulant sa contrariété à la perfection.

Ils commencèrent à s'embrasser dans le taxi et Goten sentait son excitation monter graduellement et salutairement. Si cette fille-là ne lui avait pas fait d'effet, il aurait pu se considérer définitivement perdu.

Shazé parut immédiatement charmée par la maison, ce qui emplit Goten de fierté. Il aimait tellement sa maison. Il alluma les lumières et la laissa s'émerveillée de la vue sur les rives du canal. Il en profita pour ramasser quelques vêtements qui trainaient inopinément, et pousser du pied sous le canapé des cartons de nourriture à emporter, qui dataient de plusieurs jours.

- Qu'est-ce que tu veux boire ? demanda-t-il

- Oh, euh… une jus de fruit, c'est parfait.

Goten ouvrit le frigo avec appréhension mais fut réconforté de trouver le jus d'orange de Trunks, celui qu'il prenait au petit déjeuner, tandis que Goten se gavait de café. Il se servit un verre de soda et revint dans le salon, où Shazé était déjà installée sur le canapé, les jambes croisées de manière suggestives.

- Tu es propriétaire ici?

- Euh… Oui. La maison est à moi, elle te plaît ?

Goten se mordit les lèvres. Il avait senti que c'était la meilleure réponse à donner, celle que Shazé attendait. Il commençait à être impatient du dénouement de tout ça.

- J'adore, répondit-elle en prenant le verre avec un regard séducteur.

Goten laissa glisser ses yeux sur ses jambes en s'asseyant à côté d'elle.

- Cette vue sur le canal est vraiment… romantique, ajouta Shazé en reposant son verre.

Goten ne répondit pas et se contenta d'illustrer sa remarque, en collant ses lèvres sur les siennes. Sa langue glissa dans sa bouche et elle lui rendit aussitôt son baiser avec ardeur. Il la bascula doucement sur le canapé et passa sa main sous son chemisier. A cet instant, sa concentration fut troublée par l'odeur. Shazé était allongée du côté du sofa habituellement occupé par Trunks, et l'un de ses pulls était restés sur les coussins. Goten fut submergé par l'odeur, si puissante qu'il avait l'impression que Trunks se tenait à côté de lui. Il fut instantanément déstabilisé et rompit le baiser.

- Qu'est ce qui se passe ? souffla Shazé en le fixant de ses grands yeux bleus profonds et luisants.

- Eh… Attends, on est sur le pull de… mon locataire.

Elle fronça les sourcils et se redressa.

- T'as un locataire ? s'exclama-t-elle.

- Ouais, mais t'inquiète pas, il est en voyage, répondit piteusement Goten.

Il avait retiré le vêtement de Trunks sur lequel Shazé s'était allongée.

- En revanche, il est super maniaque avec ses fringues, tu vois le genre ? Je vais virer son pull, poursuivit Goten qui se levait pour se débarrasser de cet embarrassant concentré de Trunks.

- Non, je vois pas ! Goten, c'est qu'un pull ! Balance le, tu verras plus tard ! objecta Shazé d'une voix contrariée.

Mais Goten était déjà parti accrocher le pull dans l'entrée. Cette odeur, cette foutue odeur qui le poursuivait à dix mètres… Elle avait déjà troublé son envie pour Shazé, et il se sentait moins sûr de lui. Mais il fallait que son plan marche, c'était une occasion en or, qui mettrait un terme à tous ses problèmes. Quand il revint dans le salon, Shazé s'était rassise sagement et l'observait avec une moue irritée.

- Il y a un problème Goten ? demanda-t-elle.

Il ne faisait aucun doute que Shazé connaissait les hommes. Et, au point où ils en étaient, aucun homme ne se serait interrompu pour ranger soigneusement le pull d'un locataire super maniaque avec ses fringues. Il se rassit avec empressement vers elle, avançant sa main sur son genou.

- Aucun problème, dis-moi où on en était ? répondit-il d'une voix suave.

Mais elle s'était décalée avec suspicion. Et elle avait décroisé ses jambes pour les aligner plus sagement.

- Goten, je ne suis pas sûre, murmura-t-elle.

Comme pour accréditer les doutes qu'elle exprimait, le bruit de la clé dans la serrure les fit sursauter. Goten se raidit et se leva d'un bond. Après un instant, Trunks apparut en trainant une valise, une expression de surprise et d'embarras peinte sur le visage. Goten et Shazé le fixaient avec le même étonnement, n'osant plus échanger une parole. Il y eut un bref silence qui leur parut à tous interminable.

- Euh… C'est moi, annonça Trunks avec malaise, t'as oublié que je rentrais ce soir ?

- Je ne sais plus, bredouilla Goten, mais… Je te présente Shazé. Shazé, voici Trunks qui vit avec moi.

Trunks fit un signe de tête à l'attention de Shazé. Il portait un costume d'un blanc écru et semblait plus bronzé que quand il était parti. Goten déglutit de le voir si beau.

- Mais… Vous êtes…Monsieur Briefs ! s'écria Shazé, avec une pointe de stupeur dans la voix.

Trunks sourit faiblement. Il ne paraissait pas remettre vraiment la jeune femme mais comprit évidemment qu'elle devait travailler à la Capsule. Il jeta un œil désespéré à Goten.

- Monsieur Briefs, je suis Shazé Shelton, je suis responsable de la réception, enchaîna aussitôt Shazé en s'approchant de lui, la main tendue.

Trunks lui serra la main, en évitant avec embarras de poser les yeux sur son chemisier débraillé. Comme si elle perçut ce détail à cet instant, elle se retourna vers Goten, profitant de tourner le dos à son patron pour ajuster un peu les pans de son vêtements.

- Goten, tu aurais pu me dire que Monsieur Briefs était ton locataire ! gronda-t-elle avec sarcasme.

- C'est parce qu'on aime pas trop en parler, précisa Trunks, mais Goten et moi sommes amis d'enfance.

Goten restait pétrifié, incapable de sortir un son cohérent et se contenta de hocher la tête d'un air ahuri.

- En tout cas, je suis ravie de vous rencontrer, je vous vois souvent mais nous n'avons jamais discuté, reprit Shazé qui affichait maintenant une tenue irréprochable.

- Oui, je n'ai pas souvent le temps… Mais je vais vous laisser, je crois, répondit Trunks en fixant Goten d'un œil interrogateur.

- Non, non, Monsieur Briefs, vous êtes chez vous. J'allai partir de toute façon. Mais on aura peut-être l'occasion de se croiser à nouveau, n'est-ce pas Goten ?

- Sûrement, lâcha Goten distraitement.

Il restait planté au milieu du salon, étrangement anesthésié. Comme il ne se décidait pas à raccompagner Shazé, Trunks s'en occupa, pour le plus grand ravissement de la jeune femme, visiblement impressionnée encore de se trouver face à lui.

Goten s'effondra sur le canapé avec un air abattu. Tout était raté. Il était maudit.

- T'aurais pu me prévenir, déclara Trunks en revenant dans le salon, je veux dire… Tu savais que mon vol arrivait ce soir, il y a eu du retard, mais tu savais que c'était ce soir…

- J'avais oublié, murmura Goten, qui ne s'était en fait jamais vraiment intéressé à la question.

Trunks avait enlevé sa veste et était en train de desserrer sa cravate et déboutonner ses manches, de ses gestes habituels. Goten ne répondait pas et l'observait.

- Un texto ! Au moins un texto ! Goten ! Je sais pas ce que t'avais en tête avec cette fille, mais vu l'état dans lequel t'as mis son chemisier…T'imagines si j'étais arrivé à un autre moment ?

Trunks attrapa la bouteille d'eau dans le frigo et s'accouda au comptoir pour faire face à Goten qui était toujours affalé sur le canapé.

- Je m'en fous, je serai allé à l'hôtel ou chez ma mère, mais là… A quoi tu penses des fois ?

Il but à la bouteille. Il parlait sur un ton moralisateur mais Goten sentait la colère contenue dans sa voix. Il repéra quelques gouttes d'eau qui glissèrent sur son menton et qu'il essuya du revers de sa main. Ce simple geste alluma une flamme quelque part dans son ventre. Trunks le regarda, il attendait une réponse qui ne venait pas. Il posa la bouteille et s'avança jusqu'au canapé.

- Tu m'écoutes ? Une fille de la Capsule en plus…

Renonçant à obtenir une vraie réponse, Trunks se massa les paupières un instant, paraissant réfléchir à tout ce que ça impliquait. Il soupira et baissa à nouveau les yeux sur Goten, qui continuait à le regarder avec attention, silencieux et penaud. Trunks soupira et s'assit à côté de lui.

- Goten… Y a un truc qui cloche chez toi ces derniers temps, constata-t-il avec une voix radouci.

Il posa sa main sur l'épaule de Goten pour l'encourager à la confidence. Goten tressaillit et ressentit mille picotements se diffuser dans son corps. Les yeux bleus de Trunks plongeaient impitoyablement dans les siens, il se sentait hypnotisé et l'envie de se jeter sur lui pour l'embrasser le submergea.

- Qu'est-ce que tu ne veux pas me dire ? demanda Trunks avec une intonation de dépit

Goten leva une main tremblante vers lui et saisit son coude.

- Trunks… Je…

Trunks pencha la tête, une expression attentive sur le visage. Mais rien ne vint. Goten n'arrivait pas à parler. Son corps ne se gênait pas pour exprimer ce qui était si difficile à énoncer à voix haute et Goten tira un peu sur son pull. Il avait la gorge complètement desséchée et tremblait légèrement. Trunks fronça les sourcils et resserra inconsciemment sa main sur l'épaule de Goten, mais il restait muet.

- Tu veux que je déménage ? murmura Trunks.

Ses paroles glacèrent le sang de Goten. Avait-il dit ça parce qu'il avait deviné ? Goten aurait pu pleurer.

- Non, souffla-t-il, non, non, tu veux déménager ?

- Pas vraiment, je suis bien ici. Mais tu es si bizarre Goten, j'ai l'impression que je te dérange. C'est cette fille ? Tu veux…

- Oublie cette fille, coupa Goten avec vivacité.

Trunks haussa les sourcils devant sa réaction.

- OK… Goten, je crois que je ne comprends rien et peut-être que tu voudras m'expliquer plus tard. En attendant… préviens-moi quand tu ramènes une fille ici, j'ai vraiment, vraiment aucune envie de… Te trouver…

La voix de Trunks mourut. Il ne finit pas sa phrase et se détourna pour se lever.

- Enfin, préviens-moi, conclut-il.

Goten laissa son contact lui échapper avec un nœud dans l'estomac.

- Il n'y aura plus de filles ici, annonça fermement Goten.

Trunks baissa les yeux sur lui avec surprise, un peu étonné d'une promesse si radicale.

- Vraiment ? demanda-t-il avec un sourire malicieux.

- A moins que toi, tu n'en ramènes, bien sûr, marmonna Goten.

Trunks soupira.

- Le seul truc, c'est de prévenir l'autre, OK Goten ?

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